CHAPITRE PREMIER
Des matériaux qui entrent dans la construction des jardins d’ ornement.
Les matériaux que l'on met en oeuvre pour produire certains effets dans la composition des jardins d’ornement, sont les mêmes quel que soit le style adopté. Le i terrain* les bois, l’eau, les rochers, tels * sont ceux que fournit la nature; l’art y ajoute les fabriques, les routes, les allées, les clôtures; les objets animés ou mobiles, les sons, etc., constituent des accessoires mis à notre disposition seulement dans certains cas.
SECTION PREMIÈRE
. Du sol.
Les opérations de l'art sous ce rapport
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sont nécessairement fort bornées. Les plus importantes et les plus dispendieuses , celles qui ont pour but; de rétablir ou de créer des surfaces naturelles, lors même qu’elles atteignent leur but , procurent à l’esprit des plaisirs bien moins durabb s que la plupart des embellissemens d’un autre genre. Bien qu’on soit parvenu à parer des grâces de la nature un sol originairement ingrat , l’effet produit nous charme aussi long -temps que nous nous rappelons combien cette scène diffère de ce qu’elle était; mais lorsque ce souvenir S’efface, quoique les beautés restent les mêmes , le mérite delà création disparaît. Pour les travaux de ce genre, l’ancien Sty .e a un avantage marqiü§ sur le moderne : eii effet , on peut arriver à une perfection absolue deins les formes symétriques , et les beautés créées portent tellement le caractère artificiel què leur origine n’est jamais douteuse. Aussi leur mérite subsiste pour le propriétaire, long-temps 4 encore après l’exécution.
Les améliorations de la surface du terrain, quel qu’en soit l’objèt, devraient se pratiquer sur les scènes voisines de l’œil, et
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constamment en évidence ; dans l’éloignement, leur effet se perdit peut être avantageusement remplacé par des plantations, pourvu que l’espace soit considérable.
Toutes les opérations sur le terrain peuvent se ramener à ces deux points de vue :
i° chercher à obtenir les beautés artificielles ou du dessin; 2 0 chercher à produire les beautés naturelles.
§ I. — Opérations qui ont pour objet les beautés artificielles.
Les formes que l’on peut mettre en œuvre pour arriver à ce but sont simples et peu nombreuses ; elles doivent tirer leur origine et être influencées par celles de l’habitaiion, et se bornent, en général, à l’emploi des lignes droites.
Lorsque le terrain descend en pente à partir de l’habitation, des parallélogrammes étroits seront la forme qu’on donnera de préférence aux niveaux et aux talus. Le niveau le plus large, et le degré de pente qui approche le plus delà perpendiculaire, doivent être les plus rapprochés de la maison , en variant toujours avec la distance,
It>4 EXÉCUTION DES JARDINS.
de sorte qu’^près trois ou quatre inclin aisons et autant de glacis, la surface, artificielle finisse par se confondre avec la surface naturelle , à moins qu’elle ne soit terminée, comme il arrive souvent dans le style symétrique , par les murs du potager ou quelque fabrique. Dans ce cas, où l’ordre des formes se trouve interrompu par des lignes architecturales ou quelque autre accessoire, on peut adopter pour la continuation de la surface artificielle, tels niveaux ou talus qui- s’accorderont le mieux avec le caractère de la scène et les vues d’une économie bien entendue.
Lorsque le manoir est sur une surface naturellement plate, les niveaux seront d’une dimension plus grande, les talus plus petits, et le nombre des uns et des autres plus réduit. -,*jt
Quoique les parallélogrammes soient la figure adoptée de préférence , on peut souvent leur substituer des sections de polygone, des trapèzes , des cercles et des figures curvilignes. On les emploie dans les ouvrages .d’architecture et de fortification , qui sont le type primitif de cette partie de
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]a construction des jardins ; ainsi, lorsqu’ils se trouvent dans le bâtiment, le terrain doit en quelque sorte en offrir la contre-partie.
