FORMATION DES BOSQUETS
que leur hauteur vienne se confondre avec les arbres d’ornement distribués eux-mêmes delà même manière. Quelquefois un massif d’arbrisseaux orne les deux côtés de l’ailée ou un seulement , et alors l’autre est quelquefois réservé aux végétaux culinaires qui commencent ainsi le potager; ou bien c’est une pièce de gazon ornée çà et là de groupes et autres décorations , et formant avec les massifs ce qu’on , appelle un jardin d'agrément.
Dans le style symétrique le bosquet avait une forme plus compacte, et renfermait divers compartimens de gazon ou de sable de diverses couleurs , et presque toujours qn labyrinthe. Le nombre des espèces d’arbrisseaux étant alors très-limité, ces plantations avaient plutôt pour objet d’offrir un abri et un lieu de promenade, que d’étaler des variétés d’arbrisseaux à fleurs. Leur mérite consistait dans la symétrie et l’art qyi leur prêtait mille formes curieuses.
Les bosquets ont quelquefois pour bur de procurer une promenade intéressante, en conduisant vers quelque point ou scène particulière, comme le potager, la ferme, le
bois, ou d’amener le spectateur à des points de vue remarquables.
« C’est aux arbrisseaux , observe Repton, que nous sommes surtout redevables des jouissances qu’offrent les jardins. S’ils ne fournissent point nos tables de fruits , ils nous abritent pendant l’hiver, et nous prêtent leur ombre durant l’été. Disposés en écrans élégans, ils nous défendent des intempéries de l’air, et masquent à proximité de nos maisons les aspects désagréables.
Placés en massifs à une certaine distance, ils réjouissent la vue et complètent l’effet général. »
Sous le rapport de la situation , il est essentiel que la plantation d’arbrisseaux commence dans le voisinage immédiat de la maison, ou qu’elle communiqué avec elle par l’intermédiaire du jardin à fleurs : il n’est pas moins indispensable, quelles que soient son étendue et sa direction , d’en disposer les allées de manière à ce que les promeneurs ne se trouvent pas dans l’obligation de revenir une seconde fois vers les points priucipaux.
L 'étendue des jardins d’agrément'plantés
formation des bosquets. a 09 dans le style moderne doit dépendre surtout de celle de l’ensemble dont ils font partie , et ils doivent être si bien unis avec- le jardin à fleurs que leurs limites ne soient pas bien précises. L’étendue du parterre, de la pelouse et de la partie boisée, varie d’ailleurs en raison des circonstances locales et du caractère général de la résidence. Dans le style symétrique ces plantations étaient bornées, voisines de l’habitation ; le défaut de longueur s’y trouvait compensé par le grand nombre d’allées qui les traversaient :
quoique limitées d'aspect, elles offraient des remparts de verdure, dont la densité convient peu à nos climats, tandis qu’aujourd’hui les allées sont prolongées au loin et convenablement aérées.
Nicol observe que les arbrisseaux prospèrent dans le sol ordinaire des jardins, et qu’ils préfèrent les terres légères. En général, un pied de terre végétale leur suffit, mais il est toujours utile de défoncer le sol profondément. Ils peuvent généralement se passer d’engrais , pourvu que le terrain soit bien préparé et divisé à la bêche. Mais lorsqu’on plante des arbustes de choix dont on
COMPOS. DES JARDINS . l 4
est pressé de jouir, il ne faut rien négliger pour amender le sol.- Les amateurs d’arbustes réservent à chaque espèce un terrain particulier.
Les ailées de ces plantations peuvent être considérées sous le double rapport de la commodité et du goût, selon qu’elles servent de simple communication ou de promenade. Dans le premier cas, elles seront directes, dans le second elles peuvent être sinueuses , et répondre aux divers accidens d’ornement et du terrain. Il ne faut point qu’elles se coupent à angles droits, ni que leur direction soit parallèle. Leur trop grand nombre fatiguerait la vue. Elles varieront de largeur, en raison de leur étendue, entre trois et huit pieds. On les couvrira à volonté de gazon ou de sable, ce qui est plus agréable et moins humide dans la saison pluvieuse.
