CHAPITRE III
De l'obstacle que le pèche véniel actuel met aux fruits de la Communion.
n entend ici par un péché véniel actue 'celui que l'on commet en communiant c'est-à-dire, en recevant l'Eucharistie, ( durant le temps que Notre-Seigneur demeui réellement présent chez nous. Il y en a d deux sortes, les uns sont des péchés de con mission, et les autres des péchés d'omissioi Ceux-là pèchent de la première sorte, qui s
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laissent aller à quelque sentiment do vanité ou d'aversion légère, qui conçoivent le dessein de mentir ou de médire dans une occasion pou considérable, qui commettent en un mot un péché véniel, en quelque matière que
soit. Mais ceux qui, par distraction ou par négligence, manquent d'entretenir Notre- Seigneur, et d'exercer des actes de vertu après l'avoir reçu, ceux-là pèchent de la seconde sorte. Les uns et les autres manquent de dévotion et de respect à l'égard du Sauveur, et, au sentiment de plusieurs Théoogiens, ils font un nouveau péché véniel, que le célèbre docteur Layman traite même de sacrilège. Remarquez cependant que touces fautes, pour nous rendre criminels, doivent être libres et volontaires. Car si une distraction se glisse dans votre esprit sans que vous vous en aperceviez, vous ne péchez point ; et quelque méchante pensée qui vous survienne, si vous la combattez, loin de vous
uiller, elle sera pour vous une matière de mérite. Mais souvenez-vous aussi que ces fautes peuvent être volontaires en ellesmêmes, ou dans leur cause. Elles le sont en elles-mêmes lorsque vous y tombez avec réflexion ; elles le sont dans leur cause, quand ^ous n'avez nul soin de vous préparer à la
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Communion, ni de veiller à la garde de \ sens durant une action si sainte. Venons maintenant au point principal dont il s'agit ici, et voyons à quels fruits de l'Eucharistie ces sortes de péchés mettent obstacle.
IL Pour faire mieux sentir jusqu'où vont les pertes que font ceux qui offensent Jésus- Christ en le recevant, il faut encore redire ici que l'Eucharistie nous confère deux genres de grâces; qu'elle augmente la grâce sanctifiante avec les habitudes infuses, et qu'elle nous procure par elle-même des grâ < actuelles qui éclairent l'esprit, qui échauffent la volonté, et qui nous excitent à pratiquer des actes de vertu. Quant, à la grâce sanctifiante, il en faut raisonner comme nous av< fait en parlant des péchés habituels. Cette augmentation ayant toujours du rapport aux dispositions du communiant, celui qui est actuellement distrait reçoit beaucoup moins de grâce qu'un autre, qui reçoit sonSauv avec une attention respectueuse et de pi fondes adorations. Je dis à proportion la même chose des grâces actuelles. Comm< y en a de plus fortes et de plus engageantes les unes que les autres, est-il probable qu< le Sauveur donne ces grâces choisies dan le même moment qu'un lui manque de rcs-
pect? Il distribue pour l'ordinaire ces faveurs avec plus ou moins d'abondance, selon que les âmes lui sont plus ou moins agréables ; et quel agrément peuvent avoir à ses yeux des gens qui l'offensent actuellement quand il vient leur rendre visite, et qu'il leur donne des marques si éclatantes de sa bonté? Ils seront donc privés avec justice de ces grâces ûales qui opèrent de si grands changements dans les mœurs. Hélas! qu'ils sont à plaindre, et que c'est quelque chose de préjudiciable à l'avancement spirituel que de communier sans dévotion!
III. De plus, le Sauveur, suivant l'opinion de quelques Théologiens que Suarez juge probable, augmente à tout moment durant tout le temps qu'il est réellement présent dans nos cœurs, toutes les grâces qu'il nous ifère en vertu de ce Sacrement, à mesure que l'àme après l'avoir reçu perfectionne ses premières dispositions. En effet je me représente le Sauveur quand il entre dans une mue, comme un soleil levant, qui va toujours croissant, et qui répand à chaque moment de plus belles et de plus vives lumières. Mais c'est un soleil de justice, qui n'augmente ses libéralités qu'à proportion que l'àme s'en rend digne, et qu'elle se les attire
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par un plus ardont amour. Ainsi lorsqu'un chrétien a soin de se disposer à ces nouvelles faveurs, et que le Sauveur prend plaisir à l'en combler, il fait en peu de temps de merveilleux progrès. Considérez bien ceci, fin lâches, et pleurez amèrement les pertes infinies que vous avez faites toutes les fois que vous avez communié avec dissipation d'< prit ; car bien loin d'ajouter rien alors à vos premières dispositions, vous les rendez beaucoup plus imparfaites par les péchés que vous osez commettre en la présence de Jésus-Christ.
