CHAPITRE IV
De la rechute clans le péché après la Communion, quatrième obstacle aux desseins du Sauveur.
^r\. va peu de gens qui n'apportent quelque J^ préparation à la Communion. On purifie son âme par la confession et l'on tâche de se rendre attentif à une action si sainte. Mais le désordre le plus universel est l'oubli des grâces qu'on y a reçues, et la négligence à éviter ensuite le péché. Je ne sais cependant, ô mon Dieu, s'il y a rien de plus opposé à vos desseins, de plus capable d'en empêcher le succès. C'est pourquoi je vous supplie de .loir bien m'assister ici encore plus particulièrement de voslumières, pour représenter aux chrétiens les malheurs auxquels ils s'exsent, faute de s'étudier à mener une vie plus inté après la Communion. Afin de traiter te matière avec plus d'ordre, distinguons deux sortes de personnes qui, après avoir
reçu la sainte Eucharistie, retombent encore dans leurs péchés. Les uns sont des mondains qui commettent bientôt après des péchés mortels. Les autres sont des gens qui vivent ordinairement d'une manière assez réglée , mais qui continuent dans la tiédeur, et qui ne veulent point se faire la violence néci saire pour mener une vie plus parfaite. Je ne prétends pas qu'après la Communion on doive être impeccable : je veux seulement montrer qu'on ne peut seconder les desseins du Sauveur sans apporter toutes les précautions dont on est capable, pour diminuer le nombre et la grièveté de ses péchés, et pour fuir les occasions de les commettre II. En effet, c'est une vie immortelle que le Sauveur veut nous donner parla Communion. Celui, dit-il (Joan. 6. 55.), qui mange ma Chair et boit mon Sang, vivra éternellement. Et c'est, ajoute saint Chrysostôme, pour nous préserver de la mort que Jésus-Christ nous donne à manger une chair qui n'y est plus sujette. Or la rechul dans le péché mortel nous prive de cette vie, et la rechute dans le péché véniel l'affaiblit, et nous dispose à la perdre. Cette vie consiste dans l'amour : le péché mortel le détruit , et le péché véniel le refroidit.
C'est par l'union et par la ressemblance que l'amour se conserve : le péché nous sépare do Jésus-Christ et nous rend dissemblables à lui. Le Sauveur ne nous élève que par degrés à la perfection de cette vie et, quand, après avoir profité des grâces reçues dans une Communion, on retourne à la sainte Table, il répand ses richesses avec plus d'abondance la seconde fois que la première. Mais lorsqu'on dissipe, ou qu'on rend inutile le talent qu'il nous avait confié , c'est , selon le texte sacré, détruire d'une main ce qu'on édifie de l'autre, et s'exposer sinon à déchoir entièrement, du moins à ne faire nul progrès : Unus cedificans , et unies destruens: quid prodest Mis nisi labor? (Eccli. 34. 28.) Ainsi, de quoique côté que vous envisagiez les choses, vous voyez que c'est mettre un grand obstacle aux desseins du Sauveur, que de retomber dans le péché après la Communion. III. Pour parler maintenant en particulier ï ces gens du monde qui, après avoir cornmunie, retombent presque incontinent dans le péché mortel, je les conjure de considérer c quoi zèle les saints Pères se sont élevés contre ces rechutes, et en quels termes ils en représentent et l'indignité, et les terribles suites. Retourner après la Communion
à ses premiers dérèglements c'est, disentils, profaner le Temple du Saint-Esprit; c'est déshonorer le Corps mystique de Jésus-Christ; c'est, à l'exemple de Judas, le trahir et le livrer lui-même à ses ennemis. On vous a confie le Corps de Jésus-Christ , dit saint Athanase, vous êtes son sanctuaire : il demeure chez vous : que dis-je ? vous êtes devenu un membre de son Corps ; faites-lui donc honneur par vos vertus, ou du moins ne le trahisez point comme fit Judas. En combien d'endroits saint Chrysostôme, dont la tendre dévotion pour cet adorable Mystère éclate dans tous ses Ouvrages, a-t-il déployé son éloquence pour recommander aux fidèles la pureté de la vie après la Communion et pour faire sentir l'énormité spéciale qui se trouve dans ces rechutes ; mais pour mieux entrer dans sa pensée, souvenez-vous que de son temps, les fidèles recevaient la sainte Hostie dans la main, et se la portaient ensuite à la bouche. C'est pourquoi il dit {Hom. 60. ad pop. Ant.) qu'une main qui a touché une Chair si sainte, une bouche qui a été remplie de ce feu divin, qu'une langue qui a été teinto de ce Sang infiniment respectable, devrait être plus pure que les rayons du soleil. Tantôt, reprochant aux cœurs impitoyables
