GIIAP. II. — CALORIFÈRES PLACÉS LOIN DES LIEUX A CHAUFFER
(les surfaces métalliques chauffées au rouge, parce qu'alors Tair acquiert une mauvaise odeur, provenant de la combustion des matières organiques qu'il tient en suspension. L'air, en effet, quelque transparent qu'il paraisse, retient en suspension une grande quantité de poussières impalpables qui se déposent lentement quand il est en repos ; on les aperçoit d'une manière très-nette en faisant pénétrer un rayon solaire dans une chambre obscure. Ces poussières sont de nature différente suivant les localités, mais il n'est pas douteux qu'une partie ne soit organique. Cependant, quand l'étendue des surfaces incandescentes est très-petite relativement à celle des surfaces de chauffe, il n'y a que peu d'air altéré, et l'odeur devient insensible.
Le contact de l'air à chauffer avec les surfaces métalliques rougies présente un autre inconvénient grave dont nous avons déjà parlé. C'est la production d'une certaine quantité d'oxyde de carbone provenant probablement de la décomposition de l'acide carbonique de l'air par le métal rougi. M. Morin a fait à cet égard des expériences avec l'aide de M. Urbain, ancien élève de l'École centrale ; la présence de Toxyde de carbone dans l'air a été déterminée dans l'air par deux moyens différents : le premierconsistaità placer des lapins dans l'air en expérience et à faire l'analyse du gaz du sang de ces animaux après un certain temps de séjour ; le second consiste à faire traverser par l'air une dissolution de souschlorure de cuivre qui absorbe l'oxyde de carbone.
De l'ensemble de ces expériences, il réaulte que dans une salle chauffée à l'air d'un poêle soit en fonte, soit en tôle, il y a production d'oxyde de carbone; que cette proportion est plus considérable pour les poêles en fonte que pour les poêles en tôle et qu'enfin elle augmente encore lorsque le poêle est enduit de plombagine.
Voici les nombres trouvés :
Proportion
(1 oxyde de carbone
dans l'air.
Poêle en fonte (modèle des casernes) 0,0014
Le môme enduit de plombagine 0,00n
Poôle en tôle emboutie 0,0004 1
Le môme enduit de plombagine 0,00122
Il y a tout lieu de supposer, d'après ces nombres, que c'est surtout l'inRuence du carbone, soit de la fonte, soit de la plombagine, qui détermine la décomposition de l'acide carbonique de l'air et fournit l'oxyde de carbone.
L'oxyde de carbone qui se développe ainsi par l'action de la fonte rougie, sans être une cause de danger immédiat pour la vie des personnes qui respirent l'air dans lequel il se produit, n'en exerce pas moins une action fâcheuse ; il en résulte un état de gêne, de lourdeur qui, lorsqu'il se prolonge, ne peut manquer d'avoir un effet pernicieux. Il y a donc lieu de proscrire les surfaces de fonte pour toute partie du calorifère qui doit rougir, lorsque l'air chauQéde\Ta servira la respiration.
1860. Lorsque l'air s'échauffe, la quantité de vapeur qu'il peut absorber augmente, et par conséquent son état hygrométrique s'abaisse, et quoiqu'il renferme toujours, sous le même poids, la même quantité d'eau, il se dessèche réellement. Cette circonstance peut avoir des effets fâcheux en provoquant un excès de transpiration. En conséquence, il est toujours utile de placer dans le calorifère un vase plein d'eau, destiné à mêler à l'air chaud une certaine quantité de vapeur qui devrait être telle que, dans les lieux habités, l'air à peu près à IS"" fût à moitié saturé. On pourrait satisfaire à cette condition au moyen d'un vase placé en dehors du calorifère, renfermant de l'eau aune hauteur constante, disposé comme le vase de Mariotte, garni d'un tube à robinet, par lequel Teau tomberait d*une manière continue sur une surface métallique chauffée, se réduirait en vapeur et serait entraînée par le courant d'air ; l'ouverture du robinet pourrait être réglée par l'observation d'un hygromètre placé dans les salles ventilées.
1861. Les surfaces de chauffe des calorifères transmettent moins de chaleur que les tuyaux à air brûlé des appareils placés dans les pièces qui doivent être échauffées, et dont nous avons parlé d'abord, parce que la différence des températures de l'air brûlé et de l'air pur est plus petite ; il faut compter sur 1"»^,5 à 2°^ de surface de chauffe directe par kilogramme de houille à brûler par heure. Je répéterai à cette occasion qu'une variation même assez considérable dan^ l'étendue de la surface a peu d'influence sur l'effet utile, parce qu'elle se porte toujours sur les surfaces extrêmes qui transmettent moins de chaleur. Il est important de remarquer que pour les catorifères employés au chauffage des habitations, la consommation de combustible étant très-variable, si on calculait les dimensions pour le maximum de consommation, il y aurait un excès de surface de chauffe pendant une grande partie du temps du chauffage, et le tirage de la cheminée pourrait être trop faible ; pour ce cas, il vaut mieux prendre la surface de chauffe pour la consommation moyenne,