SUR LA CINQUIÈME ÉDITION
Cet ouvrage ayant toujours e'të accueilli avec bienveillance, malgré qu'il laissât beaucoup à désirer dans quelques parties, nous nous occupions depuis longtemps de re'unîr des matériaux pour le comple'ter, en y apportant les améliorations que le goût et la pratique ont fait subir à l'ornement des jardins.
Les matériaux reunis, il s'agissait de les adapter aux vrais éle'mens de l'art de composer les jardins et d'éviter plus d'une difficulté.
Quand la première édition a été publiée , il régnait encore quelque incertitude dans les principes de la composition; les nombreux auteurs de la fin du dix-huitième siècle, et même du commencement de celui-ci, offraient entre eux des contradictions ; plusieurs de ces maîtres étaient étrangers; l'Anglais voulait découvrir ses compositions pour y déployer des prairies, si vertes et si belles sous son humide climat : l'Allemand, noble, grand propriétaire, et forestier par goût, ne créait que de vastes compositions sylvestres : le Français cherchait l'ombrage et des omemens légers, agréables et variés, pour jouir d'une vie douce et gaie au milieu de jardins riants et pittoresques.
Or, parmi ces goûts divers, la meilleure règle que l'on dût suivre semblait être d'appliquer aux besoins du climat le pittoresque que chacun cherchait à sa manière, tout en prenant pour guides les leçons données par la nature elle-même, et d'employer les omemens susceptibles d'ajouter, sans discordance, au charme qu'elle a su répandre dans les paysages.
Aussi, lorsque la paix eut ramène l'aisance, et qu'une grande quantité de jardins eurent e'të cre'ës, nos architectes, livrés à eux-mêmes, et laissant de côté les ouvrages abstraits qui avaient égaré leurs prédécesseurs, ont mieux senti alors le pittoresque et l'ont exprimé d'une manière plus heureuse dans leurs compositions. Un jardinier habile, Gabriel Thouin^ qui longtemps avait pratiqué l'art de tracer les jardins, en a publié des exemples; Dans ses dessins il a suivi les règles de la composition , telles qu'un goût épuré les adoptait, et telles^ sans doute, qu'elles doivent être toujours suivies en France (i).
Pénétré des leçons que nous avions reçues de cet artiste, avant même la publication de ses dessins, nous avons cherché, à son exemple, l'harmonie dans les scènes de la nature , et nous avons choisi, parmi une foule de matériaux recueillis par nous dans tout les pays, les fabriques
(i) Flans raisonnes de toutts les espèces de jardins, Parâ, i8ao. Ce volume contient Sa plans , dont moldé emiron représentent des parcs et jardins très-grands , et quelques-uns de moyenne grandeur ; les autres sont des jardins maraichers , fruitier non sujet à la taille, fruitier en quinconce, en quenouilles, en vases ou buissons, en espaliers; jardins pharmaoeutîquey de naturalisation , symétrique de ville, orangerie, les Champs-Elysées, les Tuileries, Versailles, le Jaixiin des Plantes de Paris, ferme de la zone torride^ etc.
Cet ouvrage et la 5' édition du Traité des jardins sont les seuls en France qui aient donné le nombre de planches nécessaire pour montrer Tapplication des règles dans une série de plans choisis et de-bons modèles de fabriques et d'omemens.
Dans les pays étrangers nous ne pouvons citer que Touvrage du laborieux Loudon : Encyclopedia of cottage^ farm and villa architecture y contenant un grand nombre de figures dont nous avons extrait quelques cottages.
Depuis les ouvrages de Morel (i 806) et de Lalos ( 1 8 1 7), on a publié un opuscule remarquable, où Fauteur, M. le vicomte de Viart, a su éviter la prolixité, et donner, avec concision , des conseils excellens sur la composition des jardins. Cet ouvrage est intitulé Le Jardiniste moderne ^ mot créé par M. de Viart, ainsi que celui non moins utile de jardinique^ pour désigner Vart de composer les jardins.
