DU JARDIN FRUITIER-POTAGER ET DU VERGER
Tout ce que nous avons dit jusqu'ici des règles à observer pour la composition des jardins s'applique aux jardins en gênerai, et à tous les genres, même aux jardins d'utilité, puisque, sauf la différence dans la nature des végétaux, la forme pittoresque peut leur être tout aussi justement appropriée. Nous allons présentement donner un exposé des conditions nécessaires pour l'établissement de tout CCS genres de jardins en commençant par les yardins d^ulUité; nous joindrons à chacun l'explication de nos plans. Le présent chapitre contient les plans de jardins d'utilité.
Jardin fruitier-potager.
Partout, excepté dans le jardin dit maraicherj la culture des arbres fruitiers est mêlée avec «elle des plantes potagères; nous traiterons donc ces deux sujets sans les diviser- Une grande partie du présent article est extraite des leçons données par M. Poiteau, dont les connaissances pratiques sont profondes sur cette matière.
Notre traité ne comprend pas dans ses articles lesyV/rdins marchands f^rx général; les cultivateurs marchands
n'ont pas besoin de leçons là-dessus. Quand Tart de Farchitecle ou du jardiniste entre dans la composition de ces sortes de jardins, alors ils participent du jardin d'ornement et notre ouvrage leur est applicable.
« La situation d'un jardin fruitier-potager dépend beaucoup de la fortune du propriétaire, de son goût et de celui de l'architecte qu'il emploie. Dans les moyennes fortunes , chez ceux qui ne peuvent avoir que cette sorte de jardin, il est placé à proximité de la maison, par devant ou par derrière, et dessiné de manière à produire une vue agréable et rapprochée. On a soin que de grands arbres environnans ne projettent pas leur ombre dans son enceinte, que leurs racines n'y pénètrent pas au travers des fondations des murs dont il doit être entouré, et ne viennent pas user la terre destinée aux arbres fruitiers et aux légumes. D'ailleurs, dans la petite et la moyenne fortune , le jardin fruitier-potager est toujours de rapport et d'agrément; chez elles , ces deux considérations sont suiHsantes pour que le jardin soit dans la meilleure situation possible, et nous nous en rapportons, sur ce point, nu goût, à l'intérêt et au jugement du propriétaire.
Dans beaucoup de riches propriétés la simpUcité régulière, caractère constant de ce jardin de produit^ ne pouvant se plier aux combinaisons compliquées de Parchifecte, il le dédaigne, ou s'il est obligé d'en tracer un, il le place loin de l'habitation et le masque de plantations serrées.
<( Sans doute, un jardin fruitier* potager ne doit pas être placé sous les fenêtres d'un palais, mais il faut qu'il soit en bonne terre, aéré, eiposé au soleil et convenablement orienté. S'il faut absolument en cacher les murs à l'extérieur, que ce soit par des arbrisseaux à racines fion traçantes^ et pas plus hauts qu'eux. Mais dans ce cas, des arbrisseaux près des murs seront toujours un repaire d'insectes^ de mollusques et de petits quadrupèdes qui seront continuellement des invasions dans Tîntérieur du jardin et y occasioneront des dégâts sans nombre. Laissons au moins quelque intervalle entre les arbrisseaux et le mur qu'ils devront cacher.
« Une situation basse ou dans la profondeur d'une vallée étroite convient peu à la qualité des produits d'un jardin fruitier-potager. On a, de plus, a y craindre les brouillards, les gelées tardives au printi^mps et les gelées précoces k l'antommé. Une situation très élevée s'échauffe tardivement au printemps et se refroidit hâtivement à l'automne^ le temps de la végétation y est donc raccourci : c'est une considération qui n'est pas à dédaigner. Si l'on y ajoute l'uiconvénieut d'être exposé k tous les vents, souvent à leurs bourrasques, à manquer d'eau, on reconnaîtra facilement que le jardin fruitier-potager le mieux situé est celui qui se trouve au niveau moyen de la con*
trée et abrité des vents du nord par une montagne, par un bois, ou enfin par des édifices.
« Il n'est pas toujours possible de vaincre les difficultés qui s'opposent à ce qu'un jardin fruitier-potager soit parfait sous tous les rapports ; mais il arrive assez souvent qu'on l'établit imparfaitement, qu'on lui laisse des inconvéniens plus ou moins graves, faute seulement de connaître toutes les conditions qui le rendraient parfait. Nous allons consacrer quelques paragraphes â l'exposition des considérations préalables, et aux tnoyetis à employer pour obtenir des succès.
