‹ Traité de la chaleur (volume 2)Chapitre 60 sur 283 · CHAPITRE VIII. ^ INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. ^ INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES

ment altérés par les sels de chaux et faciliter au lieu de l'éviter TadhéreDce de la couche calcaire.

1220. Pour faire voir combien la présence des corps étrangers déposés au fond des chaudières faciUte leur détérioration, je rapporterai une observation faite par M. Gourlier, alors inspecteur des travaux de la Bourse. Peu de jours après la mise en activité du générateur destiné au chauffage de la Boiu*se, on s'aperçut qu'il était percé au fond ; on arrêta le feu, et on reconnut, après avoir vidé la chaudière, que le métal était brûlé dans un endroit où s'étaient trouvés quelques chiffons assez volumineux qui avaient été oubliés dans la chaudière lors de son établissement.

1221. En 1845, MM. Néron etKurtz, ayant remarqué qu'une chaudière à vapeur, alimentée par une petite rivière dont les eaux étaient colorées par des bains de teinture épuisés, ne produisait point d'incrustations, pensèrent que cet effet provenait des matières colorantes en dissolution dans ces eaux, et des expériences directes confirmèrent cette supposition. Après l'examen des résultats, le moyen qu'ils H)nt indiqué consiste à introduire dans une chaudière 1 kilogr. de bois de campêche en poudre ou en copeaux par force de cheval ; cette quantité de matière est suffisante pour éviter les incrustations pendant six semaines ou deux mois. Mais, comme les copeaux peuvent être entraînés par la vapeur, on a reconnu depuis qu'il était plus avantageux d'introduire dans la chaudière la matière colorante €n dissolution. D'après des expériences faites à Paris sur une machine de 16 chevaux, 1 kilogr. d'extrait solide de bois de campêche, par semaine, était suffisant pour empêcher l'agrégation des dépôts et les réduire à l'état de boue; la dépense par semaine était de € francs. La meilleure manière d'introduire la matière colorante dans la chaudière consiste à la dissoudre dans l'eau d'alimentation, et pour cela il suffit de placer les copeaux de bois de campêche dans un sac en toile plongé dans le réservoir d'alimentation ; la matière colorante se dissout lentement, de sorte que les eaux d'alimentation en contiennent peu. Il parait que, dans ce mode d'opération, la matière colorante est absorbée par les dépôts à mesure qu'ils se forment, et s'oppose à leur adhérence.

1222. De nombreuses expériences, faites à Saint-Quentin et à Lille dans plusieurs grandes usines, ont donné de très-bons résultats ; mais, dans d'autres localités, ce procédé n'a pas réussi ; il a été employé sans succès dans les générateurs des bateaux à vapeur naviguant sur mer. Comme les eaux d'alimentation des chaudières

de Saint-Quentin et de Lille ne renferment point de sulfate de chaux, que les dépôts formés par Teau de mer sont en très-grande partie formés de ce sel, il est très-probable que les matières colorantes n'agissent que sur le carbonate de chaux.

1223. On a proposé aussi d'employer la sciure de bois et beaucoup d'autres matières en poudre ; on a réussi quelquefois ainsi à éviter l'adhérence des dépôts ; mais ces matières, à cause de leur entraînement par la vapeur, présentent des inconvénients qui ont fait renoncer à leur emploi.

On a fait aussi séjourner l'eau d'alimentation dans un réservoir contenant des fagots d'écorce de chêne ; l'action qui se produit est alors due au tannin que renferme l'écorce et est la même que celle du bois de teinture ; c'est aussi à la présence du tannin qu'on peut attribuer l'effet du cachou.

1224. On trouve dans le commerce beaucoup de matières vendues comme propres à empêcher les incrustations, et qui sont composées de la manière la plus singulière ; il en est où l'on découvre, par l'analyse, du sel de soude, du cachou, de la dextrine, de la potasse, du sucre, de l'alun et de la gomme arabique. Il est évident qu'une pareille matière, introduite dans les chaudières, s'opposerait aux incrustations, si elle renfermait assez de sel de soude pour transformer le sulfate de chaux en carbonate de chaux, et une quantité suffisante de matière analogue aux extraits de bois de teinture pour s'opposer aux incrustations formées par le carbonate de chaux ; mais outre que les proportions de ces matières doivent dépendre nécessairement de la composition des eaux, leur composition, étant le plus souvent inconnue, est variable au gré des marchands, et l'on ne sait pas nettement ce qu'on introduit dans sa chaudière. Il serait évidemment plus simple d'effectuer la précipitation des sels de chaux avant l'alimentation ; l'opération s'effectuerait à moins de frais, et les dépôts resteraient en dehors.

1225. M. Kulhmann a indiqué un procédé qui réussit parfaitement quand les eaux ne renferment que du carbonate de chaux : il consiste à introduire dans la chaudière une certaine quantité de carbonate de soude ou de potasse ; ces sels s'emparent immédiatement de l'acide carbonique qui tient le carbonate de chaux en dissolution, ce dernier se précipite ; et, comme la précipitation est très-rapide, les dépôts ne s'agglomèrent pas et restent à l'état de boues. Mais, comme l'acide carbonique dont le carbonate alcalin s'est emparé se dégage par la chaleur, le carbonate de soude se retrouve bientôt à

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