IV. Mais quoi qu'il en soit de ce sentiment, il est du moins certain que ces péchés véniels nous privent de cette douceur que la sainte Eucharistie a coutume de produire dans les âmes. Ce sont des mouches mortes dont parle le Sage, qui corrompent la suavité du parfum le plus précieux : Mui morientes perdunt suavitatem unguenti (Eccl. 10, 1). C'est ce que saint Thomas nous enseigne dans son Commentaire sur les Épîtres de saint Paul, où, après avoir dit qu'il y a plusieurs espèces de Communions indignes, il compte pour la seconde celles qui se font sans dévotion. « Ce défaut de dévo- )) tion, dit ce saint Docteur, n'est quoique-
» fois qu'un péché véniel, comme quand on )) communie avec un esprit distrait et oc- ')) cupé d'affaires séculières, quoiqu'on con- » serve habituellement le respect dû au Sacrement. Il ne nous rend pas coupables du !» Corps et du Sang de Jésus-Christ de la fait çon dont saint Paul l'entend ici, mais il » nous prive du fruit de l'Eucharistie, qui )) consiste dans la réfection spirituelle. » ( l'est ainsi qu'il appelle les douceurs que le Sauveur fait goûter dans ce Sacrement. Cette privation est extrêmement nuisible; et l'on peut dire que c'est une des principales rai- Bons qui empochent les âmes d'avancer dans la vie spirituelle. Car enfin il n'y a rien de plus propre pour dépouiller nos cœurs des voluptés sensuelles, et pour les vider de l'amour des choses créées, que ces célestes délices, qui nous rendent tous les autres plaisirs insipides, et tous les autres biens mépri- Bables.
Y. Il arrive ici un autre inconvénient qui mérite bien d'être considéré. C'est que les chrétiens qui communient sans dévotion actuelle, étant occupés de toute autre chose qu*' de la présence de Jésus-Christ, ne produisent alors aucun acte do vertu, et n'acquièrent point ensuite ces saintes habitudes
qui contribuent à nous en faciliter la pratique. Pour éclaircir ceci davantage, obsen avec Suarez et les autres Théologiens, qu'il y a deux sortes de saintes habitudes, les unes infuses que Dieu produit seul dans les âmes, et les autres acquises, que nous contractons en correspondant aux grâces actuelles, et en nous servant des habitudes infuses pour en exercer les actes. Observez en second lieu , que les habitudes qu'on nomme infuses, nous donnent le pouvoir de produire ces actes, mais qu'elles ne nous en donnent point la facilité , parce que formellement par elles-mêmes, elles ne mortifient point les passions , ne diminuent point la concupiscence, et ne détruisent point les habitudes vicieuses. Ce sont les grâces actuelles, je veux dire ces belles lumières, et cette douce onction que Dieu répand dans les fîmes*, ce sont les habitudes acquises qui, avec ces puissants secours, amortissent les passions et la cupidité, et nous applanissent les difficultés qui se rencontrent dans le chemin de la vertu. D'où il s'ensuit, qu'encore que ces âmes dissipées durant le temps de le Communion reçoivent quelque augmentation des habitudes infuses, étant privées de la douceur propre de l'Eucharistie ,
et n'exerçant aucun acte de vertu , elles ne contractent point non plus ces bonnes habitudes. De sorte qu'après avoir participé aux saints Mystères, elles n'en sont pas plus dociles aux mouvements du Saint-Esprit ; elles ont toujours les mêmes difficultés à pratiquer les vertus chrétiennes , et continuent de mener une vie fort imparfaite.