Le plan fig. i, pi. 3, représente un modèle de jardin fruitier-potager le plus favorablement orienté, agréable dans sa simplicité, dans sa forme, dans ses détails, et qui doit offrir le plus d'avantages. M. Poiteau l'a dessine pour le G)urs d'horticulture de llnstitut horticole de Fromont , et il a été perfectionné depuis.
« On voit d'abord, k son orientement, qu'il est pins large du côté du midi que du c6té du nord. Sa contenance ne doit pas être moindiede Q hectares, afin que ses murs extérieurs G puissent être hauts de 11 à 12 pieds et les intérieurs E de 7 à 8 pieds. Au lieu d'un mur pour le clore au midi, lequel aurait projeté son ombre dans le jardin et entretenu une humidité nuisible dans son voisinage, on a placé de ce côté Thabilation accompagnée de quelques massifs d'arbrisseaux qui ne peuvent intercepter l'air et le soleil. Les carrés longs M du pourtour sont élevés de 2 pieds de plus que ceux du centre, et forment une espèce de montreuU au moyen des murs E. Ce pourtour, protégé par les murs, conserve la chaleur solaire
mieax que les carrés du centre et est plus propre aux primeurs, La partie de mur circulaire du fond concentre plus fortement la chaleur du soleil que ne ferait un mur eu ligne droite; aussi est-elle destinreà un espalier dont les fruils exigent beaucoup de chaleur pour mûrir. En facCf et dans la direction du mur E, est une serre à ananas ou à forcer H 9 et en L le lieu où Ton «établira les châssis et les couches pour les cultures forcées. Deux grandes portes charretières P sont destinées à l'entrée des fumiers, des terres^ etc., et ne doivent s'ouvrir que pour le passage des charrettes. Les deux allées principales qui se croisent au bassin d'eau sont assez larges pour qu^uue charrette les parcoure en portant le fumier où Ton en a besoin. Enfin le mur C est couvert d^arbres en espalier du côté intérieur seulement, tandis que le mur E en est couvert des deux côtés. Il est inutile de dire que les plates-bandes qui entourent les carrés doivent être garnies de poiriers en quenouille, de pommiers nains et de groseilliers* Quant au verger, on quinconce d'arbres du côté du nord, il indique que le jardin fruitier- potager doit être garanti du vent et du froid qui viennent de ce côté, par un bois, un bâtiment, ou une élévation quelconque.
<c La presque totalité des murs de notre plan recevant obliquement les rayons du soleil k midi, les arbres et les fruits qui les recouvrent ne sont pas exposés à être endommagés par trop de chaleur comme ceux des murs dirigés de l'est à l'ouest, dans les étés très chauds et très secs. Cependant on ne craint pas la grande chaleur partout, pubque, dans la célèbre commune de Montreuil,
ou multiplie les murs de jardins en nombre tel, qu'on y obtient une température supérieure à celle des jardina ordinaires placés sous le même parallèle.
La culture de Montreuil étant classique depuis long* temps, sa première condition doit être exposée icL On a dit, avec raison, de quelques peintres célèbres qu'ils ne connaissaient pas de couleurs ennemies. On peut dire, avec non moins de justesse, que les habitans de Montreuil ne connaissent pas de mauvaises expositions^ puisqu'ils plantent des pêchers k tous les rumbs de vent, tandis qu'on n'en plante jamais au nord, avec succès, dans les autres jardins. Obtenir des pèches en abondance et des légumes précoces avec la seule chaleur du soleil est la principale affaire des habitans de Montreuil, et ils y parviennent en divisant leurs jardins en plusieurs carrés entourés de murs formant autant de jardins plus petits, dont les mnrs rompent les vents, et dont Tintérieur conserve la chaleur produite par le soleil beaucoup plus long-temps. Chaque carré ou petit jardin a ordinairement 13 toises de largeur sur 18 de longueur \ mais on en voit aussi dans de plus petites proportions. Tous ces murs, sont bâtis très légèrement par les cultivateurs eux-mêmes, avec des moellons liés par un mortier de terre prise sur le sol même, et recouverts d'une couche de plâtre. Avant de terminer le chaperon, on scelle de 4 pieds en 4 pieds des morceaux de bois saillans de 2 pieds un peu inclinés, sur lesquels on place de petits paillans afin de préserver les fleurs du pêcher des gelées printanièrcs et du mauvais temps.
