PRÉFACE DE L’EDITEUR
Si l’histoire d’un ouvrage est utile à l’histoifede l’art dont il traite , les amateurs de l’art vétérinaire et les élèves ne liront pas sans intérêt la notice de celui dont je publie aujourd’hui la huitième édition.
L’École vétérinaire de Lyon était établie depuis 176a, et celle de Paris depuis la fin de 1765 (1); ffourgelat n’avait encore publié que ses Êlémens d’Hippia trique; ils ne remplissaient plus son but, et les élèves perdaient un temps précieux à copier les cahiers qu’ils devaient étudier : désirant remédier à cet inconvénient, il fit imprimer, à Lyon , en 1765, un e Matière médicale raisonnée, et à Paris, en 1766, une Zootomie ou Anatomie comparée.
La première partie du Traité de la conformation extérieure du Cheval fut imprimée en 1768, la seconde en 1769, avec un titre particulier : Traité du choix des chevaux et des soins qu’ils exigent; à Paris, chez Vallat la Chapelle, libraire , au Palais. Ces deux parties réunies forment un volume in-8°, de 270 pages pour le texte et 4 pour les titres; l’auteur y joignit, en 1770, une Explication des proportions géométrales du Cheval, rédigée par JW. Vincent, l’un de ses élèves, professeur de dessin à l’École d’Al/brt, imprimée' d’abord seftile, in-8°, de 14 pages, avec un titre particulier et une planche, et réimprimée ensuite à la fin de l’ouvrage , qui eut alors 282 pages (2).
Le titre général qu’il avait donné à cette première édition :
(t) On peut voir l’histoire de l’e'tablisseroent de ces Écoles dans les Instructions et Observations sur les maladies des animaux domestiques, publiées par MM. Chabert , Flandrin ef Huzard, 1809 -i8r4 , six volumes in-8", avec figures.
(s) Déjà Bourgelat avait fait construire et décrire par M. Gniffbn, son ami et son compatriote, un instrument qu’il appela Hipponielre , ou instrument propre à mesurer les chevaux et h juger îles dimensions et proportions des parties differentes de leur corps , avec l'explication des moyens de faire usage de cet instrument . A Paris , chez Vallat la Chapelle. 17G8. In -8 , de 38 pages et î feuillets pour le litre cl l’appro [ration.
lie la conformation extérieure des animaux • des considérations auxquelles on doit s' arrêter dans le choix qu’on doit en faire ; des soins qu’ils exigent; de leur multiplication , etc., ainsi que celui île Zootomie ou Anatomie comparée , qu’il avait également donné à la première édition de son Anatomie du Cheval , annoncent la vaste étendue du plan de ces ouvrages dans lesquels Bourgelat voulait successivement comprendre toutes les différentes espèces d’animaux domestiques.
Cette édition porte au bas de la première page de chaque feuille l’indication de Tome II , parce que la Zootomie ayant été publiée avec le titre préliminaire et général d 'Elémens de l’Art vétérinaire , que Bourgelat voulait donner à tous ses ouvrages, qui auraient ainsi formé un corps complet, celui-ci était réellement le second volume avec cette indication, qu’il n’avait pas donnée à la Matière médicale , publiée à Lyon en 1763. Jl m’a paru d’autant plus important de faire cette remarque, que l’on ne trouve souvent cet ouvrage cité que sons le titre d 'Elémens de l’ Art vétérinaire , tome II.
La seconde édition parut en 1775, à Paris, chez la veuve Vallat la Chapelle ; elle est aussi in-8°, de 3o3 pages, y compris l’ Explication des proportions géomét raies du Cheval et un catalogue de librairie , plus , 4 pages pour le titre et un avertissement , que je crois devoir conserver ici.
a Cet Ouvrage, consacré dès le principe à l’instruction j> des élèves des Ecoles vétérinaires, nous a été demandé de 33 toutes parts dans un temps où il ne nous était pas permis » d’en changer la destination. Il a été traduit, copié, erfti- 33 <qué même par ceux qui cherchaient à s’en approprier les 33 principes, et il est devenu insensiblement public. La pre- 33 inière édition en a été épuisée, nous en donnons une se- 33 conde. L’accueil favorable qu’on a fait à la première nous 33 fait espérer que celle-ci ne sera pas moins bien reçue. 33 Nous y avons donné tous nos soins ; et, du reste, on ne ,3 pensera pas qu’il en est ici comme de la plupart des pro- 33 ductions de certains auteurs, dont les éditions nouvelles 33 et multipliées n’exigent, de la part du libraire, que le 33 changement du frontispice d’une année à l’autre. 33
Bourgelat ne permit, pendant long-temps , de vendre cet uovrage qu’aux élèves des Ecoles vétérinaires et à quelques corps de cavalerie de la maison du Roi , en sorte qu’il se ré-
pandit peu : voilà pourquoi les Allemands, qui ont traduit tiès promptement tout ce qui est sorti de sa plume, ne l’ont connu et traduit que tard j et telle est, sans doute aussi, la raison pour laquelle il a échappé à ceux qui se sont occupés de la bibliographie vétérinaire (i).
