Un quart de cette mesure donne
La largeur du genou , vu latéralement;
Sa longueur t ■
190; L’intervallp des yeux ' dJun grand angle à l’autre égale : •
La largeur de la jambe de derrière, vue latéralement , de la coupure de la fesse à la partie inférieure de la. tubérosité du tibia.
20°. Une moitié de cet intervalle des yeux donne : . • ' - * ••
La largeur du canon postérieur , vu latéralement; La largeur du boulet et de l’avant- main, vif latéralement, de son sommet antérieur è la uaissaoice de l'ergot; .. •» '-v
Enfin , la différence de la hauteur de Idfr oupe , respectivement au sommet du garrot.
Telles sont, à peu de chose près , dans le cheval , t otites les pailles correspondante? par de, s dimensions réciproques; L’oçil exercé à ces différentes données les ^transportera , sans besoin d’hippomèlre, de compas et d’échelle , sur les parties dont il voudra juger les défauts par l'appréciation des mesures , avec autant de facilité que. le peintre en trouve à réduire des dessins,. et à faire d’une figure ordinaire une figure colossale. >
Nécessite des proportions.
Ce serait méconnaître les vues at l’industrie de la nature que d’imaginer que ces recherches et ces observations- ne * portent en aucune manière sur les lois quelle s’est preseâtes; à elle-même, Ses. opérations ne sont point l’effet du hasard, elles ont-été calculées , compassées et- réfléchies , -et toutes les vérités mécaniques dont notre faible intelligence a été happée ont été puisée» dans ses ouvrages } mais les hommes pour qui ils ont ete une source féconde do lainières ne s en sont pas tenus, a notre imitation, à l'enveloppe ou k k’écorée. If est sans doute plus commode et plus facile de ue' pas aller au delà, et do. soutenir que l’entreprise de pénétrer plu» loin est totalement inutile; cependant ceux qui, dans T’-éufdedu cheval , auront le courage d’outre-passcr lo poil , le cuir ou la superficie , s'apercevront bientôt de l’immensité des connaissances à ajoutera des premières notions acquises , et malheureusement bor née# la simple perception de quelques défauts q ni sont à la portée jfe tous las.- yeux .
Quelques exemples succincts de la uécessité des proportions, considérées relativement à l’usage que nous faisons de l’animal, convaincront peut-être les esprits les plus éloignés de nos idées et les plus préoccupés de leur savoir. -• .
En supposant d'abord une tête qui, pèche pàr un excès de longueur, nous dirons que Cét excès en accroît le .plus souvent la masse, et que, dans la position ordinaire de la main sur ùn cheval auquel on peut reprocher ce défaut, la direction' des rênes se trouvera telle que les branches du mors 'opéreront sur Ica barres l’effet des branches hardies; ce qui a toujours lieu lorsque l’angle résultant des rênes et des branches est fort aigu.
Si, au contraire, la.. tête est trop courte, elle est commynément plus volumineuse par sou épaisseur , et l’elïèt des rênes sera totalement différent , en ce que les branche» du inors n’auront que celui des branches flasques , l’angle étant alors plus ou moins obtus. L’une et l’autre de ces imperfections seront aussi plus considérables, si, d’une part, à. l’exagération de la longueur de la tête sont jourtes une trop grande sensibilité et une trop grande délicatesse dans la bouche ,\et si, de l’autre, la brièveté se trouve compliquée avec le peu d’élévation , la rondeur et l’endurcisse meut des barres.. . -j.
Lorsque l’ençolure: est. trop longue, les extrémités antérieures sont plus chargées, attendu, le prolongement du bras de levier auquel la tête est suspendre. Les vertèbres cervicale^ qui forment ce1 bras portent sur les premières, dorsales comme sur «!*-• .
une base inébranlable. Leur force, pour supporter la* tête, réside dans leur position relative au ligament cervical qui, lui-même, en est le principal soutien. Son avantage est plus grand dans la fonction dont il est chargé, lorsque le garrot est plus élevé, parce qné fa base de la colonne résiiltant des vertèbres cervicales est plus éloignée du poiiit de l'attache de ce ligament aux apophyses épineuses des six premières vertèbres dorsales, et' qu’il doit être considéré comme faisant l’office des haubans , qui maintiennent les mâts des vaisseaux et qui les affermissent. ■ •
Il faut encore observer que ce même ligament j divisé en deux lames remplissant l’intervalle triangulaire provenant de la situation élevée de I’entfdlûre et dn garrot , a des attaches fixe» à la deuxième , à la troisième et'à la quatrième vertèbre cervicale ; tandis que, supérieurement, il n?est attaché qù’àl’occipitalj sans aucune adhésion à la première et à urne grande portion de h» seconde : or, par ces attaches fixes, il communique à la colonne cervicale la force nécessaire pour la suspension de la tête et par sa nonadhérence à la première de ces vertèbres1 et à une partie de la seconde, la nature a prévu les obstacles qu’il aurait opposés à la liberté des mouvemens auxquels elle est sollicitée lors du jeu et du concours,, des différens agens çhargés de les opérer (r). Quoi qu’il en soit, l’excès dont il- s’agit tie pouvant exister ■
(i) Voyez, claUs le' Précis anatomique déjà cite, la description du ligament ceréic'iil'./fàtne T ,'art. 161, page 232.
sans que le bras (le levier ne soit prolongé, le poids relatif de la partie qui est au bout de ce bras augmentera infailliblement; il exigera que le bras opposé soit chargé d’une plus grande partie du poids de l’arrière-main pour le contre-balancer : donc les parties antérieures auront à supporter de plus que dans un cheval dont, l’encolure sera proportionnée non seulement l’excès du poids relatif de la tête, mais, l’excès du poids pris dans les parties postérieures. Que si l’encolure est droite , c’est à dire que si les vertèbres cervicales , en partant de leur base , sont déterminées sur-le-champ en avant et dans une direction plus ou moins horizontale, alors il faudra les envisager .comme un mât plus ou moins incliné, qui fatiguerait plus ou moins ses haubans, sans parler des inconvéniens que nous venons de décrire , et qui résulteraient encore de l’extension du bras de levier.
L’excessive longueur d’un cou., qui en mémo temps est mou et effilé, le rend toujours incapable de soutenir ce q.u’il doit supporter comme corps intermédiaire à la puissance ou à la main, et à la résistance ou à la bouche, des efforts de la première sur la seconde. . La résistance est-elle douée d’une grande sensibilité ? le défaut sera moindre ; mais én est-elle dépourvue, la barre est-elle basse et arroudie? le défaut sera beaucoup plus considérable, parce que la force à laquelle la puissance se verra obligée sera telle, que ce même corps intermédiaire, contraint de la partager, cédera et fléchira de-eftté ct d’autre lors des actions de la main. Dans tous ces
( iBa )
cas, l’appui n’est jamais parfait; il est plus ou moins falsifié , et il est très difficile de donner de l'assurance à la tête. Ces sortes d’encolures, au surplus , facilitent toujours à l’animal les moyens de s’armer, surtout cjuand leur trop de longueur est accompagné de ce même vice de proportion dans la tête.
