ARTICLE III
De la préparation prochaine.
I. La préparation prochaine se doit faire le jour de la Communion , depuis votre réveil jusqu'au moment où vous communierez. Pour vous en acquitter dignement , tenez votre esprit dans un grand recueillement, et dans une attention continuelle à l'importance de l'action que vous allez faire, et conservez votre cœur dans la paix et dans la tranquillité, apaisant, autant qu'il est possible, tous les mouvements qui pourraient l'agiter et l'inquiéter. Ces dispositions sont trèsutiles pour bien profiter de la Communion.
IL A votre réveil imaginez-vous que votre Ange gardien vous dit ce qu'un Ange dit autrefois au prophète Elie : Sv.rge et comede (III. Reg. 19. 5.); levez-vous et mangez ; ou
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paroles de l'Évangile: Eccc sponsus venu, exile obviant ei (Matt. 25. 6.); voici L'Époux qui vient, allez au-devant de lui; ou ces autres: (Parafa sunt'-omnia)^ venite ad nuptias (Matth. 2-2. 4.); venez aux noces, tout est prêt. En vous habillant, songez à revêtir votre âme delà robe nuptiale, de crainte d'être chassé avec ignominie de la salle du festin. Exercez des actes de contrition pour vous dépouiller du vieil homme. Pratiquez dos actes de Foi, d'Espérance et de Charité, pour vous revêtir du nouveau.
III. Dès que vous serez habillé, adorez les trois augustes personnes de la Très-Sainte Trinité. Priez le Père Eternel d'envover en-
e son Fils sur la terre, pour vous sanctifier et vous remplir de son esprit. Priez le Verbe incarné de descendre du Ciel, pour
vir de nourriture à votre àme , et pour vous unir avec lui. Priez le Saint-Esprit de purifier votre cœur, et do le préparer à l'alliance ([\\o vous désirez contracter avec le
uveur. Adressez-vous à la sainte Vierge, aux Anges, à tons les Bienheureux; priezles de vous obtenir les grâces dont vous avez besoin pous rendre à Jésus-Christ sur la terre l<vs mêmes honneurs, s'il est possible, qu'ils lui rendent dans le ciel, pour
vous nourrir de la Divinité , de la manière qu'ils s'en nourrissent ; et pour vous unir à Dieu, comme ils s'unissent avec lui dans le ciel.
IV. Le temps de la méditation ne saurait être mieux employé qu'à considérer les merveilles de l'Eucharistie , et les bienfaits dont le Sauveur veut vous combler. Voyez s'il y a quelque chose dans l'Évangile, du jour que vous puissiez appliquez à la Communion , sinon réduisez en une seule méditation les trois qui vous ont servi d'occupation durant les trois jours de préparation. Vous pourrez aussi en choisir une de celles que nous mettrons dans le dernier chapitre. Mais il faut se souvenir de donner plus de temps ce jour-là aux actions qu'aux considérations.
V. Quand vous irez à l'Église, représentez-vous Notre-Seigneur, qui vous dit comme à Zachée: Descendez, dépêchezvous, je veux loger aujourd'hui chez vous; Zachœe, festmans descende^ quia liodiè in domo tua oportet me manere (Luc 19. 5). Dites avec David: Heureux ceux qui habitent, Seigneur, dans votre maison , car ils vous loueront éternellement; Beati qui habitant in domo tuâj Domine j, in sœcida sœ~
milorum laudabunt te (Psal. 83. 5). Mais loutez: Heureux les cœurs où vous demeurez comme dans votre Temple ; car vous les ouerez et vous les aimerez durant toute 'éternité.
VI. Pour ce qui est de la Messe, on peut 'entendre selon quelqu'une des méthodes pe nous donnerons dans un Traité pariculier; ou la passer en continuelles aspirations , et en oraisons jaculatoires. Il y m a plusieurs répandues dans tout ce traité, m'on peut recueillir. J'en ajoute ici quelpies autres. Choisissez celles qui seront les )lus conformes aux dispositions où vous ous trouverez, et qui feront plus d'impresion sur votre cœur.
B \TlONS.
VII. 0 que je suis indigne , mon Sauveur , mon Dieu, que je suis indigne de vous reevoir! Hélas, qui suis-je et qui êtes vous? <>us, le plus beau et le plus parfait des enints d^s hommes, vous, le Fils unique d ieu vivant, égal en tout à votre Père; vous
infiniment bon, infiniment saire, inlini-
tënt puissant, infiniment saint, ou plutôt
ius f'-tcs la bonté, la sagesse, la puissance,
sainteté même. Et moi, je ne suis qu'un
ver de terre, qu'un amas do boue et de corruption, un grain de poussière, un néant. Que dis-jc? Je suis encore quelque chose de plus méprisable que tout cela ; je suis un pécheur et un ingrat qui ai abusé de vos bienfaits, qui me suis révolté contre vous, ô l'unique et le souverain maître de mon cœur. Non, Seigneur, je ne mérite pas que vous me fassiez l'honneur de venir chez moi : Dominej non sum dignus ut intres sab tec~ Ivm meum (Matth. 8. 8).
