PREMIÈRE PARTIE
tible, sans se ressentir cle sa corruption! Qu'il est difficile d'avoir sur les bras un si grand nombre d'ennemis, sans jamais perdre courage ; de combattre toujours., sans jamais être blessé ; d'être jour et nuit sous les armes, sans se laisser aller quelquefois au sommeil ! Qu'il est difficile de ramer continuellement contre le torrent impétueux des passions, sans jamais céder à leur violence ! Hélas ! nous l'expérimentons continuellement, notre vie est une vicissitude perpétuelle de bien et de mal. Tantôt on avance dans le chemin de la vertu, et tantôt on y recule : aujourd'hui la ferveur nous transporte, et demain nous languirons dans la tiédeur. Le vrai remède à toutes ces misères, c'est la Communion.
II. En effet, la source la plus ordinaire de notre relâchement sont les péchés véniels; et si ces légères blessures ne tuent point Ta me, elles l'affaiblissent, et la rendent lâche et paresseuse. Mais selon le saint concile de Trente, l'Eucharistie est nn excellent moyen pour les effacer, elle est un antidote qui nous préserve du péché mortel, e1 qui nous délivre des péchés véniels. Saint Chrysostôme nous enseigne la même chose en des termes presque semblables. Il corn-
parc cette sorte de péchés à des vers et à des petits serpents, qui piquent et qui rongent le cœur ; et il compare le Sang de Jésus- Christ à un breuvage salutaire, qui les fait tous mourir. « Si vous voulez recouvrer la » santé, dit-il, prenez cette potion qui fait » mourir tous les vers et tous les serpents. » Quelle est-elle ? c'est le précieux Sang de » Jésus-Christ ; il a la vertu de chasser toutes » les maladies, mais il le faut prendre avec )) confiance. »
III. Est-ce la durée du combat qu'il faut soutenir contre des ennemis infatigables, qui vous lasse ? Est-ce la violence qu'il faut faire sans relâche à vos inclinations, qui vous fait perdre cœur ? Recourez, dit saint Laurent Justinien, à l'Eucharistie, Jésus-Christ l'a établie pour réparer vos forces et pour ranimer votre courage, ce Les généraux d'ar- » mée, dit ce saint, quand ils se disposent à » combattre leurs ennemis, ont soin de » faire dresser des tentes où leurs soldats » puissent se retirer pour se rafraîchir et » pour faire panser leurs plaies. De même » Jésus-Christ a fait préparer pour ceux qui » combattent sous ses étendards , des lieux » d'assurance , où ils puissent se réfugier, » d'où, après avoir rétabli leurs forces,
PKEM1EKE PARTIE. 75
)) guéri leurs blessures, ils retournent au « champ de bataille avec plus d'ardeur. Ce )) sont les divins Sacrements. Les faibles y » trouvent de la force ; les timides, de la har- » diesse, et ceux qui ont été vaincus, de la » confiance, pour recommencer le combat. )) Si quelqu'un a été infecté du venin par le » démon, ou frappé de la maladie dupé- » ché, il trouvera dans la confession un re- » mède souverain. Mais si quelqu1 autre lan- )) guit d'épuisement, si, fatigué dans la mê- » lée, il cherche à se fortifier, qu'il reçoive » avec foi et avec une ferme espérance le » Corps de Jésus-Christ ; aussitôt il reprendra )) une nouvelle vigueur. »
IV. Ce sont peut-être les occupations extérieures, et l'embarras des affaires, qui dissipant votre esprit, et qui vous dérobent la vue de Dieu et la pensée de votre salut éternel. Approchez de la sainte Table. Cette source de lumière, comme parle saint Chry-
jtôme, vous éclairera, vous fera rentrer en vous-même, vous ramènera devant les yeux la plus considérable de vos affaires, et rappellera la présence de Dieu. L'Eucharistie, dit saint Ephrem (Serm. de jud. et cot/ip.), est une fontaine aussi propre à rendre la vue, que celle de Siloé, où le Sauveur
envoya un aveugle. Servez-vous donc en communiant, de la belle prière de ce saint. « Seigneur, disait-il, votre parole a ouvert » les yeux d'un homme né aveugle, vous » avez fait un grand miracle à la fontaine » de Siloé, en rendant à cet aveugle, avec )) la vue du corps, la vue de l'esprit ; car il » publiait hardiment que vous étiez son » médecin, son Sauveur et son Dieu. Dai- » gnez, Seigneur, nous ouvrir comme à lui » les yeux de l'àme, afin que nous nous por- » tions à accomplir avec ardeur vos volon- » tés. Nous sommes à la vérité éloignés de » la fontaine de Siloé , mais nous avons le » calice de votre Sang adorable, plein de » clarté et de vie. Donnez-nous par ce ca- » lice la lumière et l'intelligence qui nous » est si nécessaire, pour approcher de vous » avec foi et avec ferveur. »
V. L'aridité^ dans laquelle vous vivez comme dans une espèce de désert, est peutêtre la cause de votre relâchement. Ennuyés de vivre sans douceur et sans plaisir, vous perdez courage, et abattus de langueur, pour vous dédommager de ce que Dieu vous refuse, vous cherchez un peu de consolation parmi les créatures. Souvenez-vous de ce qui arriva au prophète Elie (III. Reg.