Le trop de brièveté de cette partie, c’est adiré le défaut .opposé , existe rarement sans que cette même partie soit . plus épaisse, et sans que la tête de l’animal soit mal attachée: ainsi une encolure de cette sorte ne saurait se loger dans l’auge , et la tête se fixer dans la juste position où elle doit être. De plus , le corps intermédiaire étant alors plus raide et plus inflexible , attendu l’épaisseur et le peu de longueur, il en •résultera., en quelque fhçtfn, une interception de la réciprocité du sentimént, qui ne pourra se comnrtmiquei' qu’autant que là puissance emploiera plus de force sur la résistance; ce qui endurcira inévitablement les barres et privera encore l’animal de la facilité et de la grâce qui doivent en accompagner l’exercice. Que si le cou est court et miuce en même temps, la maigreur ue pouvant être attribuée qu’au moindre volume des muscles, à raison de la moindre quantité des fibres charnues, ces mêmes muscles, qui doivent 'agir contre la colonne, en suscitant les mouvemens latéraux et divers de 4a tête, seront privés de la force dont ils sont doués dans une encolure bicu proportionnée, et n’auront jamais le uiême pouvoir sur la colonne, qui, par son peu-d’étendue, sera moins susceptible de souplesse , puisqu’elle scia moins dispo-
Diaitiz
■jr
séc à se prêter aux plis dif’féreus qu’il est nécessaire de lui imprimer. -
La hauteur ou l’élévatiou du corps, n’étant pas égale à sa longueur , péchera par le trop ou pér le trop peu, c’est à dire par excès ou par diminution : par excès , d'abord le défaut seca le même que si le cheval était trop court; pardiminutiun, le défautsera le même que si le cheval était trop ïong^ L’excès peut provenir seulement de l’amplitude du corps et principalement du thorax; en ce cas, l’animal est dépourvu de toute légèreté, et ne présente qu’une masse lourde etinforme. Quand il naît deialongueur exagérée des jambes,* les membres sont si faibles, qu’ils ne peuvent résister au moindre' . travail ; et lorsque l’excès -a sa source dans- les deux causes ensem ble , il n’est pas douteux que la ruine dp l’animal est beaucoup plus prochaine , quoique lés membres n’aiént pas autant de longueur à proportion que dans le dernier Cas, parce que, plusalengés, d’mic part, qu’ils né devraient l’être selon les dimensions naturelles, ils ont , de l’antre , à porter un fardeau plus considérable. Quant à la diminution , si. cHe provenait du peu de capacité du Corps , ét 'particulièrement du thorax,- il est aisé de comprendre quelles seraient, outre cette difformité , les §pites de la contrainte qn’éprouverarent les viscèfés qife cette cavité contient , et dans la circonstance où I on ne pourrait en accuser que la brièveté dos membres, on concevra bientôt aussi que la progression de l’an?* mal en serait évidemment plus rétrécie. Dèsqûeïsés extrémités postérieures^ en eftet ,• ne .pourraient ,
pour opérer les percussions indispensables , atteindre comme dans le transport successif et local d’un cheval bien proportionné, la ligne de direction du centre de gravité, la masse serait absolument nécessitée- dç parcourir moins de chemin à chaque temps, ou l’animal obligé de doubler les mouvemens pour gagqer, d’une autre manière,, ce qu’une véritable impossibilité lui ferait perdre^ur une certaine étenduejde terrain } ou enfin , si son epurage et son ardeur le portaient à forcer, en quelque façon, la uaiure pour approcher davantage de cette même ligne, il est certain que chaque extrémité serait infiniment plus travaillée, et succomberait bientôt, vu lea efforts répétés qu’elles auraien t -à faire pour opérer ce qu’il faudrait d’élévation à fa masse à chaque instant des déplacemens qui la détermineraient en avant.
l).ans la circonstance de Ja longueur excessive du corps., toute la colonne vertébrale doit être incontestablement plusiaible, et les muscles ne peuvent qu’être sollicités à des mouvemens plus violens pour résister à l’effet du fardeau dont elle se trouverachargée v puisque les bras de levier accordés à la résistance seront moins efficaces , eu raison de l’excès de, la longueur reproché*», qu’ils ne l’auraient plé dans-un animal exactement compassé ejt mesuré. Nous voyons aussi qu’un cheyal ensellé , c’ést à dire en qui la colonne dorsale est pliée plus ou moins en contre-bas , n’a jamais une vraie force. L’avantmain en semble plus beau, parce que le garrot, attendu cette sorte de voussure en dessous, paraît plus élevé, et l'encolure sortir perpendiculairement
Je cçtte dernière partie; ntais un trait de beauté acheté aux dépens d’une qualité essentielle ne la compense point, et n’en est qu’un appât plus trompeur. Dans toutes les actions qui requièrent un ensemble, ces sortes de chevaux sont toujours au dessous de ce qu’on leur demande : par exemple, et surtout en suite de quelque exercice plus ou moins rapide , ils ne présenteront point parfaitement le front à l’arrêt , ils ne L’exécuteroirt pas avec fermeté, ils vacilleront et se traverseront à droite ou à gauche, malgré la justesse de la main, à moins qu’elle ne soitinfiuie et dans un accord si pariait avec les jambes, qu’au moyen <je la précision, de la finesse et du sentiment du cavalier, l’animal reçoive de l’art ce qui lui a été refusé par la nature ; l’arrêt .formé ne sera pas. stable, ils se jetteront en avant. ou en arrière , etc. Enfin, quelque vivacité, q.uolque légè* reté qu’ils montrent dès les premiers moinens de leur allure , leur faiblesse se manifestera bientôt; et, en effet, la courbure de l’épine ne peut exister en eux., que les muscles, qui s’opposent à ce qu’elle ne plie davantage, n’aient déjà été naturellement portés à un degré d’extension , au delà duquel leur élasticité et leur jeu ne tarderont pas à atteindre leur terme, et à passer, de l’excès de l’action , à l’inertie qui doit la suivre. ; .*. • .
Le trop de longueur supposé n’être. dù qu’.à celle du thorax seulement, les jambes, antérieures n’étant pas plus éloignées des extrémités postérieures qu’elles le sont dans u-n cfieyal bien, conformé , est un défaut qui n’est point aussi rare qu’au le croirait.
Dans un semblable cas, le devant serait chargé d’un très grand poids, non seulement parce que le proion* çement du thorax accroîtrait la masse totale, et particulièrement celle que ce même devant a à supporter, mais parce que, comme je l’ai expliqué en parlant de l’excès de longueur de l’encpiüre, ce prolongement né saurait exister saris occasioner Celui du brasi de levier résultant de cette dernière partie , et sans employer une plus grande portion de la masse postérieure au contrè-balancement du poids des parties antérieures,, le point d’appui demeurant toujours chargé de toute l’intensité de la résistance et de toute l’intensité de la puissance qui lui lait équilibre. De là le défaut immanquable de liberté des épaules et des membres, qnand même l’animal serait pourvu d’un contage répl, quand ces mêmes membres sembleraient avoir une épaisseur qui en indiquerait la force : de là la nécessité qu’il pèse à la main, que ses jambes ne parviennent jamais au degré d’élévation requis dans ses différentes allures,- qu’il rasé le tapis, qu’il bute et qu’il succombe en peu de temps soils le faix d’rin exercieri indiscret et immodéré auquel il pourrait être côndamné par ceux qui confondraient en lui l’engourdissement , qui ne demande que la répétition desactions et du jeu des parties , avec l’épuisement qui tient à l'énormité de la charge supportée.