Les pépinières sont un pbjet essentiel dont l’usage est assez connu. Elles se trouveront convenablement placées dans le voisinage immédiat du jardin à fleurs , bu même dans l’intérieur des plantations proprement dites. Les Rosiers , les Chèvrefeuilles , les arbris-
FORM A.TIOIT DES BOSQUETS. a 1 1
seaux d’Amérique, et en général les plantes d’ornement de l’espèce la plus délicate, devraient toujours s’y trouver prêts, soit empotés , soit dans les lignes de la pépinière, pour aller réparer ou enrichir la scène principale. On peut réserver un espace pour déposer les feuilles, le menu bois et les autres débris dont la décomposition produit un excellent terreau.
§ II- — Plantation des bosquets .
La plantation des bosquets peut se diviser en trois combinaisons principales :
rnelee ou commune, choisie ou groupée, méthodique ou systématique*
I. Combinaison mêlée . — On trace d’abord des lignes dans toute la longueur de respace à garnir, sa largeur étant donnée. On peut laisser deux pieds de distance entre la première et le bord du gazon ou de l’allée, et placer la seconde à trois pieds de la première, la troisième à quatre de la précédente, et ainsi de suite: en y disposant les arbrisseaux par ordre de grandeur , et conformément à l’effet qu’on attend de leur
floraison et de leur verdure constante ou périodique. On observera également de laisser entre les arbustes assez d’intervalle pour que leurs rameaux se mettent à fleurs plus facilement, et acquièrent un plein développement. Si les espaces intermédiaires paraissaient trop grands , on pourrait les meubler provisoirement en y plaçant des sujets de la môme espèce que ceux des lignes adjacentes, de manière, toutefois, à ne point perdre de vue l’arbre et l'arbrisseau qui doivent rester définitivement.
Il ne reste plus qu’à ajouter les plantes herbacées. On peut en placer une rangée en tête du premier rang d’arfcrrtseaux, et trois ou quatre autres dans l’intervalle des lignes suivantes. Elles sont ordinairement disposées en quinconce avec les arbrisseaux, et doivent offrir un arrangement analogue sous le rapport de la forme, des couleurs, et des circonstances de la floraison.
A peine peut-on dire que les arbres verts aient des fleurs ; néanmoins , on pourra en admettre un certain nombre dans les dernières rangées pour les alterner avec les marronniers d’Inde , îes Tilleuls , les faux
„ COMBINAISON PAR GROUPES. ai3
Ebêniers, les faux Acacias, les Cerisiers et les Pommiers à fleurs doubles , etc.
II. Combinaison par groupes . — On plante un grand nombre d’individus du même genre, de la même espèce ou de la même variété, de manière à en obtenir un effet intéressant. Ainsi , pour les arbres, on peut réserver un emplacement à la famille des Puis, un autre pour les arbrisseaux toujours verts, et les nombreuses variétés du Houx ; et un troisième, un quatrième, enfin un nombre plus ou moins grand en raison de l’espace que l’on a et de la diversité que l’on désire, sera occupé par d’autres végétaux toujours verts, tels que les Sapins, l’Yeuse, les Cèdres Cyprès , 1 liuyas, Genévriers, etc., etc.