A cette occasion nous dirons que Fauteur qui a travaillé à la 3* édition du présent ouvrage lui a emprunté plus d'un pas^ sage et Fa cité plusieurs fois. M. de Viart s'est plaint, avec un peu trop d'amertume sans doute, de ces emprunts et de cens qui lui ont paru déguisés et où Fauteur n'est pas nommé. Nous sommes étrangers à ces emprunts, dont une partie est peut-^ être répétée dans notre 5' édition sans que nous les ayons reconnus, car nous aurions cité avec plaisir le nom honorable de Fauteur du Jardinisie moderne.
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Utiles ou agréables , les omemens de tous genres <jui pouvaient dignement les accompagner^ sans exclure aucun genre , dans la persuasion où nous sommes que toute fabrique et tout ornement peut convenir quand^ guide par les lois des convenances, on les place dans des scènes avec lesquelles ils s'harmonisent (i).
Notre but n'est pas, du reste, de nous ériger en re'formateurs, notre prétention ne va pas si loin. Nous donnons notre recueil pour ce qu'il est, c'est-à-dire comme le résultat de recherches consciencieuses, d'observations faites dans tous les pays où il y a des jardins composés artistement, et comme ayant profité des conseils, fruit de l'expérieùce et du goût judicieui d'hommes qui font étude de cet art et s'y sont fait un nom mérité.
(i) Si cependant les exemples que nous donnons n'étaient pas du goût de quelques personnes^ trop rigoristes peut-être, nous leur dirons que poser des principes invariables, et surtout incontestables, dans un art tout de goût et de sentiment, est chose impossible; qu'aucun ouvrage de ce genre n'est à l'abri de la critique , et nous supplierons que ron ait quelque indul-gence pour nos erreurs, en remarquant que des artistes praticiens célèbres n'en ont pas été exempts ; nous citerons Thouin luimême, dont les plans, composa avec une grande connaissance des beautés de la nature, et tracés avec un goût exquis, pèchent trop souvent par la poésie et par Tharmonie des accessoires : ainsi, il trace l'ile de Cphércj où se trouve le temple et la statue de F'énusy et il fait aborder à cette tle par un poni gothique poui* en sortir par un pont hollandais; de ce lieu, on a en vue le temple d'Euclée (personnage très-inconnu), et en avant de ce temple, un poni chinois. Ailleurs, il donne le plan d'un jardin anglais qui n'a rien du caractère anglais. Il inûialejardin champêtre un psûrallélogramme régulier de 6 arpens, entouré de murailles y où il n'y a pas un seul champ j et où l'on trouve les temples de Diane ^ de Flore, Sidmon (fimeux devin), la statue S Hector ^ des ponts hollandais et chinois j qui n'ont rien de champêtre. Nous pourrions citer un grand nombre de semblables incohérences, telles qu'un ermitage au milieu d'un village, une île d'amour plantée de peupUers et de saules pleureiurs, attributs des tombeaux, etc.
Il nous reste a citer les améliorations apportées à cette cinquième édition.
DANS LE TEXTE {Articles noweaux ou entièrement refaits) :
Etablissement d^un ordre plus méthodique. Des corrections et additions importantes dans ce qui a été conservé.
Coup d^œil sur FHistoire des Jardins et de THorticulture.
Arpentage. — Lever des plans. — Transport sur le terrain d^un dessin tracé sur le papier.
Du Jardin fruitier potager, du Verger, et des Jardins mixtes; article emprunté en grande partie aux leçons données par M. Poiteau.
Du Jardin et de TEcole de Botanique.
Des Jardins symétriques.
Des Jardins fleuristes et du Rosarium.
Des Jardins paysagers. — Description de 67 plans de jardins, ou parties de jardins, de tous genres et de toutes grandeui^s, à partir de 4 perches jusqu^à 200 arpens. (Aucun ouvrage français n^avait traité des petits jardins d^agrément.)
Jardin zoologique.
Hameau orné. — Ce genre de jardin nWait jamais été traité dans aucun ouvrage. Cest une idée nouvelle.
Ferme ornée.
Emploi et arrangement des végétaux dans les compositions.
Puits artésiens.
Fontaines et effets d^eau. Hydroplasie.
Constructions diverses et omemens, serres, moyens de chauffage.
Description des nombreuses constructions d^utilité et d^omement ajoutées à celle édition.
DANS LES PLANCHES GRAVEES {Sujets ajoutés) :
Arpentage et U^cé des plans, ii figures.
