DES SIGNES PORTÉS AU N** 15 DU 5« TABLEAU
Les signes que présente lo n" 15 de notre 5' tableau entourent souvent comme une guirlande ou comme une légende les marques centrales de certaines monnaies. Ils en forment la légende extérieure. On en a un exemple au 10 de ce même tableau. Ainsi réunis et disposés, ils sont une expression, une figure de l^enBemble des corps célestes et des sphères ( jui peuplent rnnivers, et ils offrent le sens que nons avons déjà indiqué : t Sieut in codo et In teirft; > «» in cœlls. » Ces signes forment une légende sjrmboliiiiie.
De la îfakur de h eroieette mêtie mix corpe eUeslet.
On doit remarquer qu'à ces signes désignant lés corps célestes» nous avons mêlé une croisette.
La croix ou croisptfe f^trtnt îe si^ïne i^acré par excellence, il est do principe qu'elle ne porte jamais alleiute au caractère des signes avec lesquels on la combine. Elle peul rtre eniremOh'e avec eux, 6trc mise à la place des uns ou des autres et les sul)sti(uer sans altérer Tordre de la composition auquel ils appartiennent. Elle est donc l'équipollent. de Tuu de ces signes. Elle ne change donc ni n'altère leur siguillcation. elle est comme l'un d'eux et se fond dans Tensemble embir-iiiatique de la comito^^itiou. Nous avons déjà fait l'applicaiion de ce principe au n» 13 de ce tableau.
De l'Etoile et de sa valeur symboUque.
Ces observations générales faites, nous devons établir la valeur de chacun des signes que présente le m 15 du 5« tableau.
Le premier de ces signes est une étoile. L*étoile entre dans un grand nombre descriptions ou compositions monétaires. Tantôt
elle ne remplit qu'une fonction secondaire, tantôt elle est dominante, type central H principal.
Dans ses fonctions accessoires on second;iires, l'étoile indique la voie du ciel : « via cœli, >i ou mêlée nu\ autres rorps célestes ou splières, elle n'a que sa valeur propre et n'offre aucun sens symbolique.
L'étoile est-elle en marque centrale sur les monnaies? Elle devient dominante. Elle occupe le champ entier de la pièce. Elle est à cinq ou six rayons. Elle parle à tous un donhic ei cependant un môme langage, car elle s'ouvre à deux interprétations d'une même pensée chrétienne.
L'étoile est l'un des symboles du Clii isl : « Christus est stcUa matutina. » (Ap06. IT, 23; Pet. 2« épît. I, 19.)
D'une auii t; part, l'éloile est aussi l'un des symboles de la Vierge, appelée dans les Ecritures, comme son divin fils : « Stella malutiiia, ï> c'est-à-dire que le Christel la Vierge sont deux guides divins, deux guides célestes.
Pour déterminer l'interprétation de ce double s^bole, il fàul examiner l'avers et le revers, dont les inscriptions centrales doivent alors se combiner. Si à Tavers nous trouvons la croix en marque centrale, et au revers Pétoile aussi en marque centrale, cette double inscription signifie : TCrux Jesus-Ghiisti, et Maria sunt via cœli; » c lesus Stella matutina et splendida; » cette composition a été traduite par un vers que nous avons déjà cité :
fl.Ienft-Ciliriatus et Màila citm ernce certa salas. »
Nous reviendrons à ce symbole aux monnoyages de Déols et de
Bretagne.
Du second tigne-dun* /5» 5« tàltleau.
La seconde figure que nous trouvons au n« 15 du 5» tableau est un soleil. Kous n'avons point trouvé cette figure en marque centrale, seule, c'est-à-dire comme type dominant sur les monnaies royales ou baronales de France. Nous le trouvons surtout sur les monnaies mérovingiennes si chrétiennes des deuxième et troisième
no DE LA COMPOSITION
périodes. Il est combiné, comme nous le verrons» avec le signe sacré de la croix, et exprime cette pensée : c Grux sol mundi. » La croix nVt-elle pas, en effet, répandu une nouvelle et divine lumière sur le monde, et Jésus-Christ n*est-il p»4 venu illuminer nos âmes dans la connaissance de la vérité et les échauffar de son amour?