Les plantes herbacées seront groupées sur le front de la plantation, dans l’ordre que nous avons indiqué pour la combinaison mixte, mais par masses irrégulières
La principale difficulté dans ce mode’ de plantation , consiste dans le choix des especes qui doivent se succéder les unes aux autres, de telle sorte que chaque groupe ou chaque espèce se fonde avec l’espèce voisine, sans déroger à l’ensemble. Le coup-
2l4 exécution des jardins.
d’œil d’une semblable plantation sera magnifique en été, mais l’hiver elle offrira des lacunes de feuillage, à moins qu’elle n’ait été exclusivement composée de végétaux toujours verts. Quant aux fleurs , elles seront aussi inégalement réparties ; cependant on pourra former trois divisions : dans la première, comprendre les plantes toujours vertes; dans la seconde, celles dont les fleurs sont les plus brillantes, et ranger dans la troisième, qui sera la plus éloignée de l’habitation , celles dont les fleurs ont le moins d’éclat. ' •’
Ce qu’il faut d’abord consulter pour la succession des espèces, c’est la forme générale et le mode de croissance, puis la couleur et le feuillage. Ces diverses transitions doivent toujours être graduées ; ainsi, les Pins, les Cèdres, les Sapins et les Ifs formeront une gradation régulière; et les arbrisseaux qu’on pourra placer dans leur voisinage, sont le Thuya, le Genévrier, le petit Houx. Placer des groupes d’Ormes ou de Saules pleureurs en regard des Pins , et accolér des Roses au Lilas , ce serait pécher contre l’harmonie. Il y a évidemment beau-
COMBINAISON PAR GUOUFBS. . a I 5
coup moins d’affinité naturelle entre les plantes herbacées et les arbrisseaux , qu’entre ceux-ci et les arbres ; cependant la combinaison de ces plantes doit reposer sur les mêmes principes généraux : ainsi aux plantes qui, pour l’apparence, se rapprochent , par exemple, des œillets , on ne fera point succéder les espèces grossières garnies de larges feuilles, telles que les Loraginées, mais plutôt les familles délicates, telles que les Primevères, etc. 11 peut aussi exister une sorte de rapport entre les plantes herbacées et les arbrisseaux : ainsi les plantes bulbeuses , et les petites fleurs précoces , comme la Violette et les Primevères, se trouveront plus convenablement placées au milieu d’arbrisseaux verts, ou parmi d’autres qui fleurissent de bonne heure, que dans le voisinage de ceux dont la fleuraison est tardive.
III. Combinaison systématique ou méthodique . — Elle consiste dans la plantation des massifs comme dans un j ardin botanique, en adoptant la méthode de Linné ou de Jussieu , et en rapprochant les végétaux d’une / même famille, en ayant soin de tenir compte
21 G EXÉCUTION DSS JARDINS:
de leur élévation respective. Les beautés de cette combinaison, qui offre de grands avantages pour Fétude, et qui réunit des analogies du plus haut intérêt pour les observateurs instruits , échappent en général au vulgaire, et, dans un petit espace, disparaissent au milieu de la confusion. Cependant, quelques jardins botaniques créés récemment dans ce système offrent beaucoup d’agrément.
IV. Choix des plantations. — C’est seulement depuis l’introduction dans nos climats d’un nombre considérable d’arbres et d’arbrisseaux d’Amérique, qu’on s’est occupé, dans les traités sur le jardinage, de l’arrangement raisonné des arbrisseaux. Chambers paraît être le premier qui ait touché ce sujet dans sa dissertation sur les jardins chinois. « Les Chinois , dit-il , ne suivent point dans leurs plantations l’usage de quelques jardiniers d’Europe, qui plantentindistinctement tout ce qui se rencontre sous leur Inain; ils ne poussent pas l’ignorance jusqu’à s’imaginer que la variété naturelle des arbres et des arbrisseaux suffise pour constituer la perfection de l’ensemble. Bien loin de là ,
CHOIX DES PLANTATIONS. Il"]
leur pratique est guidée par un grand nombre de règles fondées sur la raison et une longue observation , règles auxquelles ils ne dérogent presque jamais. Tel arbre, disent-ils , tel arbrisseau , telle fleur, se plaît dans les situations basses et humides, d’autres préfèrent les collines et les montagnes: telle plante exige un sol riche, telle autre prospérera dans l’argile , le sable et même sur les rochers. Quelques - unes, aiment l’eau; celles-ci demandent à être exposées au soleil, celles-là veulent de l'ombre. Quelques plantes réussissent mieux.dans les situations exposées, mais en général elles ont besoin d’abri. Le jardinier habile auquel l’étude et l’expérience ont révélé ces analogies, leur donne une attention scrupuleuse, parce qu’il sait que de là dépendent la prospérité et le développement de ses plantations , etc., etc. »
V. Arbres à fruits dans les plantations d’agrément. — Dans les bosquets d’une étendue considérable, on peut disséminer des arbres à fruits, à quinze ou vingt verges de distance les uns des autres. Les Pommiers , les Cerisiers et les Po'iriers en fleurs offrent au
al 8 EXECUTION DES JARDINS.
