‹ Traité de la composition et de la lecture de toutes inscriptions monétaires monogrammes, symboles, et emblèmesChapitre 214 sur 224 · LILIE · texte numérisé non relu

LILIE

La numismatique de Lille date du milieu du XI« siècle, et s'étend jusqu'au XIV*. Elle est Tune des plus remarquables que nous connaissions; ses types, comme Ceux des Flandres, sont extrêmement variés et d'une habile composition.

Ils sont exclusif ement chrétiens à Favers et au revers. Cependant ils se distinguent par deux grands types dominants : le type du

DES mSdRfPTtONS MOMËTàlRES. 305

triaâgle sacré et le type du lys symbolique, le type de la croix étant toujours permanent sur Tun des cOtés de la monnaie.

C'est par des combinaisons variées de ces deux grands t|pes, que Lille a créé sa belle numismatique.

260, 261, 262 et 263. Nous réunissons ces quatre types, parce que les trois premiers ne nous offirent qu'un élément principal, et que le quatrième est formé de la réunion des deux types qui ont dominé la numismatique lilloise.

260. Croix coupant uii grand cercle ou une couronne et cantonnée :

1« des quatre points cardinaux; 2*> de deux croissants an 1^ et 4«, et de deux I au 2« et 3^.

Nul ne peut nier le caractère exclusivemeni chrétien de cette composition. Rien n*y est politique. Le nom de Lille, qui aMnscrit ordinairement autour de la croix, est remplacé par l'I initiale de lesus et par le croissant sa t Wnu Oriens; i inscription centrale : € GRVX lesHs^Ghristi ubique et in astemum. »

^ La légende est émUémalique, et par les signes qui la composent qui sont des corps célestes, elle exprime une sentence en relation avec la marque extraie, i\m par toie de conséquence, doit être Texpression d^n nom on d'une sentence divine. La marque centrale étant dominante, c'est par elle que Ton doit commencer la lecture. Déctivons donc ces emblèmes. An centre : ty» symbolique dans un cerele radié ou couronne; autour s'altemant, croissants, sphères, étoiles:^' € Virgo Maria immacnlata régnât in terrft sicul in coélls. » (K. au 4* m,, fi«* 6, 7 et 6, êt le tii. FI//, eh, VII, p. 04.} Voilà bien le symbole de la Vierge dans son expression la plus puro; le lys, cet emblème immortel de la chrétienté, nous apparaît ici comme l'expression la pins suave Marie conçue sans péché, comme noe soudaine révélation du dogme sacré de l'Immaculée- Gonéeption.

La Composition suivante va confirmer cette interprétation.

261. £n légende emblématique : globes cl sphères; au centre : le

lys symbolique d où émergenl deux rayons couronnés d"im croissant; au-dessous : deux points finals = « Christiis natus de Virgine, in lerrfi sicut in cœlis, » « Virgo Maria Immaculala radiosa Mater Christi. » (Voir au 4* U^bkaUy 7 et H, et le liL VIU, ch. VII, p. 64,)

Emblème de la nalivilé du Sauveur.

Quelle pnreté ineffable dans eette composition nous révélant la naissance da Christ, comme un rayon de lomière émergeant du lys symbolique, c'est-à-dire du sein de la Vierge Marie : cLucidad imagines eonim qu» non videntur. » Images lucides des choses que ron ne voit pas. Que cette simple et suave expression de la nativité du Sauveur est toachantel Elle nous rappelle ce que les Ecritures et les Pères de PEglise nous disent de la Vierge : « Virgo singularb^ > Vierge singulière, pure comme la lumière, un fils naîtra d'elle, c Lumen de l'omine, » cYirgo singularis, » Vierge singulière où doit poindre le jour nouveau : c Oriens, Christus Oriens, » c Et quod nascetur ex te sanctnm, vocabitur fllius Dei. > Saint Jérôme, cet illustre Père de TEglise, n'appelait-il pas Marie, la Mère ân Jmr, « Dici Mater! » Marie, « EtoUe âe la Mer, » c Stella Matutina, » car elle devait engendrer son fils comme le rayon que Tétoile de la mer produit et répand sur la surface des abtmes. t G*est moi qui ai fait naître la lumière dans le ciel. » (Eccles.) Et que nous disait toutràl'heare un autre admirable emblème des monnaies de Flandre : c Dei Mater, Virgo veneranda, vas electionis! > Election et prédestination de Marie! L'état singulier et incomparable de la Maternité diviire! c Virgo singularis, » c de quâ naius est lesus qui vocaiur Christus t » Ainsi, mystère de l'Incarnation, mystère de la maternité divine, prédestination de lésus et de Marie t Voilà les adorables mystères que proclame l'ineffable emblème que nous venons d'analyser, le signe le plus simple! « Signum sensibile signans divina invisibilia et dicens maxima mysteria veiut quoddam Ëvangelium corporale et visibile. » Signe sensible signant les choses divines invisibles et disant les plus grands mystères, comme un Evangile corporel et visible!