Des autres corps célestes portés au 1$, 5* tableau, w. et particuHirement du Croissant,
Les autres figures sphériques, les globes dont notre terre fait partie, ainsi que les croisettes, sont, dans leur ensemble, une image de Tunivers, mais parmi les signes célestes, nous devons remarquer ' le croissant, parce que ce signe remplit un rôie très-important dans
les inscriptions monétaires du moyen-âge.
La forme de ce signe que nous appelons croissant est ampliibologique et peut donner lieu à deux interprétations.
Cette forme peut être simplement le signe céleste que Ton appelle de ce nom, mais elle peut être aussi issue de rinitiale du Clirist. (Voir ce que nous avons dit de la lettre C emblématique, page 02.)
Si cette forme n'est qu'un croissant combiné avec les sphères, elle concourt li évoquer l'idée du firmament, elle n'a alors qu'un sens propre et non figuré.
Si cette forme est l'initiale du Christ, le croissant devient nonseulement une expression de ce nom sacré, mais un symbole, et entrant alors dans de nombreuses combinaisons, il conrourtà former de nombreux emblèmes chrétiens. Et nos interprétntions s'appuient, comme îonfe notre doctrine, sur les textes les plus précis des Saintes Ecritures : « Donec dies elucescatet lucifer oriatur in cordibus vestris. y> (Pet. i^*- éplt.)
Les hommes étaient dans l'ômbi e de la mort, « in umbrA moi'tis, » et voici le jour qui conmienee à ])oindre, « donec dies elucescatet lucifer oriatur in cordibus vestris. » Comme tout ce langage est symboUque ! Ce jour qtii commence à poindre, c'est le Christ, et c'est dans les c<£urs que la lumière doit s'élever, suivant la parole
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DES INSCRIPTIONS MONÉTAIRES. iii
du prince desapôlres. Et l(^s prophètes des anciens jours, par quelles paroles annonçaient-ils le Christ, lumière future de la terre? « Ecce » vir Oiiens notnen ejvs. » (Zac. VI, 12.) « Et orielur vohis timen- » tibus nomen raeum sol justici;«. » (Malac. IV, 2.) Le Christ, c'^st rOrient, c'est le Croissant du Soleil de justice ijui se lève et s*axnnco : «t Ecoutez, ô lesus, grand-prètre, vous et vos amis qui sont auprès de vous, pnrce qu'ils sont dpslinés pour ôire la figure de Pavenir : je m'en vais fLiii e v(Miir l Orient qui est mon serviteur. » (Zac. m, 8.) Oui, ''"*'<î 1 Orient d'une lumière nouvelle, c'est le Christ venant d'en Jiaiil : « Oricns ex allo. » (Luc, I, 78.)
Ainsi langage des prophètes, lanpî?e des apôtres, Verbe de lesus- Christ, Verbe écrit sous l'inspinilion divine, tout y est fîc^uré, tout y est emblème ou svmbolie. Le Christ est' le disque croissant de la nouvelle étoile, du nouveau soleil ([iii vient éclairer non le l'egard du Iront, mais ro'il de l'ilrne et du eœur : « Douée oriatur in cordibus vestris. » Ce n est que par les textes sacrés que l'on peut comprendre les figures et les compositions des premiers siècles chrétiens. Le croissant, selon Tordre de la composition où il entre, prend donc un sens tiguré et devient un symbole du Christ.
