‹ Traité de la chaleurChapitre 290 sur 301 · CBAPITRE XIV. — EXAMEN RÉSUMÉ DES LIEUX HABITÉS · texte numérisé non relu

CBAPITRE XIV. — EXAMEN RÉSUMÉ DES LIEUX HABITÉS

vapeur d'eau produite par personne aussi bien par la transpiration pulmonaire que par la transpiration cutanée étant, d'après M. Barrai, de 50 grammes environ par heure, ce qui correspond à peu près à 0"%06, le poids de vapeur dont se chargera chaque mètre cube d'air, sera de 50 : 30 = 1»%67, et comme le poids d'eau qui sature un mètre cube d'air à 20"* est de 17'',2i, si on suppose qu'avant son entrée, la fraction de saturation soit 0,50 ; celle-ci se trouvera dans la salle égale à 0,50 -f 1,67 : 17,21 = 0,60 environ, condition parfaitement tolérable ; il en serait encore de jnéme si l'air était à 15% car alors le poids d'air qui sature un mètre cube étant 12,76 1a fraction de saturation serait 0,50 -|- 1,67: 12,76 = 0,63, ce qui n'aurait encore rien d'exagéré.

3217. On voit donc que, aussi bien au point de vue de l'eau que de celui de Tacide carbonique à évacuer, 30 mètres cubes d'air par homme et par heure, seront complètement suffisants pour assurer des conditions hygiéniques convenables à l'homme adulte et sain.

3218. A propos de la vapeur d'eau produite, M. le général Morin, dans le mémoire cité plus haut, examinant des résultats d'expériences de M. Leblanc dans différentes casernes non ventilées, constate que la quantité de vapeur d'eau renfermée après un séjour de dix heures des hommes dans les chambrées était de 0"*,0123 à 15^ Ce nombre, dit-il, est notablement inférieur à celui de O'°,0433, trouvé par M. Dumas, la différence doit être attribuée à ce qu'une partie de la vapeur dégagée se condensait sur les murs et le volume de0'"%0123 peut être regardé comme celui qu'il faudrait évacuer par heure au moyen d'une ventilation continue. Nous avons vu que, dans tous les cas, la ventilation qui ramène à la limite convenable la quantité d'acide carbonique que contient l'air, enlève aussi toute la vapeur d'eau et maintient l'air à une distance assez éloignée du point de saturation pour qu'on n'ait pas à se préoccuper de la vapeur d'eau ; mais s'il n'en était pas ainsi, il faudrait considérer l'opinion émise par le général Morin comme tout à fait erronée ; en effet, il est de la plus haute importance d'empêcher toute condensation d'eau sur les murailles ; cette eau, en effet, se dépose en entraînant une certaine portion des matières organiques que contient l'air ; ces matières peuvent alors imprégner les murs et y créer de véritables foyers d'infection.

Quant à la question de l'espace cubique réservé à chaque personne dans la salle ventilée, nous avons vu qu'il n'y a aucune raison pour lui donner des dimensions exagérées ; dans une certaine mesure, il

y a plutôt intérêt à la restreindre pour ne pas permettre aux matières organiques provenant de la respiration de se décomposer.

3219. Dans tous les lieux où séjourneront des hommes en état de santé, comme les amphithéâtres, les salles (T assemblée, les théâtres^ les ateliers où il n'y aura pas de conditions spéciales de viciation de Tair, les prisons même, une ventilation effective de 30 mètres cubes par homme et par heure sera suffisante dans tous les cas.

3220. Dans les écoles d'enfants et les asiles, ainsi que dans les lycées et en général dans tous les lieux occupés par des enfants, la respiration fournit des gaz étrangers en quantité notablement moindre, et on peut alors se contenter d'un renouvellement d'air de 12 à 15 mètres cubes par enfant et par heure. '

3221. Quand des .causes spéciales d'insalubrité viennent s'ajouter à celles qui résultent de la respiration pulmonaire et cutanée, il est nécessaire d'augmenter la quantité d'air de ventilation, dans ce cas aucune donnée ne permet d'établir exactement ce que doit être cette augmentation et c'est ainsi que l'expérience a amené à employer des volumes d'air de plus en plus considérables pour la ventilation des hôpitaux, c'est ainsi, comme nous l'avons vu précédemment, qu'à l'hôpital Ménilmontant, la ventilation a été établie pour fournir :

Aux malades ordinaires 1 00*"'*

Aux varioleux 200«n«.

Aux femmes en couches 300"«-

3222. Parmi les causes spéciales d'insalubrité auxquelles il faut parer parla ventilation, peuvent se trouver des dégagements ou productions de gaz divers ; tels sont, l'acide sulfhydrique et l'ammoniaque dans les étables. M. le général Morin, en considérant les valeurs différentes des densités de ce gaz, arrive à conclure que dans une étable l'ammoniaque se tiendra à la partie supérieure, l'acide carbonique et l'acide sulfhydrique à la partie inférieure (Études sur la ventilation, tome I, page 205). Il y a lieu de s'étonner de rencontrer une pareille opinion chez un savant aussi distingué que le général Morin, lorsqu'on sait la facilité avec laquelle les gaz se mélangent ; que quelques bulles d'ammoniaque, d'acide sulfhydrique, d'acide sulfure\i>[ soient dégagées dans un amphithéâtre ou dans un laboratoire, et presque instantanément leur odeur se fait sentir dans tous les points de la salle ; dans le cas cité, celui des étables, le dégagement se fait avec une extrême lenteur et sous l'influence d'une

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fermentation qui, en élevant la température, rompt l'équilibre de la masse gazeuse et facilite le mélange.

