CHAPITRE V
DBS SIGNES SPHÉRIQUES ET DES SYMBOLES PORTÉS kWL N<» 9, iO, 11, 12, 13 ET 14 DU 5« TABLEAU.
Des signet spMnfues en ffinéràt.
I.es signes si)hériqnes s(»iil fort nombreux dans la numismatique du moyen-âge et ils ont de nomhreu.scs acceptions.
Le premier signe sphéi iquc peut être la lettre 0, mais nous >onimes ici aux emblèmes. Or le signe spliérique prend divei-ses modalités: cercle double concentriipu', cercle au centre duquel est un point, cercle simple, et enliu la forme du point. ' - De plus, ces formes sphérlques sont, ou pleines, ou évidées.
I>£S IMSCRIPTIOKS MONÉTAIRES. 101
Nous les appdlerons et elles sont en effet, selon lescomposilions, des globes, des sphères» points terresties, symbole da monde, sym- ' bole de FanîTen, symbole de Téternité; queliioefôis, ils sont un symbole de puissance, et sont aussi point final. Pour saisir le sens ou la valeur de ces signes, il feiut examiner avec soin à quel ordre dldées appartient la composition dont ite font partie.
Le douMe cercle concentrique, le oende ayant un point au centre sont presque toujours des globes, des sphères, le globe teirestre; ils signifient donc le monde, Punivers.
Une ou deux de ces formes sphériques, accostant la croix, ou un guerrier, comme sur les monnaies de TArtois, sont un signe ou un emblème de puissance.
Nous avons placé parmi les signée sphériques le beaant. Nous ne pouvons radmettre dans les compositions, emblèmes on symboles des premiers siècles dirétiens.
Bezant était le nom d*une ancienne monnaie d*or, qui avait cours dans le Bas-Empire. Ldrsqu'apparurent les armoiries, ce nom devint un terme de blason. C'était quelquefois, à titre de pièce d'or, que des croisés en mirent sur leur écu, comme un témoignage de leur voyage et de leurs combats en Orient.
Mais nous ne pouvons aller plus loin dans notre concession à Tégard de ce signe. Tous les signes sphériques sont, en général, une expression d'un globe céleste. Ils sont dans l'ordre d'idées des figures, emblèmes ou symboles chrétiens, et il n'en est nullement ainsi du bezant.
De la prémiire fwm sphirique. (N« 9 du 5» tableau.)
La première forme sphérique de ce n" 9 est un cercle.
Le cercle est une symbolique multiple, c'esirà-dire qui oifre
divers sens
Il est un emblème des révolutions du temps qui roule sur luimême: «Cumque diei succederel die? et tcmponim spatia volverentur, duoruin annorum explelus est circulm.^ Parai. XXI, 19.
D'autres fois, allant par-delà les temps, les comprenant tous, passé.
DE LA COMPOSmOlf
présent et afenir» le cercle désigne rinflni de la durée, c'esl-à-dire rétemité.'
LMlemité a totyonrs été symbolisée par cette forme sphérique, le cercle, qui ne présente ni commencement, ni fin.
La forme sphérique est encore une expression et un emblème de runiyers, des globes terrestres et célestes qoiaccomplisssent à travers des miniers de siècles leur marche, leurs mouvements et leurs révolutions, et semblent graviter éternellement autour d'un centre unique, tout^puissant et inconnu, que nul homme n*a saisi, que nul csil n^a vu. < Tox tonitmi tni in rotA. > Psal. LltXVI, 19. Quis audivit unquam Ule ? aut quis vidit huic simile? Isaîe, LVII, 8 (1).
Des significations multiples que nous offirent les formes sphériques, il résulte que les compositions dans lesquelles elles entrent peuvimt offrir divers sens à Tesprit. n ne fàut pas perdre de vue, que c'est là un but auquel ont visé les volontés créatrices des types monétaires dn moyen-âge.
De la deuxième figwre dti w> 9, 5» tabhau.
La seconde ligure de t:e 11° 9 forme la marque cenUale d'une monnaie mérovingieune. La sphère allongée donl l'exlrémité inférieure est Ira versée par Piniliale de lesus, dont le centre est semé de globes et d'étoiles, el dont la partie supérieure est dominée par la croix, forme une composition chrétienne fort remarquable, dont nous avons exprimé le sens : « lesus fundamentum mundi, régnai pcr totum orbem et crux. cjus transit et superal mundum. >
(1) Les formes sphériques ont représenté les globes célestes de toute antiquité. Les Romains voulant donner une idée immatérielle de la diTlnité, ouvrirent dans le plafond supérieur du Panthéon, encombré de leurs dieux et de leurs déesses, im ewde par lequd diraient les rayons du jour, et ils dirent que cette lumière qui venait d'en haut était l'emblème de leur divinité supérieure.
