CHAPITRE Y
Des constructions d'ornement %
Ces constructions ont moins spécialement pour but Inutilité que le pittoresque. Quoiqu’elles reutrent pour tout le reste dans le domaine de l'architecture et de la sculpture, elles n’etf appartiennent pas moins à l’art hortiçultural par le choix de leur forme et de leur emplacement. Nous nous contenterons d’en signaler -ici quelques-unes que
nous classerons en décorations utiles, *d’ agré-
ment et caractéristiques.
* § I. — Décorations utiles.
Les décorations utiles, outre qu’elles con-
DÉCOKATIOÏÏS UTILES. CHAUM1EHES. » 3 <) tribuent à orner la scène, répondent à une .destination positive et nécessaire, comme les chaumières, les ponts, etc.
I .-Chaumières. — Les chaumières peùvent être gothiques, grecques, chinoises, indiennes, etc. Les couvertures de ces constructions varient suivant le style adopté. Nous citerons encore la chaumière anglaise qui se rapproche du genre gothique, la chaumière écossaise qui tient en quelque sorte un <
rang intermédiaire entre la gothique et la grecque; Y italienne , que caractérisent les lignes grecques avec des saillies fortement prononcées ; la polonaise, construite de bois, de plâtre et de claies d’osier ; la russe, formée de poutres massives unies par des échancrures à leurs extrémités. Les chaumières y
suédoise et danoise ont le même caractère ; elles sont quelquefois couvertes de mousse.
Les matériaux de la hutte ou cabane primitive varient selon les climats. L’abri le plus grossier formé de la main de l’homme, est peut-être celui qu’emploient les aborigènes de Botany-Bay. C’est une grande pièce d’écorce dont le milieu est convexe, tandis que les deux extrémités entrent dans la terre.
t»4° EXÉCUTION DES JARDINS.
Les huttes européennes les plus grossières sont généralement formées de branches, d<; perches ou de jeunes arbres enfoncés dans le sol et s’appuyant par leurs sommets. De menus branchages, des bruyères, de la paille, des roseaux ou du gazon les recouvrent. Une seule ouverture sert à tous les usages. Dans les contrées cjui abondent en reptiles maifaisans, cette ouverture est placée en haut, et l’on entre dans la cabane au moyen- d’une trape. Ces huttes diversement modifiées peuvent être d’un effet agréable dans le parc, et servir à différens objets.
II. Ponts et bateaux . — Un pont motivé par les localités, forme une des principales décorations d’un jardin. On peut classer les dif- /érensponts en raison des principes mécaniques de leur construction , ou de leur Style architectural , ou enfin de la nature des matériaux employés.
Considérés sous le rapport des principes mécaniques de leur construction, les matériaux dès pônts se trouvent joints et retenus ensemble, soit parleur gravité, comme dans le cas des arches, soit par la résistance
PONTS ET BATEAUX.' 2$ l
des soutiens, comme lorsqu’ils sont plats ou suspendus, ou formés de simples planches.
Sous le rapport du style d’architecture , le pont n’est point susceptible d’une^grandc variété de détails. Les ouvertures peuvent être des arches de plein cintre , comme dans les ponts romains ; ou en ogives, comme dans le style gothique, ou terminées par des lignes droites, comme le pratiquaient les Grecs , ou enfin offrir une combinaison de ces différens styles.
Les matériaux sont en général le hbis, la pierre ,ou le fer fondu.
L’ arbre tombée' st le prototype de ce genre de construction; il peut quelquefois figurer dans un' parc, avec les accessoires qui peuvent le rendre sûr et même commode.
Les ponts en charpente sont susceptibles d’une grande variété de formes, dont la description dépasse les bornes que nous nous sommes assignées.
Les ponts en maçonnerie peuvent être plats ou 'doutés ; plus le plan de la chaussée approchera du niveau général , plus il offrira de commodité. Les ponts de fer sont nécessairement voûtés.
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2«$ a exécution des jardins.