En ce qui concerne la longueur du corps qui serait due à l’extension des os des îles , il est évidfcnt que l’alongernent de ces bras de levier tendant à plier les vertèbres lombaires en contre-bas et à les
faire obéir au fardeau donnerait b ce même fardeau un avantage considérable sur la résistance qu’opposeraient les muscles. Pour se délivrer de l’effet de ce poids , les chevaux en qui ce défaut existe s'efforcent, par un mouvement automatique et totalement contraire à cet effet , de voûter l’épine en contre-haut, et la plupart forgent,, s’atteignent, s’attrapent, etc.
Lorsque le corps dé l’animal est trop Gourt, sa
force, pour supporter un poids, est naturellement
plus grande , pat la raison de la brièveté des bras de
levier, mais aussi les effets des réactions se manifes- • •
teront bien plus directement sur le poids ; la colonne ayant moins de longueur aura beaucoup moins de jeu; l’allure du cheval sera par conséquent moins liante, et il y aura très peu de ressort dans ses monvemens, dont l’impression se propagera toujours sur le cavalier d’une manière dure et désagréable. D’un autre côté, il tirera avec moiné d’avantage, parce que le rapprochement du centre de gravité des parties antérieures sur le point d’appui , c’est à dire sur les pieds postérieurs, lui ravira, certainement l’empire qu’il aurait eu contre le fardeau quelconque qu’il aurait à traîner.
Nous avons dit que la mesure existante dans un cheval bien planté et en repos sur le sol , depuis la partie supérieure de la croupe jusqu’à la partie supérieure du grasset, est la même que ‘depuis celle-ci jusqu’à la partie supérieure latérale externe et saillante du jarret, '.et que depuis cette partie du jarret jusqu’au sol. Si la’natuVe se fut écartée de ccs conditions , soit par la brièveté ? soit par le pru-
lougcment des parties qui concourent à la formation desextrémités postérieures , clans le premier cas , le dérrrère eût été nécessairement raide et dénué de la liberté essentielle à son action , les percussions auraient été incontestablement moindres, puisqu’elles sont toujours en raison des flexions respectives de chaque partie du membre , et les extrémités antérieures, qui se trouveraient au degré d’élévation qu’elles doivent avoir dans le cheval bien proportionné, ne pouvant, par une percussion à laquelle elles ne sont point astreinte, s , suppléer à ce que le défaut de celles de derrière aurait fait perdre au transport de la machine , ce transport eût’ été toujours lent et très pénible.
Dans le second cas, c’est à dire dans celui du prolongement; excessif de ces mêmes extrémités postérieures, nous dirons qu’outre les inconvéniens que nous avons décrits en examinant les résultats d’une trop grande extension dans les . os des îles , l’exagération de chaque partie du membre serait suivie de celle de l’effet des détentes : la niasse serait donc chassée en avant avec plus de célérité et plus de force, et la course de l’animal -bien plus rapide jamais aussi les extrémités antérieures, n’étant point en même raison de hauteur, se verraient écrasées par le fardeau dont elles seraient toujours chargées, compje dans les chevaux bas du {levant ; et il faut ajouter .ici la force plus grande de son rejet de la part des extrémités postérieures prolongées , surtout lors de l'action du gakip, dans laquelle la masse retomberait à chaque- temps inévi&bletricht Je plus
liant sur elles. D’aillours, vu leur brièveté considérée pnr rapport à l’excès à reprocher aux parties de derrière, brièveté qui doit rendre leur action naturelle infiniment moiûs efficace, elles seraient nécessitées à des efforts pins violens pour la relevée et le soutien de la machine en suite de chaque percussion opérée par les membres postérieurs.
Nous présumerions Volontiers que,. dans les chevaux anglais , la ruitiedes épaijles, l’anéantissement de la liberté de ces parties , et même les douleurs dont sont assez ordinairement atteints leitrs pieds antérieurs, ne Sont dus qu’à la' surcharge que le devant éprouve , soit par ce défaut de conformation , qui n’esft pas absolument rare en eux, soit par la manière clont On les exereë sans attention à. la nécessité de l’ensemble et. d’une juste répartition du poids et des forces, soit enfin dans les courses plus ou moins véhémentes qu’on en exige , etc. Cependant, on doit observer qu’à leur égard dans le galop de chasse , comme dans le galop précipité , la masse ne rêtômbera pas’ de haut, elle est constamment près de terré, et il s’en faut de vbeàucoup que les forces agitées contre les colonnes antérieures’ ea sollicitent l’élévation autant qu'elles en opèrent le progrès; ’ car les parties postérieures s’approchent beaucoup moins de ta ligne de direction du bè litre de gravité, et leur détente semble n’aivoir réellement lieu que de la perpendiculaire en arrière : or, par cette détente, qui constitue le membre daqs une sorte de raideur qu’oil peut regarder comme une des causes dé cette espèce de flotté rtrfent de côté et d’autre
qiuj. I on a désigné par l’expression de branle de galop, tout le produit de la vitesse employée dans une direction horizontale consiste dans une détermination plus rapide de la machine en avant, et alors les épaules ont d’autant plus à travailler, que les parties postérieures sont bien moins occupée® de les seconder dans la relevée de cette môme machine.
Nous ne pousserons pas plus loin ici ees observations, que nous pourrions étçndve à -l’infini par le développement d’une foulç de, principes évideus et applicables à tous les. points qui , dans le corps du cheval , correspondent les uns aux, autres à titre de cordes , de levier , de point d’appui , de puissance et de résistance. Il suÜiî de ces simples aperçus et de cette très légère ébauche, pour Juger de ha somme do lumières qui, résultant de cette manière d’étudier et de rechercher l’animal, mettrait notre esprit au niveau des rapports et des conditions qui sont pour nous autant (te mystères dont la révélation importe essentiellement, néanmoins, au vétérinaire dans nombre de cas , et dans toutes les circonstances à la pei iectiùn de la sciençe.du manège,
, llierr n’est assurément plus admirable que de réduire un animal doué d’une Jbrce plus ou moins considérable et,d’unQ.ugilité :plus ou moins grande à mue obéissance entière , çt de le conduire peu à peu., malgré lui, et cependant sans contraiute, à l’habitude de la liuesse et de ta précision dans L’exé- ( ulion; mais aqssi. combien peu d’hommes eu, ont été véritablement capables! Une longue pratique et le tâtonnement eulkutent des règles: générales
qui ne sont que la superficie «le l’art , la connaissance profonde de l’animal en est la base. Une étude suî* vie, et relative au degré de faiblesse et de force annoncé par sa structure et par les différentes combinaisons qui ont présidé, pour ainsi dire , à la conformation de son corps et de ses membres, est donc absolument indispensable. Par elle, les causes de son opposition à tellé ou telle action , de sa propension à telle ou telle autre ^ et des variations énormes qui étonnent toujours dans chacun des individus que l’on exerce, se dévoilent et se manifestent} les moyens à employer pour triompher et pour vaincre se présentent aussitôt; les vaines tentatives auxquelles on se serait indiscrètement livré à cet effet sont rejetées } on n’entreprend que ce que f’on doit entreprendre.} lâ mesure des leçons est -constamment celle de ce que peut l’animal} on prévient ses fautes, et dès lors on évite la peine et Je danger d’avoir à corriger} le mouvement qui précède instruisant de celui qui doit suivre , tous desseins nuisibles sont aisément rompus, etc. Enfin, il n’est aucuns cas particuliers qui puissent être unsHjctde perplexité et d’embarras, parce que c’est des trésors mêmes que la nature nous, a ouverts que nous
lirons tous les principes. .