Il faut se donner garde do voir ce signe avec nos idées modernes sur l'emblème (|ui règne à Constantinople, ou avec nos souvenirs do l'antiquité païenne. Ce signe, emblème ou symbole, n'appartient point aux Ottomans. Selon quehpies historieus, il aurait été l'emblème lie ÎU'zance de toute antiquité. Nous pensons, au contraire, que ce ^ii^ini est l'emblème de la ville de Constantin. Nous avons vu <iue la lunne du croissant esf i^^ne do la lettre C. qu'en ce cas, le croissant est le C emblémcttiijiK'. ur, le C est l'initiale de l'empereur qui choisit Byzance pour siège de son empire et qui lui donna son nom, que de plus Constantin fut le premier empereur cbrélien, que l'initiale du Chi ist est aussi celle de Chrisliauns. celle des Chrétiens, <|ue la lettre C emblénialique, ou ciuissanl. est dune tout à la fois l'initiale divine de Chrislus, de (Christ ianiis. et l'initiale de Constantin et de Conslantinople. De là reuitilèmo du croissant léguant sur cette ville; il ne l'aut pas chercher ailleurs nue autre origine.
Néanmoins, quelle que soil l upiiuou que Ton veuille adopter, il est
DE hk fM)HP0Sin01i
certain que le croissant ou le C emblématique était Pemblème de la ville de Constantin plus de dix siècles avant la conquête desOsmanlis; que cet emblème n'appartient donc point à ces derniers» mais qn*il est arrivé, phénomène fréquent dans les annales de l^istoire, que Ut ville conquise a vaincu par quelque côté le peuple conquérant en lui imposant quelques^s de ses antiques usages. Nous maintenons donc que le croissant ou le G symbolique est un symbole tout chré- . tien,. Nous en avons même la reconnaissance émanée de Tun des empereurs de Turquie, et c^est à coup sûr une chose fort remarquable. Il est selon Tordre de Dieu que la vérité se fasse jour. Or à la fin du XyiII* siècle, plus de trois cents ans après la conquête de Gonstantinople, Sélim III fonde un ordre de chevalerie, précisément Tordre du Croissant. Est-K» en faveur des Ottomans, en fiiveùr de la vieille race des Osmanlis? Non, mais en faveur às^^ehréUmt ayant rendu des services à Tempiret Pourquoi le choix de ce symbole par un empereur ottoman en faveur de ses sujets chrétiens? Parce que le croissant est un symbole tout chrétien.
L'insigne de cet ordre était un croissant d'argent uniquement destiné, comme nous venons de le dire, aux sujets chrétiens qui, par leurs services, avaient bien mérité du prince.
Puisque nous avons dû rechercher les origines de l'emblème qui règne sur Gonstantinople, ne pouvons-nous rechercher dans nos origines nationales les souyenirs se rattachant au même emblème?
Nous avons fait connaître de quelle source il faut faire descendre la fleur de lys, emblème politique des rois très-chrétiens, et quelles légendes sur cet emblème nos pères avaient mêlées aux vérités de l'histoire.
Le symbole du croissant a aussi M attribué à Clovis. Nous serions porté à admettre cette opinion. Glovis a été le premier roi chiétien; il a dû placer sur les guidons, enseignes et étendards de ses armées, les sipes sacrés dp sa conversion. Le croissant qu'il y aurait représenté était, dans ce cas, Tinitiale divine du Christ, l'initiale du nom de sa religion, et constituait un symbole de sa foi nouvelle.
Cette opinion s'appuie, d'ailleurs, sur des autorités et des faits bien constants. Du Tillet rapporte que PhUippe-le-Bel afféagea, au
DES INSCRIPTIONS MONfiTAIRES.
mois de mai 131)0. un (lef sis en la viUe d^Ânvers, à condition de bailler, à chaque mutation de seigneur, deux arçons de selle : « L'un aux armes de France et C autre aux armes de Clovis qui sont le croi»- • sont, j» Ce sont les termes de l'acte d'alTéagement.
La dalmatique.de Clotaire T'''", enterré à Saint-Médard de Soissons, était couverte de croissants. Clotairo lo"* était fils de Clovis. Nul doute que le croissant ne lût ici le svmliole chrétien que Clovis avait arboré sur ses étendards. Ainsi l'histoire et rarchéologie, ces témoins perpétuels des vieux temps, afiirment nos doctrines. Ainsi nous voyons nos origines et nos traditions nationales se foudre dans une parijiite harmonie avec les grandeurs de la foi chrétienne*
GHÂPITAE VIII.