CHAPITRE II. — CHAUFFAGE ET ASSAINISSEMENT DES HABITATIONS
|p charbon de bois, en Espagne, en Italie, et dans certaines contrées de rAmérique. Il est d'une extrême simplicité, et utilise toute la chaleur dégagée par le combustible ; mais, d*un autre côté, les produits de la combustion, toujours désagréables aux personnes, et nuisibles aux meubles et aux tentures, peuvent de plus, dans certains cas, être fort dangereux pour la santé.
2486. Remarquons, en effet, que 1 kilogramme de charbon, en brûlant, convertit en acide carbonique la totalité de Toxygène qui se trouve dans 9 mètres cubes d'air ; mais Tair devient impropre à la respiration quand il ne renferme ^lus que le tiers de Toxygène normal : d'où il suit que la combustion de 1 kilogramme de charbon rend irrespirables 27 mètres cubes d'air. Ainsi, l'air d'un appartement clos, de 4 mèlres de longueur siu* 4 de largeur et 3 de hauteur (soit 48 mètres cubes de capacité), serait rendu impropre à la respiration, et asphyxierait les hommes qui le respireraient, par la combustion de 1^,74 de charbon.
2487. Il est vrai que l'excès de température forcerait bien vite à ouvrir les fenêtres; car, en admettant qu'il n'y eût que peu de causes de refroidissement, la combustion de cette quantité de charbon
élèverait la température de l'air de ^Jcxi^xZm = ^^^"- ^^ ^^^^^^^^ le danger ne résulte que de la production de l'oxyde de carbone, qui donne beaucoup moins de chaleur et dont l'action sur l'économie animale est encore bien plus délétère. Les expériences de M. Félix Leblanc ont en effet démontré, comme nous l'avons vu (2334), que la présence de i centième de ce gaz dans l'air suffit pour donner la mort aux animaux à sang chaud.
2488. Le chauffage direct de Tair par la combustion doit être proscrit toutes les fois que les hommes doivent séjourner dans l'air échauffé; mais on peut l'appliquer avec moins d'inconvénients au chauffage des antichambres et des pièces où l'ouverture des portes produit nécessairement un renouvellement d'air qui atténue beaucoup les dangers que nous avons signalés. Il convient toutefois de conduire la combustion dans les brasiers de manière à éviter la production de Toxyde de carbone ; et, sous ce rapport, T^ploi de la braise, dont la combustion s'effectue principalement à la surface, d'une manière lente et continue, permet, beaucoup moins que le charbon en fragments, la production de ce gaz.
ClittiiiraKe de l'air dles mppmrimwkemim par le rayoBnemeMt eu eembastlble dans des foyem ouYerto.
2489. On a fait beaucoup de recherches pour savoir si les anciens faisaient usage des cheminées. Les maisons découvertes à Herculanum et à Pompéia n'en offrent point ; ainsi on doit présumer qu a Tépoque de la destruction de ces deux villes, on ne connaissait pas encore les cheminées en Italie, et qu'on se servait alors de foyers ouverts et portatifs. Les palais paraissent avoir été chauffés, à cette époque, comme nous Tavons déjà dit, par des fours placés au-dessous du rez-de-chaussée, dont la chaleur se distribuait dans la masse des bâtiments, et aussi par des foyers fixes, ouverts de tous les côtés, établis au milieu des pièces, et dont la fumée s'échappait par un orifice percé dans le toit. Ces deux modes de chauffage devaient exiger une énorme quantité de combustible.
2190. Au temps de Sénèque, on commença à pratiquer des tuyaux dans les murs, pour porter la chaleur dans les étages supérieurs. 11 est probable que c'est là l'origine des tuyaux destinés à recevoir la fumée.
2491 . L'époque à laquelle il faut placer l'origine des cheminées est assez incertaine ; les auteurs du commencement du quatorzième siècle semblent ne les pas connaître.
2492. La date la plus ancienne, et en même temps la plus certaine où il ait été question des cheminées, est l'année 1347. Une inscription trouvée à Venise apprend que cette année un tremblement de terre renversa un grand nombre de cheminées. Les premiers ramoneurs qui vinrent en France étaient originaires de la Savoie, du Piémont et des autres pays circonvoisins. Ces contrées ont été pendant longtemps les seules où le métier de ramoneur fût pratiqué ; d'où Ton peut conjecturer que les cheminées ont été inventées en Italie.