De la justesse de V aplomb , et de la direction 3çs
membres. . jr • '
La direction des membres et fa justesse» des apionws sont encore d une considération très importante.
Telle doitêtre la direction des colonnes’ anté-
rieures vues latéralement, qn’une ligne verticale, tiiée de la sommité du garrot à terrèr, passera sur la pointe du coude, tandis qu’une seconde verticale , conduite du tiers postérieur de la sommité de l’avantbras au sol, partagera également la largeur du canon, le boulet y compris jusqu’au paturon , et qu’une troisième ligne semblable , tendante pareillement à terre et menée de l’articulation du bras avec l’omoplake , répondra 'directement à l’extrémité.de la pincer < . , • .►* -dL1*
Ges mêmes colonnes considérées de face , on verra que, quoique le contour ou la partie latérale externe des avant-bras rentre plus eii dedans a mesure qu’ils descendent près du genou, que le contour intérieur ne se rapproche de cette même partie latérale, une verticale, menée du 'milieu de lfeur portion la - plus étroite jusqu’au sol * divisèrait également la largeur de toutes les pièces farinant le reste de cgs extrémités. • • * - » • :
Quant at,ix colonnes postérieures , examinées dans le premier de ees sens,, une verticale abaissée sur la -terre, depuis d'articulation de la jambe avec la cuisse, répoudrait précisément à la pince; et si nous les envisageons sous le second point de vue , nous Verrons i°. qtie le contour extérieur des jambes rentre plus en dedans, à mesure quelles apjUochent des jarrets, que celui des avant-bras à mesure qu’ils atteignent, les genoux; 2°. que leur Ct»nU)iU' intérieur .tombe presque verticalement ;
6 . que,- .relativement à- ces -mêmes extrémités, une verticale qui descendrait, du milieu de la fer-
geur de la pointe du jarret sur le sol partagerait également la largeur de toutes les parties qui les com posent. \ oilà les vraies lignes A’ aplomb qui nous assurent de la stabilité certaine de l’animal , parce que, dès lors, l’emmanchement de toutes les pièces de chaque colonne est d’autant plus parfait, qu’elles portent exactement les unes sur les autres, et que le fardeau dont elles sont chargées se trouve également distribué sur toutes les parties de la circonférence de la base ou du pied.
Ces directions , néanmoins , ne sont que trop souvent interverties, soit dans la totalité du membre, soit dans quelques unes de ses portions.
La verticale qui passe par l’articulation du bras avec l’omoplate , au lieu de répondre à l’extrémité de la pince, la laisse-t-elle en arrière? l’animal est dit sous lui} il porte beaucoup plus sur la pince que sur le reste du pied; son allure n’est jamais sûre, elle est constamment rétrécie; l’inclinaison des extrémités préposées pour le soutien de l’avant-main le met toujours sur le penchant de sa chute; elle accroît le fardeau dont elles sont chargées; elle assujettit, elle oblige Je cheval à une flexion plus grande et plus laborieuse du genou pour la levée de la jambe, encore ne bute-t-il pas moins communément, vu l’énorme difficulté qu’il a de dégager le pied , qui ne peut que heurter souvent les corps qui se trouvent supérieurs à la superficie du terrain, et fréquemment le sol même sur lequel il chemine. 11 est sans cesse en danger de s’atteindre avec les pieds postérieurs, etc.
La pince, au contraire , est-elle en avant de cette même verticale? le poids porte plus sur le talon que sur toute autre partie de la base ; le bras du levier résultant de l’encolure se trouvera plus court, le poids de la tête contre-balancera donc une moins mande partie de celui du corps, et les muscles seront conséquemment nécessités à un travail plus considérable; la marche sera aussi plus raccourcie, parce que la jambe embrassera d’autant moins de terrain à chaque foulée, quelle se trouvera naturellement plus eu avant de la verticale dont il s’agit : autrement elle ne se poserait sur le sol qu’eu contrebute, et s’opposerait incontestablement à la progression de la machine.
Ce dernier défaut existant dans les parties postérieures, l’animal sera, pour ainsi dire, acculé par cette conformation très vicieuse ; le fardeau écrasera en quelque façon les jarrets, sur lesquels il portera plus sensiblement, et les ruinera bientôt. Ces parties, trop fléchies dans le repos, seront encore, lors de l’action , beaucoup plus bornées dans leur mouvement de détente , attendu que la pointe du jarret aura beaucoup moins de jeu. L allure, enfin, n en sera pas moins raccourcie, par la nécessité où sera l’animal de détacher de terre successivement chaque pied postérieur beaucoup plutôt qu’il 11e l’aurait fait, si le jarret eût été moins coudé, attendu qu’alors il aurait pu s’étendre davantage sur le même point du sol. Que si le défaut opposé subsiste , si la pince est trop en arrière de la verticale , les mêmes inconvéniens qui ont lieu dans un cheval en qui les
extrémités postérieures sont trop courtes seront, ainsi que ceux que nous avons observés en parlaut du galop des chevaux anglais, les résultats de cette difformité qui constitue l’animal dans l’impossibilité de percuter avec la même force et dans le même . sens qu’il l’aurait fait, s’il eût été bien proportionné et dans son juste aplomb, les extrémités dont il est question ne pouvant ici s’approcher assez de la ligne de direction du centre de gravité , et les détentes ne s’effectuant aussi que de la perpendiculaire en arrière.
En supposant encore que la verticale menée du tiers postérieur de la sommité des avant-bras sur le sol, et la verticale conduite de la pointe du jarret à terre , bien loin de diviser également la largeur des parties inférieures, les laissent plus ou moins sensiblement d’un côté ou d’un autre, c’est à dire en dehors ou en dedans : dans la première de ces circonstances, l’animal sera plus stable dans le repos, quoique la masse appuiera toujours plus sur le quartier de dedans que sur celui de dehors; mais on peut dire que sa stabilité sera due à une force surnuméraire, inutile et mal appliquée. D’ailleurs, son pas sera pénible, vu la contrainte dans laquelle il sera de rejeter le poids à chaque temps sur les extrémités qui doivent le porter, et de là une vacillation ou un bercement perpétuel, tel que celui que l’on remarque dans la plupart des chevaux qui am - Lient, à l’exception qu’ici le mouvement n’en sera que plus lent, tandis que dans les ambleurs il n’en est que plus vite. Dans le cas, enfin, où les extré-
mités seront hors de la ligne on dedans, l’expérience a suffisamment prouvé que l’animal est ordinairement plus faible , qu’il se coupe , qu’il s’attrape, etc.