a VincUnaiaon du terrain est une chose d'autant plus
— se-
importante à considérer dans l'emplacement d'un jardin fruitier- potager, qu'il n'y a guère possibilité delà changer, et qu'elle a une grande influence sur les produits de là culture. Quand un terrain n'est pas horizontal, il s'incline plus ou moins vers l'un des quatre points ciirdinaux et avec plus ou moins de rapidité. L'inclinaison vers le nord est généralement défavorable dans toute l'étendue de la France, et si elle est considérable, on ne peut guère y établir un jardin fruitier-potager avec espérance de succès, excepté celle d'y faire mûrir quelques fruits plus tardivement, ou de les conserver plus. long- temps, tels que des groseilles, des poires d'été, ainsi que des artichauts, des choux-fleurs, etc. ^ mais à condition que tous ces produits auront moins de qualité*, aussi les auteurs n'en parlent-ils jamais que pour la repousser, tandis que la plupart discutent longuement sur les avantages et les inconvéniens des trois autres inclinaisons. En général, on préfère celle dirigée vers le midi, surtout lorsqu'on désire avoir des productions précoces; mais, dans ce cas, il faut que la terre soit substantielle, profonde^ et qu'on ait de l'eau en abondance^ car si la terre est légère, sablonneuse et sèche, on pourra être satisfait des productions du printemps et de l'automne, mais celles de l'été ne pourront arriver à la perfection; les arbres fruitiers même n'y croîtront pas facilement, et leurs fruits n'atteindront pas leur volume naturel. Ainsi, pour qu'une pente vers le midi n'oflre que des avantages, il est nécessaire que la terre soit normale^ ou comme on dit, franche et profonde. Comme il n'y a rien d'absolu en culture, on
vers le point juste du midi, et l'expérience a suffisamment appris qu'une pente vers le sud-est peut être souvent préférée à celle dirigée vers le midi.
« L'inclinaison vers Y est ouïe levant vient en seconde ligne dans les avantages et les inconvéniens qu'elle peut avoir sur les produits de la culture. On lui accorde d être assez favorableà la précocité et à la qualité de ses produits; mais on reconnaît qu'à l'époque des gelées printanières^ si le soleil luit dès son lever, les jeunes pousses des plantes et les fleurs des arbres fruitiers y sont plus souvent endommagées qu'aux autres inclinaisons.
« Quant à l'inclinaison vers Y ouest ou le couchant, les auteurs s'accordent à la regarder comme moins favorable que les deux précédentes. Les gelées printanières n'y sont guère à craindre, il est vrai, parce que la glace est déjà fondue quand les rayons du soleil viennent frapper les pousses tendres et les Aeurs des végétaux qui sont de ce côté; mais elle n'est pas et ne saurait être précoce; elle est en butte aux pluies froides du printemps qui, la
plupart, viennent de l'ouest pour les trois quarts de la France; à l'automne, elle est exposée aux ouragans et aux bourrasques qui, toujours venant de ce môme côté, font tomber les fruits avant maturité, tourmentent, brisent, déracinent les arbres; de sorte qu'on ne doit établir un jardin fruitier-potager sur une inclinaison vers l'ouest que quand on ne peut trouver un lieu plus favorable.
« Le plus ou le moins de rapidité dCune inclinaison quelconque doit aussi être pris en coi;sidération; si la pente est peu sensible et que les eaux des pluies n'entraî-
ne demande pas que l'inclinaison soit rigoureusement nont pas la terre du haut vers le bas, elle sera aussi agréa-
ble qu'avantigensô, et ces deux conditions s'obtiennent ordinairement dans une pente d'un pied par 20 a 26 pieds de longueur. Quand la pente est assez rapide pour que les eaux des pluies puissent y causer des dégradation?, on divise le terrain transversalement en plusieurs terrasses planes soutenues par autant de murs contre lesquels on plante des arbres en espalier; mais nous devons faire remarquer que^ toutes choses égales d'ailleurs^ les arbres fruitiers adossés contre un mur de terrasse, ne prospèrent pas ordinairement aussi bien ni aussi long-temps que contre un mur isolé ou celui d'un bâtiment. Cela tient sans doute à Thumidité que le mur de terrasse reçoit du côté oppose aux arbres.