2493. L'usage des poêles est très-répandu dans le Nord, tandis qu'en France et dans la Grande-Bretagne on préfère les foyers découverts. Dans les parties les plus chaudes de TEspagne et del'Itahe, on voit très-peu de cheminées; le seul moyen de tempérer le froid, souvent très-vif pendant certains jours d'hiver, consiste à brûler du charbon de bois dans les foyers portatifs appelés braseros, dont nous avons déjà parlé (2485).
2494. On donna d'abord à l'ouverture des foyers découverts et aux tuyaux à fumée des dimensions démesurées ; ces dimensions, conser-
CHAPITRE II. — CHAUFFAGE ET ASSA1NISS8MENT DBS HABriATIONS. 23T vées encore dans les campagnes, produisent de très-graves inconvénients. La ventilation est énorme, et la masse d'air froid qui afflue du dehors vers le foyer refroidit tellement l'appartement, qu'il n'y a qu'une très-minime proportion de chaleur ntilisée. Enlin, la vitesse (le l'air dans la cheminée étant très-petite à cause de son grand diamètre et de la température peu élevée de la fumée, le tirage est facilement influencé par les vents, et il s'établit souvent dans la cheminée deux courants opposés, qui occasionnent le dégagement de la fumée dans la pièce; il peut même arriver que la quantité d'air appelé, croissant avec l'activité de la combustion, l'appartement se refroidisse d'autant plus que la consommation de combustible est plus forte. Les grandes ouvertures de foyers et les grandes sections de cheminées ont été abandonnées dans les villes depuis longtemps ; mais celles qui ont été conservées sont encore souvent trop considérables, et les foyers actuels ont, en partie du moins, les inconvénients des anciens.
2i95. Rumfort fut le premier qui améliora la constniction des foyers ; il rétrécit à 0,12 ou 0,15 de large l'orilice de communication avec la cheminée, diminua de près de moitié la profondeur du foyer, et le termina latéralement par des murs inclinées à 43". Ces foyers (fig. 617 et 618), connus généralement sous le nom de cheminées à la Rumfort, sont beaucoup plus avantageux que les anciens; la quantité d'air non brftlé qui passe dans le tuyau à fumée étant plus petite que pour les foyers ordinaires, la température de la fumée cesse d'être aussi faible. L'air brftlé se répartit d'une manière plus uniforme dans le canal, et l'ouverture supérieure étant également rélrécie, les doubles courants ne s'y établissent pas aussi facilement; la combustion est aussi plus vive, parce que la vitesse de l'air à l'oriGce est plus grande, et que l'air affluent est
mieux dirigé sur le combustible, ou du moins
, „ F'?, en et 618.
sur la flamme.
2496. Lhomond a modifié la disposition de Rumfort, et ajouté un tablier mobile, qui permet de régler à volonté l'orilice d'accès de l'air. On peut ainsi forcer presque tout le courant à passer sur le combustible; ce qui est très-utile, surtout pour l'allumage du foyer. Les
i'M UVHE )CV. — CHAUFKAGE ET VENTILATION DES LIEUX HABITES.
figui-es 619, 620. représentent cette cheminée en élé\ution et en coupe horizontale ; la figure 621 donne les détails du tablier nio-
Fig. a 10.
bile. Ce tablier se compose de trois volets en tôle mince, glissant les uns sur les antres dans une rainure figurée au plan ; celui qui est à la partie inférieure est soutenu au milieu par une chaîne, qui, après avoir passé sur deux poulies, se termine par un contre-poids. Les che-
Citf. 6Ï0. Fig. Ml,
minées de Lliomond sont ai^ourd'hui excessivement répandues, surtout à Paris.
2497. Cheminée à houille et à coke. — Les figures 622 et 623 représentent rélévation et la coupe d'une cheminée à houille. Les jambages sont disposés comme dans la cheminée de Lhomond, et le combustible brûle sur une grille formée de barreaux qui sont fixés dans les murs latéraux du foyer, abcde^i un tablier mobile autour de la charnière cd, et qu'on abaisse devant la grille pour allumer le combustible. Dans cette position, tout l'air appelé par la cheminée passe nécessairement à travers le foyer, et le tirage est beaucoup augmenté. On emploie aussi des tabliers qui ne font poini pat*-
CHAPITKE l[. — CHAUFFAGE ET ASSAINISSEMENT DES HABITATIONS. iS!)
lie de la cheminée, et qu'on accroche à un clou devant le foyer, quand on veut allumer le combustible.
