‹ Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintementChapitre 1 sur 105 · Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintement · texte numérisé non relu

Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintement

N ne doit pas être surpris de voir paraître de temps en temps des Livres de piété sur des matières qui ont été déjà traitées. Les Mystères de là Religion sont semblables à ces mines riches et abondantes qu'on n'épuise jamais, et qui fournissent toujours quelque chose de nouveau à mesure qu'on les creuse. Car au lieu que le monde, sous des dehors éclatants, dont les esprits superficiels se laissent éblouir, ne cache que de la pauvreté et des migres, Jésus-Christ ayant renfermé sous des apparences vulgaires ses plus précieux trésors, st important d'en étaler souvent les richesses aux yeux des fidèles. D'ailleurs, il arrive rarement qu'un même auteur soit du goût de tout le monde. Mais quand plusieurs, chacun selon sun caractère, traitent le môme sujet, les lecteurs peuvent plus aisément rencontrer dans cette grande variété ce qui convient le plus à leur état présent. Enfin la nouveauté ;i toujours quelque agrément; et quelquefois un livrequ'onlit précisément parce qu'ils est nouveau, produit dos fruits qu'un autre, quoique

meilleur, mais négligé à cause qu'il est ancien, ne produirait pas.

Que s'il est à propos de renouveler ainsi la dévotion des fidèles sur leurs exercices de piété, c'est principalement sur la Communion. Ce sacrement est la fin de tous les autres, le moyen le plus sûr pour arriver à la perfection, une source féconde de grâces, le paradis des chrétiens sur la terre, le gage et l'avant-goût de la félicité des bienheureux, le viatique pour passer de ce monde au Ciel, le germe de la résurrection et de l'immortalité glorieuse, le plus illustre témoignage de l'amour de Jésus-Christ où il a renfermé toutes les merveilles de son Église, et où il s'est renfermé lui-même, lui en qui réside corporellement toute la plénitude de la Divinité. (Col. I. 19.)

Cependant il faut l'avouer, un Dieu couvert des espèces du pain et du vin, est un Dieu bien caché. A moins que de lever souvent ces sombres voiles pour révéler aux chrétiens la majesté du Fils unique de Dieu, présent dans cet adorable Mystère, et l'excellence des faveurs qu'il y répand, il y aurait à craindre que des gens accoutumés à se conduire par les sens, n'apercevant que du pain dans l'Eucharistie, ne vinssent peu à peu à croire, ainsi qu'il est arrivé dans ces derniers siècles, qu'il n'y a effectivement que du pain. D'ailleurs, le démon, jaloux de la gloire que les hommes procurent à

Dieu par ce Sacrement, et du profit qu'ils en retirent, non content de tendre des pièges à leur créance, s'efforce encore de ralentir sous de spécieux prétextes leur ferveur pour la Communion. C'est pourquoi il est du devoir de ceux qui ont du zèle, de ne se point lasser de précautionner les fidèles contre de si dangereux artifices.

Outre ces vues générales qui m'ont porté à entreprendre cet ouvrage, mon dessein particulier a été de réduire en un seul volume tout ce qui m'a paru capable d'inspirer une haute estime pour la Communion, et d'en faciliter la pratique. Les gens du monde, aussi bien que les personnes religieuses, ceux qui communient souvent, et ceux qui le font rarement, les âmes les plus avancées dans la perfection et celles qui ne font qu'y aspirer, trouveront ici des secours conformes à leur état présent, et à celui où elles arriveront, à proportion qu'elles ;ivanceront dans le chemin de la vertu.

Pour le remplir, ce dessein, selon les lumières qu'il a plu à Dieu de me donner, je divise ce Traité en quatre parties. Dans la première, je tache d'exciter un grand désir de prendre cette divine nourriture, en exposant la fin pour Laquelle le Fils de Dieu nous l'a donnée, et la grande multitude des avantages qui y sont attachés. Je montre que ce Sacrement a été institué pour entretenir et pour perfectionner la

vie de l'âme qui consiste dans la charité; qu'il l'allume dans nos cœurs, en nous unissant à Jésus-Christ, nous rendant semblables à lui, et nous comblant de joies spirituelles. J'ajoute que ce Pain céleste nous fortifie contre tous les ennemis qui attentent à la vie de nos âmes ; qu'il guérit leurs maladies, et répare leurs forces affaiblies ; que la Communion enfin est de tous les exercices de piété le plus efficace pour glorifier Dieu et pour sanctifier les chrétiens.