En ce qui concerne les pièces particulières qui , mal abouties , peuvent fausser Ÿ aplomb, ainsi qu’on le voit dans les chevaux panards, cagneux, brassicourts, et dans ceux qui ont des genoux de bœuf, dont les boulets, ou le paturon, ou la couronne se jettent de côté et quittent la ligne, etc., on comprend que le fardeau, tendant perpétuellement à resserrer davantage l’angle contre nature qui résulte de ces positions défectueuses , les muscles , qui font obstacle et qui s’opposent à ce resserrement, sont dans une action continuelle et forcée, et par conséquent en danger de succomber bientôt. Il n’est pas douteux aussi que le fardeau se trouve, dans les abouts ainsi que dans le pied, porté seulement sur quelques points, au lieu de reposer, comme il le devrait, sur la totalité; ce qui nuit infailliblement à la solidité de l’édifice.
Manière d’examiner dans le repos le Cheval qu’on veut acheter.
La multitude des objets à saisir et à embrasser dans l’examen d’un cheval doit, sans doute, rabattre beaucoup de l’idée que plusieurs personnes se forment de l’existence d’un nombre infini de connaisseurs en ce genre : elle prouve en même temps fa nécessité indispensable de se faire un ordre, et de détailler, pour ainsi dire, méthodiquement l’a-
nimal, à l’effet de n’avoir pas à se reprocher l’omission de quelques vices très essentiels. Le vrai moyen de se mettre à l'abri de l’erreur et de la séduction n’est pas de se prévenir, ainsi que quelques auteurs le conseillent (i), contre le cheval que l’on se propose de juger ; ce n’est jamais d’un esprit prévenu que partent des décisions justes; on no peut les attendre que deceluiqui réfléchit et qui raisonne, et d’ailleurs il n’est libre à qui que ce soit de se prévenir à son gré. Ici, les parties les plus importantes sont celles qui sont le fondement de la machine; elles sont, par conséquent, les premières sur lesquelles les regards doivent s’attacher. Considérez donc d’abord les pieds, et successivement toutes les parties des extrémités, en remontant jusqu’au garrot et jusqu’à la croupe. Revenez au total de chacune ; examinez ensuite toutes celles que présente le corps ; passez, enfin, au reste de l’avant-main; comparez encore le tout ensemble : telle est la route que vos yeux doivent suivre ; rien ne leur fera illusion s’ils ont été éclairés, et si vous avez un assez grand fonds de principes à appliquer aux objets qui les frapperont. Quiconque voudrait considérer le tout à la fois n’en verrait pas plus que celui qui, dépourvu de ce fonds , se flatte de tout voir, q?ar cela seul qu’il a beaucoup vu , ou que ceux qui s’en laissent imposer uniquement par l’impression du premier aspect, ou ;
(i) Solleysel , Parjait maréchal , déjà cité, tonie II , chap. XXV, page i3i. — I.a Guérinièrc , Ecole de Cavalerie. Paris , 1769, in- 8°, tome 1, cliap. Il, page 7.
d’un bout de devant, souvent très séduisant , abstraction faite de toutes les difformités rassemblées dans l’individu.
Mécanisme de la conformation du Cheval, en ce qui concerne la possibilité de ses mouvement.
Mais la considération de ce que l’extérieur de l’animal envisagé dans le repos offre et présage ne conduit encore à rien d’infaillible ; il faut, de plus, examiner le cheval dans l’action.
Ses allures sont de deux sortes : les unes sont naturelles , les autres artificielles. Le pas , le trot et le galop sont compris dans les premières. On en compté une quatrième, qui est l’amble; mais elle est défectueuse , et ne dérive de la nature que dans un petit nombre de chevaux. A l’égard de certains trains rompus et désunis, tels que l’enfrepas, qui tient du pas et de l’amble, et l’aubin, qui tient du trot et du galop, ils annoncent la faiblesse et la ruine de l’animal, et ne doivent pas être , par conséquent, mis au rang des allures dont il s’agit.
Celles que l’on nomme artificielles , ou airs, en terme de manège, sont, ou près de terre, comme le passage , la galopade , la volte , le terre-à-terre , le mézaire, etc.; ou relevées, comme la pesade, la courbette, la croupade, la ballottade , etc.; cependant, quoiqu’elles soient tirées des autres, elles ne sont que l’effet et la suite d’une éducation donnée par d’habiles maîtres, et cette éducation ne se suppose que rarement dans un cheval dont on fait choix.
Le moyen de saisir avec une véritable précision tout ce que cet animal peut présenter de défectueux et de beau, de juste et d’irrégulier, dans l’exécution des différentes allures auxquelles il est invite quand on l’éprouve, et même de toutes ses actions quelconques dans toute autre circonstance , est d avoir l’esprit toujours présent aux vues et à l’industrie de la nature lors de sa conformation.
Quatre colonnes osseuses, composées chacune de plusieurs pièces unies et assemblées dans une direction et une convenance d’où dépendent la possibilité et la liberté de leur jeu , servent de base à cette machine animée, ainsi qu’à son transport d’un lieu à un autre, lorsqu’elles sont sollicitées aux mouvemens dont elles sont susceptibles. Il serait inutile de parlerici des cordons plus ou moins larges et plus ou moins aplatis qui, sous le nom de ligamens, en assurent la stabilité et la liaison; mais nous dirons que chacune de ces colonnes a six articulations, une sphéroïde , qui est la supérieure, et cinq gingly moïdes . Ainsi, dans les colonnes antérieures, la sphéroïde opère la jonction du bras avec l’épaule par la portion supérieure de l’humcrus reçue dans la cavité glénoïde de l’omoplate ; comme, dans les colonnes postérieures, elle opère celle de la cuisse avec le bassin par le fémur, dont la tête arrondie entre et roule dans la cavité cotyloïde (1).
(i) Voyez , dans le Précis anatomique du corps du Cheval, déjà cité, les articles i3, 14, i5, 16 de VHippostco/ogic , tome 1 , page 41 et suivantes.
La direction et la situation de leurs differentes parties dépouillées de leurs muscles et considérées dans le repos sont telles, que l’examen de celles préposées au soutien du devant nous montre l’extrémité inférieure de l’omoplate^au milieu de son inclinaison possible, soit en avant, soit en arrière. Il en est néanmoins une légère eu avant dans la position naturelle de cet os, qui ne peut jamais et dans aucun cas outre-passer la ligne verticale.
Le bras qui se fléchit en arrière, et que nous supposons pouvoir, ainsi que l’épaule, parcourir dans toute sa flexion , respectivement à l’omoplate , environ quarante degrés, se trouve alors au milieu de son chemin.
L’avant-bras qui, dans sa flexion en avant, peut aussi parcourir un arc d’environ le double, est, en arrière, à un tiers près de l’extrémité de son clTemin possible, et dans une position qui n’est pas exactement verticale, puisque la ligne qu’il trace de bas en haut est légèrement portée en arrière.
Le canon qui se fléchit en sens opposé et selon une ligne verticale est à l’extrémité possible de sa flexion en avant.
Le paturon, à l’articulation du boulet, se fléchit en arrière et en avant : il est à peu près à l’extrémité de son jeu, aussi en avant.
Ce même os, à son articulation avec celui de la couronne, est à l’extrémité de son chemin en avant, et forme, avec la verticale, un angle de quarantecinq degrés.
Quant à l’os de la couronne, il est encore plus
oblique en approchant de l’horizontale; mais si son articulation avec le paturon et la couronne, et l’articulation de la couronne avec le pied sont capables de semblables mouvemens , l’arc qu’ils décrivent est à peine de quelques degrés.