Fiy. eîî. Fig. 653,
ti^S. En .Vmériqde, on brûle Taiithracite dans des foyers disposés à peu près de la même manière.
*499. (ne bonne disposition de foyer à bouille consiste à placer la grille tout à fait en saillie, de manière à uftiiser le plus possible la chaleur rayonnante. Une calotte demi-circulaire sert à diriger la fumée dans le tuyau de cheminée.
2500. Un peut encore briller la houille et le coke dans une cheminée ordinaire de Lbomond, en mettant à la place des chenets une grille en fonte de forme convenable.
2501 . Considérations générales sur les cheminées. — Le chauffage par les foyers découverts a pour objet de laisser voir le feu. Cette vue du feu est devenue un besoin auquel on sacrifie une grande quantité de combustible, et auquel on ne renoncera pas en France et dans quelques pays. Ce qu'il convient donc de chercher à réaliser, c'est d'effectuer avec cette condition le chauffage et la ventilation le plus économiquement possible.
2502. La première condition à remplir, pour toutes les cheminées, estd'assurer le renouvellement de l'air dans les pièces chauffées. Le plus souvent on ne prend aucune disposition particulière dans ce but, et l'air nécessaire à la combustion s'introduit par les fissures des portes et des fenêtres. Il en résulte des courants d'air froid souvent très-désagréables, et des irrégularités qui peuvent être cause que ta fumée se répand dans la pièce. Il est préférable de régler la ventilation par des ouvertures spéciales et de dimensions suffisanfes.
prenant directement Tair à Textérieur; et il convient, au point de vue de la salubrité et de Téconomie, de chauffer l'air avant son introduction dans Tappartement.
Les prises d'air neuf s'exécutent au moyen de caniveaux établis dans répaisseur des planchers et débouchant au parement des murs de façade ; mais ces conduits sont ordinairement d'une section bien trop faible ; de plus on les garnit à leur origine à Tair libre, d'une grille qui diminue la section de passage de l'air de près de moitié et cause, en outre, une contraction et une résistance. Comme cette grille est nécessaire, il faudrait ébraser ces caniveaux à leur débouché à l'extérieur de manière à obtenir une section de grille suffisante pour le passage de l'air neuf.
2503. Il n'est pas possible de fixer d'une manière précise les dimensions des tuyaux de cheminée, à cause des variations dans l'intensité du feu qu'on y fait. D'après un grand nombre d'expériences faites sur différentes cheminées, dont plusieurs étaient disposées de la manière la plus favorable pour diminuer le volume d'air qui échappe à la combustion, on peut admettre qu'en général, dans les foyers découverts, le volume d'air appelé est au moins de 100"" par kilogramme de bois, et on a reconnu qu'une ouverture circulaire de ydraq 5 ^ 4«««nq 5 ggj prcsquc toujours suffisante pour le tuyau de cheminée, et à plus forte raison pour le tuyau d'arrivée d'air. Pour de grandes pièces, comme des salons devant recevoir un grand nombre de personnes et exigeant par suite une plus grande ventilation, on augmente la section et on peut la porter à 7 '""^ au plus quand on les fait en poterie; si on voulait avoir de plus grandes dimensions, il faudrait une cheminée en briques à laquelle on pourait alors donner une large section .
2504. La seule chaleur utilisée dans les foyers ordinaires est celle qui provient du rayonnement; par conséquent, les combustibles les plus avantageux sont ceux qui ont un grand pouvoir rayonnant. La houille et le coke, sous ce rapport, sont préférables au bois.
2505. L'ouverture d'une cheminée ordinaire laisse passer dans l'appartement à peu près le quart de la quantité totale de chaleur rayonnée par les combustibles. Or, comme la chaleur rayonnée est 0,25 de la chaleur totale dégagée pour le bois, 0,50 pour le charbon de bois, la houille et le coke, la chaleur utilisée dans les foyers découverts est à peu près égale à 0,06 de la chaleur totale pour le bois, et 0,12 pour les trois autres combustibles.
2506. On a cherché à perfectionner les cheminées, soit en facili-