DES IltSClUPTIONS MONÉTAIRES. 103
De la moimaie éditée au 40 du J° tableau.
Sur cette monnaie flamande-artésienDe des comtes de Flandre flgare on guerrier tenant une faux à la main droite et accosté d*ane sphère au-dessus de Pépaule gauche. Nous savons toutes les interprétations que Ton peut donner à cette forme spbérique. Ou peut y voir une marque monétaire, un bezant, une sphère. Le créateur de ce type a pu viser à ce triple hut; mais, pour nous, cette marque spbérique a un sens certain et bien déterminé : toute forme spbérique accompagnant une efOgie est une expression de puissance. Dans l'espèce, elie dit : un guerrier puissant sur cette terre. Veut-on y voir un bezant? liais le bezant, étant la monnaie d'or la plus renommée, évoque encore une idée de puissance. Ainsi la composition de Pavers de cette monnaie doit donc ainsi se traduira : Deb^lator potem.
Cette composition, qui peut paraître politique, est pbUdt chrétienne, presque toutes les monnaies de la Flandre ont exclusivement le caractère chrétien. Nous le verrons lorsque nous étudierons les
types de Fadmirable œuvre symbolique et emblématique de ce pays, qui donna à la chrétienté les plus valeureux croisés et à lerusalem ses premiers rois chrétiens. ~
Nous pensons donc que le puissant guerrier que cette composition ' représente est le prince armé pour la défense de la religion. Celte rompositlon est née sons Tinspiration des textes sacrés : « Sicut fortis egredietur, sicut vir praeliator suscitabit zelum. > c Super inimicos sues oonfortabitur. y> (Isaïe.)
N'est-on pas frappé de rapplicatlon de ces textes sacrés à ce type de Flandre? C'est le guerrier dont parle l'Ecriture; il est debout, accosté d'un signe sphérique indiquant qu'il est puissant et que sa puissance lui vient d'en haut. Il est s'avançant armé de la faux, l'arme la plus redoutable qui doit faucher ses ennemis, comme ferait le temps ou la mort : « Super inimicos suos confortabitur. » La faux qu'il tient à la main est un emblème caractéristique puisé dans l'Apocalypse, il est fréquemment employé dans le moyen-âge.
104 DE LA COIIP06ITIOM
Le Fils de niomme enverra ses anges qui moissonneront de son royaume les scandales et ceux qui opèrent Hniqnité,
Voilà toutes les pensées qu'a pour but d'exprimer la Tolonté créatrice de ce type et qui se font jour dans cette composition.
Au revers de cette monnaie est une remarquable composition chrétienne.
1^ En légende symbolique : Stem t» eœlo et m terré* Ân centre c'est» sons la forme spbérique, la terre que la croix couvre» qu'elle embrasse; cette croix est cantonnée de petites sphères qui désignent les qiùtre points cardinaux. Chaque bras de la croix pénètre le cercle de sphères et d'étoiles qui l'entourent; ce cercle est une figure de l'univers, et l'ensemble de cette composition exprime le sens chrétien que nous avons indiqué dans ce numéro : c Grux complexit orbem et régnât nbique in terrâ sicut in coelis. »
Cette composition du revers est si profondément chrétienne, qu'elle imprime à l'avers forcément un caractère du même ordre. Cest pour la défense de cette religion si énergiqnement affirmée que le prince s'élève. Cette interprétation est si exacte, qu'afin de ne troubler d'aucune idée étrangère à la pensée religieuse cette composition, hi volonté créatrice de ces types ne grave sur la monnaie aucune inscription par les lettres usuelles et ne dit aucun nom de prince ou de ville. Qu'importaient ces noms, en effet? Ce qui importait pour ces âmes si chrétiennes, c'était la défense de la croix!
Telles furent les compositions des premiers types de JFlandre. Plus tard, nous trouverons encore les marques centrales exclusivement chrétiennes, mais les noms des princes, des villes et surtout des monétaires s'inscriront sur ces monnaies.
