Ç)6 PRINCIPES DR LA COMPOSITION
exemples. Supposons les troupeaux écartés de la scène, le gaçon tondu soigneusement , et les branches de quelques arbres du premier plan s’inclinant vers le sol, avec tout le luxe d’une végétation vigoureuse. La pretnîère expression seraitcelle d’un pittoresque beau et élégant , la seconde annoncerait le repos et une consécration exclusive au séjour de l’homme. Il y a absence d’animaux et d’objets mobiles; voilà ce qui constitue le repos : le séjour de l’homme s’annonce par l’entretien soigné des surfaces ainsi que par les branches qui pendent jusqu’à terre, circonstance qui ne se rencontre jamais dans les scènes où le bétail est admis, et qui établit une distinction prononcée entre des groupes dans un parc (i)et d’autres groupes dans une prairie dont l’herbe est fauchée. Ce n’est donc pas par le niveau des gazons, ni par une combinaison particulière de lumière et d’ombres que cette expression est produite, elle naît des réflexions que fait l’esprit sur la cause de cet aspect.
(i) En anglait l'idée de p arc entraîne celle d’animaux qui i |>ai;scnt eu liberté.
APPLICATION DES PRINCIPES. gy
Imaginons à la place de ce gazon uni un terrain rude et inégal, couvert de ronces, d’épines , de buissons épais ; supposons l’eau bordée de roseaux, et cachée en partie par des plantes aquatiques ; et animons la scène par des daims et dés chevaux sauvages.
L’expression sera éminemment pittoresque, mais elle aura un caractère sauvage qqi résultera, non point de ce que telle serait en elle-même l’essence du pittoresque, mais bien des réflexions que ferait l’esprit sur la différence de cette scène, avec une autre qui offrirait des traces de culture.
Supposons l’absence du lac et du bâtiment, et que la vue consiste uniquement dans le bois et le terrain , avec une allée irrégulière de saules, dont les sommets s’aperçoivent sur le plan du milieu; ajoutons-y le murmure d’une cascade éloignée qui se fait entendre à travers les arbres.
Ici, outre la beauté pittoresque, nous avons l’idée de l’eau, celle du volume considérable du lac ou de la rivière qui alimente cette chute, et enfin celle des rochers qui opposent un obstacle puissant au courant de l’eau. On remarquera que la grandeur de
gS PRINCIPES DF. LA COMPOSITION.
la scène dépend principalemênt.du son* qui ne saurait être rangé parmi lès beautés pittoresques. L’expression dominante est celles du sublime, qu’accompagnent diverses associations de majesté produites par les rocs, et de grandiose réveillées par le courant, lorsque les eaux ayant repris une marche tranquille, roulent majestueusement sous l’ombrage touffu des saules.
Nous pourrions indiquer d’autres exemples d’une beauté plus frappante, mais ceux qui précèdent suffisent pour faire res- * sortir la différence qui existe entre une composition purement pittoresque, et une autre dont l’expression est une beauté naturelle ou générale; et en même temps pour prouver ce que nous avons posé en principe , que la composition des jardins , comme art d’imitation, puise aux mêmes sources que la poésie et la peinture;
On voit aussi par là combien peu la pro-
duction des beautés naturelles est au- pouvoir du jardinier-paysagiste. 11 a sans doute la faculté de faire ressortii les avantages de la scène : ainsi, dans le premier exemple d’expression, le bâtiment, ou du moins les