Les copies et les critiques dont l’auteur se plaint dans cet avertissement regardent particulièrement l’ouvrage que M. Brugnone avait publié à Turin, en 177/, , in-8°, sous le titre de Metodo per conoscere le vere proporzioni, le bellezze, i diffetti, l’ eta’ e le malattie esterne del cavatlo , o la Mascalcia ridotta ai suoi veri principi, ec, dans lequel, en effet, il a reporté une partie de celui de Bourgelat , en y ajoutant des notes et des observations toutes les fois que l’occasion s’en est présentée.
11 fut traduit littéralement par M. Odoardi , secrétaire de la Société d’agriculture de Helluno, dans l’État de Venise , et il forme le troisième volume des œuvres vétérinaires de Bourgelat , qu’il publia en italien (a); le traducteur y ajouta le discours préliminaire du premier volume des Êlémens d’ H ippiatrique et quelques notes , la plupart prises de l’ouvrage de M. Brugnone , dont je viens de parler. Cette traduction, de 444 Pages <1® texte, 20 pour les titres, le discours préliminaire , et la planche des proportions du cheval, fut faite sur la première édition, ainsi qu’on le voit par le titre général qu’elle porte, et parut en 1 777.
M. Knobloch , savant professeur en l’art vétérinaire , alors à Prague , depuis à la tête de l’École impériale vétérinaire de Vienne , et à qui l’Allemagne est redevable de plusieurs ouvrages et de bonnes traductions vétérinaires, a publié aussi celle de cet ouvrage sous ce titre : Herni Bourgelat’s, directors , etc. An-weisungzur kenntnisz und behandlung der Pferde. Aus dem franzœsischen iibersetzt durch JohannK.nobloch, etc. Pragund Leipzig , 1789-1790. Petit in-8°, tome 1 , de 2 feuillets et 139 pages ; tome II, d’un feuillet et i58 pages, avec le tableau des proportions du cheval. Cette traduction est littérale.
(1) Vilel , Amoraux, Portai, Haller, Hérissant , Coquereau son éditouretson continuateur; Buc’hoz, Hens, Boehmer, i.astri, Josephi, P. lie, JYicnlaj, ont cité les autres. ouvrages de Bourgelat, et n’ont pas parlé de celui-ci.
(») Opère veterinarie tlel sig. Bourgelat. In Bclluno , per Simone Tissi. 1 77C- « 775J- In-8°, huit volumes.
Don Estvvez, l’un des directeurs du Collège royal de vétérinaire établi par le roi d’Espagne à Madrid, et élève des Ecoles vétérinaires françaises, a aussi traduit en espagnol , à l’usage des élèves du Collège , L’ouvrage de Boureelat , avec des augmentations. 11 a paru, en 1794 , à Madrid, sous le titre de Exterior del Caballo , en deux volumes petit iu-4°, le premier de XL1V pages pour le titre, la prélace, la table , l’explication d’une planche , et a5ç pages de texte et l’errata ; le second de XVI pages pour le titre , la table et l’errata, 4 27 pages de texte et a planches. Il forme les tomes cinq et six des Elementos de Veterinaria , publiés en onze volumes , par MM. Malatz et Estevez , à Madrid, de 1793 à 1800.
La seconde édition française , au surplus , ne diffère de la première que par l’avertissement qui est en tète , et par l’augmentation du nombre des pages; augmentation qui est uniquement due à ce que le caractère de cette édition est un peu plus fort que celui de la première; elle porte , comme elle, l’indication de Tome II au bas des premières pages de chaque feuille.
La troisième édition , publiée en 1785, aussi in-8°, chez le même libraire, est absolument conforme à la seconde pour le nombre des pages ; il n’est pas fait mention dans le titre que c’est une troisième édition ; ce qui eut lieu alors pour éviter les embarras du renouvellement du privilège.