De la empoiUùm du //, 5« tableau*
La figure du 11, que nous trouvons sur des monnaies mérovingiennes, montre la <aroix traversant des. cercles concentriques et . s'élevant au-dessus d'eux comme le symbole du salut de runivers. Nous avons traduit cette composition : < Grux transit oriies et régnât super illos. i
DBS INSCRIPTIONS MONÉTAIRES. i05
Des signet du w 1i du labkau.
Ces signes doivent désormais être compris. Gomme nous l'avons déjà dil, ils désigneni les sphères de Tonivers. Ils peuvent éire considérés parfois comme des bezants, mais rarement. Lor8<itt'Us cantonnent la croix à ses quatre angles, ils désignent les quatre points cardinaux du monde, et ils ont ce sens combinés avec la croix : < Grox ubique régnât. » Gomme nous Pavons déjà dit, ils sont une expression de puissance. G^est quelquefob aussi un point final. Les explications que. nous avons données aux numéros précédents suffisent désormais pour faire comprendre la fonction multiple de ces signes, auxquels nous aurons à revenir, même dans ce chapitre.
vu
Det àgne$ du n» du 5^ îabkau,.
Ces signes sont encore des signes sphériques que Ton trouve sur de nombreuses monnaies féodales. Us ont un sens religieux bien précis.
Pramtèra rtiris dw aigBOT da n* 13, 5* taUlMni.
II faut prendre garde à leurs dispositions, afin de les comprendic. Nous présentons irois séries de ces signes. La première série est composée de * uni sphères égales, dont quatre posées aux quatre venls du ciel lorment un carré et dont la cinquième est au r^ntro de ce carré; celte dentière sphère se romliino dune avec les quatre premières en tout sens vi compose ninsi avec ces quatre sphères quatre triangles. C'est une modalitt' trinitaire qui, dans celle composition, exprime cetle pensée, (lue Diou est partout présent. Ces sphères ne sont donc pas seulement dans leur ensemble une expression de ruiiivers, des mondes qui le peuplent, mais elles expriment par leur modalité Innilaire une idée de la protection que Dieu, à qui tout est présent et qui est présent partout, étend sur l'univers. Cette composition monétaire' est primaire, nous devons le faire remarquer, car les deux séries suivantes nous paraissent secondaires.
Ces formes spliériques ne perlaient point dans le langage de nos aïeux le nom insignifiant d'annelel, mais celui iVyeux, et cela était bien cunlorme au langage de TEcriture : « Ocnli domini. » Oui, c esi bien là le langage religieux de nos ancêtres, « oculi domini ubique. »
On trouve aussi cet emblf?me formé de quatre sphères et d'une croisetle an cenirr, au lieu et place d'une cinquième sphère; mais la croix ou i t oisette n allôre jamais Tordre des signes dans Iciiucl elle entre, et clin prend le sens et la valeur du signe (ju'elle substitue. Celte composition est donc équipollente à l'emblème primaire de cette première série.
DeuxièiiM aéirie des slgnea Xk* 13, 5^ ttdriiMtt.
La seconde série est analogue à la première; seulement en marque centrale, peuMtre pour distinguer l'émission, au lieu d'une sphère égale, on a posé une petite sphère, ou point terrestre. Le globe terrestre entrerait donc en combinaison avec les quatre sphères, et. formant la modalité trinitaire que nous ayons expliquée, présenterait le même sens.
tndaiÊiatB iiftrto dm BlmMB n* ±3. fi* tahlflim
La troisième série de ces signes n'a que quatre sphères, ou mieux, suivant le langage technique lui-même, quatre yeux aux quatre points cardinaux. Nous devons donc attribuer le même sens à cette composition qui est secondaire, car nous croyons que Tabsence de la sphère centrale constitue une dégénérescence, et déjà cette dégénérescence se serait manifestée dès la précédente série.
La composition que présente la première série s'est étendue fort loin, elle n'appartient pas seulement aux monnaies baronales de France, nous la retrouvons, comme un grand type, dans des contrées diverses, les plus opposées, de TEurope, nous la retrouvons presque aux quatre vents du ciel. Ce fait remarquable vient singulièrement à Tappui de l'interprétation que nous avons donnée. Il est évident que ce n'est pas un type personnel à tel ou tel prince, mais un type plus élevé, un type chrétien qui s'est produit peut-être spontané-
ment, et pas même par imilalion, comme une expression de la môme pensée religieuse que nous avons interprétée.