Le sabot, enfin, repose horizontalement sur le sol.
A l’égard des colonnes postérieures, nous observons que de la situation et de la direction des pièces supérieures résultent des angles alternes rétrécis et rendus plus aigus par leur action. Ces pièces sont le fémur, qui est dans le milieu de sa flexion en avant; le tibia, qui est au commencement de sa flexion en arrière, et le canon, qui est au milieu de sa flexion en avant : les autres parties sont dans la même position que celles qui terminent les colonnes chargées de l’avant-main.
La raison de la position des os qui composent l’extrémité antérieure, position plus ou moins distante d’une ligne droite, ou la nécessité de leurs différentes flexions ou inclinaisons, soit en avant, soit en arrière, même dans le repos, nous paraît sensible.
Il n’est pas douteux, en effet, que, si les articulations eussent été dans la même ligne que la longueur des solides qui forment le membre entier, i°. ou les muscles parallèles aux os qu’ils doivent mouvoir n’auraient jamais pu vaincre la résistance du poids qui, dès lors, aurait été infinie, ou il aurait été indispensable de multiplier et d’accroître monstrueusement les éminences, soit dans l’étendue, soit dans les articles de ces mêmes os, pour écarter
de Jeur axe ces cordes mouvantes : or, une multitude d’angles à intercepter en a assuré la puissance; 2°. tous ces solides aboutis n’auraient fait qu’un seul et même corps raide, qui aurait porté dans la machine tout l’effet de la réaction lorsque sa chute serait arrivée dans la même direction.
Pour obvier à cet inconvénient, la nature, en fixant dans l’animal les omoplates sur les faces latérales du thorax , les a écartés de la perpendiculaire en deux sens : d’une part, en portant leur sommet contre les vertèbres dorsales , et, de l’autre , en dirigeant leurs extrémités inférieures en avant. De plus , elle a mis en sens opposé et en arrière l’extrémité inférieure de l’humérus; elle a éloigné soigneusement le paturon , l’os de la couronne et du pied des directions de l’avant-bras et du canon : ces differentes positions des divers solides destinés à ne faire ensemble qu’une seule et même colpnne, et qu’un seul et même appui, étaient absolument nécessaires pour que la réaction ne se transmît pas à l’extrémité supérieure avec une force capable d’ébranler la machine entière, d’offenser les muscles qui maintiennent les omoplates, et sur lesquels l’animal semble être , pour ainsi dire , soutenu comme par des sangles , de détruire les ligamens qui lient ces os aux vertèbres dorsales, et qui, les séparant en quelque façon de cette même machine , la sauvent des secousses que, malgré toutes les autres précautions prises , elle aurait incontestablement éprouvées, si ces mêmes os eussent été emboîtés dans les vertèbres.
L’ordre des directions particulières et variées de chacune des pièces n’est pas moins digne d’admiration.
L’omoplate attaché par le sommet n’aurait pu se mouvoir en arrière sans froisser les côtes, sans gêner la respiration et sans rencontrer lui-même un obstacle à son jeu : il importait donc qu’il se mût en avant. Par une suite nécessaire, le bras a dû se mouvoir en arrière, l’avant-bras en avant, et le canon dans le seus du bras ; car ces flexions successivement contraires favorisent le mouvement progressif. L’omoplate étant levé, toutes les autres parties constituant le reste du membre forment , en effet, divers angles qui en abrègent la longueur, et dès lors il peut être porté en avant sans aucun obstacle ; outre qu’au moment de sa foulée sur le sol, la percussion qu’il effectue tient de la direction differente de chacune de ces parties , qui toutes tendent par leur jeu du devant à l’arrière. Il est vrai que les articulations des autres os qui le terminent ne sont point selon cette succession constante dans les portions supérieures , puisque le sens de leur flexion est conforme au sens de la flexion du canon ; mais l’uniformité de mouvement dans cet os et dans ceux qui lui sont inferieurs a été spécialement ordonnée pour la facilité, et même la possibilité de la marche, qui, autrement, aurait été d’autant plus périlleuse ou plus impraticable , que le pied porté eu avant aurait infailliblement heurté sans cesse contre les moindres corps; au lieu que, vu leurs déterminations en arrière, ces parties, en s’élevant,
glissent sur tous les obstacles présentés et les franchissent.
En voyant, dans la construction des colonnes sur lesquelles l’arrière-main est établie, le fémur engagé, comme il l’est, dans la cavité cotyloïde , il semblerait, au premier coup- d’œil, que la nature pourrait être accusée d’avoir omis de parer aux in— convéniens de la réaction, mais une multitude de routes la conduisent au même but. Elle a donc sup- » pléé ici au défaut du ligament qui , dans l’avantmain, attache et suspend l’omoplate, par la flexibilité des vertèbres lombaires, par la longueur du levier formé par les os des îles, et par le soin qu’elle a eu de varier les directions. Ce levier répond en quelque façon à l’omoplate, le fémur au bras, le tibia à l’avanl-bras , le canon et les autres parties aux mêmes parties du devant; ce qui complète l’égalité du nombre des pièces dans les colonnes opposées.
L’objet des flexions de celles-ci est le même ; le fémur fléchit néanmoins à contre-sens du bras , le tibia à contre-sens de l’avant-bras, le canon à contresens du canon de devant j mais on voit clairement que toutes ces directions tendantes ici de l’arrière en avant, tandis que les autres tendent de l’avant en arrière, ont été tournées du côté qui pouvait favoriser la progression de l’animal , la célérité de sa marche, et la force dont il avait besoin pour tirer des faix lourds, et pour percuter de manière à chasser, à élever toute la masse, et à détacher de terre le devant,qui porte le fardeau plutôtqu’ilneletrausporte.
Quoique les articulations soient selon toutes les conditions requises pour l’exccution du mouvement local, leur action est cependant purement passive, les pièces osseuses ne sont mues que par les instrumens organiques auxquels elles servent d’attache (i) : ainsi la contraction des muscles importait à la flexion et à l’extension des parties ; la flexion et l’extension , à leur transport et à leur appui ; leur appui et leur transport, au mouvement local qu’elles effectuent. La flexion et l’extension complètes d’un seul membre n’opéreraient cependant pas ce mouvement. Le cheval appuyé sur la colonne antérieure droite fléchira et étendra vainement jusqu’au terme fixé les pièces différentes de la colonne antérieure gauche, si le derrière ne percute et ne chasse lui-même l’avant-main en poussant en avant la colonne fléchie , la masse demeurera fixée dans le même lieu, et le pied élevé retombera, lors de l’extension , à environ la même place qu’il occupait précédemment à la flexion , à peu près comme nous le voyons dans l’animal qui bat du pied pour se délivrer des mouches qui l’incommodent.
