‹ Traité de la composition et de l'exécution des jardins d'ornement ... Extrait, sur un nouveau plan, de l'Encyclopédie du jardinage de M. J.C. Loudon, et traduit de l'anglaisChapitre 38 sur 60 · SITUATION DES PLANTATIONS · texte numérisé non relu

SITUATION DES PLANTATIONS

vironnans; mais dans îa formation indépendante, le choix doit être absolu, et déterminé uniquement par la nature de l’effet à produire.

Une des beautés les plus remarquables des plantations consiste dans la variété qu’elles donnent au terrain, soit en faisant mieux ressortir les contrastes qui existent déjà , soit en les créant , si la scène en est dépourvue. On y parviendra en plantant les hauteurs de préférence aux enfoncemens et aux plaines; car, en garnissant d’arbres une colline ou un simple monticule , vous ajoutez à l’effet de la hauteur.

Il faut observer toutefois que les scènes de la nature nous offrent souvent une marche opposée. Dans les cantons montagneux abandonnés aux troupeaux , les vallées sont en général boisées, tandis que le sommet des collines est à nu. Cet effet, qui peut plaire à l’observateur superficiel , tend néanmoins à confondre les formes, et à introduire une fastidieuse monotonie de surface: aussi l’art suit-il une marche contraire à celle de la nature, qui, dans son état sauvage, ne répond que peu aux exigences de l’homme ar-

ïfi 8 EXECUTION DES JARDINS.

rivé à une civilisation épurée. Son admiration pour les scènes sauvages tient à leur nouveauté et à leur rareté dans les pays conquis par la culture. Au reste, la disposition que nous conseillons se rencontre aussi dans les scènes naturelles et l’admiration qu’elles font naître n’en est alors que plus vive.

§ II. — Forme des plantations.

Quant à la forme, elle peut être absolue ou relative. Elle aura le premier caractère dans les plantations qui ont pour objet de renfermer dans leur enceinte des beautés d’un genre particulier, telles que les labyrinthes, les quinconces, etc., du style symétrique, ou bien les groupes, les bouquets d’arbres, les éclaircies ménagées dans l’intérieur du bois, selon le goût moderne. Elle est relative à la nature du terrain et des objets qui existent dans le voisinage, lorsqu’on veut l’adapter à l’embellissement de la scène générale, ainsi qu’à l’emplacement et à l’aspect delà maison, des jardins, des eaux , etc. Dans ces différens cas , un ensemble expressif et harmonieux est le but qu’on doit se

FORME DES FLAKTATIOKS. l(>()

proposer; et l’art d’y parvenir résulte delà manière de grouper et de lier entre elles les différentes parties. Lorsqu’une route coupe un pays nu et insignifiant, on peut la rendre intéressante par des plantations dont l’effet varié rompra l’uniformité du coup -d’œil.

C’est à l’aide de ces artifices qu’on est parvenu à déguiser la tristesse des routes dans quelques provinces de la Russie et de l’Allemagne, et delà Strada di Campaniaen Italie.

Quoique dans la composition des jardins d’ornement, l’embellissement soit l’objet principal, il ne faut pas cependant perdre de vue l’utilité. Toutes les plantations qui bordent des terres labourables doivent, autant que possible, se terminer par des lignes, sinon droites , du moins à peu près régulières, et rejoindre les liaies et autres clôtures déjà existantes. Il ne faut planter qu’un petit nombre de groupes ou d’arbres isolés dans les champs de cette nature. Il serait à propos, dans les pâturages, de garnir les endroits où le sol est le plus mauvais et dont la situation est la plus exposée, en donnant aux plantations des formes propres à abriter les bestiaux contre les vents et l’o-

rage. Lorsque Ton plante près des chaumières et d’un village, il faut observer de ne point gêner la circulation de l’air, et de ne point donner trop d’ombre aux habitations.

Le voisinage des arbres peut détériorer l’eau des sources et des ruisseaux par la décomposition des feuilles, et la rendre malsaine pour les hommes et les troupeaux.

En général , quel que soit l’effet qu’on puisse attendre d’un embellissement, il faudra toujours le sacrifier à des considérations d’utilité générale.

Dans les plantations destinées à embellir une résidence, qu’elles appartiennent à l’un ou à l’autre style, on composera d’abord une masse principale , dont tout le reste semble provenir, de manière à conserver un caractère d’ensemble. Ordinairement, il convient de comprendre dans cette masse l’habitation , le potager et le parterre. Les autres masses auraient entre elles une liaison réelle ou apparente , lorsqu’on les considérerait d’une position horizontale. Leurs formes seront telles que la surface de la pelouse ou prairie se partage en larges sections, dont chacune paraisse elle-même un

Page 1