ARTICLE PREMIER
De l'ordre qu'on peut tenir en produisant les actes de vertu propres à entretenir Notre-Seigneur.
I. On suppose l'àme déjà instruite de la fin de l'Eucharistie, remplie d'une foi vive et pénétrée des bontés du Sauveur, par les exercices de la préparation tant éloignée que prochaine. Ainsi dès qu'elle a reçu Notre- Seigneur, elle doit commencer par l'adorer. Cet acte qui est comme le principe de tous les autres, regarde Jésus-Christ, en tant que Dieu, et le préfère généralement à tout ce qui est créé. L'àme, occupée de toutes les merveilles qu'elle découvre dans le Verbe incarné, tantôt demeure comme ravie en admiration, tantôt elle s'abîme dans un profond respect, et demeure en silence.
II. L'humilité suit naturellement cepremier acte. Car en même temps que l'àme contemple les perfections admirables du Sauveur, jetant les yeux sur sa bassesse et sur son néant,
plus elle conçoit d'estime pour le Sauveur, plus elle conçoit de mépris pour elle-même; et à mesure qu'elle s'attache à Dieu comme à l'unique objet qui mérite son amour, elle se retire de toutes les créatures, et s'écrie : Seigneur, toutes les nations de la terre ne sont devant vous qu'un pur néant.
III. De ces actes naissent les louanges. L'Ame charmée de toutes les beautés qu'elle découvre (Unis son Sauveur, réunit toutes
puissances pour le louer. Mais connaissant que les louanges qu'il mérite
passent infiniment toutes celles qu'elle lui peut donner, elle invite les saints, les esprits bienheureux, et surtout son Ange gardien, de se joindre à elle et de l'aider à s'acquitter dignement de ce devoir. On peut
servir utilement pour cela de certains psaumes, b-ls que sont: Benedictus Domi-
5 Dens lsrai'-l (Luc.l. 68.); Benedicite omnia opéra Domini Domino (Dan. 3. 57.); Laudate Dominum de cœliSj landaic eum in
'elsis (Ps. 148.); Cantate Domino canti- \m (Ps. 95.); Laudate Dominum in
Sa Défis ejl(S (Ps. 150.).
IV. Les actions de grâces doivent succéder; voyant que Le Sauveur possède L'ônéra-
lent toi liions de La nature et de la
grâce, et que de nous-mêmes nous n'avons rien , nous devons reconnaître que tout ce que nous avons, c'est lui qui nous Ta donné. N'est-il pas juste après cela de lui rendre de très-humbles actions de grâces?
Remerciez-le donc de s'être fait homme pour nous réconcilier avec son Père, d'avoir répandu son Sang pour expier nos péchés, et de nous avoir éclairé des lumières de l'Évangile, tandis qu'une infinité d'autres sont encore dans les ténèbres de l'infidélité. Mais remerciez-le en particulier, de s'être renfermé dans la sainte hostie, pour servir de nourriture à nos âmes.
Il est bon aussi de rappeler les grâces spéciales , et les faveurs personnelles que nous avons reçues de lui. Il n'y a personne, pour peu qu'il fasse de réflexion sur sa vie, qui n'aperçoive aussitôt quelque bienfait ex- 1 traordinaire, comme sont la vocation à la vie religieuse , et une protection sensible dans certaines occasions, où nous courrions risque, soit de perdre la vie, soit de tomber dans de grands péchés.
V. L'adoration et les remercîments doiven' produire la componction. Car enfin peut-oi voir tant de grandeur et tant de bonté dan: le Sauveur ? Peut-on se représenter ses ad
mi râbles perfections et ses infinis bienfaits sans être pénétré do douleur de l'avoir offensé? Cette componction doit renfermer cinq différents sentiments : 1° Elle doit nous couvrir de honte et de confusion en la présence d'un si aimable Sauveur, contre qui on a si souvent et si grièvement péché ; lie doit nous porter à un désavœu sincère, et nous inspirer une extrême horreur de toul s nos fautes jusqu'aux plus légères;
lie doit exciter dans notre àme une sainte haine contre nous-mêmes, pour avoir été si injustes et si ingrats; 4° elle doit allumer le zélé de la justice, et nous mettre les armes à La main afin de réparer, par la mortification du cœur et du corps, la gloire que nous avons ôtée à Dieu; 5° elle doit enfin nous
blir dans une généreuse résolution de veiller plus soigneusement sur notre conduite, et dans un attachement inviolable au service du Sauveur.