Le bateau , quant à la construction, ap-* partient à l’architecture navale. Quelquefois il tient lieu de pont dans les jardins : souvent il est mu par une force mécanique, comme une roue , une chaîne; le tillac peut se trouver disposé de manière qu’il semble 11 e faire qu’un aveç la route sablée aboutissant à l’eau. Mais pour le passage d’une eau courante., le bateau 'volant est préférable, pourvu que le tillac s’adapte aussi à une partie de l’allée. Le mouvement de ce bateau est déterminé par l’obliquité de ses côtés, par rapport à la direction du courant, et cette obliquité se maintient à l’aide du gouvernail. Le bateau est amarré à un poteau fixé au milieu delà rivière,* et plus le câble est long , plus la manœuvre s’exécute avec facilité , pourvu que l’arc du mouvement n’excède, pas 90 degrés. La force du courant est à son maximum, lorsque l’angle qu’il forme afec le côté du bateau est de 54° 44 - On peut obteni* le même résultat avec un radeau triangulaire qui n’exige point le secours du gouvernail.
III. Tombeaux. — Les tombeaux ont figuré comme ornemens dans les jardins, dès les
TOMBEAUX. PORTES. 2. fi
temps les plus reculés. A cet égard nous ■ nous contenterons de rapporter les vers dfe Delille: . " .
Loin ces vains ornemcns d’un chien ou d’un oiseau *
C’est profaner le deuil, insulter au tombeau.
IV. Portes. — Les portes varient, quant à la forme et aux matériaux , selon la barrière dont elles font partie. Dans toutes, les parties essentielles de leur constructiop, c’està-dire celles qui assurent leyr position et leur solidité, et facilitent leur mouvement, doivent se distinguer desparties qui forment la barrière proprement dite, ou des accessoires de pure décoration.
Considérées comme dé.corations ,'les fortes peuvent se classer selon l’arrangement des barres qui les composent et des matériaux employés. Ces barres peuvent être horizontales, diagonales ou 'verticales, pour des portes soit enfer , soit en bois , et elles peuvent se distihguer par un nombre plus ou moins ^rand d ornemens empruntés à 1 architecture, à la science héraldique ou au seul caprice.
Dans les scènes qui ne comportent point une élégance recherchée, on peut se con-
tenter de portes simples , de guichets , de tourniquets et de grilles mobiles ou suspendues.
V. Clôtures. — Les grilles ou clôtures des jardins et des parcs ont, sous le rapport des lignes,, un caractère analogue à celui des portes. En faisant varier l’intervalle de leurs barreaux, on peut les faire servir de barrière contre les lièvres, les moutons ou les daims. Dans les clôtures en fer à demeure, la portion de métal qui enfonce dans la terre résistera mieux à l’oxidation r si elle est en fonte qu’en fer forgé ; on la revêtira d*un enduit de goudron, de poix ou d’acide pyroligneuj^; on pourra aussi lui donner une couche de vernis lorsqu’elle est encore rouge. Des murs forment la clôture la plus sûre d’un parc.
§ H* — Décorations d’agrément.
La variété des fabriques de ce genre est infinie, depuis le belvédère jusqu’au sié^e rustique. C’est leur emplacement* seul qui regarde la science des jardins d’ornement.
La tour à belvédère se trouve ordinairement située sur le point le plus élevé et le plus découvert de la scène : de là on doit
DECORATIONS d’aGREMENT. 245 apercevoir la plus grande partie du domaine, et elle doit servir de point de reconnaissance pour les promeneurs étrangers. Elle peut être accompagnée d’une chaumière et servir à 1 habitation du garde.
Le Kiosque ou le belvédère chinois se distingue par sa construction particulière, ses nombreux étages, ses toits saillamr et ses sonnettes. Dans les résidences spacieuses on peut admettre des temples d’une architect ui e gi ecque ou romaine. Quelquefois on y rassemble des sculptures et des antiques; mais alors les matériaux qui les composent doivent offrir une garantie suffisante de durée; et, dans tous les cas, il convient de ne pas prodiguer ces ornemens.
Les porches ou portiques peuvent s’employer pour décorer l’entrée d’une scène, ou pour abriter des sièges et des bancs.
