FORME DES PLANTATIONS. T
tout. La variété de celles-ci et l’effet de leur connexité sont rendus plus frappans par le contraste des clairières qui s’étendent entre les massifs et les simples groupes. Dans un terrain plat destiné à un parc moderne, on aurait soin de favoriser ou d’exclure la vue de certains objets distans ; de ne jamais laisser sans un troisième plan aucune des scènes qui se trouvent dans les limites du parc, en ayant égard aux autres règles de la perspective, de l’optique et de la composition.
Ces plantations ne devront jamais être fort grandes; mais leurs formes, soumises d’ailleurs aux principes généraux, peuvent varier «à volonté. Lorsque le terrain est irrégulier, le style moderne s’y adaptera seul avec avantage.
L’étendue de terrain à garnir, «à l’aide de ces plantations d’ornement, doit rarement aussi être considérable. Comme elles ne s’aperçoivent guère que de profil, une bordure sinueuse produira souvent le même effet qu’une masse compacte qui offrirait moins de variété. Toutefois, lorsque l’angle formé par le rayon visuel et la surface supérieure d’une plantation est considérable, l’effet
d’une étendue réelle sera plus imposant.
Les flancs d’une collin^ qu’on découvrira d’un point abaissé, ou des plaines dans lesquelles la vue plongera d’une élévation , s’offriront avec un caractère remarquable de grandeur, si des bois les recouvrent.''.
Dans les plantations où l’art se laisse deviner ou se découvre à dessein, plus la disposition des arbres est régulière, plus on est sûr d’atteindre le but; mais lorsqu’on se propose d’imiter la nature, c’est l’irrégularité qui se prêtera le mieux à l’illusion. On s’appliquera à varier l’efTet des lignes , par différens accidens de terrain, et l’on obtiendra de ces combinaisons , des scènes gracieuses dont le paysage s'enrichira.
§ III. — Disposition des arbres.
Sous le rapport de la disposition des arbres, dans une plantation artificielle elle atteindra son but si elle est régulière; dans une plantation où l’on veut imiter la nature, l’irrégularité lui donnera mieux ce caractère. Ce point de vue est de la plus haute importance dans les grandes comme dans les petites plantations, et surtout
DISPOSITION DES ABBBES. Iy3
dans les groupes isolés qui ont un effet si marqué dans les scènes d’un paysage. La plus grande beauté d’un groupe d’arbres consiste dans la direction différente qu’ils affectent dans leur croissance , et c’est la position relative qu’on leur donne qui la produit. Elle peut varier pour ainsi dire à l’infini, en combinant de plusieurs manières un très-petit nombre d’arbres; ainsi, deux arbres ou un arbre et un buisson, qui constituent le plus petit groupe, peuvent avoir trois positions différentes , par rapport à un point fixe donné ; et si l’on change de place autour du groupe, sa forme primitive variera continuellement, et il formera tantôt un seul, tantôt deux groupes distincts. 11 en est de même d’arbres combinés trois à trois, quatre à quatre, cinq à cinq, six à six, et ainsi de suite.
Nous ne prétendons pas que , lorsqu’on plante des groupes, le plan de chacun d’eux doive être l’objet d’une attention particulière. Cette recherche ne convient qu’aux situations le plus en évidence : lorsqu’il ne s’agit que d’effets ordinaires, il suffira d'en varier les dimensions et les distances.
Nous nous élèverons ici contre la cou-
tume suivie en Angleterre , d’introduire dans les parcs un grand nombre à' arbres isolés , dans la vue d’obtenir des effets qui ne peuvent être produits que par des groupes. Après les masses informes de plantations , c’est la plus grande difformité qui puisse déshonorer un paysage. Il doit en résulter ou une monotonie insipide, ou des différences discordantes, selon que les arbres seront d’une même espèce ou de différente nature. Il suffit d’analyser un groupe pour se convaincre dè la variété générale de formes , produite par des arbres même d’une espèce semblable et par des individus que l’isolement priverait de l’avantage des contrastes. On a observé que dans le grand nombre de paysages dus à Claude Lorrain , il ne se trouve qu’un seul arbre isolé. Cependant un arbre détaché n’est pas toujours une imperfection, lorsque son port, son âge, ses fleurs ou quelqu’autre circonstance accidentelle motivent cette situation. Il peut d’ailleurs exister isolément comme arbre, et ee trouver heureusement groupé avec quelques autres objets.