J’ai donné mes soins à cette édition , à laquelle j’ai ajouté quelques notes ; dans celle de la page 387 j’annonce la suite de l’ouvrage, et je promets de la publier bientôt : quant aux observations générales que Bourgelat avait recueillies sur le bœuf, le mouton et les autres animaux domestiques, dont il est également fait mention dans cette note , le progrès des connaissances acquises sur ces objets et les ouvrages publiés depuis cette époque , rendent aujourd’hui cette partie de son travail bien moins nécessaire aux élèves.
La quatrième édition , que j’ai publiée en l’an V ( 1797 ), in-8°, chez Mme. Huzard , a 5 ta pages de texte et 16 pour les titres et la préface; elle diffère des précédentes par la forme et par le fond.
t°. Je l’ai interligné, et l’on sait qu’il est plus facile de lire et d’étudier un ouvrage interligné que celui qui ne l’est pas; à la vérité, il devient plus considérable et plus dispen- , dieux, mais j’ai regagné une partie des interlignes en faisant
mettre dans la composition plus d’ordre et d’uniformité qu’il n'y en avait eu dans les éditions précédentes.
2°. J’ai conservé le texte en entier, et ne me suis permis d’y faire aucun changement ; j’y ai ajouté des notes , soit pour l’éclaircir lorsqu’il m’a paru en avoir besoin, soit pour rétablir ou vérifier des faits, soit pour indiquer des ouvrages postérieurs. J’ai dû annoncer que ces notes étaient de l’éditeur, et je l’ai fait en mettant un (/?.) au bas de chacune. J’ai aussi vérifié et mis en note les citations des auteurs dont parle Bourgelat ; ces notes n’étant que de simples indications, il m’a paru inutile de dire à qui elles appartenaient.
3°. ta seconde partie n’avait que des divisions marginales, et l’étude en était très fatigante ; j’ai placé , comme dans la première partie, ces divisions "dans le texte, qui se trouve ainsi coupé par des repos naturels , plus commodes pour les élèves.
4°. La troisième partie, qui traite des Haras , a été imprimée ici pour la première fois; elle était depuis long- temps manuscrite entre les mains des élèves, et les copies en avaient été successivement altérées au point que , dans plusieurs , il n’était plus possible d’en reconnaître le sens et de déchiffrer les noms des auteurs cités. J’ai fait ma copie sur le manuscrit même de Bourgelat, pendant mon séjour à l’École d’Alfort, je l’ai collationnée avec plusieurs autres; elle est par conséquent aussi exacte qu’il est possible qu’elle le soit.
On sera étonné , en lisant cette troisième partie, de reconnaître des détails et des morceaux entiers qu’on trouve dans quelques ouvrages modernes sur les haras (r); mais si on se rappelle la date de ces ouvrages, et l’époque où celui de Bourgelat a commencé à se répandre parmi ses élèves (vers 1770), on reconnaîtra bientôt quel en est le véritable auteur.
La publication de cette partie m’a paru d’autant plus importante pour les élèves des Écoles vétérinaires, qu’étant destinés par le Gouvernement à répandre dans les campagnes des lumières propres à améliorer et à perfectionner les races des différens animaux domestiques , et le Gouvernement voulant donner toute l’extension possible à nos Haras, il
(1) Voyez , entr’autrea , ce qu’en dit M. de Lafont- Pnulnli , dans son Nouveau régime pour les haras. Paris, 1787. In -8°, pages 335-339.
faut que les élèves reçoivent dans les Ecoles des leçons capables de les rendre dignes de lu confiance dont ils pourront être honorés.
La cinquième édition a paru en l’an XI (i8o3), in -8°, do 58o pages, chez le même libraire; j’y ai ajouté des notes, et l’exécution typographique en a été bien soignée. Cette édition , 'quoique tirée à un plus grand nombre qu’aucune des précédentes, a néanmoins été enlevée plus rapidement encore. L’ouvrage de Bou/ge/at est du petit nombre de ceux qtli ne peuvent que gagner à être connus.
La sixième édition, qui n’n que 576 pages, aussi in-8°, a quelques notes de plus que la précédente , à laquelle d’ailleurs elle est parfaitement semblable; elle a été publiée en 1808, chez le même libraire, et tirée au même nombre d’exemplaires.
Les sept premiers chapitres du tome premier des ïtlémens d’ fiippiatrique, qui ont paru à Lyon en 1 76 1 - 1 y53 , en trois volumes in-8°, forment la base des deux premières parties de l’ouvrage; Rourgelat , en les y reportant, leur a donné l’extension dont ils étaient susceptibles , et il y a ajouté tout ce qui concerne l’hygiène, ou la conservation du cheval en santé, comme la construction des écuries , leur tenue, la nécessité du pansement de la main, les alimens, la boisson, les soins que le cheval exige en voyage, l’exercice, le repos, etc., toutes parties intéressantes et encore peu connues de la vétérinaire.
