‹ Traité de la composition et de l'exécution des jardins d'ornement ... Extrait, sur un nouveau plan, de l'Encyclopédie du jardinage de M. J.C. Loudon, et traduit de l'anglaisChapitre 42 sur 60 · CHOIX DES ESPÈCES. I · texte numérisé non relu

CHOIX DES ESPÈCES. I

effet se combinant pins harmonieusement avec l’ensemble. Les arbres exoliques annoncent un goût de recherche ; ils contribuent d’ailleurs puissamment à la variété et à l’intérét des scènes , et leur présence devient indispensable dans les terrains d’agrément, et sur les points les plus fréquentés.

O n peut admettre un nombre illimité d’espèces, en plaçant les plus rares auprès de la maison, et eu terminant par les arbres ordinaires ; mais il ne faut point les prodiguer, le caractère seul debeauté ne pouvant plaire long-temps s’il ne réunit celui de l’utilité. Quelques groupes d’espèces rares dans les scènes voisines du séjour de l’homme, produiront un effet plus satisfaisant qu’une collection de végétaux exotiques, disséminée dans tout le paysage. Quel que soit le nombre des espèces employées, une seule doit dominer dans chaque plantation , ou deux s’il s’y trouve concurremment des arbres de haute et de petite taille.

Les massifs, les groupes, les arbres isolés, pouvant être considérés comme des fragmens des masses , il est évident que la même espèce d’arbres doit s’y retrouver. Cepen-

ï8o EXECUTION DES JARDINS,

dant, dans quelques cas particuliers, pour mieux faire ressortir une partie Saillante , et donner plus de profondeur à un renfoncement, on peut ajouter à l’effet au moyen de quelques plantes de même taille, mais dont la Peinte sera plus ou moins foncée. On peut , à la faveur du même artifice , varier la monotonie d’une rangée d’arbres , en employant les espèces dont les nuances contrasteront fortement. Price, qui a parlé de la variété avec une grande sagacité, s’exprime de cette manière:» Le véritable but de la variété, est de reposer la vue, sans l’embarrasser; elle ne consiste donc pas dans la diversité des individus isolés, mais dans la diversité de leurs effets combinés; en un mot, dans la, différence de composition et de caractère. Quelques personnes croient avoir tout fait, lorsqu’elles ont réuni en un seul corps tous les noms scientifiques du système de Linné; mais lorsque chaque plantation offre le mélange d’autant de plantes diverses qu’on en a pu agglomérer sur un même point, il en résulte une monotonie d’un autre genre, mais qui n’en est pas moins une monotonie aussi réelle que s’il

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n existait absolument- aucune diversité. En effet, la variété de caractère ne saurait se trouver, là où il y a absence totale de traits

prononcés sur lesquels l’œil puisse s’arrêter. »

Dans les plantations en grandes masses ou en massifs de ceinture , on pèche souvent par lin excès de variété dans le choix des arbres, et cette imperfection y est d’autant plus sensible qu’elles ont plus d’étendue, ün ne saurait donc trop recommander l’imitation des forêts naturelles dans l’arrangement des espèces. Il est également à observer que leur nombre, aussi bien que la forme des masses où elles sont en majorité, doivent avoir de l’analogie avec les accidens du sol et de la surface, remarque qui s’applique non seulement aux arbres et aux arbrisseaux , mais à toute espèce de plantes et d’herbes, sans en excepter la famille des mousses. La combinaison la plus favorable sous le rapport de la variété , consiste dans l’emploi des différentes espèces qui croissent facilement en plein air, et on les groupera selon les inductions de la nature.

Pour les plantations d’ornement, on choi-

jga exécution des jardins.

sira des sujets aussi grands que le comportent le sol et la situation, afin que 1 effet soit plus prompt. Les petits groupes qui se trouvent dans les gazons doivent être composés d’arbres à tiges assez élevées pour n’avoir pas besoin de les défendre de l’approche des bestiaux, procédé dont l’effet est désagréable et dispendieux.

g Y. — Des clôtures et barrières.

Les masses de plantations, dans l’ancien style, étaient généralement entourées de murs ou d’autres clôtures durables. Les bar rières étaient considérées comme un accessoire indispensable, et, pour cette raison, elles étaient construites avec solidité et élégance. Souvent on les entourait de murs percés de portes ornées de piliers. Les allées , les petits massifs cù l’on se proposait de pratiquer des éclaircies, étaient environnés de clôtures provisoires.