Mais après tout, vous n'ignorez pas mes misères ; et cependant vous m'invitez avec une tendresse et un empressement extrême à vous recevoir, vous me le commandez, vous me menacez de la mort si je ne le ! Souffrez donc que je le dise, s'il y a de la présomption et de la témérité dans ma conduite, souffrez que je le dise, c'est votre excessive bonté c[ui me l'inspire. Si mon indignité me fait trembler, vos aimables invitations tan de fois réitérées me rassurent. Je sais qu'i faudrait avoir la pureté des Anges pou vous recevoir, mais je ne suis pas assez e: nemi de moi-môme pour me priver de l'hor neur que vous me voulez faire. Si j'ose ap procher de la sainte Table, c'est que je sa que vous êtes un Dieu de miséricorde
et que vous m'avez racheté on répandant
pour moi votre précieux Sang. Apud Do% num >■ 'ordictj et copiosa apud
redemptio (Psal. 129. 7.). Dirupisti vincula a ; tibi sacrificabo hostiam laudtSj et non Bomini invocabo (Psal. 115. 16. 17.). Vous ave/ rompu les chaînes dont toutes ces impérieuses et tyranniques affections de mon cœur l'avaient chargé ; je veux à présent vous les sacriiier comme autant de victimes, pour invoquer, pour louer, pour bénir en liberté votre nom, votre puissance et votre bonté. Humblement prosterné aux pieds do Autels, je \ ous sacrifie ces attachements âmes commodités, .je vous sacrifie ces désirs empressés d'être estimé et d'être aimé des hommes, je vous sacrifie cette humeur fière et intraitable, je vous sacrifie ce respect humain, qui a été si souvent le motif de mes actions, je vous sacrifie tous mes attachements sensibles, et toutes ces amitiés naturelles, qui ont si longtemps occupé mon es- ; et mon cœur. .le ne penserai qu'à vous, je n'agirai que peur vous, je ne chercherai qu'ù vous plaire, et je wux que toutes les puissances de mon àme voi mnaissent
éternellement pour leur unique Roi et pour leur souvei ain Maitn a,
Domino ; et omnidj quœ intra me sunt, nomini sancto ejus (Psal. 102. 1).
Père Éternel, votre Fils, la vérité infaillible, m'a promis que vous ne me refuseriez rien de tout ce que je vous demanderais en son nom; je vous demande aujourd'hui ce Fils qui vous est si cher, je vous demande son Corps, son Sang, son Ame et sa Divinité. Il est vrai que je vous demande beaucoup et que je ne mérite rien ; mais c'est en son nom, et par ses mérites, et ce n'est que pour vous honorer d'une manière plus digne de votre grandeur que je vous le demande. Quand je le posséderai, je me sacrifierai avec lui à votre bon plaisir et à votre gloire, je vous le présenterai pour reconnaître tous les bienfaits que j'ai reçus de votre main libérale, je vous demanderai par son entremise et avec lui, tous les secours dont j'ai besoin pour vous aimer et pour vous servir plus parfaitement que je n'ai jamais fait, et je vous offrirai son précieux Sang pour expier tous les péchés que j'ai commis. Pouvezvous après cela me refuser?
Esprit saint, qui avez formé avec tant de perfection le Corps de mon Sauveur dans le ' chaste sein de votre Épouse, qui avez enrichi son âme de vos plus excellents dons, pour
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es disposer l'un et l'autre à cette union ineffable avec le Verbe; daignez préparer mon ?orps et mon Ame à cette union étroite que e Verbe incarné veut bien contracter auourd'hui avec moi. Purifiez ma chair, éclairez mon esprit, embrasez mon cœur de votre eu sacré, et soyez le nœud éternel qui m'uîisse pour jamais avec lui.
Que je serais heureux, sainte Vierge, mon
limable Mère, si je pouvais avoir quelqu'une
îles dispositions où vous vous trouvâtes,
uand vous conçûtes le Sauveur de tous les
LOmmes! cependant je dois le recevoir, ai-
ez-moi donc de votre crédit pour les obtenir.
oisqu'il vient me traiter avec tant de ma-
mficence, et qu'il me fait un si superbe fes-
111 en me donnant sa propre Chair à manger,
t Bon Sang à boire, je souhaiterais que mon
me tïit digne de le recevoir, et qu'il y pût
reuver quelque chose d'agréable à ses yeux :
îais hélas! ce qui pourrait lui plaire, ce se-
nit un ardent amour, et mon âme est toute
èdc et languissante; priez-le donc, je vous
onjure, de changer ma tiédeur dans une
arfaite charité, comme vous le priâtes aux
oces de Cana de changer l'eau eu vin. Mais
êlas! vous le voyez, mon cœur est sans
mour. Soyez donc aussi sensible à la con-
fusion que je vais recevoir, que vous le 1 à celle où ceux qui vous avaient invitée ; noces, étaient exposés. Priez votre Fils <!«■ l'aire encore en ma laveur un miracle : comme il changea pour lors F eau en vju, priez-le de changer ma tiédeur en une ardente charité.