Des écrivains modernes ont critiqué les proportions géométrales que Bourgelat a fixées pour le cheval ; il a répondu d’avance à ces critiques , et je ne répéterai pas ici ce qu’il a dit daus la seconde partie de son ouvrage ; je me contenterai d’observer qu’il n’est pas le premier qui ait eu cette idée, qu’il 11’a fait que perfectionner, en assujettissant cos proportions à une mesure fixe et invariable.
Quelques écuyers italiens, quelques hippialres qui écrivaient dans les seizième et dix-septième siècles, avaient déjà donné des proportions pour le cheval (1). Parmi les écuyers français, TacqueC et Solleysel, qui écrivaient l’un au commencement et l’autre à la fin du dix-septième siècle,
(1) Tels sont/.. Ruse, i53i ; — C. Corte, 1 56 2 ; — F. Orisone, 1 605 » — F. Scaccha, 1691 ; — Palmieri , — F. làberali, —
G. -H. Ferrare , 1 67 1 ; — Le duc de Peschiolanciano , 1 7 1 ■ ; etc.
en avaient aussi parlé. Solteyset , dont on n’a dit tant de mal que parce qu’on ne s’esi pas donné la peine de le lire tout entier, et dont le second volume du Parfait Maréchal renferme des élémens précieux et vreis , qui n’ont souvent été que développés depuis, connaissait celles que ses prédécesseurs avaient établies ; il a fait des observations judicieuses sur les proportions que les anciens peintres et sculpteurs donnaient aux chevaux, et il a indiqué celles qu’il serait à désirer qu’on leur substituât pour imiter la belle nature (i).
Parmi les peintres et les sculpteurs, il parait que le premier, le plus ancien de ceux qui en ont parlé , et qui , sans doute, a servi de modèle à tous ceux qui sont venus postérieurement, est JH. -S. Reharn , peintre de Nuremberg, élève A' Albert Durer, dont l’ouvrage date de i5ï8 (2); viennent ensuite Lomazzo, Saly , Falconet , Gais, Vincent , etc., qui en ont donné des exemples ; on trouve, dans la traduction française du l'raicté de la proportion naturelle et artificielle des choses, de Lomazzo , qui écrivait à la fin du seizième siècle, la description et les figures des proportions du cheval vu dans ses trois principaux aspects, comme Bourgelat l’a fait depuis ; et Saly regrettait de n’avoir pas connu plutôt ces proportions indiquées par Bourgelat ; proportions qu’il a presque toujours trouvées justes, et qui lui auraient épargné les études nombreuses auxquelles il s’est livré pour l’exécution de la statue équestre de Frédéric V, roi de Danemarck (3).
Au surplus, ceux qui l’ont critiqué, et quelques ccuyers qu'i ont écrit depuis lui, tels que Dupaty de Clam et Thiroux , ont néanmoins tellement senti la nécessité des propor-
(l ) Philipica, ou Haras de chevaux, de J. Taccjuet , escvyer. Anvers, itiii. In -4°, avec figures, page 189.
Le Parfait Maréchal , par le S. de Sollcysel , écuyer. Paris , 1764. ln-4°, tome II, chapitre III, page 20. Les premières éditions sont de la fin du dix -septième siècle.
(2) U est en allemand et intitulé: Dieses Lüchlein zeiget an, uml lcr net ein mass oder proportion des Jios , nüzlich jungen gesellen , malern und goldschmieden. Sebaldus Beham pictor noricus Jaciebal, ( ledrukt zu Afürnberg , im i5a8 jar. In-4°, avec figures. C’est au moins , jusqu’à présent , le plu» ancien de tous ceux qui sont parvenus à ma connaissance.
(3) Description de la statue équestre que la compagnie des Indes - Orientales de Danemarc a consacrée a la gloire de Frédéric F- Copenhague f 1771-1778. In-8°, seconde partie, page 48.
tions, pour asseoir d’une manière certaine la beauté du cheval, qu’ils ji’ont fait qu’en substituer d’autres à celles de Bourgelat, auquel ils reprochaient d’en avoir établi d’arbitraires et d’inadmissibles.
La septième édition et celle-ci ne diffèrent de la sixième que par une exécution typographique encore plus soignée et plus économique, par une table des matières, et par quelques notes que j’y ai ajoutées.
Paris, le i,r. novembre i83i.