Les berceaux ou cabinets de verdure peuvent être garnis d’arbres à fruit, tels que les vignes, les groseillers, les cerisiers , etc. , ou d’arbrisseaux grimpans, comme le lierre, la clématite, etc. Ils sont généralement formés de treillages dfosier ou de joncs entrelacés, et quelquefois de fils d’archal. Le berceau
italien est surmonté d’un dôme dé fil de fer peint, et garni de vigne ou de chèvrefeuille.
L e berceau français est caractérisé par la variété des lignes et des plans qui le composent. Dans nos climats les cavernes sont moins un objet d’utilité et d’agrément qu’un accessoire pittoresque : mais en Italie et en Espagne elles sont comptées au nombre des jouissances du luxe.
Les grottes sont des lieux de repos grossièrement recouverts extérieurement , mais dont l’intérieur peut être élégamment orné de coquillages, de coraux, de cristallisa- ' lions , et autres productions marines et minérales. Des fragment de miroir y produisent un effet agréable.
Les bancs abrités , les pavillons sur bateaux,
Iqs cabanes de rnbusse, les huttes d'écorce , et autres fabriques de ce genre offrent une grande variété de formes et de matériaux. Quelques-unes sont construites en bois rustiques, leur forme présente ordinairement un demi-pentagone, avec l’ouverture tournée au sud. Quelquefois èlles sont mobiles, et posent sur des roues, en sôrte qu’on peut les 'transporter dans différentes positions,
DECOR AT TON S d’aGREMENT.
■selon l’heure du jour et la saison de l’année.
Les sièges peuvent avoir un dossier 4’ charnières, propre à les garantir en cas de pluie, et qu’on peut rabattre à volonté. Les sièges découverts . sont en grand nombre, et généralerpent connus.
Les balançoires ne sont guère en usage dans les jardibs anglais; cependant les enfans aiment à en rencontrer; l’emplacement le plus découvert et le plus retiré est celui <jui lçur convient.
Parmi les décorations artificielles où l’eau joue le principal rôle, on compte la cascade , la chute d’eau , le jet d’eau, et les fontaines.
Lorsqu’on imite une cascade naturelle, le mur doit être construit de gros blocs irréguliers, et l’on rompt la nappe horizontale à l’aide de fragmens jetés çà et là, ce qui sauve l’inconvénient d’une uniformité méthodique qui n’existe point dans la nature.
Dans les chutes d’eau artificielles , il convient d’adopter la ligne horizontale, afin de prévenir une consommation inutile dans les temps dè sécheresse; à partir de cette ligne jusqu’à la base du talus inférieur, la surface doit être parée dô blocs inégaux de telle
sorte que les fragmens qui ont le plus de saillie se prouvent groupés ensemble. Dans l'enfance dè l’art, la partie inférieure de la digue dessinait une courbe, une ogive ou une ligne sinueuse , avec un fond pavé bien uni. A là convexité étaient fixées des planches en travers du courant pour le diviser, et le forcer de $e.répandre # en nappes arrondies.
Les jets d'eau et autres effets hydrauliques, quoique déchus de leur ancienne faveur, doivent tenir une plàce dans les scènesartificielles, et forment une décoration essentielle dans les jardins du style symétrique. La première condition pour les jets d’eau qui s’élèvent par la pression atmosphérique, c’est que. le bassin ou réservoir d’où partent les tuyaux pour aboutir à l’orifice, soit placé à une élévatioU suffisante. Les jets d’eau ne s’élèvent jamais jusqu’au Di veau de leurs réservoirs, en raison des obstacles provenant de la résistance de l*air, du frottement, et de la, propre gravité de l’eau. Si le tuyau d’ajutage est d’un calibre trop petit , le filet d’eau n’anra pas assez de consistance pour diviser l’air, et il retom-
DÉCORATIONS D’AGRÉMENT. a 49
bera en vapeurs ou brouillard. Dans le cas contraire l’eau ne s’élèvera point. Selon P.-J. François ( Art du Fontainier) , la perte est d’un pied pour cent verges de tuyau La proportion que cet auteur assigne pour le tuyau d’ajutage est d’un «à quatre. Des obstacles imprévus exigent souvent de recourir au tâtonnement.