VI. Reconnaissez donc, gens du monde, combien il vous importe de vous dégager durant quelques jours avant la Communion, de rembarras de vos affaires, pour vous remplir l'esprit des faveurs que le Sauveur répand dans les âmes bien disposées; car sans cela pourrez-vous communier avec beaucoup de dévotion? Reconnaissez, âmes religieuses, qui approchez si souvent de la
rite Table, l'obligation que vous avez de renoncer aux entretiens et aux occupations inutiles, et do vous étudier au recueillemont. Un esprit ordinairement dissipé ne court-il pas grand risque de l'être encore par sa faute on communiant? Pour vous y engager, remettez-vous souvent devant les yeux tous les avantages dont nous venons de parler. Considérez que le Sauveur produit dans une àme attentive à l'honneur qu'elle <»iL des grâces plus choisies et plus abon-
doutes, et qu'il la remplit de consolation ; considérez que la bonne disposition où l'âme se trouve fait qu'elle correspond à toutes ces grâces. Elle s'humilie profondément devant son Seigneur, elle l'adore et condamne ses attachements aux créatures ; elle produit des actes de Foi , de confiance et de la plus ardente charité, et contracte par là i bonnes habitudes qui détruisent les méchantes. Elle se nourrit spirituellement et fortifie pour ne plus tomber, avec le secours du Ciel, dans les fautes ordinaires, et pour s'élever de plus en plus avec autant de facilité que de promptitude à la perfection.
VII. Un exemple familier nous fera comprendre encore plus aisément cette vérité. Qu'un ami, allant rendre visite à son ami, entre chez lui le cœur plein de tendresse, le visage épanoui, les bras ouverts, et prêts à l'embrasser ; si son ami le reçoit d'un air indifférent , et qu'au lieu de venir à lui il s'entretienne avec d'autres personnes , ou qu'occupé de quelque bagatelle il daigne ;i peine le regarder , en vérité , y a-t-il rien au monde de plus capable de déconcerter ce bon ami et de lui glacer le cœur? Mais bj au contraire celui qui reçoit la visite répond aux démonstrations d'amitié de celui qui la
fait, s'il court au-devant de lui avec emissement, l'amour peint dans les yeux, s'il le caresse et l'embrasse, qu'elle est la douceur qu'ils goûtent tant qu'ils se tiennent embrassés ? Leur silence, leurs paroles , leur manières, tout contribue à enflammer de plus en plusieurs cœurs, et durant cet heureux moment, quelle ixviiro pourraient-ils se refuser l'un à l'autre ? Voilà une peinture de ce qui se passe dans la Communion. Le Sauveur est un ami fidèle qui descend du ciel pour nous rendre visite. Il entre chez nous le cœur brûlant d'amour , et les mains pleines de et de bienfaits. Mais, hélas î avec quelle indifférence, avec quel froid le reçoivent des âmes, ou actuellement distraites et :upées de toute autre chose, ou attachées par des affections volontaires à des bagatelle- et à des riens? Faut-il donc s'étonner si un*1 réception si froide lui resserre le cœur et lui ferme les mains? Mais quand il trouve une inné attentive à l'honneur qu'il lui fait, éprise de son saint amour, ou du moins du désir de l'aimer uniquement, alors il l'embrasse et il la comble de faveurs. L'âme bien disposée à correspondre à ces grâces produit les actes des plus excellentes vertus, quiert par là de saintes habitudes, et pa
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tie par ces habitudes, partie par la suavité des grâces qu'elle reçoit, elle trouve ensuite une admirable facilité à vivre saintement. VIII. Je crains de donner ici de l'inquiétude aux bonnes âmes. Hé quoi ! me dira quelqu'un, s'il arrive que je sois distrait, même sans qu'il y ait de ma faute , je serai donc privé de plusieurs fruits de la Communion? Car je ne pourrai pour lors exercer aucun acte de vertu. Je réponds pour votre consolation, en premier lieu, que c distraction arrivent aussi rarement aux personnes qui désirent leur perfection et qui ont soin de se préparer à la Communion, qu'elles sont ordinaires aux personnes habituellement négligentes. Je dis, en second lieu, que s'il arrive que ces personnes soient quelquefois distraites, la présence de leur bien-aimé rappelle aussitôt leur intention. Il parle, et la douceur de sa voix les fait revenir de leur égarement ; il frappe à la porte de leur cœur, et elles ne tardent guère à la lui ouvrir. J'ajoute enfin, que pour réparer en quelque façon la perte que vous a> faite, il faut, dès que vous revenez à vous, vous prosterner en esprit aux pieds du Sauveur, lui demander pardon, et exercer alors tous les actes que vous auriez exercés, si
vous n'eussiez point été distrait. Comme il est infiniment miséricordieux, ne doutez pas qu'il ne vous fasse part de ses libéralités au moment que vous serez en état d'en profiter.