‹ Traité de la composition et de l'ornement des jardins: avec cent soixante et une planchesChapitre 24 sur 39 · JARDIN PAYSAGER : TRAVAUX PRÉPARATOIRES · texte numérisé non relu

JARDIN PAYSAGER : TRAVAUX PRÉPARATOIRES

Le terrain dégrossi , pour ainsi dire, par le tracé , les figures que l'on y a dessinées ne seront bien senties que lorsque la main du jardinier aura distribué les richesses végétales qui doivent orner chacune des parties.

Avant d'entrer dans les détails relatifs aux matériaux que la nature a mis à notre disposition pour l'ornement des jardins, nous allons rapidement indiquer les travaux préparatoires qui, d'avance, s'exécuteront sur le sol.

D'abord il faut se représenter à Tesprit la forme et les mouvemens que l'on désire donner au jardin, et voir si la surface du terrain peut s'y prêter plus ou moins facilement. Si cette surface est plane ou à peu près plane, et que l'on se décide à la conserver telle , il n'y aura d'abord que des défoncemens à exécuter. Si elle présente des élévations et des enfoncemens^ ce serait une chose extrêmement rare qu'ils fussent placés aux endroits où on les désire, et justement dans les proportions les plus convenables 'j et cependant ce serait folie que de vouloir les changer de place. Que l'on fasse disparaître de légères

élévations et que l'on comble de légers enfoncemens, rien de mieux ; mais , pour peu que les unes et les autres soient considérables, il faut leur subordonner son plan. L'art ne consiste pas a bouleverser ce qu'a fiiit la nature; mais bien à l'embellir et à l'harmoniser.

Après ce premier aperçu, il faut penseir à s'orienter et à préserver le site des vents dominans ou en prendre avantage ; il faut se rappeler que les pelouses sont pins belles et se conservent mieux à l'exposition du nord qu'aux feux brûlans du midi ; que des espèces d'arbres aiment les lieux bas , que les uns préfèrent une côte inclinée vers le sud , d'autres vers le nord , qu'il y en a qui se plaisent sur les hauteurs , et qu'enfin aux végétaux, tels que les rosages et les magnoliers , il faut absolument une terre particulière et une exposition abritée.

En harmonisant les mouvemens d'un terrain, il est rare qu'on ne soit pas obligé de creuser davantage quelques lieux bas, et d'exhausser encore quelques éminences. Dans ce cas, il y a une précaution à prendre pour ne

pass'eiposer à rendre la terre st(5ri1e. On sait que les tandis que telle aufre exige un minage de deux, trois, ou couches supérieures du sol sont ordinairement plus fer- même quatre pieds. Un exemple rendra la chose plus

tiles que les couches inférieures; que même ces dernières sont quelquefois tout-à-fait impropres «i la végétation ; si donc on en recouvrait les couches supérieures , il arriverait que les plantations réussiraient mal ou point du tout* Pour éviter cet inconvénient , on enlèvera la bonne terre aux endroits que l'on devra élever ou abaisser^ et quand les mouvemens seront exécutés on la replacera où on l'avait prise.

Ces considérations préliminaires établies, on tracera, d'après les règles exposées, le plan topographique de toutes les plantations , avec une scrupuleuse exactitude ; surtout que ce tracé, avant de l'arrêter définitivement.

sensible. Supposons que l'on ait à planter trois massifs d'arbres : le premier, composé de cytises des Alpes, d'érables jaspés et d'érables d'Orient; le second, de robiniers faux acacia , d'acacia-triacanlhos ; le troisième , de peupliers. Les terrains de ces trois massifs demandent trois préparations différentes. Dans le premier, les arbres sont pivotants : la terre doit être minée de quatre pieds, ou au moins de trois pieds et demi; dans le second, les arbres pivotent peu : deux pieds et demi à trois pieds de minage sont sufHsans; dans le troisième, les arbres ne pivotent pas, leurs racines traçantes courent entre deux terres pour aller au loin chercher leur nour-

soit réfléchi , mûri , de manière à n'avoir aucun change- riture : un simple défonçage de deux pieds à deux pieds et ment k y faire, une fois les travaux commencés. C'est le demi leur suffit.