îomme nous sommes persuadés de notre faiblesse, et que Jésus-Christ est le maitn et i<^ dispensateur de toutes les gràa .
aandez-lui avec confiance tous Les secours qui vous sont nécessaires pour réformer votre vie. Exposez donc à s< s yeux vos méchantes habitudes, le penchant que vous
avez à l'orgueil , , à la vanité , à la sensualité , et tous les autres défauts dont vous vous reconnaissez coupable. Imitez ces malheureux qui, pour toucher les hommes de compassion, découvrent leurs plaies et leurs ulcères. Ce n'est pas que le Fils de Dieu les ignore ; mais cette exposition servira à vous faire sentir la multitude de vos maux, et le besoin que vous avez de la grâce. Elle vous donnera un désir plus ardent de guérir, et vous fera mieux goûter le soulagement que vous recevrez , qui est ce que Notre-Seigneur souhaite particulièrement. Car, si d'un côté il veut nous soulager, de l'autre il veut que nous connaissions l'obligation que nous lui avons, et que nous lui en marquions notre reconnaissance. Priez-le aussi d'augmenter votre foi et votre espérance, de vous donner de l'humilité , de la patience , et surtout de vous embraser de son saint amour. Vous pouvez môme demander quelque grâce temporelle, mais par rapport à votre salut et à la plus grande gloire de Dieu. N'oubliez pas non plus de prier pour les autres, et ne craignez point de rien perdre par là de ce que vous demandez pour vous, ni de vous rendre importun. Plus vous demanderez , plus vous obtiendrez, *et plus vous lui ferez plaisir.
VIL Une âme serait bien dure, si toutes ces considérations et toutes ces vues ne l'attendrissaient ; elle serait bien froide, si tous ces actes qui ont précédé ne réchauffaient du feu de la charité. C'est donc ici qu'il faut entièrement abandonner son cœur à l'amour le plus ardent, et en former des actes de toutes espèces.
Premièrement, d'un amour de préférence, en exaltant les perfections du Sauveur infiniment au-dessus de tous les êtres créés. En second lieu, d'un amour de tendresse, en lui faisant mille caresses, en lui baisant en esprit, tantôt les pieds, tantôt les mains, avec autant de respect que d'empressement, en appliquant son cœur sur le sien, en le conjurant de l'animer du même esprit et de lui inspirer les mêmes sentiments. En troisième lieu , d'un amour de complaisance , en se conformant à sa très-sainte volonté et en se soumettant à tout ce qu'il lui plaira ordonner de nous, non-seulement parce qu'il est notre Roi et qu'il mérite de commander, mais parce que nous l'aimons et que nous voulons lui plaire, et prendre ses inclinations pour l'unique règle de toutes les nôtres. Enfin, d'un amour de bienveillance, en lui souhaitant toujours la gloire dont il est di-
gne, et surtout en lui offrant tout ce que nous possédons : notre esprit, notre cœur, notre langue, notre santé, notre vie, pour le faire honorer et aimer autant que nous en sommes capables, et en lui protestant que puisqu'il a bien voulu répandre son sang pour notre salut, nous nous estimerons heureux de répandre le nôtre pour son service. VIII. Après s'être ainsi uni au Sauveur par tous ces actes d'amour, il faut conjointement avec lui honorer son Père Éternel en l'adorant, en s'humiliant devant lui, en chantant ses louanges, en lui offrant pour la satisfaction de nos péchés et pour obtenir les vertus qui nous sont nécessaires, les mérites de Jésus-Christ son Fils, qui est dans nous, qui est à nous. Mais il ne faut pas oublier de se dévouer avec le Sauveur à son service et à sa gloire , comme une victime d'amour, en acceptant de bon cœur tout ce qu'il faudra faire ou souffrir pour cela, fallut-il être attaché à la Croix, et y expirer au milieu des plus cruels supplices. Car c'est la fin que le Sauveur s'est principalement proposée dans ce Sacrement ; il a voulu nonseulement y renouveler le sacrifice de sa Passion, mais encore faire de tous ceux qui le reçoivent autant de victimes, et s'immoler
lui-même en vertu de l'union qu'il contracte avec nous, autant de fois qu'il y a de chrétiens qui, après avoir communié, s'offrent et se sacrifient à la gloire de Dieu.
IX. Après tous ces iiotcs , il faut supplier Notre-Seigneur de ne se point séparer <\o nous, au moins do cœur et d'affection, et de veiller toujours sur notre conduite. Et comme après avoir quitté ses apôtres il leur envoya sou Saint-Esprit pour tenir sa place , il faut le conjurer de nous faire la même grâce , afin que cet Esprit-Saint éclaire notre entendement par ses lumières, qu'il embrase notre cœur par son ardeur, qu'il règle toutes nos actions, et qu'ainsi nous puissions vivre éternellement de cette vie toute divine, qu'il a dessein de nous communiquer par le moyen de l'Eucharistie.
ARTICLE SKCOND.
Divorces manières (lYntretonirNotro-Spi^neur.
Voici quelques entretiens dont les personnes qui n'ont point encore de facilité à entretenir d'elles-mêmes Notre-Seigneur , pourront se servir. On en propose plusieurs, et de caractère différent, afin qu'en changeant de temps en temps, on puisse éviter le
dégoût, et choisir celui qui sera le plus conforme à la disposition où l'on se trouvera en communiant.
TREMIER ENTRETIEN.