CHAPITRE V
Ghauffai^e et assainissement des prisons.
Suivant mon usage, je parlerai d'abord des dispositions qui ont été employées, je donnerai les résultats des expériences qui ont été faites, et j'indiquerai ensuite les dispositions qui me paraissent préférables dans les différents cas.
Prison Maxss*
2783. En 1843, un^ commission fut nommée par M. le préfet de la Seine pour examiner des projets de chauffage et de ventilation de cette prison cellulaire, présentés par M. Grouvelle et par M. Léon Duvoir-Leblanc. Cette commission était composée de M. Arago, président, de MM. Gay-Lussac, Pouillet, Dumas, Boussingault, Andral, membres de l'Académie des sciences ; Péclet, FéUx Leblanc, Bouvattier, Grillon, Marcello!, membres du conseil général de la Seine ; Durand et Jay, membres de la commission d'architecture de la ville de Paris ; Lecointe et .Gilbert, architectes de la nouvelle prison ; Mastrelle, chef de division, et Darié, chef du bureau des travaux de la ville de Paris.
Une sous-commission, composée de MM. Dumas, Boussingault, Andral, Péclet et Leblanc, fut chargée d'étudier les modes de ventilation et de vidange qu'il serait le plus convenable d'employer, et de déterminer par l'expérience le volume d'air qui devait être fourni par heure à chaque détenu. Une autre sous-commission, composée de MM. Boussingault, Péclet et Leblanc, avait pour mission d'examiner les projets de chauffage et de ventilation présentés par les deux concurrents.
2784. A l'époque de la nomination de la commission, les constructions de la prison Mazas n'étaient point terminées. D'après les plans envoie d'exécution, ils consistaient en six bâtiments rayonnant autour d'un centre commun, comprenant ensemble à peu près les deux
tiers de la circonférence, et enveloppés par un mur d'enceinte ; chaque bâtiment devait être divisé en deux parties, par un grand corridor ayant la même longueur et s'élevant jusqu'au toit; chaque aile devait renfermer trois étages de cellules, y compris celles du rez-dechaussée; celles du premier et du second étage étaient desservies par un balcon. Le bâtiment destiné à l'administration devait être placé dans Tangle formé par le premier et le sixième bâtiment de la prison. Cette description succincte estsufftsante pour faire comprendre les principes des projets présentés par les concurrents.
2785. Le projet de M. Grouvelle a été adopté et exécuté. Ses appareils fonctionnent depuis 1850. Je pourrais me borner à parler de ce projet, mais comme le procédé de M. Léon Duvoir-Leblanc ^été appliqué aux prisons cellulaires de Senlis, Tours, Saint-Quentin, Château-Thierry et Copenhague, et qu'il s'agit d'une question sanitaire s'appliquant à des malheureux qui ne peuvent pas se plaindre, je saisis l'occasion de le discuter, puisque c'est une commission offrant toutes les garanties d'impartialité qui a prononcé sur le mérite relatif des systèmes. Cet examen offre d'autant plus d'intérêt que le projet de M. Duvoir-Leblanc avait été admis par la commission d'architecture.
2786. M. Léon Duvoir avait présenté trois projets qui ne différaient que par le mode employé pour produire l'appel de l'air de la ventilation. Le chauffage est à circulation d'eau chaude ; il se fait au moyen de six chaudières dites hydropyrotechniques placées dans les caves, une pour chaque aile de la prison ; une septième chaudière sert au chauffage du bâtiment d'administration.
Sous chaque corridor se trouve un canal dans lequel on dispose huit poêles à eau chaudey équidistants, et réunis par des tuyaux en fonte, et dans lesquels la température devra être variable, suivant la température extérieure. L'air appelé par les ouvertures, •communiquant avec l'extérieur, pénètre dans le canal qui règne sous le corridor, s'échauffe par son contact avec les tuyaux et les poêles à eau, et se répand dans l'enceinte par huit bouches de chaleur dont la position correspond à celle des huit poêles. L'air du corridor ainsi chauffé est ensuite versé dans les cellules par un moyen d'appel dont nous rendons compte plus bas. Comme, à raison du mode de chauffage de l'air dans les corridors, il ne saurait régner dans cette enceinte une température uniforme, M. Duvoir a muni chacune des cellules du rez-de-chaussée d'une bouche spéciale de chaleur communiquant avec le canal d'air chaud du corridor.