Les tuyaux cT ajutage, selon leur nature, peuvent lancer l’eau sous différentes formes; mais le jet d'eau- le plus noble est une colonne perpendiculaire, dont l’eau retombe sur une base rocailleuse, et qui récrée également la vue et l’ouïe.
Les fontaines étagées, les urnes, les coquillages, les citernes, les sarcophages, les rochers, d’où l’eau s’échappe, sont d’une construction facile; ils demandent seulement que le réservoir soit aussi élevé que l’orifice du tuyau d’issue. Ges fontaines, placées au centre d’un bassin, peuvent convenir à la culture des plantes aquatiques.
Les cadrans solaires- forment une décoration qu’on place ordinairement dans les endroits les plus en évidence ou à l’intersection des allées. ’ •
a5o EXECUTION DES JARDINS.
§ III. — Décorations caractéristiques.
Les constructions dont nous avons parlé ont toutes un usage ou une application particulière; celles dont nous allons nous occuper sonj purement ornamentales. Il convient de ne les employer qu’avec un tact et un jugement qui demandent une grande expérience.
Les rochers ont un caractère général de grandeur auquel vient quelquefois s’unir une expression fantastique ou pittoresque.
Ils offrenj un contraste frappant avec l’instaHilité des végétaux ; ils offrent en outre un séjour convenable à certaines plantes.
On 'appelle roches artificielles des surfaces protubérantes ou des talus recouverts de fragmens de rocs, de pierres, de gravier aggloméré , de briques ou de scories vitrifiées, de cailloux, de coquilles, de spath, et d’autres substances, soit terreuses, soit métalliques. Ces roches sont plutôt considérées comme des scènes de culture spéciale i que sous le rapport du dessin et de l’effet pittoresque. Pour les employer judicieusement, il faut d’abord étudier le ca-
DÉCORATIONS CARACTERISTIQUES. a5l
ractère du terrain, et ensuite s’assurer de la nature des substances qu’on veut employer : après quoi il ne reste plus qu’à appliquer l’exécution mécanique.
Les ruines d’édifices que leur construction semblait destiner à braver le temps, inspirent un sentiment de vénération et qui contraste d’une manière sensible avec les impressions que font naître des scènes riantes. Mais, dans les ruines artificielles, la déception est évidente et l’effet manqué. Tout ce que l’art peut se permettre, c’est de faire mielix ressortir l’expression des ruines déjà existantes, en y ajoutant certains accessoires dont la nouveauté soit déguisée par l’à-propos et l’analogie. Ainsi, lorsque les débris d’un mur de château n’ont plus rien qui les distingue d’une clôture. commune, on peut y pratiquer une meurtrière dont le style réponde à l’époqj.ie de la construction primitive, ou bien encore lui donner plus d’extension, et y ajouter dans certains cas des tourelles, des créneaux, etc., en évitant avec soin la confusion et les anachronismes.
Les antiquités ont beaucoup de rapport avec les ruines, dont elles différent néan-
a5a EXECUTION DES jardins.
moins en ce qu’elles onf une valeur intrin* sèque, indépendaftte des localités. Cet je valeur, elles la doivent à leur grand âge , comme les autels des Druides ; aux trad itions historiques auxquelles elles setrouvent liées, par exemple, les pjerres qui marquaient un champ de bataille , etc.; à l’excellence du travail , comine des fragmens~de sculpture ou d’architecture grecque et romaine. Celte dernière classe de décoration est très-commune en Italie , particulièrement dans le voisinage de Rome et de Naples. Employées avec une juste mesure, elles peuvent ajouter à l’intérêt de la scène; mais disséminées au hasard et avec profusion, elles émoussent l’attention.
Les jardins admettent également divers objets de curiosité, .comme des blocs de lave , des colonnes de basalte , des masses de sel gemme , des coraux , des madrépores , des idoles chinoises , etc.
Les obélisques ^ les colonnes , les pyramides , et autres constructions de ce genre, peuvent s’employer comme monumens historiques ou comme accessoires pittoresques : c’est ici surtout que peut trouver application