seul moyen de conserver un ensemble harmonieux et point heurté dans ses parties ; sans cette attention les inconvenances se montrent bientôt, et le biznrre ou le mauvais goût viennent usurper la place du l'agrc'able et du pittoresque. On doit dessiner ce plan au lavis. Les bosquets, massifs, pelouses , clc, y seront de nuances différentes; des cliiflVes de renvoi indiqueront en mnr^c, nonseulement leurs noms, mais eucorc la nature des arbres, arbrisse.'iux et arbustes qui doivent y être plantes, afin que le terrain puisse êlre préparé d'avance à les recevoir de la manière In plus analogue a leur conslitulion et à leur manière de végéter. On évitera ainsi de grands frais de défonçage, parla raison que telle partie ne demande à être labourée que de la profondeur d*un fer de bêche ^

Il est facile de concevoir, que si l'on ne prend pas toutes ces choses en considération , on s'exposera à deux inconvéniens très graves; le premier, de voir languir des arbres dans un terrain qui ne leur sera pas approprié, s'ils ne peuvent y émettre facilement leurs racines; le second , d'avoir dépensé deux ou trois fois plus d'argent qu'il n'étiit nécessaire, si l'on a fait défoncer le terrain à une grande profondeur dans les parties où cette opc*ra« tion coûteuse n'élait pas d'une utilité réelle.

Il ne faut pas conclure de tout ceci qu'un arbre à racines traçantes ne peut prospérer que dans un trou de deux pieds et demi de profondeur seulement. Tous les végétaux exigent que la terre sur laquelle on étend leurs racines, ait été remuée et même changée , celle qui était

à la surface placée au fond du trou y et celle du fond

dessus.

LorsquW arbre est planté dans un Irou , ou plutôt dans un encaissement creusé dans un sol qui n'a pas été défoncé, il en résulte que la terre, dans laquelle sont placées les racines, ayant une grande porosité, absorbe avec facilité les eaux de pluie, et même Tliumidilé qui suinte continuellement des parois du trou. Le terrain de ces parois étant dur et compacte, elles n'absorbent rien à leur tour, de manière que la fosse devient une espèce de vase dans lequel les eaux s'amoncèlent , croupissent et font rapidement périr l'arbre, si dtjà elles n'en ont pas empècbé la reprise. L'inconvénient est encore bien plus grand, si la surface du terrain environnant n'a pas été labourée du tout^ les eaux des pluies ne peuvent la pénétrer, elles coulent dessus et viennent se rendre autour des racines du jeune arbre comme dans un réservoir.

On doit s'occuper à disposer le terrain conformément au plan que l'on a arrêté en premier lieu, et ce travail sera peu de cbose, parce que , comme nous Tavons d(ja dit, l'artiste se sera conformé aus^ accicicns et aus inflexions naturelles du site. Peut-être cependant aura-t-ou à faire quelques déblaiemens pour caractériser davaulngc ce que la nature n'aura fait qu'ébaucber. Dans ce cas , on enlèverait la terre dans Tendroit où il y en aurait trop, pour la reporter sur un lieu voisin que l'on voudrait prononcer davantage. En rapprochant ainsi les travaux on gagnera du temps , on épargnera de la dépense, et l'effet en sera plus marqué , p^rcc que l'endroit creusé , et celui exhaussé , se feront réciproque-

ment valoir. Jamais un mouvement de terrain ne doit £'tre trop brusque ; la transition en sera presque insensible et ira se fondre avec les surfaces voisines. Surtout on n'essaiera jamais d'élever ces buttes de terre ridicules, auxquelles on donne plus ridiculement encore le nom de montagnes. Ces inconvenances ne sont tolérables que dans un jardin d^une médiocre étendue, pour se procurer un point de vue par-dessus une muraille on une palissade; encore faut-il, pour les motiver mieux, leur donner une forme conique et l'apparence d'une glacière.

On est aujourd'hui dans l'usage de faire prendre à presque tous les jardins d'une étendue bornée, la forme d une petite vallée creusée dans le centre et fermée par deax élévations plus ou moins prononcées , l'une à droite et l'autre à gauche. S'il ne s'agissait que de donner cemoavemeut au terrain , on pourrait l'entreprendre sans trop de hardiesse. On le tracerait par le moyen de jalons en bois dont la longueur, hors de terre ou dans la terre, in-» diquerait la quantité à rapporter ou à enlever dans chaque endroit. On se servirait, pour moyen de transport, de brouettes et de tombereaux. Mais, avant de commencer cette opération extrêmement dispendieuse, il faudra faire ses calculs avec la plus grande précision, car rien n'est plus ordinaire que de voir des gens entraînés à une dépense quadruple de celle qu'ils pensaient faire , faute d'avoir su que, même dans un très petit espace, l'enlèvement d'un millier de brouettées de terre s'aperçoit à peine.