DES INSCRIPTIONS MONÉTAIIIRS.

Que les créaieurt des types monétaires du mojfen-àge possédaient à un haut degré Vart du symboUme,

De L't'llo coraposilion roinme de celles si nombreuses que nous avons déjà vuf?, romme de celles que nous retrouverons jusfprà la lin de cet ouvrage, nous devons encore une lois conclure que les créateurs des types monétaires du moyen-iîpc possédaient à un haut degré Tort de faire tout concourir à exprimer les diverses idées qu'ils avaient eu vue, et savaient merveilleusement se servir de celle faculté qu'ont les objets d'éveiller en nous des idées multiples. Ils saisissaiei!* les harmonies se-rèfp^. mais réelles, entre les signes qu'ils traçaient el les mouvemenis de l'Ame. Ces si^'nes. ces objets d'art nous donnent ces perceptions de Tordre le plu'; élevé et le plus immatériel (jui nous sont un enseignement el une lumière, parce que leurs formes sous l'action de notre esprit ont la faculté de devenir des emblèmes ou des symboles d'idées diverses; idées immatei lelles nous venant d'éléments, tombant sous nos sens, mjstère de Funiou de la matière et de l esprit, de Tunion du corps et de Tâme; mystère sur lequel nous pouvons avoir des pressentiments, mais qui ne se dévoilera à nos regards qnc de l'autre côté de la vie, an grand jour des révélations. M iis cujuloen cette numismatique du moyen-Age est admirable dans son symbolisme, dans l'expression si diverse des sentences et des idées chrétiennes qu elle semait au sein des peuples, sous les pas de chaque génération t

262. Trois lys symboliques disposés en Uiangle, ayant à son centre on triangle sacré.

Le lys symboii(|ue est soutenu par le triangle, emblème de pnissauf^p suprême; de plus, d est triple et dis])ose aussi en triangle pour établir que sa puissance s'exerce partout. Enlin, le triangle sacré est au centre comme un symbole et comme un signe puissant de relation avec chacun des Ivs =: « Deus est fundamentum: a Deo, vel per irinilalem \irgo Marm immaculata ubique potentissima. » El cette puissance de la Vierge Marie lui fut annoncée par Tange de TAnnou-

398 DE U COMPOSITION

ciation « Spiritus sanctaa sapemniet in te et YIRTYS ALTISSIMI obnmbravit Ubi. » < Quia non erit impouibile apud Deum omne

verbum. »

« Le Saint-Ëspril surviendra en toi et la VERTU du THÈS-HAUT le couvrira de son ombre, car à Dieu, tonte-poîssance, il n^est rien d'impossible! i^

263. Au reiii! p : le triangle divin soutenanl une spiiti ' à chacim de ses angles et entouré do trois hs symboliques tnanguhiiiement disposés =: « Dens uriHii[iotens in cetenmui omnia ad se trahit et sibi eligil iiliuiu Virginem Mariam oui ubumbravit virtus ejus. » ( Voir au 4" lableau, 4, et an 5^, 9, fO, 11 et 12, et aux textes, tit. VIU, ch. F, p. 64, H au lit. IX, ch. V et mir., p. 100 et suir.)

Lille a aussi trappé une magniAque modalité du grand type de Rome, Sens et Provins.

255 bis. iS'ous avons repi oduii au 6* tableau, n» 5, ce beau type au triangle d'où «îmergent des rayons. Il faut doiii; se reporter à ce tableau, et examiner avec un soin particulier cette remarquable composition.

Les rayons de lumière, au lieu de descendre de l'I, initiale divine horizontale, descendent de la base du triangle = « Deus vel Triniias omnipotens illuminât et omnia ad se trahit in aeternum. » Et pour de plus amples développpements, iliaut se reporter au tit. X» ch. VI, p. 126 et suiv.

Voilà les grands typea que Lille a frappés. En les appréciant bien, il sera focile de comprendre les différentes modalités dans lesquelles elle les a combinés. Ba reste» pour s^en rendre un compte exact, il faut se reporter avec soin aux tableaux et aux textes de notre doctrine. {Voir au 4« tableau, n"» 6, 7, fi, 12, 13, 14 et 15; au 5^ tableau, n« /, 2, 9, 12 et 15 ; au tit. VIII, ch. III, p. 62, ch. VII, p. 64 à 84 et au tit. IX, ch, I", p. 84 à 90; eh. F, p. 100 à 108; d^. VU,

DBS inscauPTioiis monétaires.

Page 1