leur dureté pour les pauvres : Jésus-Christ, leur dit-il, vous a donné son propre Corps à manger, et vous refusez à vos frères un morceau de pain ? Tantôt, apostrophant un médisant: De quel front osez-vous, avec les marnes dents, manger le Dieu d'amour et do bonté, et déchirer la réputation de votre prochain, tantôt déclamant contre ceux qui mènent une vie mondaine, qui assistent aux spectacles, qui font de grands repas : « Vous » ne craignez pas, vous ne tremblez pas, » leur dit ce Saint, d'aller au Théâtre où )) Ton représente d'infâmes adultères, d'en- )) visager sur la scène une courtisane, avec » les mômes yeux dont vous avez considéré » la redoutable Victime de nos autels ; ni de » mêler dans vos cœurs avec le pain céleste, » cos mortels poisons ? Si vous aviez mangé )) une excellente viande, vous vous garderiez )) bien d'en prendre une autre capable de cor- )) rompre la première: et après avoir, en )) communiant, reçu le Saint-Esprit, vous » vous trouvez à des festins préparés par le » démon ? Mais quoi, dira-t-on, s'il faut jeù- » lier après la Communion, comme on a
jeûné devant, il faudra donc toujours jeû- )) aer? .le ue dis pas cela, répond le Saint;
ce n'est pas que ce jeûne ne fut très-
» salutaire: toutefois je ne vous y obi » point ; je ne condamme que l'excès de vos » repas. Il faut être sobre avant la Commu- » nion, pour se rendre digne de la recevoir, » et pour ne pas se montrer indigne de » l'avoir reçue, il faut être sobre encore » après. »
IV. Que sil'énormité de ces rechutes ne vous en donne pas encore assez d'horreur, son: aux malheurs où vous vous précipitez par là. Car après la Communion vous êtes le Temple du Saint-Esprit, et il est écrit que Dieu perdra ceux qui profanent son temple (I. Cor. S. 37). Vous savez avec quelle sévérité Balthazar fut puni, pour s'être servi des vas sacrés dans un festin profane. Or, les vas de nos autels sont tout autrement saints que ceux du Temple de Jérusalem ; et nos corps et nos âmes, selon saint Chrysostôme, sont consacrés par la Communion d'une manière sans comparaison plus excellente que ces vases d'or et d'argent, qui sont incapable de recevoir la grâce et la sainteté. Que doivent donc pas craindre ceux qui se souillent encore après la Communion, de la tacli*1 infâme du péché, et qui changent les membres du Corps de Jésus-Christ en des instruments d'iniquité ? Leur conversion
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>rs plus difficile, et quelques Docteurs leur appliquent le formidable arrêt que prononce saint Paul, quand il dit: Qu'il est moralement impossible que ceux qui, après atoir été éclairés* après avoir goûté le don déleste et reçu le Saint-Esprit* viciaient à retomber,, fassent une véritable pénitence (Heb. 6. 4). Pour voir combien l'application qfee font ces Docteurs est juste, il faut savoir que dans les premiers siècles de l'Eglise on donnait le même jour trois sacrements aux Catéchumènes: le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie. Par ce mot illuminati, dont se sert l'Apôtre {lleb. 6. 4.), et qui signifie éclairés ou illuminés, ils entendent ceux qui ont été baptisés; c'était effectivement le nom qu'on leur donnait alors. Par le don céleste ils entendent l'Eucharistie, et parla réception du Saint-Esprit, la Confirmation. D'ailleurs la raison que saint Paul allègue de la difficulté te faire pénitence, ne convient que trop bien aux pécheurs dont nous parlons. C'est, dit lf Apôtre, qu'ils crucifient en eux-mêmes tout de nouveau Jésus-Christ, et qu'ils l'exposent à l'ignominie. < >r ces sortes de relaps, selon Saint Athanase, trahissent Jésus-Christ, ils font comme les Juifs qui, après avoir reçu le Sauveur avec de grandes démonstrations d' es-
timeetdejoie, lejour de son entrée solennelle dans Jérusalem, le crucifièrent peu de jours après. N'est-il donc pas juste qu'après avoir commis le même crime, ils soient châtiés do la même manière ? C'est dans le même sentiment que saint Jean Chrysostôme s'écrie : Si après avoir mangé le Corps et bu le Sang de Jésus-Christ nous commettons encore de si grands péchés, que pourronsnous offrir à Dieu pour apaiser sa colère, et pour satisfaire à sa justice? Quam igitur offeremus satisfactionem, si talibus pasti talia peccemus ?