Mais toutes les flexions aperçues dans la même colonne sont-elles en même degré d’utilité, et l’animal ne cheminerait-il pas sans le concours de tous ces angles? Nous avons reconnu, dans les six con-
(i) Voyez, dans le Précis anatomique du corps du Cheval, déjà cité, les articles 91 , 9a, ç3 du Précis myologique , tome I, page i56 et suivantes.
jonctions naturelles des os de chaque extrémité , une seule articulation sphéroïde ou par genou, et cinq articulations ginglymoïdes ou par charnière. Les pièces unies par genou sont susceptibles de mouvemens en tous sens : or, c’est en elles que réside la cause immédiate et prochaine du transport; celles dont la jonction se fait par ginglyme , n’étant que des pièces purement auxiliaires, y conspirent simplement. L’omoplate et l’humérus sont donc, dans les colonnes de l’avant-main, et le fémur, dans les colonnes de l’arrière-main, les uniques agens, d’où dépend réellement la translation d’un lieu à un autre. Par eux, la machine est principalement dirigée, tantôt sur une ligne droite, tantôt sur des lignes obliques et détournées, selon le chemin qu’elle doit décrire et parcourir, et de leurs actions dérivent celles du membre entier, tout mouvement fait dans le principe d’une partie ne pouvant que se communiquer et s’étendre jusqu’à son extrémité. Soit donc que la translation ait lieu en avant, obliquement ou de côté, il est évident qu’elle n’est que l’efièt des mouvemens de la cuisse, de l’épaule et du bras , surtout si l’on fait attention aux pieds de l’animal , qui, au moment de la foulée ou de l’appui, n’outre -passent jamais que de très peu de chose, dans sa progression, les articulations dont il s’agit, et tombent toujours, malgré l’extension et la flexion des autres portions osseuses , de manière que la pince revient constamment à peu près au lieu qu’elle occupe lors de la station de l’animal , et se trouve sur une ligne presque perpendiculaire
à celle oi'i le grasset et la pointe du bras ont été portés.
Les bornes imposées, au surplus, aux mouvemens des autres portions mettent encore sous nos yeux la simplicité et la solidité des voies par lesquelles la nature agit. Non moins merveilleuse par son économie que par sa fécondité, elle ne va jamais au delà du besoin. Les pièces intérieures devant participer des différentes actions de celles dont elles sont une suite , il aurait été superflu de les douer de tous mouveinens. Elle ne leur a conséquemment départi qu’une liberté telle qu’elle leur était nécessaire pour se mouvoir sur elles-mêmes. En les renfermant dans la seule possibilité de la flexion et de l’extension, non seulement elle a évité la profusion des muscles dont les actions en tous sens auraient infailliblement exigé la multiplication ; mais elle a travaillé à assurer la stabilité et la fermeté des articulations, moins sujettes aux dérangemens, dès que leurs mouvemens sont ainsi limités , que celles qu’elle a chargées d’en accomplir un plus grand nombre.
Succession harmonique des membres du Cheval dans ses allures naturelles.
La science du mécanisme de l’animal, en ce qui concerne le principe, le sens, l’étendue et le terme des mouvemens dont il est capable, conduit à celle de leur ordre ou de leur succession harmonique, qui change et varie relativement à la diversité de ses allures plus ou moins tardives, plus ou moins
viles et plus ou moins près de terre. Les temps et l’arrangement particulier des jambes, ordonnés dans les unes et dans les autres, en constituent la différence ; mais l’oeil le plus attentif et l’oreille la plus exacte ne les apprécieraient jamais avec assez de précision. Il faut , pour ainsi dire , ici circonscrire les objets pour les voir dans un jour où aucune des conditions ne puisse échapper.
On doit donc considérer dans le mouvement des jambes à l’action du pas, le lever, le soutien, le poser et l’appui. Le lever est l’instant où elles se détachent de terre, le soutien est le temps qu’elles demeurent en l’air, le poser est l’instant où elles regagnent le sol, et l’appui est le temps qu’elles y demeurent fixées ; mais le lever et le poser fuyant avec trop de rapidité pour être coinmensurables, on peut réduire l'action entière de chaque colonne en particulier aux deux temps qui résultent du soutien et de l’appui.
De plus, il importe, à l’effet d’éviter la confusion qui suit les mouveinens successifs et précipités des colonnes, d’envisager le cheval comme un bipède, en fixant nos regards, ou sur les colonnes antérieures seules, ou sur les colonnes postérieures, ou sur les colonnes latérales.
Sous le premier point de vue, il est clair que l’instant du lever du pied droit est toujours l’instant du poser du pied gauche : or, les temps du soutien et de l’appui successifs et marqués de chacune de ces jambes ne peuvent être que parfaitement égaux entr’eux dans leur durée : autrement il faudrait
que les deux pieds restassent quelque temps à terre ou en l’air ensemble; ce qui n’est point et ne saurait être dans l’allure dont il s’agit.
Les mêmes vérités s’offrent à nous dans Je bipède résultant dès colonnes postérieures; mais il n’en est pas. ainsi à l’égard des bipèdes latéraux: l’instant du lever d’une jambe n’est pas l’instant du poser de , l’autre.
Au pas, dès qu’une jambe de devant fait entendre sa foplée en se posant, la jambe de derrière, du côté opposé, doit immédiatement après faire entendre la sienne; l’autre jambe de devant effectue ensuite sa battue, et celle-ci est suivie de la battue de la seconde jambe de derrière : or, les foulées des bipèdes antérieurs et postérieurs étant ainsi naturellement interrompues et diagt/nalement entrecoupées, il n’est pas possible que la retombée de la jambe antérieure et la relevée de la jambe postérieure des bipèdes latéraux soient exécutées en même temps.
Supposons que la durée de l’action entière de chaque jambe , dont les battues et les foulées ne peuvent être espacées que par des intervalles de temps égaux, soit de deux secondes ; divisons cette action entière en deux temps, dont l’un sera celui du soutien et l’autre celui de l’appui ces deux temps étant, ainsi que nous l’avons prouvé, dans une égalité parfaite, seront chacun d’une seconde. Que résultera-t-il donc de cette position? L’appui de la première jambe de devant mise à terre sera d’une seconde ; la foulée de l’autre jambe de de-
vant, à laquelle nous devons accorder un meme espace de temps pour son soutien, ne se fera que lorsque la seconde sera écoulée ; mais cette foulée devant être intercalairement précédée , comme on ne peut le nier, de celle de la jambe de derrière diagonalement opposée à celle qui, la première, a marqué sa battue, et ainsi successivement, chaque foulée intercalaire, séparée par des temps égaux, qui ne sont autre chose que les quatre temps que l’on entend distinctement lors du pas, doit être ù une moitié de seconde l’une de l’autre.
Si chaque foulée intercalaire doit être à une moitié de seconde l’une de l’autre, la première jambe de devant tombée est à la moitié de son appui, et la seconde jambe de devant mue à la moitié de son soutien, lorsque la jambe de derrière, diagonalement opposée à celle de devant qui a frappé la première , se repose sur le sol : or, les jambes du bipède antérieur n’ont donc plus, pour la terminaison du temps qu’elles ont commencé, c’est à dire l’une pour son appui et l’autre pour son soutien, qu’une demi-seconde ; tandis que la percussion diagonale de celle de derrière doit être encore d’une seconde entière : d’où il suit que la première jambe tombée se lovera , et la seconde jambe élevée se posera à la moitié de cette seconde entière, c’est à dire à la moitié de l’appui de la jambe de derrière qui pexxute. Si donc l’une se lève et l’autre se repose ù la moitié de cet appui, nous sommes nécessités de conclure qu’eu égard aux bipèdes latéraux, l’instant du poser d’une jambe n’est pas l’instant du lever de
l’autre, l’élévation de la jambe antérieure précédant djjn quart de temps entier l’élévation de la jambe postérieure , et son appui devançant d’un semblable quart de temps celui de cette même jambe postérieure, et l’une et l’autre se trouvant conséquemment un quart de temps ensemble à terre et un quart de temps ensemble en l’air.