Ange du Ciel, qui vous couvrez la lace avec vos ailes, devant la majesté du Dieu vivant, obtenez-moi ces sentiments de r pect et d'admiration que la vue des perfections de Dieu vous inspire. Car c'est quelque chose de bien plus étonnant de voir le Dieu de T Univers descendre dans mon corp djns mon àme, sous les apparences du paii et du vin, que de le voir assis sur un tr< de gloire dans l'Empirée. Séraphins, fail moi la grâce que vous fîtes autrefois à m Prophète, prenez un charbon ardent, puri fiez-en mes lèvres qui doivent toucher que vous ne regardez qu'avec tremblement Ah! que ne puis-je embraser mon cœur feu aussi pur, aussi vif et aussi ardent celui dont vous bridez.
0 mon , auveur et mon adorable Maitr vous voyez que, si je suis si peu digne de vou recevoir, je désire au moins de toute l'étei due de mon àme, de mériter cet honneur. '
je n'ai rien dans mon tond qui puisse vous être agréable, du moins je vais mendier do tous côtés de quoi vous plaire. Mais je vous en conjure, mettez-y aussi la main, que votre miséricorde, que vos mérites suppléent à mon indigence; aidez-moi par votre grâce à vous bien recevoir. V eni, Domine j et noli tardare; venez donc, Seigneur, ne différez point davantage. Desidero te m il lies, miJesu: quando renies'! quando me lœtum faciès! Venez mon Jésus, je vous désire mille et mille fois : quand viendrez- vous? quand me donnerezvous cette .joie? 0 le Dieu de mon cœur, Tunique objet de mon amour, ô mon tout : Deas cordis niei , et pars mea Deus in œternum (Ps. 78, ^26).
Je ne sais si je me trompe, mais il me semble (pie je ressens quelque chose de ce désir qui vous faisait souhaiter avec tant d1 empressement de manger avec vos disciples cette admirable Pàque. Hélasl mon désir devrait être, s'il était possible, bien plus grand que le vôtre. Quel avantage vous revient-il de cette Pàque, en comparaison de celui qui m\>\\ ro1 ient?
Sitivit anima mea ad Deum fortem virvm : quando venianij et apparebo ante fa*
m Dei (Ps. il, 3)? mon âme est extrê-
mement altérée, mais elle ne peut se rassasier, ni éteindre sa soif qu'en vous recevant, vous qui êtes sa force et sa vie. Quand est-ce que j'aurai ce bonheur? quand irai-je au devant de vous? quand vous verrai-je? quand vous posséderai-je? Deus, Deus meus, ad te de hice vigilo (Ps. 62, 2).
0 mon Dieu, depuis le matin je ne pense qu'à vous, je ne soupire qu'après vous. Sitivit in te anima rnea, qaàm multiplicités tibi caro rnea (Ps. 62, 2); mon âme, mon corps, mon esprit et ma chair vous demandent, vous désirent, tressaillent de joie dans l'espérance de vous posséder bientôt. Quemadmodum desiderat cervus ad foules aquarum iia Ûesiderat anima rnea ad te, Deus (Ps. 41, 2); non, le cerf altéré ne cherche point les fontaines avec tant d'ardeur, que mon cœur et mon corps vous souhaitent.
Mihi autem adhœrere Deo bonum est : potière in Domino Deo spem meam (Ps. 72, 28); cherche qui voudra son bonheur dans les créatures : pour moi, je fais toute ma félicité de m'unir à vous, je n'en veux, je n'en espère, je n'en souhaite point d'autre.
Enfin, quand le moment de la Communion est arrivé, recueillez tous vos sens et toutes les puissances de votre âme, gardez un pro-
fond et respectueux silence, et selon l'avis de saint Chrysostôme, regardez la personne de Jésus-Christ dans le prêtre qui vous présente l'hostie; car le prêtre n'est que son ministre, et comme la main dont il se sert pour se donner à vous. Tenez la tête droite, baissez les yeux, ouvrez modestement la bouche, avancez la langue sur le bord des lèvres, et après avoir reçu ce don divin, retirez-vous dans un endroit tranquille, mettez-vous dans la posture la plus propre à conserver le recueillement, et ne songez qu'à entretenir Notre-Seigneur, et à profiter de sa présence.