V. Pour vous garantir d'une si noire ingratitude, et du châtiment qui lui est du, imprimez dans votre esprit une belle exhortation que saint Chrysostôme fit autrefois à des adultes, le jour de leur baptême et de leur première Communion. « Après une fa- » veur si extraordinaire, leur disait-il, té- » moignez à votre bienfaiteur votre recon- » naissance par une vie sainte et par le sou- » venir du sacrifice auquel vous avez parti- » cipé , conservez dans la pureté tous les » membres de votre corps. Vous souvenant )) de ce que vous recevez dans la main, gar- » dez-vous bien de la souiller par aucun » crime, ne frappez personne, abstenez-vous
» du larcin, et ne faites nulle violence. Son- » gez qu'avec votre main vous avez porté )) à votre bouche le Corps de Jésus-Christ ; )) ne dites donc plus d'injures, ne prononcez » donc plus de blasphèmes ni de parjures ; » défendez à votre langue les paroles dés- » honnêtes et tous discours criminels. Pen- » sez ensuite que le Sauveur est passé de » votre bouche dans votre cœur; n'y formez » jamais le dessein de tromper personne , » mais conservez-le pur de toute malice. » Voilà les belles leçons que ce grand Saint donnait à ces nouveaux chrétiens, et dont il serait à propos que tous les gens du inonde fussent bien instruits.
VI. Mais ce n'est point assez d'éviter les [léchés considérables, il faut travailler à se corriger de ses fautes ordinaires, quand principalement on en commet un grand nombre et avec réflexion. Ceux qui communient souvent et qui persévèrent dans leur tiédeur accoutumée, qui ne font nul progrès dans la vertu, qui sont toujours sujets aux mêmes passions, qui vivent enfin d'une manière fort imparfaite, sans prendre nulles mesures pour réformer leur conduite, n'ont pas peu à craindre. En effet, si le Sauveur a établi l'Euclu ristie \< m 1 i i s présent rd< s péchés
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mortels, comme le Concile de Trente nous l'enseigne, il Fa établie aussi, selon le même Concile, pour nous délivrer des péchés véniels. Ainsi, quand vous y tombez à l'ordinaire, manque de soin et d'attention sur vous-même, vous mettez obstacle au desseia de Jésus-Christ, qui veut vous élever, par ce Sacrement, à la perfection. Des enfants croissent en mangeant , et à mesure qu'ils croissent, ils font paraître plus de raison et de sagesse dans leur conduite. Jésus-Christ, en vous donnant si souvent son Corps et son Sang pour nourrir votre âme , attend que vous croîtrez en vertu, et que vous montrerez dans vos mœurs plus de sainteté ; et quand vous y manquez , vous l'offensez sensiblement. Considérez toutes les merveilles qu'il opère dans ce Sacrement ; remettezvous devant les yeux les miracles de sa puissance, l'excès de ses libéralités, la condescendance de sa bonté. Croyez-vous pouvoir le frustrer impunément de la fin qu'il s'est proposée en vous donnant tant et de si insignes témoignages de son amour? Rien n'est plus à craindre qu'un amour méprisé ; il se change en fureur, et la fureur est d'autant plus grande, que l'amour était plus ardent , et le mépris est plus atroce. Or, un chrétien
qui approche souvent de la sainte Table, sans en devenir plus saint, offense personnellement Jésus-Christ par un endroit qui lui est infiniment sensible. Car enfin il fait mépriser le plus auguste des sacrements où il a voulu se trouver en personne; il donne lieu de douter des merveilleux effets qu'on lui attribue; il fournit aux mondains un spécieux prétexte de s'en éloigner ; il décrie la fréquente Communion, et fait dire aux dévôtsque, puisqu'on n'en devient pas meilleur, il est inutile d'en approcher souvent. Pou-
-vous vous flatter que le Sauveur laissera tant d'outrages impunis? Ce n'est pas le sentiment de saint l>asile, qui dit en termes exprès, que non-seulement celui qui communie indignement, mais celui qui communie inutilement et sans fruit, boit et mange sa condamnation, otiosè et inutilité? edens. Car, ajoute ce Saint, si Dieu punit une parole oiseuse, s*il châtie si rigoureusement le serviteur qui n'a point lait profiter le talent qu'on lui avait mis (Mitre les mains, quel jugement exercera- t-il contre un chrétien qui ne tire aucun fruit de la Communion?
