INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES
détruit les incrustations en facilitant l'ébullition ; on peut considérer comme étant un inconvénient réel, soit au point de vue du chaufTage soit au point de vue de la production de la force motrice, l'introduction de l'air dans la vapeur.
i234. En général, tous les appareils au moyen desquels les dépôts doivent être extraits automatiquement ne marchent bien qu'avec des eaux peu chargées, exigent un soin particulier et constituent une complication des générateurs qui est loin d'être compensée par l'effet obtenu ; on ne les emploie ni en Angleterre, ni en France.
1235. Altération des chaudières alimentées par les eaux de certaines tnines. — Ces altérations, leurs causes et les moyens de les prévenir ont été étudiés avec beaucoup de soin par M. LechateHer, ingénieur des mines {Annales des Mines, 3° série, t. XX). Elles se manifestent principalement sur les chaudières alimentées par les eaux des carrières d'ardoises, et les mettent souvent hors de service en peu de temps ; elles occasionnent quelquefois des explosions par suite de l'amincissement des chaudières. A la carrière d'ardoises d'Avrillé, près d'Angers, dans un générateur qui a fait explosion en 1840, la partie inférieure des bouilleurs et la moitié supérieure de la chaudière étaient intactes ; la moitié inférieure de la chaudière avait
perdu en dix-huit mois les ^ de son épaisseur ; au point où aboutissait le tuyau d'alimentation, l'épaisseur de la tôle était réduite à \ miUimètre.
1236. La nature des actions chimiques qui se produisent se déduit facilement de la composition des eaux d'alimentation, de celle des eaux concentrées par leur séjour dans la chaudière et de celle des dépôts pulvérulents et des encroûtements. Les eaux extraites des mines et carrières dans lesquelles les roches renferment des pyrites qui se décomposent au contact de l'air, en général, ne sont point acides, mais elles renferment constamment
Des sulfates d'alumine ;
— de peroxyde de fer ;
— de protoxyde de fer ;
— de nickel et de cobalt;
— de chaux ;
Des sulfates de magnésie ;
— de potasse et de soude ; Des chlorures alcalins ; De la silice gélatineuse.
1237. Il résulte des nombreuses analyses faites par M. Lechate- Her que les eaux concentrées dans les chaudières ne renferment plus ni alumine, ni peroxyde de fer ; qu'elles sont chargées, au contraire, de sulfate de protoxyde de fer qui, dans certains cas, n'exis-
iOS LIVRE VII. — VAPORISATION.
• tait pas dans les eaux d'alimentation. Les dépôts qui se forment dans la chaudière contiennent du peroxyde de fer et de l'alumine à l'état d'oxyde et peut-être de sulfate. Il résulte évidemment de là que l'action corrosive provient des sulfates de peroxydes de fer et d'alumine ; ces sels, à la température à laquelle l'eau est soumise et en présence du fer, sont décomposés, le peroxyde de fer et l'alumine sont précipités, et l'acide sulfurique, à l'état naissant, forme avec le fer un sulfate de protoxyde en dégageant de l'hydrogène. Le sulfate de protoxyde de fer peut ensuite passer à l'état de peroxyde au moyen de l'oxygène de l'air en dissolution dans l'eau, et agir de nouveau sur le fer.
1238. Pour éviter dans ce cas les détériorations des chaudières, on peut employer différents moyens. Le premier consisterait à se servir d'eau distillée, en produisant la condensation de la vapeur des machines par transmission de chaleur à travers des surfaces métalliques et non par contact immédiat de l'eau froide, comme on le fait ordinairement ; mais ce mode de condensation, qui a été essayé, n'a pas été adopté pour les machines fixes, locomotives ou locomobiles, quoiqu'il le soit dans la marine.
1239. On pourrait employer des chaudières en cuivre ; mais il faudrait que les eaux ne continssent que peu ou point de sulfate de chaux, parce que ce sel forme des dépôts adhérents, et que les bouilleurs de cuivre s'altéreraient très-rapidement ; de plus, ces chaudières coûtent à peu près trois fois plus que les chaudières de tôle, et un défaut d'homogénéité pourrait en déterminer la destruction rapide, comme cela s'observe pour certains cuivres employés dans la construction des navires; enfin, il n'est pas démontré que les eaux corrosives seraient sans action sur le cuivre.
1240. Le blanc d'Espagne ayant la propriété de décomposer les sulfates de peroxyde de fer et d'alumine à la température de l'ébullition, on pourrait mettre dans la chaudière une quantité de cette matière, suffisante pour décomposer les deux sels dont il est question, pendant la durée du travail comprise entre deux nettoyages. La craie en excès n'augmenterait pas les incrustations ; on pourrait d'ailleurs, par quelques essais, déterminer très-approximativement la quantité de craie qu'on doit employer,
1241. On a essayé d'employer la chaux vive; mais cette matière présente un grave inconvénient. Comme ellfe est soluble dans l'eau el en petite quantité, elle est très-propre à former des encroûtements ; elle donne, en outre, un dépôt beaucoup plus considérable que la