Dans le style naturel, un mur, soit en maçonnerie, soit en verdure, ne peur jamais être une imitation parfaite du paysage, puisque la nature n’offre jamais rien de semblable; mais lorsqu’on plante dans des terres

CLÔTURES ET BARRIÈRES. l83

cultivées, ou pour embellir l’aspect général du pays, une clôture permanente est de rigueur, et il convient d’adopter de préférence celle qui concilie le mieux l’économie avec la solidité. Les haies vives, les fossés, les murs ordinaires, un canal rempli d’eau, offrent le genre de clôture le plus commun. Néanmoins, les excavations et les fossés ne doivent s’employer qu’avec circonspection f parce qu’il y a toujours un point de vue sous lequel ils se présentent p^u favorablement; c’est lorsque le rayon visuel les embrasse suivant la direction de leur longueur.

Les parcs et . résidences de campagne n’admettent point de barrière distincte et permanente , à l’exception de la clôture d’enceinte et de la barrière qui sépare la partie de la pelouse destinée à être fauchée, de celle qu’on abandonne aux bestiaux. Dans les expositions très-froides, on peut, pour abriter les plantes et favoriser leur développement, recourir provisoirement à des murs ou remparts de terre, malgré la défaveur d’un semblable aspect; mais leur suppression finale , et celle de toutes les autres clô-

tures dans les parcs, doit être considérée comme indispensable.

De légères palissades, dont les grilles sont goudronnées ou enduites d acide pyroligueux, et les poteaux durcis au feu à leur extrémité inférieure, peuvent s’employer dans les cas les plus ordinaires. Lorsque les plantés sont plus robustes , et que toutes les autres circonstances sont favorables à leur végétation , rieft n’empêche de se servir de claies ou autres palissades mobiles. L’état florissant de? manufactures de fer offre à cet égard toutes les facilités possibles pour protéger les plantes isolées et les groupes.

Des barreaux de Joute, garnis de fil d’arclial, forment un grillage, dont la légèreté s’accorde parfaitement avec l’idée d’un déplacement prochain.

Lorsqu’une plantation doit se trouver définitivement composée d’arbres et d’arbrisseaux , les épines , les pruniers sauvages , les lioux, les églantiers, peuvent dominer vers la lisière. Après la suppression du grillage qui protégeait les plantations, ce rempart pittoresque servira d’abri aux autres végétaux dans ces sortes de plantations. Les

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4 échancrures formées par l’empiètement successif des troupeaux que l’on doit y voir paître en liberté, feront ressortir la variété et l’agrément de ces masses. Le jardinier pourra planter les arbres aussi serrés qu’il le jugera convenable, sans s’inquiéter de leur prospérité future; il aura soin seulement de ne point planter plus de grands arbres qu’il ne veut en avoir un jour; les arbrisseaux seront lhentôt dominés par ces arbres qui, trouvant tout l’emplacement nécessaire, s’y développeront à l’aise. La méthode, si généralement suivie, d’abandonner à elles-mêmes les plantations une fois terminées , mérite donc d’être adoptée dans certaines circonstances; et si elle n’a rien de recommandable sous le rapport de la science et du profit , il faut lui accorder un caractère éminemment pittoresque.

section il. . #

Emploi des plantations dans le paysage.

§ I. — Qualités collectives des arbres.

Des plantations quelconques embellissent un pays nu et solitaire, et des arbres

l86 EXÉCUTION DES JARDINS.

rares ajoutent à l’agrément d’une scène déjà boisée. Les parties les plus saillantes du contour extérieur d’un domaine spacieux, peuvent s’indiquer par des arbres d’une espèce particulière, de sorte que d’un point culminant et central, on puisse en embrasser toute l’étendue. Des espèces exotiques mises en regard des arbres indigènes les plus communs feront contraste. On peut aussi choisir quelques-uns de ces derniers, et leur donner par la taille une forme particulière.

lu appropriation , qui consiste à réunir par un effet harmonieux les plantations éloignées et qui ne dépendent pas du domaine, offre aussi une source de pittoresque. Quelles que soient la forme et la distance de ces plantations , et l’espèce des arbres qui les composent, la règle est alors de planter les mômes arbres avec une disposition analogue, dans la scène dont on peut disposer.

Quant à l’art de masquer des objets peu agréables , ou qui heurtent l’harmonie de la scène, le goût et le caractère du domaine serviront de guide. Les murs voisins, les manufactures, les usines sont des objets

QUALITÉS COLUECTIVES DBS ARBRES. 1 87

qu’un propriétaire judicieux sauramasquer par des plantations ; mais il se gardera de dérober à l’œil une ferme éloignée, une église, un pont, un moulin, une ruine dont le caractère s’accorde avec les idées champêtres.