« Uétendue d'un jardin fruitier^potager se détermine par le nombre de personnes qu'il y a à faire vivre dans la maison, par la quantité de terrain que Von a i sa disposi-
dc cette sorte de jardin, sinon qu'il ne doit jamais être assez petit pour que les murs qui l'entourent empêchent les rayons du soleil de s'y répandre partout et l'^îr d'y circuler. Sous ces deux points de vue, la forme d'un jardin est étroitement liée à son étendue; en effet, un étroit et long parallélogramme serait un fort mauvais jardin, quel que fût son orientement, parce que ses produits auraient en grande partie peu de qualité, faute* d'air et de soleil. »
Après la forme employée dans le plan delà fig. i, pi. 2, nous donnons celle ordinairement usitée de la pi. 3, fig. 1 • Dans plusieurs autres plans nous avons allié le jardin d'utilité avec celui d'agrément. Dans le plan de la pi. 4 on verra un projet de jardin entièrement composé d'arbres fruitiers, et les plates-bandes plantées de végétaux potagers, tandis que le dessin est composé suivant le goût du
tiou, et par d'autres considérations variables que nous ne jardin paysager.
pouvons ni pré roi r ni indiquer. Il n'y a guère que le jardinier, chargé de fournir les légumes à la cuisine et les fruits à l'office d'une maison, qui puisse juger exactement de l'étendue du jardin qu'il faut pour les produire, et malheureusement les architectes ne consultent pas plus les jardiniers sur ce point que sur les autres. D'ailleurs, il y a des familles qui, par goût ou par calcul, consomment plus ou moins de fruits et de légumes que d'autres-, il y a des propriétaires, parmi la moyenne fortune, dont le jugement est assez éclairé pour fiiire que leur jardin soit en même temps fruitier- potager et d'agrément; dans ce cas, il est plus grand que la nécessité ne le réclame. Nous
(( Le sol d'un jardin doit avoir une profondeur de 2 pieds au moins; car il existe peu d'espèces d'arbres à fruit ou de plantes potagères qui exigent moins de deux pieds de profondeur de terre pour arriver à une maturité complète. Si l'épaisseur de la couche de terre du jardin fruitier-potager est de trois pieds ou plus, elle n'en sera que meilleure; en effet, lorsque les plantes sont k l'état de maturité, si Ton en suit les racines avec soin, telles que celles des pois, des épinards« des haricots, des laitues, etc., on verra qu'elles ont pénétré, pour chercher leur aliment, à deux pieds de profondeur, pourvu que le terrain soit propice. Autant que possible, on établira le
n'avons donc aucune règle précise à établir pour l'étendue jardin sur un sol dont le fond ne sera pas humecté par
des sources ^ on sera ainsi dispensé de faire des fossés ou canaux de dessèchement; car, lorsque la terre est bien préparée, au moyen de défoncemens, de tranchées et de fumiers, |)Our l'accroissement des arbres fruitiers, elle est sufl^mment poreuse pour que la pluie passe à travers et n'y sé^joume que le temps nécessaire; elle doit, au reste, être de nature à ne pas se dessécher trop promptement pendant l'été, ni retenir trop fortement Teau pendant l'hiver.
« Le sol d'un jardin doit être meuble ; il faut que sa texture soit assez lâche pour que l'on puisse le cultiver sans difficulté en toute saison. Si la surface du terrain est inégale, ne cherchez pas à la niveler ; car, grâce à cette inégalité et à quelque peu de différence dans la nature de la terre, vous aurez une plus grande variété de sols propres à diverses récoltes. Le meilleur sol d'un jardin est une riche terre meuble, et le pire est une argile tenace; un sable léger ne convient pas davantage. ^) ' On place les serres et les châssis en rangées, directement au midi, ou avec une légère déviation vers l'est, mais l'essentiel est qu'ils soient à la meilleure exposition du jardin. Disposés en lignes, ils occasioneut moins de travail à ceux qui sont chargés de leur direction.