3223. Quand le dégagement de gaz se fait sur un point donné et en grande masse, c*est surtout au voisinage de ce dégagement qu'on trouve la plus forte proportion de ce gaz, alors que la diffusion dans l'air n'a pas encore pu s'établir. C'est là la raison d'un certain nombre de phénomènes naturels curieux qui fournissent en même temps la démonstration du principe énoncé. Tout le monde connaît le fait de la grotte du Chien, à Pouzzoles, dans laquelle se dégage, à travers le sol et en petites bulles, de l'acide carbonique qui s'étend en une nappe asphyxiante ayant, à l'entrée de la grotte 0"',20 au-dessus du sol, et au fond O'^jGO; au-dessus de cette nappe se trouve de l'air respirable.

Non loin de la grotte du Chien se trouve la grotte d'Ammoniaque {Guide pratique aux eaux minérales du />' James) qui est une fosse à peu près carrée d'un mètre de profondeur, recouverte d'une voûte de 3°',00 de haut ; du sol se dégage de l'ammoniaque qui forme une couche d'un mètre de hauteur environ, surmontée d'une couche d'air respirable.

3224. S'il s'agit de l'air rejeté par la respiration, le mélange dont il est constitué a presque exactement la même densité que l'air à la même température, et comme il a une température plus élevée que celle de l'air ambiant, il tend à s'élever, quoique d'ailleurs il contienne une assez forte proportion d'acide carbonique. Aussi dans les salles qui n'ont pas une très-grande hauteur, qui ne sont que peu ou point ventilées, et où par conséquent le mélange n'est pas faciHté, il peut se faire qu'on trouve à la partie supérieure, en même temps qu'une température plus élevée, une plus forte proportion d'acide carbonique ; nous citerons à ce sujet les expériences du docteur Pettenkofer, de Munich, sur les proportions d'acide carbonique contenues dans l'atmosphère d'une salle d'hôpital. A l'hospice de la Maternité de Munich, dans une salle de 12'" ,50 de long, de S^jiS de large et de 4",40 de haut, qui n'était pas ventilée et qui était occupée par des femmes en couche, on a trouvé pour la proportion d'acide carbonique contenu dans l'air sur lOOO parties en volume en trois points différents près du plancher 2,20; 2,24; 2,27, et sur deux points près du plafond 2,69 et 2,63; dans une autre salle ventilée occupée par cinq accouchées et quatre nouveau-nés, on a trouvé à 0",15 du sol 0,38 et 0,39 pour 1000 d'acide carbonique et à 0",60 au-dessous du plafond 0,68 et 0,74 ;

la température était de 20%50 près du plancher et de 2l*,.H0 près du plafond. On voit donc que dans ce cas les mouvements de Tair dans une salle habitée, provoqués par l'élévation de la température, peuvent produire une influence toute contraire à celle qu'on serait tenté d'attribuer à un excès de densité.

3225. Il ne suffit pas de se préoccuper de ventiler les lieux habités, il faut en même temps se préoccuper d'en diminuer l'infection en prenant toutes les mesures de propreté nécessaire; il faut assurer le nettoyage des parquets, des murs ; avoir des cuisines, des lieux d'aisances inodores, etc.

3226. Température de l'air à introduire dans la salle. — On peut facilement, étant donnée la température qu'il s'agit de maintenir dans la salle, déterminer celle de l'air de ventilation ; supposons que la température extérieure soit plus basse que la température intérieure ; il faudra d'abord calculer la quantité de chaleur perdue en une heure par les parois de la pièce d'après les nombres du n*" 2476 ; on calculera d'autre part la quantité de chaleur produite aussi en une heure par la présence des habitants et des appareils d'éclairage ; pour chaque personne occupant la pièce on prendra 100 calories environ par heure; pour les appareils d'éclairage on déduira la quantité de chaleur produite de la consommation et de la puissance calorifique de la matière éclairante, qu'on pourra toujours calculer approximativement d'après la composition de cette substance. On fera la différence entre la quantité de chaleur perdue par les parois et celle qui est produite par la présence des occupants et les appareils d'éclairage, et on la divisera par le produit qu'on obtiendra en multipliant le nombre de personnes par le volume d'air accordé à chaque personne et ensuite par la capacité calorifique de l'air ; le quotient sera le nombre de degrés dont l'air amené dans la salle devra être au-dessous ou au-dessus de la température qu'il faut maintenir dans la salle suivant que la quantité de chaleur perdue par les parois sera plus petite ou plus grande que la quantité de chaleur produite par les personnes occupant la salle et les appareils d'éclairage ; dans le calcul, il faudra assimiler chaque bec de gaz à une personne.

Si l'excès de température qu'on doit donner à l'air introduit était trop considérable, on pourrait augmenter la quantité de chaleur produite intérieurement en y plaçant des poêles à rayonnement direct qui varieraient suivant le mode de chauffage adopté.

Si la température extérieure était plus élevée que celle qu'on doit maintenir dans la salle, il faudrait ajouter la quantité de chaleur

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