Les arbres heureusement groupés augmentent l’effet des objets agréables, leur prêtent de nouvelles teintes et une plus grande variété d’ombres et de lumières. Ils plaisent en outre par des qualités qui leur sont propres, telles que leur balancement, le murmure de leur feuillage, leurs parfums, et le chant deâ oiseaux qu’ils attirent.

On peut se servir des arbres pour signaler à la vue des objets qui pourraient lui échapper, les montrant comme un but à l’extrémité des éclaircies. C’est par un procédé analogue que le dôme de Saint-Paul à Londres, celui de «Saint-Pierre à Rome, et la coupole d’Ivan-Véliky^à Moscou, s’aperçoivent de toutes les maisons de campagne situées à un rayon de vingt ou trente milles aux environs.

Souvent les plantations rendent intéressans des objets indifférées et font valoir des

détails; en masquant leur grandeur réelle’ ou leurs imperfections, elles ouvrent un champ libre à l’imagination, qui complète leurs formes et rêve des beautés cachées.

Dans les scènes qui offrent un mélange de grandes difformités, ou de parties d’un effet nul, mêlées à d’autres qui ne sont point dénuées d’intérêt et de grandeur, on pourra se servir, des plantations pour dissimuler les premières et ajouter au mérite des autres. Ce mélange se reproduit souvent dans les sols montagneux et coupés de rochers.

Un site peut être embelli par les arbres sans le secours d’aucun autre objet. Unesurface plate et uniforme peut être rendue agréable par des plantations de diverses espèces ou groupées de différentes manié** res. Indépendamment de l’effet des massifs, chaque arbre a une forme, un port, une végétation , une floraison particulière qui lui donnent un -caractère propre ; ce caractère varie encore avec l’ âge., la situation, ses rapports avec les arbres voisins, le sol, le climat , etc. On voit donc que chaque arbre pouvant être groupé, soit avec un ou plusieurs arbres de la même espèce , soit

QUALITÉS INDIVIDUELLES DES ARBRES. l8g avec un ou plusieurs arbres d’espèces différentes, sous mille combinaisons variées, la beauté produite par les plantations seules est très-diversifiée et offre bien des ressources au paysagiste.

§ II. — Qualités individuelles des arbres.

Les arbres propres à l’ornement d’un paysage peuvent se classer sous leurs différens rapports de hauteur, de forme, de mode de croissance, de durée et d’expression. Nous traiterons successivement et rapidement de ces divers caractères.

Sous le rapport de la grandeur , les plus hauts sont les Ormes, les Frênes, le Peuplier de Pologne et de la Caroline , etc.; le Faux-Ébénier, le Sorbier et le Chêne vert lie parviennent qu’à une élévation médiocre. L’Erable, le Pin et le Bouleau sont intermédiaires entre les premiers et ceux-ci.

Quelques arbres se distinguent parla longueur et le développement de leurs branches : ce sont le Chêne, le Châtaignier, le Hêtre , etc. D’autres , dont la hauteur varie, sont au contraire d’un port élancé, tels que le Peuplier d’Italie , le Cyprès et le Merisier.

igo EXÉCUTION DES JARDINS.

Sous Te rapport de la forme , les Cliénes et les Châtaigniers ont une tête arrondie qui présente les formes les plus irrégulières et les plus pittoresques. L’Orme et le F rêne ont un corps long et étroit, que couronne une tête ronde. Le Hêtre et le Marronnier d’Inde ont une forme ovale et compacte avec une tête développée. Le Sapin et tout le genre des Pins sont généralement de forme conique et à cime pyramidale. Le Peuplier d’Italie, le Cyprès et la plupart des Saules sont oblongs et élancés; un ovale dessine leur tête.

Sous le point de vue de la couleur , le Pin d’Ecosse, l’If et le Marronnier d’Inde ont le feuillage d’un vert foncé; le Sapin et l’Orme, d’un vert fauve; le Peuplier de Hollande ou Ypréau , plusieurs saules, etc., sont d’un vert argenté, etc., etc.

