CHAPITRE VIII. — INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES
craie; car elle précipite tous les oxydes métalliques et la magnésie, qui paraît être elle-même une matière incrustante ; enfin, elle accompagne l'eau qui est entraînée par la vapeur, et saponifie les graisses de la machine. On pourrait mettre un excès de chaux dans les bassins de dépôt où l'eau séjourne à la sortie de la mine, et ahmenter les chaudières avec ces eaux séparées des dépôts qui se seraient formés ; mais alors ces eaux seraient saturées de chaux et de sulfate de chaux et se trouveraient dans les circonstances les plus favorables à la formation des incrustations.
1242. 11 paraît que, dans quelques mines, on emploie le carbonate de soude pour épurer les eaux ; ce moyen est infaillible, mais il est très-cher. A Birmingham, on a employé les eaux ammoniacales provenant de la fabrication du gaz de l'éclairage.
1243. On pourrait préserver les chaudières de fer de l'action des eaux corrosives, en plaçant dans l'intérieur un panier de fer rempli de rognures de zinc, suspendu au-dessous du niveau de l'eau; toute l'action se porterait sur le zinc. Ce métal, même sans former de pile galvanique avec le fer, et seulement à la température de 100°, décompose complètement les sulfates de peroxyde de fer et d'alumine ; mais, comme il décompose aussi facilement l'eau à 100°, une partie serait employée en pure perte; on pourrait craindre, en outre, que les dépôts qui s'accumuleraient à sa surface ne suspendissent son action.
M. Lesueur a observé les effets du zinc au point de vue de la désincrustation avec les eaux ordinaires [Annales de chimie et de physique, 1875.) Le navire V Albert construit par M. Normand était pourvu de 3 chaudières, l'une à basse pression alimentée à l'eau de mer, l'autre, marchant à 7 atmosphères et aUmentée au moyen de l'eau fournie par les condenseurs à surface ; après quelques années de service elles furent réparées dans les ateliers de M. Nillus; le générateur alimenté directement était complètement oxydé, les 2 autres étaient en parfait état ; les entretoises des condenseurs, exécutées en lames de laiton, étaient réduites à l'état de cuivre spongieux ; le zinc avait totalement disparu. Les plaques de laiton furent renouvelées à diverses reprises et les mêmes phénomèdes se reproduisirent ; le constructeur en conclut qu'il fallait un aliment à l'oxydation et que cet aliment était le zinc. M. Lesueur frappé de ces faits en fit part à M. Raynely d'Angers qui introduisit du zinc dans sa chaudière alimentée au moyen des eaux de la Loire, après un certain temps, le zinc avait complètement disparu, le
no LIVRE VII. — VAPORISATION.
tartre était en feuilles minces et séparées au fond du bouilleur, on put l'enlever au moyen d'un simple lavage ; M. Lesueur estime à 20 kilogrammes de zinc la dépense pour une chaudière de 20 chevaux pendant 3 mois.
1244. On pourrait faire agir le fer en rognures sur les eaux corrosives, en dehors des chaudières, dans des bassines en cuivre chauffées par la chaleur perdue du fourneau ; mais il faudrait prolonger l'action pendant longtemps, et éviter avec soin l'introduction de l'air dans la chaudière.
Enfin on pourrait faire agir la craie sur les eaux d'alimentation dans les mêmes circonstances ; ce dernier procédé serait certainement très-efficace et préférable aux autres.
1245. Dans lamine d'anthracite de Bazonges (Mayenne), les eaux sont tellement corrosives qu'une chaudière de tôle a été détruite en trois mois. Elle a été remplacée par une chaudière de cuivre qui ne paraît pas avoir été altérée d'une manière sensible. Toutes les fois qu'on la nettoie, on y met 20 kilogrammes de ferraille, et on enduit la surface intérieure d'une couche de graisse formée de cinq sixièmes de suif et d'un sixième de mine de plomb. On emploie chaque fois 15 kilogrammes pour les deux chaudières qui sont chacune delà force de 8 chevaux.
1246. Sur le chemin de fer de l'Est belge on alimentait les locomotives au moyen des eaux provenant du charbonnage de Gilly et de Charleroy. A 6 ou 7 atmosphères, l'eau et la vapeur se mêlaient et sortaient à l'état de brouillard par les tuyaux de décharge ; après 2 ou 3 kilomètres, on était obligé de jeter les feux des locomotives. Il n'en était pas de même dans les générateurs fixes, où la pression ne dépassait pas S atmosphères. Cette eau, analysée par M. Stoclet, était d'une couleur brune paraissant due à une substance en suspension et très-ténue qui se dépose en noir sur le filtre.
L'eau mêlée à l'éther a abandonné à ce liquide une substance jaunâtre, à odeur empyreumatique qu'on obtient par évaporation ; cette substance peut être obtenue directement du lavage de la houille à l'éther; elle existe dans la matière en suspension, car l'eau filtrée ne la fournit pas. Cette substance étant desséchée devient soUde à 100° et se liquéfie et se boursoufle à une température supérieure. C'est- elle qui fournit l'adhérence du dépôt en devenant visqueuse à la température de l'eau des locomotives, tandis que dans les machines fixes la température plus basse de l'eau n'amène pas ce résultat. Le carbonate de potasse ne paraît pas modifier le résul-