Lorsque Ton aura marqué la place que doivent occuper les corbeilles et les plates-bandes^ on leur donnera

la forme d'un dos d'âae, en y rapportant des terres. Les massifs peuvent se trouver dans le m/ime cas ; on en agit alors de la même manière.

Dans les jardins fleuristes, dcslioés à la culture d'uuc nmltilude de plantes délicates pins ou moins didiciles sur la qualité du sol> on fait subir à celui-ci diverses préparations pour l'approprier aux différentes espèces. On Taiiiende avec des terreaux très consommés, des engrais, etc.

Quelle que soit la nature du jardin que l'on veut établir, il faut, avant tout, défoncer le terrain profondément, le remuer, en extirper les pierres, les racines, et

couche de gravier fin ou de sable cjuc Ton roulerait ou battrait comme il est dit ci^dessus. Le milieu des allées peut être aussi élevé que les parties du terrain où elles passent, mais les côtés doivent s'mcliner progressivement de deux à trois pouces , aGu do faciliter l'écoulement des eaux.

Il ne reste plus à faire que les plantations. Les plantes vivaces, au bout de deux ou trois ans de culture^ auront atteint toute leur beauté ; mais il n'en sera pas de mi^me des arbres et arbrisseaux : aussi conseillerons-nous à l'amateur de choisir des sujets déjà parvenus à un certain point de croissance ^ il en tirera le double avantage d'une

surtout les mauvaises herbes vivaces; on écrase les molles jouissance plus rapprochée et d'une economiebien calculée.

de terre , et on unit au râteau k dents de fer, si l'espace est borné , ou à la herse , s'il est d'une vaste étendue*. Toutes ces opérations doivent se fiiire avant l'hiver. Quant aux autres détails de culture , nous renvoyons nos lecteurs au Bon Jardinier.

C'est lorsque le jardin est dans cet état que l'on dessine sur le terrain les allées, les plates-bandes, gazons , bosquets , massifs > conformément au plan arrêté. Quant aux allées j si les plus larges se trouvent en bonne terre , on peut l'enlever pour la porter aux endroits qui doivent être plantés, la remplacer par des gravois, des recoupes, des terres dont on a extrait le salpêtre , mettre par-dessus du gravier et du sable , bomber un peu le milieu , donner & l'ensemble de la solidité au moyen d'un rouleau ou d'une halle emmanchée au bout d'un manche incliné. Si au contraire il n'y avait pas d'avantage à enlever la terre des allées , et qu'elle fût assez ferme pour résister aux pluies et aux voitures, on se contenterait de la recouvrir d'une

Ce dernier point étonnera peut-être quelques personnes; mais, en y réfléchissant mieux, elles se rendront facilement à notre avis. Supposons que l'on exécute ces plantations avec des sujets d'un ou de deux ans; dans ce premier âge de la végétation, la plupart des plantes ligneuses sont très délicates^ et beaucoup même craignent le froid. Si Ton ne peut leur donner des soins minutieux , il en périt un grand nombre; d'autres, blessées dans leur or-* ganisation , dans leur lempéramentj n'ont pas la force de surmonter le mal qu'on leur a fait en les transplantant : elles langubsent pendant plusieurs années^ restent rachîtiques, et finissent par mourir, après avoir occupé fort long-temps et inutilement un espace de terrain précieux. Dans tous les cas , il faut connaître assez la végétation des arbres et les effets qu'ils doivent produire un jour par leur port et leur couleur pour planter avec discernement.

Si on emploie dans les plantations des sujets forts> vigoureux , ayant déjà atteint une partie de leur développe-

ment , sans être trop vieux j ils résisteront mieux au auront coûté de plus par pied se trouvera , et au- delà,

changemeni de climat et de terrain , il en faudra beaucoup compensé par la moindre quantité quMl en faudra, et par

moins pour garnir , et Vartiste pourra juger de son ouvrage le peu de mortalité, peu de temps après avoir terminé ses travaux. Ce qu'ils

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