printemps un coup d’œil très-agréable; et plus tard leurs fruits et leur feuillage ajoutent à la beauté des plantations et à celle des arbrisseaux toujours verts. Ce procédé convient aux résidences où l’utilité entre en considération ; mais nous pensons qu’en général l’introduction des arbres fruitiers détruit le caractère de la scène, à moins qu’on n’emploie les espèces dans leur état primitif, telles que les sauvageons de pommiers, poiriers, cerisiers, coignassiers , framboisiers, etc.
On doit aussi faire attention que rarement les sujets greffés, surtout le pommier et le cerisier, se développent aussi librement, et poussent des têtes aussi vigoureuses que ceux venus de semence ; ils sont donc bientôt effacés par les autres, et lorsqu’ils s’élèvent parmi des arbres qui les dominent, ils offrent presque toujours une tête tourmentée et sans élégance.
VI. Décorations des jardins d' agrément. — Elles doivent avoir un caractère d’utilité et de grandeur moins évident que dans les grands par/:s, mais plus marqué que celles du jardin à fleurs. On y place quelquefois
DECORATIONS DES JARDINS. 3 19
l’orangerie et la volière; mais c’est à tort, du moins dans notre opinion , parce que l’emplacement se prête peu à la culture et aux soins nécessaires. Des sièges abrités ou en plein air y sont indispensables, et ils pourront se présenter sous diverses formes sur les difïérens points de la promenade, quoique sans profusion.
Les fabriques s’emploieront avec une circonspection plus grande encore. Leur élévation et leurs reflets nuiraient à l’effet des jardins à scènes variées, et le but d’utilité de ces constructions doit être saisi au premier abord. L’imitation- des temples et des mosquées nè pouvant avoir lieu qu’avec des dimensions très-réduites , on les exclura sous peine de ridicule. Le choix des autres formes dépendra du caractère de la scène.
Les statues t les urnes , les inscriptions , les bustes , les monumens, etc., sont des ornemens qu’il ne convient d’employer qu’avec une réserve judicieuse. Les statues ne peuvent guère figurer convenablement que dans les ■' scènes où l’art est empreint d’une manière ostensible; mais lorsqu’elles envahissent le domaine des beautés naturelles , elles heur-
aao EXÉCUTION UES jardins.
teut l’enchaînement des idées par leur pré--
sence inopportune et inattendue.
On peut en dire autant des autres ornemens de ce genre, comme arm, cénotaphes, etc., qui devront être relégués dans les endroits solitaires, où rien ne viendra distraire la méditation.
Lorsque la promenade a quelque étendue, on pourra construire une chaumière à l’extrémité, afin d’y trouver un asile toujours ouvert. Cette fabrique, dont le style variera selon le goût du propriétaire, est susceptible d’un grand nombre de destinations utiles.
Nous ferons remarquer en terminant que la plantation du jardin d’agrément comme du jardin à fleurs, est le plus souvent traitée avec beaucoup de négligence. Presque toujours cette opération est exécutée sans qu’on ait en vue aucun objet spécial ; on ne saurait donc trop leur recommander l’application exacte sur le terrain d’un plan judicieusement arrêté. ,
SECTION Ilï.
Des jardins à Jleurs.
Le mode de plantation des plantes her-