«L'usage amené par le raisonnement et le goût est, depuis long-temps, de ne planter des arbres, dans les jardins fruitiers-potagers , que le long des murs et dans les plates-bandes qui entourent les carrés destinés à la culture des légumes. Les premiers se palissent, s'étendent et s'attachent sur le mur môme, où ils trouvent un abri contre le vent, le froid, et où leurs fruits acquièrent souvent plus de perfection qu ils n'en auraient obtenue à Tair
libre. Les seconds, ou ceux plantés dans les plates-bandes qui entourent les carrés , étaient autrefois soumis à l« forme de gobelet à patte et d'éventail ; on en voit mèmp encore conduits sous ces deux formes dans quelques jardins; mais, en général, on leur préfère aujourd'hui la forme en quenouille ou en pyramide, parce qu'elle contrarie moins la nature, et qu'elle s'oppose moins à ce que la vue s'étende de tout côté dans le jardin.
« Nous supposons que le terrain destiné à \si planlalion 61 un jardin fruitier ^potager a d'abord été défoncé, amendé et fumé convenablement, et qu'ensuite il a été nivelé, divisé en carrés ou compartimens proportionnés à sa grandeur, au moyen d'allées dont la largeur est ellemême proportionnée à l'ensemble , au besoin du service et de l'agrément ; qu^on a tracé autour de chaque carré une plate-bande de largeur convenable, au milieu de laquelle doit être plantée une ligne d'arbres fruitiers ; enfin, qu'on a ménagé aussi une plate -bande au pied de tous les murs où doivent être plantés les arbres d'espalier. Nos figures pi. 2-5, montrent toutes ces dispositions.
<( Pour bien planter un jardin fruitier-potager, il faut se représenter en imagination la hauteur et l'étendue que pourront avoir les arbres après dix ou douze ans de plantation , soumis à la taille et à la forme qu'on se propose de leur donner ; et, pour peu qu'on ait d'expérience, ou sait déjà qu'il s'en faut de beaucoup que la grandeur corn* parative des arbres fruitiers soit en raison de leur âge : chaque espèce, chaque variété a sa grandeur particulière j un prunier de mirabelle n'atteint pas la hauteur d'un prunier de Monsieur ; le poirier-doyenné ne s'élève ja-
mais anf ftnt que le poirier Saint-Gerroam , toutes choses étant égales d'ailleurs. Nc^anmoins , comme il faut de la ti'gQlarité et de la symétrie dans un jardin fruitier- potager, on plante assez gt^nrralement tous les arbres à la même distance, et Ton diminue Tinconvénient qui pourrait en résulter en méinngeant les différentes espèces. Mais ici commencent deux difficultés assez sérieuses, qui sont : 1* la meilleure distance à mettre entre les arbres 5 2° le flieilleiir choix du nombre et des espèces de fruits. Nous alldns tâcher d'exposer notre manière de voir sur ces deux points.
n On est naturellement porte h planter les arbres plus près les uns des autres dans un petit jardin que dans un grand, d'abord par le désir d'y réunir le plus possible de fruits, et ensnite parce que , s'il ne contenait pas un cer~ tâin nombre d'arbres, il ne paraîtrait pas suffisamment garni. On est donc autorisé ft planter les arbres â 12 pieds lés uns des antres , dans un jardin fruitier-potnger dont Fétendue ne dépasse pas un demi-hectare, à condition qu'on en supprimera un entre deux quand ils se gêneront ri'Ciproquement ; jusque-là , ceux qui devront être suppriiDésaur4>nt pu rapporter du fruit pendant 10 ou 13 ans, et payer bien des fois leur capital, les frais de leur entretien, et le loyer de la place qu'ils occupaient.
« Dans un grand jardin, les arbres doivent être placés définitivement à 25 ou 5o pieds les uns des autres, quand ils ont 10 ou 12 ans de plantation ; mais rien n'empêche qae, dans la première plantation, ces distances soient rédoîf es de moitié, toujours à condition qu'on supprimera un arbre entre deux quand ils se nuiront récipro-
quement. Nous insistons même pour qu'on en agisse toujours ainsi dans la plantation d*un grand jardin. En doublant le nombre des arbres, l'effet du dessin est plus prononcé; et puis^ il y a toujours du profit à cueillir du fruit sur un arbre pendnnt 10 ou 12 ans» et ensuite à utiliser son bois d'une manière ou d'une autre. Mais nous nous empressons d'avertir qu'il faut, en plantant, prendre ses mesures de manière que la suppression ne tombe jamais sur un arbre d'encoignure.