Du reste, rien de plus simple que de déterminer les formes à employer. La principale difficulté consiste à les combiner de telle sorte qu’elles forment un tout, et produisent un effet agréable. Quant à la manière de les disposer, de les lier, d’établir entre elles des rapports et des contrastes, l’arliste, pour y parvenir, ne doit pcûnt perdre de vue la régularité et l’uniformilé de l’ensemble, et il doit varier et combiner harmonieusement les détails, selon l’effet qu’il se propose d’atteindre. S’il s’est suffisamment préparé par des études théoriques , s’il a appris à dessiner le plan et le paysage, ses propres impressions lui révéleront si le succès répond à ses effort s : car les modèles de surface artificielle, qui subsistent encore dans les anciens jardins, rie sont que des productions bien imparfaites, comparés à ce qu’on pourrait créer dans ce genre par l’application judicieuse des principes de beauté relative.
§ II. — Opérations qui ont pour objet les beautés naturelles.
De même que les lignes et les formes géométriques de l’architecture prévalent dans les terrains de beauté artificielle, de même les lignes vagues et .rompues, les formes fugitives du paysage dominent dans ceux de beauté naturelle. Vouloir créer ces dernières sur le terrain, serait, généralement parlant, une chose impossible et téméraire : mais partout où elles existent avec des difformités accidentelles, ou incomplètes dans leur expression, l’art peuteqjaire disparaître les défauts, même à une distance considérable de l’observateur. Dans les scènes bornées qu’embrasse immédiatement la vue, on peut prétendre à créer des beautés, soit sur un terrain* simplement plat , soit que des difformités l’accompagnent. On doit toujours se guider sur les mêmes principes.
La première chose qu’il faut bien arrêter dans l’esprit, c’est le choix de la surface désirée, ou le genre de terrain naturel qu’il convient d’imiter. 11 faut, en second lieu , exa-
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miner quelles sont les parties, les formes et les lignes dans lesquelles la beauté natu. relie de ce terrain consiste principalement.
S’agit-il d’un terrain à ondulations ? s’assurer si les surfaces convexes ou concaves y dominent; d’un terrain tout-à-fait inégal et à accidens brusques ? reconnaître si ce sont les lignes horizontales et perpendiculaires , ou les lignes courbes et inclinées qui en forment le caractère général. L’imitation se règle en conséquence, lorsqu’on s’occupe des perfectionnemens; sans jamais perdre de vue le principe fécond d’un ensemble considéré comme but final de toute combinaison, non plus que l’harmonie des diverses parties qui le constituent.
§ m Des difformités accidentelles du
terrain.
L’art de faire disparaître les difformités accidentelles, est une des opérations les plus communes sur le terrain. On peutcomprendie parmi elles les carrières, les creux , les abreuvoirs devenus inutiles, les tranchées laissées à découvert, les amas de terre , les lignes çle démarcation en saillie. Comme ces accL
dens du terrain doivent naissance à l’art, ce qu’il y a de plus simple à faire c’est de rétablir la surface naturelle. Mais les restes des clôtures sont quelquefois en si grand nombre, qu’on peut tirer parti de la terre qu’il faudrait déplacer, et donner quelque variété à une surface plate et monotone.
Le meilleur parti à tirer des carrières épuisées et des fosses sans eau, c’est d’y faire des plantations. Mais quoiqu’on puisse former ainsi une suite de scènes agréables, elles ne seront pas toujours d’accord avec l’expression générale cherohée, et les masses qui s’élèveraient sur ces points divers seraient de nature à interrompre la continuité de la lumière, et l’harmonie de l’ensemble.
Elles pourraient , en outre , intercepter la vue des objets distans. Dans ce cas, il faut combler les enfoncemens, et diminuer la surface adjacente, de manière à conserver l’effet général , et aux eaux la pente convenable.
Lorsqu’un terrain à accidens variés entre dans l’idée de la composition, des tranchées découvertes et des ravins profonds peuvent devenir une source féconde de