VII. Vous me direz que la Communion n'est pas inutil»', puisqu'on reçoit quelque augmentation de grâce sanctifiante, <•! qu'on se
préserve par ce moyen du péché mortel, qu'on ne mange pas seulement pour croître, mais pour entretenir la vie. Je réponds en premier lieu, que l'effet propre de l'Eucharistie, selon saint Thomas, ne consiste pas simplement à augmenter l'habitude de la Charité, mais à nous en faire produire des actes, et à vivre plus chrétiennement. Je réponds, en second lieu, qu'il n'en est pas en ce point de la vie spirituelle comme de la vie corporelle ; que celle-ci peut avoir peut-être un état de consistance, mais que celle-làdoit toujours se perfectionner. Le sentier des justes, dit l'Écriture, est semblable à une lumière qui va toujours croissant; et tous les maîtres de la vie spirituelle établissent comme une vérité constante, que de ne point avancer dans le chemin de la vertu, c'est y reculer : Non progre&i, regredi est. Je réponds, en troisième lieu, que quand la Communion ne serait pas entièrement inutile, du moins, faute de mettre en usage pour vous corriger les grâces que vous y avez reçues, vous rendez ces précieux talents entièrement inutiles. Au reste , quand saint Basile dit , que de ne point profiter cle l'Eucharistie c'est manger sa condamnation, il ne prétend pas qu'on commette un sacrilège,
comme lorsqu'on communie en état de péché mortel ; mais il veut dire qu'une personne qui communie sans changer de conduite, mérite que Dieu la punisse par la soustraction de ses grâces, surtout si elle communie plusieurs fois sans nul amendement. Car je croirais bien que, durant les premières Communions qu'on fait en cet état, le Sauveur exhorte intérieurement ces pécheurs à une vie plus parfaite , que ce bon Pasteur cherche la brebis qui s'égare, qu'il frappe à la porte du cœur, et qu'il attend qu'on la lui ouvre. Mais si on fait la sourde oreille à ses remontrances et qu'on méprise ses recherches, on doit, ce me semble, appréhender avec raison, qu'il ne traite ces chrétiens comme il a traité les Juifs, et que, de même qu'il a abandonné ce peuple rebelle après lui avoir annoncé l'Évangile durant un certain nombre d'années, il n'abandonne de même, après un certain aombre de Communions que lui seul connaît, ces mues négligentes à profiter decet adorable Sacrement. Car, enfin, comme dit saint Bernard, si dans la Communion,
-us-Christ est notre nourriture, nous sommes aussi la sienne : Gibus ejus ipse sum, Christus Dominics cùmpascitj pascitur. Or,
Sauveur menace dans l'Apocalypse les
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âmes tièdes , do les rejeter comme une viande fado qui lui l'ait bondir le cœur, et Le provoque à vomir.
VIII. Hé bien! connaissez-vous maintenait quelles sont les sources du peu de fruit que tant de personnes retirent de la Communion? Vous donc, prêtres du Seigneur, religieux, séculiers, vous qui êtes si souvent admis la sainte Table sans presque aucun changement de vie, recherchez, je vous conjure, quel est l'obstacle que vous avez mis jusqu'à prosent à la vertu de cet adorable Sacrement. Est-ce que vous en approchez sans ardeur, avec un cœur rempli de péchés véniels? Est-ce que vous manquez d'entretenir Nofae-Seigneur après l'avoir reçu? Est-ce que vous négligez ensuite les moyens et les pratiques propres à vous perfectionner ? Car la langueur où vous vivez dans le service de Dieu, vient certainement de l'une de trois causes, ou peut-être de toutes les trois ensemble. Pour y remédier efficacement, relisez de temps en temps les trois demi chapitres de cette troisième Partie. Songez que saint Bonaventure et saint Thomas .
