CHAPITRE XII. — EXPLOSIONS DES CHAUDIÈRES A VAPEUR
pour les dissolutions salines saturées. M. Galy-Cazalat admet que, quand Teau est couverte d'une couche d'huile, ce liquide s'oppose seulement à ce que l'eau reprenne de l'air à mesure qu'elle perd par l'ébullilion, et que de l'eau privée d'air se comporterait de la même manière. Il explique alors certaines explosions par l'absence d'alimentation qui laisse l'eau privée d'air et lui permet de prendre une température plus élevée que celle qui correspond à la pression, et de produire instantanément une quantité de vapeur très-grande, d'oui résulte une pression que la chaudière ne peut pas supporter, et contre laquelle les soupapes de sûreté sont sans efficacité. Depuis, les expériences de MM. Dony, Dufour (de Genève) et Gernez ont mis en évidence la nécessité de la présence d'une atmosphère gazeuse pour déterminer l'ébullition d'un liquide à la température normale. Même au contact des surfaces métalliques ou des pointes (limaille de fer, fil àe platine), l'ébullition se trouve retardée si l'eau est absolument privée d'air, et on ne la détermine qu'en introduisant dans sa masse un corps qui y introduit de l'air d'une façon accidentelle (expériences de M. Dufour), ou en maintenant dans la masse, et d'une façon permanente, une certaine masse d'air en contact avec le liquide (expériences de M. Gernez). Si, lorsque l'ébullition a été retardée, elle vient à se produire, une quantité très-considérable de vapeur prend naissance et l'eau prend la température normale d'ébullition. Deux effets différents peuvent alors se manifester : la masse totale de l'eau renfermée dans la chaudière peut être soulevée brusquement par suite du développement instantané de la vapeur au fond du liquide, la masse ainsi lancée peut venir frapper la paroi supérieui-e de la chaudière et enlever celle-ci qui se trouve lancée dans l'espace; d'un autre côté, la production de vapeur qui se continue, et qui peut augmenter la pression dans une proportion énorme si la surélévation de l'eau a été seulement de 20 à 30'', peut ensuite déterminer l'explosion de la chaudière. Il peut se faire d'ailleurs que les deux effets soient simultanés et que 1» rupture de la chau* dière ait alors lieu sur place.
1465. M. Jaquemet a donné, il y a un certain nombre d'années, une explication des explosions complètement différente de celles que nous venons de voir; nous la rapporterons sommairement. M. Jaquemet a reconnu par expérience que, lorsqu'on ouvre une issue à la vapeur qui se forme dans une chaudière, si la section est très-petite relativement à la surface de chauffe, il ne se dégage que de la vapeur; si la section augmente, il sort un mélange d'eau et de vapeur, dans le-
quel Teau est d'autant plus abondante que la section est plus grande^ et qu'à une certaine limite de section, inférieure à celle qti'on donne communément à chacune des soupapes, il ne sort que de Teau. Il ré* suite de ce fait que, quand on ouvre une large issue à la vapeur, la vitesse d'écoulement du mélange d'eau et de vapeur étant beaucoup plus petite que celle de la vapeur pure, la quantité de chaleur entraînée hors de la chaudière pourrait être, malgré la plus grande densité du mélange, plus petite que celle qu'elle reçoit dans le même temps, et, par suite, que la tension de la vapeur augmenterait constamment jusqu'à la rupture de l'appareil. Cette expUcation suppose nécessairement qu'en ouvrant un large orifice à l'écoulement de la vapeur la pression de la chaudière augmente ; mais ce fait, que M. Jaquemet a observé un grand nombre de fois et qiii l'avait été avant lui, n'a pas été constaté depuis. Il était probablement dû à certaines circonstances particulières aux chaudières dont on s'est servi.
1466. On a expliqué les explosions fulminantes par la détonation d'un mélange d'hydrogène et d'air ; l'hydrogène proviendrait de la décomposition de l'eau sur le métal incandescent, ou de celle des matières grasses entraînées par Teau d'alimentation, et l'air arriverait par la pompe alimentaire dont le tube d'aspiration ne plongerait pas dans l'eau ou dont certains joints ne seraient pas parfaitement étanches ; l'inflammation du mélange détonant serait due au contact du métal incandescent, ou à une étincelle électrique résultant de l'électricité produite par la vaporisation. Cette dernière explication est bien difficile à admettre ; en effet, la quantité d'hydrogène qui se formerait ne pourrait donner un mélange explosif qu'avec l'oxyg^ne introduit par la pompe à air ; cette quantité toujours excessivement faible, 40 litres au maximum par mètre cube d'eau introduite, pourrait déterminer la combustion de 80 litres d'hydrogène ; or, 120 litres de gaz explosifs mesurés sous la pression atmosphérique se trouveraient dilués dans la vapeur d'eau que peut produire un mètre cube de ce liquide, soit 1 ,600,000 litres mesurés aussi sous la pression atmosphérique ; il est de toute impossibilité qu'un mélange pareil puisse faire explosion. D'ailleurs, la production de l'électricité, fournissant des étincelles, qu'on observe lors de l'écoulement de la vapeur et qu'on a appliquée dans la machine électrique d'Armstrong, est exclusivement due au frottement de l'eau liquide entraînée sur les parois du tuyau de sortie, et ce n'est pas dans l'intérieur de la chaudière que l'étincelle pourrait se produire. Quoi qu'il en soit, cette dernière explication des explosions, proposée, il y a longtemps, a été repro-