Sous le rapport du mode de croissance , quelques arbres perdent leurs branches inférieures à mesure qu’ils s’élèvent, comme les Sapins ; d’autres tendent à les conserver. Il en est dont les branches inclinées pendent quelquefois jusqu’à terre, tels que le Tilleul, le Saule pleureur et le Platane. Les

QUALITÉS INDIVIDUELLES 1>KS AIIERRS. IQl

uns ont le feuillage épais, comme le Marronnier d’Inde; les autres, légers, comme le Frêne et l’Acacia. Quelques-uns ont un accroissement rapide, tels que les Peupliers de la Caroline et d’Athènes; chez d’autres la végétation est lente.

Quant à la durée , le Chêne en a le plus, l’Orme et le Tilleul viennent ensuite, puis les Peupliers et les arbres résineux. . •

Sous le rapport de leur expression, plusieurs arbres réveillent des idées d’utilité industrielle, tels que le Chêne, le Frêne, l’Orme, etc. D’autres, dont l’utilité est moins positive, reportent l’imagination sur des scènes incultes et sauvages , comme le Sorbier, le Tremble, etc. Quelques-uns caractérisent les scènes embellies par les travaux de l’homme, et les plantations artificielles, tels que le Pin et le Sapin. D’atjtres ont acquis un droit de voisinage autour de l’habitation, comme le Cèdre, le Pin-Pignon, et le Platane. Le Chêne annonce un sol- ri- * clie et profond; l’Orme, une couche de terre végétale riche, mais .peu épaisse; le Hêtre, un terrain crayeux et sablonifeux;

^e Frêne, un fonds pierreux ; les Peupliers,

z 9 a EXECUTION DES JARDINS.

une terre marécageuse; le Saule , la proximité de l’eau.

Les arbres oiit en outre des expressions naturelles qui tiennent à des associations d’idées soit générales , soit accidentelles; et le génie de l’homme, ami des rapports et des rapprochemens , se plaît à y reconnaître différens emblèmes. Nous citerons comme exemples : le Chêne, emblème de la force et de la durée ; le Bouleau, du repos et de l’élégance; le Tilleul, de la douceur; le Cyprès et l’If, de la tristesse ; le Saule pleureur, de la mélancolie, etc.

Les arbrisseaux de pleine terre peuvent être classés d’une manière analogue. Il en est qui, pour la hauteur, se rapprochent des arbres, tels que plusieurs épines, le Houx commun , etc. ; tandis que d’autres, comme le Fragon, le Bouleau nain, quittent à peine le sol. Quelques-iins rampent, comme le Lierre; d’autres grimpent, comme la clématite, ou se traînent sur le sol, comme la Ronce. Les uns ont un feuillage compacte comme le Thuya ; d’autres en sont peu garnies , comme le Tamarin.

Il en est dont les rameaux affectent une

QUALITÉS INDIVIDUELLES DES ARBRES. Iq3

forme singulière. L’Epine, le Houx , le Sureau acquièrent rapidement une forme pittoresque. Le Houx, le Laurier, l*lf, l’Arbousier conservent toujours .leur feuillage : la rose de Gueldres, le Lilas , le Seringat s’en dépouillent. Enfin , on peut encore les classer en indigènes, comme le Houx, le Troène, le Noisetier, l’Epine, le Seringat, etc.; et en exotiques , comme les Rhododendrons , les Azalées, etc.

Les assemblages d’arbres , soit naturels, soit artificiels , peuvent différer par leur étendue, leur contour, la disposition et l’espèce des arbres. Relativement à l’étendue, les plantations prennent le nom de groupes, de bouquets, de massifs, de bois, ou de forêts. Leur disposition peut- varier d’une infinité de manières.

Sous le point de vue delà disposition des plantations et des arbres, on peut, dans le style symétrique, leur donner la forme de lignes régulières , de carrés , de parallélogrammes, de quinconces, ou les disposer en avenues simples ou multiples, en croix, en étoiles, en pattes d’oie, en cabinets ouverts ou fermés , en salles de diverses for*

COMPOS. DES JARDINS. l3

EXECUTION DES JARDINS, mes , en berceaux , en allées ouvertes ou couvertes, etc., etc. Dans le style pittoresque , on dispoSe les plantations en groupes sans taillis comme dans les clairières, avec taillis comme dans les bois, ou bien en taillis

pleins , en futaies , etc.

Considérées sous le rapport de la nature des arbres qui les composent , les plantations sont susceptibles d’autant de variétés qu’il y a d’espèces différentes ; mais , pour l’effet , on les distingue par leur hauteur et le caractère de leur cime et de leur feuillage. Toutes ces variétés peuvent s’employer séparément ou simultanément dans des plantations d’une forme et d’une disposition quelconques.

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