Mais le Sauveur ne voulant point produire sans notre coopération tous ces merveilleux effets, je parle dans la seconde partie des moyens de le seconder. L'Eucharistie nous ayant été donnée sous le symbole de la nourriture corporelle , on ne peut mieux raisonner, ce me semble, des dispositions qu'elle demande, que par rapport à celles qui sont requises pour profiter des viandes matérielles. Pour nourrir le corps, il faut qu'il vive, qu'il ait faim, et qu'il mange: il en est ainsi de l'âme. Si vous voulez qu'elle ressente les effets du Sacrement de nos autels, il faut qu'elle soit en vie quand elle prend cette sainte nourriture, qu'elle en ait appétit, et qu'elle la mange. On explique en autant de chapitres en quoi consiste la vie, la faim, et la manducation spirituelle. Mais comme on ne se nourrit que pour retourner au travail après avoir réparé ses forces, on déclare dans le dernier chapitre l'obligation qu'ont tous les

vu

chrétiens de s'adonner après avoir communié, aux bonnes œuvres avec un renouvellement de ferveur. Chacun de ces devoirs, dont lame doit s'acquitter, pour communier saintement, a un défaut qui lui est opposé, et qui met obstacle au moins à quelqu'un des fruits de l'Eucharistie. Ces défauts sont le péché mortel, le péché véniel habituel, le péché véniel actuel, et la rechute dans le péché après la Communion . Le premier ôte la vie à l'âme, le second lui ôte l'appétit, le troisième empêche la manducation actuellement spirituelle, comme parle saint Thomas, quoiqu'il n'empêche pas l'habituelle , et le quatrième met obstacle au progrès qu'on pourrait faire dans la perfection avec les secours auxquels la grâce, reçue par ce Sacrement, nous donne quelque sorte de droit. Je traite fort au long dans la troisième partie, de ces quatre sortes de péchés qui sont les causes ordinaires du peu de changement qu'on voit dans les moeurs des chrétiens après un si grand nombre de Communions.

Dans la quatrième partie, je réduis en pratique toutes les instructions que j'ai données dans les précédentes, et j'en compose une méthode pour approcher dignement delà sainte Tal.l»\ Connue elle est pour tout le inonde, je me suis étudié à la rendre extrêmement facile, claire el intelligible, en descendant dans un grand détail de toùl ce qu'il est importanl d'ob-

VIH

server pour bien faire une action si sainte. On y trouvera la manière de se préparer à recevoir Notre-Seigneur, de l'entretenir après l'avoir reçu, de profiter ensuite des grâces qu'il nous aura faites, et de lui garder la fidélité que nous lui avons promise. On enseigne le moyen de former des actes de vertu durant ces différents temps, et l'on en donne de tout faits pour ceux qui n'en pourraient pas former. Pour prévenir le dégoût que cause une certaine routine de prières souvent répétées, on a mis divers entretiens avec Notre-Seigneur, on a étendu assez au long tous ces exercices de piété, pour qu'on puisse en prendre, tantôt une partie, tantôt une autre; et l'on a tiré des Saintes Écritures, et des ouvrages des Pères, un grand nombre d'aspirations et d'oraisons jaculatoires, afin qu'on puisse en changer, et que chacun selon ses différentes dispositions, puissechoisir celles qui lui seront les plus utiles. Et afin qu'il ne manquât rien à ce Traité, de tout ce que les bonnes âmes pourraient désirer sur cette matière, on y explique encore, et L'utilité de la Communion spirituelle, et la manière de la bien faire. En un mot, on n'a rien négligé de tout ce qui pourrait applanir les difficultés des commençants, et satisfaire la dévotion des parfaits.

Page 1