<( On sent bien que c'est particulièrement pour les arbres plantés dans les plates -bandes qui entourent les carrés à légumes que nous indiquons ces distances , que c'est pour les arbres qui doivent être taillés en pyramide ou en quenouille, et dont la plupart pourront atteindre une hauteur de 20 à 25 pieds, et les branches un diamè« tre de 7 ou 8 pieds. L'usage est de planter, entre deux de ces arbres dirigés en quenouille , tantôt un pommier greffé sur paradis, qui reste toujours petit et que l'on taille en buisson, tantôt un groseillier formé également en buisson , ou élevé en tige haute de 2 ou 3 pieds et terminée par une tête arrondie* Il arrive même quelquefois que, selon le goût ou le besoin, on plante, entre deux quenouilles, deux pommiers -paradis ou deux groseilliers, ou un seul paradis et deux groseilliers , ou enfin im seul groseillier et deux paradis, ce qui vaut mieux.
« Quelle que soit l'étendue d'un jardin fruitier-pota« ger, on ne doit pas penser â y planter toutes les espèces et ifariéUs de fruits portées sur les catalogues des pépiniéristes, à moins qu'on ne veuille y former une école pour l'étude, ce qui ne serait pas une combinaison favo-
rable a la perfeclion de cette sorte de jardin, où Ton ne doit admettre que les fruits reconnus bons et excellens. Si la nécessité oblige d'y placer aussi quelques fruits médiocres, ce ne peuvent cire que ceux qui mûrissent à une époque où Ton n'en a pas de bons. En plantant un jardin, on désire, le plus souvent, en recueillir des fruits le plus tôt possible i dans ce cas, on plante des arbres déjà formés dans la pépinière, lesquels donnent ordinairement un peu de fruits dès la première année de leur pLintation, et souvent en abondance dans la seconde. Si, moins
La cerise. ditjS BeUe^de^Choiay^ et la cerise de Montmorency, sont certainement les meilleures des cerises; mais leurs arbres chargent très peu : elles conviennent doue au propriétaire riche, tandis que la petite fortune leur préfère la cerise commune, par la raison que celte espèce charge considérablement. Notre beurre gris ou doré est toujours la meilleure des poires, malgré les nouveautés méritantes qui lui disputent aujourd'hui la palme; mats celte poire ne dure que trois semaines, tandis que le Saint-Germnin dure six mois et ne manque pas de qua-
pressé d'obtenir des fruits, on veut se donner la satisfac- lité. C'est donc avec raison que les bons planteurs pla-
tion de former ses arbres soi-même, ou de les faire former selon son désir ou ses vues , on plante des arbres d'un an de greffe non encore soumis à aucune forme particulière.
u Quant au choix des espèces de fruit, l'idée qui se présente la première est de s'attacher à celles de la meilleure qualité; mais celte première idée, qui doit rester
cent dans un jardin fruitier-potager vingt Saint-Germain contre un beurré.
Nous donnons ci-après des tables où les genres et Jes espèces de fruits sont classés selon leur précocité, leur mérite, leur durée, et nous croyons ces tables de quelque utilité pour guider les ])ropriétaires dans le choix des espèces à préférer soit dans un petit , soit dans un grand
invariable pour le propriétaire riche, peut Être modifiée jardin, par la petite fortune : i° parce que les arbres qui portent « Nous avons cru devoir entrer dans ces détails pour
les meilleurs fiiiits ne sont pas toujours très fertiles; appuyer les conseils que nous allons donner de planter
2** qu'ils peuvent ne pas rapporter abondamment cha- les poiriers le long des allées les plus belles et les plus
que année ; 5° qu'il y a des arbres à fruit médiocre dont fréquentées du jardin fruitier-potager, afin que la vue
la récolte est abondante tous les ans ; 4^ que les bons fruits ne sont pas toujours ceux qui se gardent le plus long-temps ; 5° que, quand il est question de vente, une grande quantité de fruit médiocre, qu'on se procure facilement , produit ordinairement plus d'argent qu'une petite quantité d'excellcns fruits difTiciles à obtenir. Voui quelques exemples à l'appui de ces considérations.
