‹ Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintementChapitre 100 sur 105 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la Communion spirituelle.

Il ne faut pas s'imairiner que la Communion spirituelle soit une de ces inventions de quelques âmes dévotes, qui n'ont nul fond niont solide. C'est un acte de Religion , qui honore Dieu, et une dévotion très-utile à tous ceux qui la pratiquent.

Le Concile do Trente l'autorise, quand il

il serait à souhaiter que tous les fîdè-

communiassent non-seulement par une

spirituelle, spirituali affectu, mais

aussi réellement, toutes les fois qu'ils àssis-

tent à lit Messe. Les Pères et les Maîtres de

la vie spirituelle nous L'enseignent, et saint

tirent Justinien exhorte les Chrétiens ;i communl s les .jours au moins spiri-

tuellement, on appelle spirituelle cette Communion, parce qu'elle ne consiste que dans (\c> actes spirituels , et quenousne recevons point réellement leCorpset le Sang de .lésus- ( Ihrist.Mais on no hi îs- l'en tirerdetrès-

avantages. Car comme le Sauveur durant sa \ ie mortelle guérissail les malades, tantôt en les touchant, tantôt par une seul

parole, et quelquefois mômesans se transporter sur les lieux où ils étaient, de même

à présent qu'il demeure encore parmi nous dans l'Eucharistie, il guérit les faiblesses et les infirmités de nos âmes, non seulement en les touchant par la Communion réelle, mais d'une seule parole, et par un acte de volonté., quand nous l'en prions, et surtout quand nous le recevons spirituellement.

En quoi consiste la Communion spirituelle ? Elle consiste essentiellement dans un désir sincère de communier effectivement. J'appelle un désir sincère, celui d'une âme qui est tellement disposée, que s'il ii" dépendait que d'elle, elle communierait réellement au moment qu'elle ne fait que désirer de communier. Par exemple, une personne religieuse entend la Messe un jour auquel on ne communie point dans sa communauté : ;i la vue de Jésus-Christ présent sur l'autel, elle forme un désir si efficace de le recevoir, que s'il lui était permis elle s'approcherait infailliblement de la sainte Table. Voila ce qui s'appelle, à proprement parler, une Communion spirituelle. Sans cette difposition, sans ce désir, quelques actes qu'elle exerce à l'égard du Sauveur, quoiqu'elle l'adore, qu'elle le remercie, qu'elle lui d

mande, elle ne communie point spirituel!» -

ment de cette manière spéciale dont nous parlons ici.

Car lorsque Dieu par un effet de sa bonté infinie nous tient compte de nos bonnes volontés, et qu'il récompense le désir d'une action sainte comme si nous l'avions effectivement pratiquée , il faut pour cela que ce désir soit efficace, c'est-à-dire, qu'il ne manque de rien de notre côté pour l'exécution. ( l'est pourquoi il arrive rarement qu'une personne- qui se prive de l'Eucharistie, quand il lui est permis de la recevoir, fasse jamais de véritables Communions spirituelles. Car la volonté de jeûner dans une personne malade serait fort suspecte si elle manquait de jeûner quand elle se porte bien ; ainsi la volonté de communier réellement est fort douteuse dans une personne qui ne communie point quand elle le peut; ce n'est tout au plus, comme on dit, qu'une velléité, et un désir fort imparfait.

III. Quelle méthode faut-il garder, pour bien faire la Communion spirituelle? La même ;i peu prés que quand on communie réellement, et l'on peut se servir des préparations et dos entretiens que nous avons prescrits pour la Communion réelle. 1" Puri-

fiez votre cœur par la détestation de vos

péchés et surtout de ceux que vous ;r commis depuis votre dernière confession.

:2° Après avoir fait un acte de foi de la présence de Jésus-Christ dans F Eucharistie , adorez-le, et songez que son dessein en cachant, a été de répandre dans nos âmes les richesses de son amour. 3° Ces considérations feront naitre infailliblement ce désir efficace de le recevoir, en quoi consiste principalement la Communion spirituelle. 4° Dans l'impuissance où vous êtes de le recevoir, priez -le de dire seulement un mot pour uiiér ir votre âme, et de vous faire ressentir, quoi qu'absent, les effets de sa puissance

de sa bonté qui n'ont point de bornes. 5° Plein de confiance qu'il vous a accordé ce que vous lui avez demandé, faites-lui vos remercîments, et le conjurez de demeurer éternellement avec vous, au moins par sa vertu et par son Esprit.

