‹ Traité de la chaleur considérée dans ses applications. 4. éd. publiéeChapitre 72 sur 298 · CHAPITRE VIII. — INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES

1254. Il résulte de ce tableau que les résidus de l'évaporation de ces eaux sont principalement formés de sulfate de chaux et de carbonate de chaux, de sulfate et de carbonate de magnésie, et c'est ce qui a été confirmé par l'analyse des dépôts et des concrétions qui se forment dans les générateurs alimentés par des eaux douces.

1255. Quant aux dépôts formés dans les générateurs alimentés par l'eau de mer, voici le résultat des expériences de M. Cousté. Toutes les surfaces intérieures des chaudières qui sont baignées par l'eau sont recouvertes d'une couche blanchâtre, à surface mamelonnée, dure comme du marbre, à cassure en partie amorphe et en partie cristalUne. L'épaisseur de cette couche varie beaucoup ; elle est de 2 milUmètres environ sur la caisse du foyer, et de 10 à 15 millimètres sur les points de la surface de chauffe où la chaleur est peu intense. Au fond des chaudières, on trouve une quantité considérable d'écaillés, tantôt minces et isolées, tantôt agglomérées et formant des concrétions quelquefois grosses comme des moellons. Si on examine la cassure d'une croûte un peu épaisse, encore adhérente à la surface de la chaudière, on remarque de petits filets jaunâtres, de consistance terreuse et moins dure, suivant lesquels la concrétion se clive facilement. La face de contact avec le métal est noircie par une couche d'oxyde ; en partant de cette face, on trouve une série de couches amorphes, blanches, divisées par les filets jaunâtres dont je viens de parler; et, à la face opposée, il y a généralement une couche d'apparence cristalline. Si l'on examine de même une des écailles un peu épaisses qu'on trouve détachées au fond des chaudières, on voit qu'elle est souvent formée d'un noyau de couches amorphes, complètement enveloppé par une couche cristalhne plus ou moins épaisse. Ces dépôts sont composés de 0,81 à 0,85 de sulfate de chaux, de 0,022 à 0,032 de carbonate de magnésie, de 0,06 à 0,10 de magnésie libre, d'un peu de fer, d'alumine et d'eau. Ainsi les dépôts concrétionnés et vaseux ne renferment point de carbonate de chaux. Les lames terreuses proviennent des dépôts, pendant les temps d'arrêt, des matières en suspension ; la moindre épaisseur des concrétions sur les surfaces de la boîte à feu provient du mouvement de l'eau occasionné par la grande quantité de vapeur qui s'y produit.

1256. Dans les eaux douces, le carbonate de chaux est tenu en dissolution par un excès d'acide carbonique, et s'y trouve à l'état de bicarbonate ; cet excès d'acide carbonique se dégage par l'action de la chaleur, et la plus grande partie du carbonate se précipite: en

outre, la solubilité du carbonate de chaux diminue rapidement à mesure que la température s'élève. A la température ordinaire, d'après M. Buchetz, la quantité de carbonate de chaux qui peut être dissoute dans un volume d'eau représenté par l'unité est comprise entre 1 : 24000 et \ : 16000, ou entre 0,00004 et 0,000062 ; ainsi la quantité de sel qu'un mètre cube d'eau peut dissoudre varie de 0'',04 à 0'',062. Cette quantité devient complètement nulle à une température comprise entre 140° et 150°, d'après M. Cousté.

1257. La solubilité du sulfate de chaux éprouve aussi de grandes variations avec la température. D'après M. Regnault, la solubilité du sulfate de chaux a son maximum à 3S°; 100 parties d'eau en dissolvent alors 0,254, et seulement 0,217 à 100°. A 12°, le poids de sulfate de chaux que peut dissoudre un mètre cube d'eau est égal à 2", 33. D'après les expériences de M. Cousté, la solubihté du sulfate de chaux est complètement nulle, comme celle du carbonate de chaux, à une température comprise entre 140° et 150°.

Ainsi, quand on produit de la vapeur sous une pression de 4 ou 5 atmosphères, avec des eaux douces ou de l'eau de mer, tous les sels calcaires devraient se déposer par le seul effet de l'élévation de la température.

1258. Si les dépôts résultaient uniquement de la concentration des eaux, qui les amènerait progressivement au point de saturation, on pourrait empêcher complètement leur formation, en enlevant d'une manière continue un certain volume d'eau chaude, de manière que la quantité de sel extrait égalât celle qui est introduite dans les eaux d'alimentation : par exemple, si l'eau d'ahmentation renfermait 0,01 d'un certain sel, et si l'eau saturée en contenait 0,03, il est évident qu'en évacuant un volume d'eau chaude égal au tiers de celui qui est fourni par l'alimentation, et en supposant l'eau de la chaudière saturée et homogène, il ne se produirait point de dépôt, et avec une plus grande extraction on se maintiendrait loin de la saturation.

1259. Il semble qu'une extraction partielle pour les générateurs à haute pression, à eau douce et à eau de mer, doive être sans efficacité, puisque les dépôts se forment par le seul effet de l'accroissement de la température de l'eau, et que, pour les générateurs à basse pression, cette extraction ne diminue les dépôts qu'autant que, par Télévation de température, les eaux ne sont pas amenées à saturation. Mais il n'en est pas ainsi, parce que les sels précipités restent toujours un certain temps en suspension, et qu'en enlevant

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