soit agréablement frappée & l'aspect des plus belles pyramides, à la télé desquelles doivent figurer le Saint-Germain , le beurré d'Âremberg , la duchesse d'ÂngouIéme, le doyenné, le bezy de la Motte, l'orange rouge, et de placer les genres et espèces dont la pyramide est moins parfaite le long des allées moins fréquentées , quand toutefois cette distribution s'accordera avec le besoin des
espèces : car le plas important d'une plantation , c'est que chaque espèce d'arbre se trouve dans la terre qui convient le mieux à sa croissance et ik la qualité de son
fvait*
« Une autre considération qu'il ne faut pas négliger en plantant les arbres autour des carrés d'un jardin, c'est de placer, autant que possible, les espèces aux expositions les plus favorables à leur fruit. Des abris naturels ou artificiels rendent quelques parties du jardin plus chaudes que d^autres, ou les protègent contre les vents nuisibles. Les fruits délicats doivent obtenir les meilleures places ^ les plus gros doivent être garantis des bourrasques du vent d'ouest} etc., etc. Ce n'est donc pas une chose auasi aisée que beaucoup de personnes le croient, que de plan* ter un jardin fruitier-potager. Nous sommes persuadés , au coutraire, qu'il n'y a que ceux qui possèdent une longue pratique^ une grande connaissance des besoins et des exigences de cbaque espèce de fruits, qui puissent exécuter une telle plantation de la manière la plus convenable, et nous affirmons que, dans l'état actuel de notre liorti* culture, de tels hommes sont encore très rares.
« Sous le climat de Paris et ceux plus au nord, les mura sont indispensables pour obtenir de bonnes pdches et certaines modifications dans la matufité de plusieurs autres fruits; et, comme on ne conçoit pas comment un jardin fruitier-potager pourrait être complet sans bonnes pèches, il est de toute nécessité qu'il soit entouré de murs pour qu'il n'y manque rien. Autrefois les murs n'exista'cut que pour la sûreté $ aujourd'hui Tart sait s'en servir pour favoriser le perfectiouuement de beaucoup de
frnits, et obtenir le maximum de maturité que peut produire notre climat. Ojutre leur propriété comme défense^ les murs , en raison de leurs différentes directions, remplissent quatre fonctions importantes : ils font mûrir des fruits qui ne mûriraient pas sans protection ; ils avancent d*un côté la maturité de ceux qui mûriraient plus tard à l'air libre, et la retardent de l'autre si cela est convenable h nos intérêts y enfin ils font prendre aux fruits un volume, un coloris, et souvent un parfum qu'ils n'acquerraient pas à Vair libre, et tout cela par la puissance qu'ik ont de concentrer la chaleur solaire, de la réfléchir, de la modifier, de l'affaiblir selon la face qu'ils présentent au soleil, et la direction dans laquelle ils sont construits.
<c Nos pêches tardives et notre raisin muscat ne mûriraient pas i Paris si on les cultivait ailleurs que contre un mur à l'exposition du midi ; d'autres pêchers et d'autres raisins ont besoin de l'exposition du levant ou du couchant. Si le bon-chrétien d'hiver, le Saint-Germain, Is crassane, ne peuvent pas mûrir entièrement à ^exposition du midi , ils y acquièrent du moins un volume qu'ils n'obtiendraient pas ailleurs, et des qualités qui se perfectionnent plus tard dans la fruiterie.
« L'exposit|on au nord , la moins favorable de toutes, est cependant utile pour, retarder la maturité des fruits d'été, des fruits qui passent vite, el en prolonger la jouissance. Enfin, au moyen des murs et des expositions variées, on peut, avec un petit nombre d'espèces, obtenir des fruits mûrs pendant long-temps , en plantant quelques pieds de chacune de ces espèces à différentes expositions» C'est ainsi que la cerise précoce mûrit en mai &
reiKp05ition du midi ; que 4e Saint-Germaio venu au nord se conserve jusqu'en juin de Tannc^ suivante ; que le cliassi'las venu A Test ou a l'ouest se conserve plus longtemps que celui venu au midi*
« Le moment de planter étant arrive, et les platesbandes du jardin bien dressées, on tend un cordeau au milieu d*une plaie-bande > el l'on fiche des piquets ou pelils jalons le long de ce cordeau, aux places destinées pour les arbres ; et, quelle que soit la distance qu'on ait rt'Sohi de mettre d'im arbre à l'autre, on la modifie, s*il e^t néeessaire, de manière qu'il y en ait un à chaque en«* Gpiguure des plates-bandes. »