CHAPITRE VIII. — INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES. H
des eaux troubles on produit évidemment le même effet que si les matières en suspension étaient dissoutes. C'est d'ailleurs ce qui a été parfaitement confirmé par l'expérience sur les générateurs des bateaux à vapeur qui naviguent sur mer, quelle que soit la pression à laquelle la vapeur est produite.
1260. Épuration des eaux d'alimentation en les échauffant. — En échauffant les eaux d'alimentation à 100% on précipiterait le carbonate de chaux tenu en dissolution par un excès d'acide carbonique; en les chauffant à 140 ou 150% on précipiterait tous les sels de chaux. Dans ce dernier cas, si le vase réchauffeur était placé à la suite de la chaudière et si la vitesse de l'eau y était très-petite, tous les sels de chaux précipités resteraient dans le vase réchauffeur, et il n'arriverait dans la chaudière qu'une petite partie des dépôts demeurée en suspension. A la vérité, le vase réchauffeur s'incrusterait ; mais ces incrustations ne présenteraient pas les inconvénients de celles de la chaudière, parce que les surfaces incrustées ne seraient échauffées que par l'air brûlé déjà refroidi. On pourrait facilement nettoyer ces bouilleurs-réchauffeurs en plaçant dans chacun d'eux un système de feuille de tôle mince, horizontale, sur lesquelles les dépôts se formeraient en très-grande partie et qu'il serait facile d'enlever pour les nettoyer. Mais dans la pratique cette précipitation complète n'a jamais lieu, et ce moyen ne peut produire d'effet un peu considérable que dans le cas d'eaux très-chargées de substances étrangères.
1261. C'est à ce même mode d'épuration que se rapporte l'hydratmo-purificateur de M. Wagner, formé d'un réservoir parallélipipédique dans lequel se trouvent disposés des diaphragmes en forme de caisses peu élevées dont un des côtés est enlevé ; chaque caisse est de ce côté en retrait sur celle qui est placée au-dessous ; l'eau d'ahmentation est fournie à la partie supérieure et descend en coulant successivement sur chaque diaphragme, après quoi elle arrive dans une bâche inférieure ; en même temps la vapeur de la chaudière remplit le réservoir et porte l'eau à la température de 1 40 à 1 50° ; les dépôts se forment sur les diaphragmes et s'achèvent dans la bâche. De grandes portes clavetées, placées sur l'une des faces du réservoir, permettent de nettoyer les diaphragmes ; un trou d'homme remplit le même office pour la bâche.
Un grand nombre d'autres dispositions, basées sur le même principe, ont été proposées ; ces appareils sont en général encombrants
(le plus, la purification, comme nous l'avons dit plus haut, n'est pas complète : la pratique ne les a guère adoptés.
1262. Épuration des eaux d'alimentation par une action chimique. — Si les eaux ne contenaient que du carbonate de chaux tenu en dissolution par un excès d'acide carbonique, on pourrait le précipiter au moyen de l'eau de chaux, mais en ayant soin de ne pas employer ce réactif en excès, car l'eau dissout à peu près un millième de son poids de chaux, et celle-ci produit des incrustations très-dures. L'opération pourrait se faire au moyen de deux réservoirs : dans l'un, qui renfermerait un agitateur mis en mouvement par une manivelle, on opérerait la précipitation ; le second, qui recevrait les eaux du premier éclaircies par le repos, renfermerait le tuyau d'aspiration de la pompe aUmentaire. La capacité de chacun des réservoirs devrait être égale à la consommation d'eau pendant le temps nécessaire à l'éclaircissement des eaux, durée qui devrait être déterminée à l'avance. Comme la quantité de sel renfermée dans les eaux varie peu, on pourrait simplifier l'opération en introduisant immédiatement dans le réservoir de précipitation un volume d'eau de chaux qui aurait été déterminé par l'expérience.
1263. Si les eaux d'aUmentation renferment du carbonate de chaux et du sulfate de chaux, ce qui a lieu souvent pour les eaux douces, on pourrait précipiter d'abord le carbonate par la chaux, et ensuite le sulfate par une dissolution de cai'bonate de soude (sel de soude du commerce). Les quantités de ces deux matières, en volume pour l'eau de chaux et en poids pour le sel de soude, pourraient être déterminées par une seule expérience. Les eaux éclaircies ne renfermeraient, à la suite de l'opération, que du sulfate de soude à la place des sels de chaux. On pourrait simplifier l'opération en précipitant les deux sels de chaux par le sel de soude ; mais l'opération coûterait plus cher, et la liqueur éclaircie renfermerait une certaine quantité de carbonate de soude.
1264. Pour les eaux douces, la précipitation préalable des sels de chaux n'exigerait qu'une très-faible dépense. Prenons, par exemple, une machine de 25 chevaux, ahmentée par les eaux de Beileville, qui renferment l'',65 de sels par mètre cube. La quantité d'eau vaporisée par cheval et par heure est environ de 24 kilogrammes, soit 600 kilogrammes pour la machine ; la dépense de sel de soude sera à peu près égale au poids des sels, et par conséquent de 600. 1,65 : 1,000 =: 0'%99, ce qui, à raison de 55 francs les 100 kilogrammes, occasionnerait une dépense de 0,99.0,55 = 0^,54, et