Quand est-ce qu'on peut faire la Communion spirituelle ? En tout temps et à toutes les heures du jour, et c'est un avantage que cette Communion a sur la Communion réelle ; car on ne peut faire celle-ci qu'une fois par jour. Vous pouvez donc communier spirituellement toutes fois que, pensant à Jésus-Christ

présent (huis l'Eucharistie, môme étant dans votre chambre, vous désirez de le recevoir. Vous le pouvez à plus forte raison toutes les fois que vous rendez visite à Notre-Seigneur d;ms les églises. Mais vous n'y devriez jamais manquer toutes les fois que vous entendez la

^se. Car comme Jésus-Christ descend alors sur l'Autel pour la sanctification des hommes, et surtout de ceux qui assistent actuellement au Sacrifice, il ne souhaite rien tant que de communiquer ses grâces à ceux ou qui le

;oivent, ou qui désirent au moins le recevoir. Et de même qu'on assiste à la Me

• pins de fruit, quand on s'unit de cœur et d'intention avec le prêtre qui offre le sacrifice, de même on retire de grands fruits de la Communion spirituelle, quand au moment que le prêtre communie, on désire de communier effectivement avec lui. Ce

•ait même une pratique avantageuse, toutes les lois qu'on communie spirituellement, en quelque I et en quelque lieu que ce

puisse être, de penser que pour lors on dit

ibablement la m n quelque* endroit

du monde, d" -1er en et (Vy coni-

nn; illement. Car les prêtres of-

frant partout le Sacrifice pour toute l'Égli c'est-à-dire pour tous les fidèles, ils l'offrent

partout pour vous ; et partout J*ésus-Chris1 est disposé ;i vous faire part de ses grâces; vous n'avez qu'à ouvrir la bouche et il la remplira; vous n'avez qu'à désirer , et il accomplira vos désirs : Dilata os iiinmJ et implebo illud (Ps. 8, 11). C'est ainsi que David durant son exil assistait en esprit au Sacrifice de l'ancienne Loi, en désirant d'y assister effectivement, et tout rempli de joie pour les grâces qu'il recevait, comme s'il y eût été présent, il chantait les louanges du Seigneur : Sicut adipe et pinguedine i*epleatuv anima mectj et labiis eooultàtionis laudabit osmeum (Psal. 62. G).

Quels sont les fruits de la Communion spirituelle ? Ils sont de même nature que ceux de la Communion réelle. Le Sauveur augmente en nous la grâce sanctifiante, mais non pas de la même manière que par le Sacrement ; il détruit les causes du péché ; il bannit les ténèbres de notre esprit ; il modère les passions de notre cœur ; il perfectionne dans les habitudes des vertus chrétiennes; il s'unit moralement à nous en nous aimant, et nous nous unissons à lui par les actes de foi et de charité que nous produisons alors. Car comme le désir efficace d'une action sainte, nous tient lieu auprès de Dieu de l'action

même, il donne à ce désir sincère de eommunier la même récompense avec quelque proportion, qu'il a coutume de donner à la Communion réelle. Mais quand je dis que les effets de la Communion spirituelle sont de même nature que ceux de la Communion réelle, je no prétends pas dire que la mesure en soit égale, ni qu'ils soient produits de la même manière. Car supposé qu'on fasse Tune et l'autre avec les mémos dispositions, les fruits de la Communion réelle sont plus abondants que ceux de la Communion spirituelle , et celle-ci ne produit pas la grâce par elle-même comme les Sacrements, ex opère operato. Il no faut pas non plus inférer do là qu'il suffirait de communier spirituellement, sans se mettre en peine (Je recevoir effectivement la sainte Eucharistie. Car outre que les fruits de la Communion réelle sont plus grands, comme la Communion spirituelle consiste dans un désir si efficace de communier effectivement, que rien n'en puisse empêcher l'accomplissement quo le défaut de permission ou de commodité, une personne qui n<i communierait pas réellement l<i pouvant faire, necommunierait pas même spirituellement.

Reconnaissez ici, Chrétiens, les trésors immense ; de bénédictions que

nous avons dans la sainte Eucharistie, et

combien il nous est facile de nous enrichir; il ne faut que les désirer pour les posséder. Car enfin nous pouvons communier spirituellement cent et cent fois le jour, il ne faut que désirer de communier effectivement. À quoi donc pensons-nous, quand nous négligeons un moyen si sûr et si aisé de croître à tout moment en sainteté ? Non, mon Sauveur, si nous sommes si pauvres, si dénués de vertus, ce n'est pas que vous ne soyez infiniment libéral, ce n'est pas que vous ne nous ayez facilité les moyens d'amasser à très-peu de frais des trésors infinis de grâces, surtout dans la sainte Eucharistie , mais c'est que par un renversement de conduite qu'on ne peut assez déplorer, nous sommes aussi languissants à chercher les richesses spirituelles, que nous avons d'ardeur à rechercher les biens terrestres et périssables. C'est que nous courons comme des cerfs altérés à des eaux bourbeuses, ou à de sèches citernes, tandis que nous nous éloignons de la source de ceseaux salutaires, si capables d'éteindrela soif qu'allume dans nos cœurs une ardente et déréglée cupidité, et de rendre a nos âmes une santé parfaite. Communiez donc réellemont aussi souvent que vous le pourrez:

mais puisque vous pouvez communier tous les jours spirituellement, et tant de fois tous les jours, ne manquez pas de vous exercer dans une pratique aussi facile qu'elle est avantaj . Par ce moyen vous vivrez continuellement dans une union actuelle avec Jésus-Christ, vous ferez toutes vos actions ic lui, et il fera toutes vos actions avec vous ; il agira, il vivra dans vous et par vous, vous agirez, et vous vivrez dans lui, et par lui. 0 l'admirable vie que celle dont Jésus- Christ est l'auteur! 0 les excellentes et divines actions que celles dont Jésus-Christ est le principe.

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