Plans de Jardins de tous genres au niombre de 57 figures.
Emploi des végétaux. Salles et ornemens en verdure, 39 figures.
Fontaines et effets d'^eau, 20 figures.
Serres, leur chauffage, etc. , 16 figures.
Habitations et fabriques d^utilité, bâlimens de la ferme oiiiée, architecture italienne, villa, casin, maisons transportables , 49 figures.
Fabriques anglaises, cottages, ornemens, 68 figures.
Ponts de tous genres, 27 figures.
Maisons et maisonnettes rustiques, chinoises , etc. , i4 figures.
Cabanes, colombiers, volières, 19 figiu*es.
Fabriques d^omement et de récréation rustiques et autres, pavillons, kiosques, belvédères, observatoires , 45 figures.
Chapelles , oratoires , ermitages , ex*voto , temples, 20 figures.
Obélisques, tombeaux, exèdres, colonnes isolées , statues, vases , 1 5 figures.
Jeux , 4 figures.
Barrières, treillages, sièges, 12 figures.
Barques, 7 figures.
Plus de 400 figures ont donc été ajoutées à cette édition, sur 94 planches in-4.
Nous n'avons pu établir dans les sujets des gr avures tout Tordre que nous aurions voulu. Voici quelles en sont les raisons :
Cet ouvrage a paru pour la première fois avec 44 planches, in- 1 a ;
La deuxième édition avec 83 planches, petit în-4 J
La troisième avec 96 planches;
La quatrième contenait 101 planches.
A chaque édition, non seulement de nouvelles gravures étaient ajoutées, mais des perfectionnemens étaient apportés en supprimant une partie des anciennes gravures et souvent en effaçant une partie de celles que Ton conservait pour graver à côté, sur la même planche, des sujets nouveaux
Cette méthode a du être suivie pour la présente édition où 54 planches ont été supprimées, 94 ajoutées et un grand nombre modifiées.
Il est résulté de tous ces changemens, que l'on n'a pas toujours été maître de placer telle fabrique ou tel sujet quelconque sur la planche même où ils aurait dû être pour former un ensemble parfait.
Il est bon de dire aussi que plusieurs auteurs ont travaillé successivement aux différentes éditions, et que chacun établissait des nuances différentes dans l'ordre.
Une autre raison qui, sans doute, servira à nous faire excuser , c'est que nous avons toujours cherché à donner beaucoup de sujets, sur le plus petit nombre possible de planches, afin de mettre l'ouvrage au plus bas prix. En conséquence les marges ont été sacrifiées à l'utilité et à l'économie, et c'est surtout dans cette cinquième édition que l'on s'en apercevra, à cause de la différence de format entre elle et les quatre précédentes.
Sur la pi. i3o on voit, à côté les uns des autres, des tombeaux et des fontaines. Cette disparité vient de ce que cette planche, lors de la première édition in-12 , se coupait en deux sous des numéros différens.
Une autre objection pourrait nous être faite. Nous avons donné les figures de construcdons de divers genres, sans les accompagner àe plans et de coupes, comme nous Pavons fait pour un certain nombre des plus essentielles et surtout pour les ponts. Notre réponse €St facile : si nous avions dû faire dessiner et graver tous les plans et coupes et les élévations latérales, Fouvrage eut été doublé en volume et en prix Nous l'avons dit
dans le courant de cet ouvrage, pag. 201 et 210, nos gravures doivent avoir pour but principal de donner des idées de composition et de décoration. D n'est point de propriétaire qui ne sache, mieux que personne, la distribution qu'il veut donner k l'intérieur de la construction qu'il a en vue, et nous ne doutons pas que son imagination n'aille aisément au-delà de ce que nous lui indiquons.
Les soins donnés à cette édition l'ont été par un amateur des jardins, qui n'a pas un nom connu conmie architecte ; s'il le plaçait comme auteur il ne pourrait que faire naître le doute qui résulte de l'anonyme.
^ V œuvre, dit-on, on connaît V ouvrier, mais au nom de l'ouvrier on ne peut pas toujours présumer de quelle utilité réelle sera l'œuvre. Le lecteur sera donc obligé de l'examiner et la critique publique le mettra à sa véritable place.
TRAITÉ