pellent ces sortes de Communions, des Communions indignes. Je sais bien qu'ils ne veulent pas dire parla que ce soient des péch
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griefs; je sais que les Pores qualifient quelquefois de ce nom les Communions faites sans dévotion, quoiqu'on soit en état de grâces ; mais après tout , il faut convenir que cette sorte d'indignités vous prive d'une partie des fruits de ce Sacrement. Méditez ce que je viens de rapporter de saint Basile touchant les Communions inutiles. Mais vous, ù mon Dieu, sans qui nous ne pouvons avoir une bonne pensée, ni former un saint désir, imprimez, je vous conjure , dans l'esprit de ceux qui liront ceci, toutes ces importantes vérités. Et si la vue de vos infinies miséricordes ne suffit pas pour les toucher, que la crainte de vos redoutables jugements les fasse trembler; ou plutôt que votre saint amQur les pénètre de la plus sensible douleur; qu'il rallume leur ferveur, et les porte à lever, quoiqu'il leur en doive coûter , les obstacles qu'ils opposent à vos libéralités, et qui lesexposentà de si terribles malheurs. IX. Mais s'il est si dangereux de communier sans se corriger de ses fautes, il vaudrait donc mieux, dira-t-on, ne point approcher de la sainte Table. C'est une très-pernicieuse conséquence, à Laquelle Le démon tâche t<uis lesjours de donner plus de vogue, pour surprendre les bonnes âmes, et pour
donner aux mondains de quoi colorer leur indévotion. Car l'expérience des derni« siècles nous a convaincus, que l'éloignément de la Communion , non-seulement introduit le relâchement dans les mœurs, mais même anéantit peu à peu la créance de la présence réelle de Jésus -Christ dans ce Sacrement. D'ailleurs, quand vous ne communieriez qu'une fois dans toute votre vie, si vous communiez indignement, si vous retombez incontinent après dans vos premiers dérèglements, vous aurez toujours beaucoup à craindre. Judas n'a trahi qu'une fois le Sauveur, les Juifs ne l'ont crucifié qu'une fois ; et si vous profaniez les vases sacrés , n eussent-ils servi qu'une fois à nos saints Mystères, vous commettriez un grand sacrilège. Celui qui ne communiera point, mourra de faim faute de nourriture, deviendra faible, languissant, et incapable de résister à ses ennemis. Celui qui ne profite point de la Communion, semblable à ces estomacs débiles qui ne digèrent point, ou qui, par quelque mauvaise disposition, changent en méchantes humeurs les meilleures viandes , celui-là, dis-je, ne se fortifiera pas non plus, et mourra pareillement. Si l'Apôtre (I. Cor. n, 27) menace d'une si terrible
condamnation ceux qui mangent indignemont le Corps de Jésus-Christ, le Sauveur lui-même avait auparavant menacé de la mort ceux qui ne mangeraient point ce Pain céleste (Joan. 6, 50). Soit donc que vous ne Communiez point, ou que vous ne profitiez pas de la Communion, la mort vous^est également inévitable. Malheur à moi, dit saint Bernard, si je communie indignement ; mais aussi, malheur à moi, si je m'abstiens de la Communion. Ainsi, pour raisonner juste sur cet article, on doit conclure qu'il faut commun]* or souvent, mais avec des dispositions convenables, et avec plus de révérence pour cet auguste Sacrement, et s'appliquer ensuite à faire un saint usage des grâces qu'il nous procure. Cette conclusion est juste et avanlageuse, toute autre est défectueuse et nuisible.
PIN DE 1. \ l ROISIEME PABTIE,
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Méthode, ou pratique pour communier selon les desseins du Sauveur.
E tout co que nous avons dit jusqu'à ^présent, on pourrait assez aisément se former une pratique pour recueillir les admirables fruits de la sainte Communion. Car lorsque l'on connaît le dessein que Jésus- Christ s'est proposé dans ce Mystère d'amour, les obstacles qui en peuvent empêcher l'exécution, et les moyens qui en procurent l'accomplissement ; que peut-on souhaiter davantage? Cependant, pour animer ceux qui y trouveraient encore quelque difficulté, on réduit en pratique dans cette quatrième Partie, les préceptes qu'on a donnés dans les précédentes. Dans le premier chapitre, on