Disons donc que le cheval cheminant au pas est alternativement porté : i°. par la jambe droite de devant et par la jambe droite de derrière, bipède latéral, pendant un quart de temps que chaque jambe met à compléter son action, ou, ce qui revient au même, son appui et son soutien pris ensemble, c’est à dire durant une demi - seconde , puisque la durée de cet appui et de ce soutien pris ensemble a été supposée de deux secondes; 2°. dans le second quart de temps, par la jambe postérieure gauche et par la jambe droite de devant, ces deux jambes se répondant diagonalement ; 3°. dans le troisième quart de temps, par la jambe droite de devant qui arrive à terre, et par la jambe droite de derrière, bipède latéral, qui est prêt à la quitter; 4°. enfin , dans le quatrième quart de temps, par la jambe droite de derrière qui se pose sur le sol, et par la jambe gauche de devant qui y est encore, ces deux jambes étant diagonales. Ainsi s’achève et se termine l’action du pas , pendant laquelle on entend une, deux, trois, quatre battues espacées également d’une demi-seconde , si chaque jambe emploie deux secondes à compléter son action entière ou son pas particulier.
. L'action îles jambes au trot diffère' île l’action des jambes au pas : i°. en ce que, lorsque celte allure est déterminée et soutenue, l’action complète des quatre colonnes est marquée par deux foulées seulement , un pied de chacun des bipèdes antérieur et postérieur frappant toujours le sol en meme temps; 2°- en ce que chaque jambe de chacun de ces bipèdes n’attenil pas que sa paire soit tombée pour<sc détacher de terre, car il est entre ces deux actions un instant très rapide pendant lequel la masse, s’élançant en avant, n’est étayée sur le sol par aucune partie : d’où il suit que la durée du temps * de l’appui est un peu plus abrégée que la durée du temps du soutien. Or, à cette allure plus diligente et plus relevée que la précédente , chaque jambe du bipède antérieur agit toujours diagonalcment avec celle du bipède postérieur, l’animal, à l’excepliou du moment presqu’insensible de son sé)nnceinent , n’effèctuaut sa progression que par la translation de deux jambes ainsi mues et de deux jambes ainsi posées, et les foulées des jambes qui tombent s’exécutant dans un si grand ensemble, que des quatre battues on n’en entend jamais que deux.
Cette précision des foulées diagonales n’est pas néanmoins telle dans le cheval faible, abandonné, qui trotte mollement. Le son provenant de l’appui des deux jambes qui tombent n’est point un son net, c’est un son traîné, résultant de leur chute discordante et non exactement simultanée, semblable à peu près à celui qui frappe notre oreille lors de la prononciation des deux consonnes t, r,
( ai3 y
précédant la •voyelle a, à laquelle elles se trouvent * unies, tra, tra (t). j ■ • “ t: 'b .*•'
Il est encore une sorte de trot très écouté, et suggéré par l’art, où les temps de l’appui et du soutien île chacune des jambes sont toujours parfaitement égaux, où la droite de devant et la gauche de derrière étant dans leur appui, la droite de derrière et la gauche de devant seront dans leur soutien; où, enfin, au même moment dans lequel les deux dernières tomberont, les deux premières se lèveront incontestablement : en sorte qu’au trotdont il s’agit, non seulement l’instant de la levée d’une jambe du bipède postérieur est l’instant de la posée de l’autre, comme l’instant de la posée d’une jambe du bipède antérieur est l’instant de la levée de sa voisine, mais l’instant de la levée d’une jambe du bipède latéral est encore l’instant de la posée de l’autre jambe du même bipède ; en sorte que les levées et les foulées étdnt exactement simultanées de toutes parts, les deux jambes qui tombent, et sur lesquelles la masse est diagonaleraent étayée , ne font jamais entendre qu’une seule battue.
L 'amble a été de tout temps, et avec raison, regardé comme un train défectueux, plutôt ordinaire, selon le témoignage de l’expérience, à des poulains qui n’ont pas encore acquis leur force, à des chevaux naturellcmemt faibles des reins, ou à des * : . — , i ' ■ ■ ■ ,
•(i) Le mot trot, comme tant d’autres, est une'Vërritablé onomatopée , qui représente à l’oreille et à l’kJéé" le* brilîl que font les pieds du cheval duus cette allure. (Ji.) j - i
chevaux usés et ruinés parle travail, qu’à l’animal qui a de la vigueur et du nerf. Cette allure, la plus basse de toutes et la moins détachée de terre , a «•té totalement bannie des manèges. Outre qu’elle est fort alongtie, et que chaque membre aj par conséquent, un terrain considérable à décrire, l’ordre dans lequel ils agissent et sont successivement dans le repos est tel, que la machine n’est jamais alternativement portée que par un des côtés, l’autre n’ayant absolument aucun appui, puisque chaque bipède latéral se charge alternativement de la masse : or, ce défaut d’équilibre, cette situation chancelante qui contraignent l’animal à un balancement continuel, et sans lequel sa chute serait inévitable, joints à l’étendue du chemin que chaque colonne doit parcourir, demandent une diligence extrême dans les mouvemens, et c’est précisément cette vitesse et cette célérité nécessaires pour l’exécution d une marche incertaine, brouillée, et dans laquelle la masse n’est jamais affermie, qui excluent des ecoles tout cheval qui va l 'amble. Obligé dès lorsj en effet, de raser le tapis continuellement, parce que, si les colonnes mues et agissantes étaient conduites à une certaine hauteur, il tomberait infailliblement sur le côté, et que d’ailleurs il perdrait considérablement sur la longueur du chemin qu’elles ont à embrasser, il ne peut jamais faire montre, par leur élévation et leur soutien, de la liberté de ses ressorts, liberté dont il est ordinairement privé, vu sa faiblesse, et qui serait nécessairement étouffée par la précipitation avec laquelle il
doit se mouvoir, quand même il en serait doué. Ainsi, cette action ne pouvant être mesurée, soutenue, sonore et cadencée, ne saurait être soumise et rappelée à ce point de justesse, de précision et d’harmonie, qui est une suite et un effet de l’art, et ne peut être en aucune manière envisagée, par conséquent, par les maîtres, comme un objet sérieux d’étude et de réfifxion.
Il ep est de même de l 'amble rompu , c’est à dire de l 'entrçpas ou du traquenard ; l’ordre et les temps observés dans l’amble s’y trouvent intervertis : l’ordre, en ce que l’animal n’est pas toujours porté sur un bipède latéral , car il est un moment, à la vérité très court, et qui est à peine sensible, pendant lequel il est appuyé sur deux jambes diagonales : les temps, en ce que ceux du même bipède ne sont point parfaitement simultanés, les jambes ne foulant point et ne s’élevant point exactement ensemble , de façon qu’on entend la posée de chacune d’elles, et que l’oreille distingue les quatre battues, les deux foulées de chaque bipède latéral se succérdant et se faisant très près l’une de l’autre.
Quelque prompte que soit l’action des membres au galop, l’œil saisit trop facilement leur arrauge-f ment et l’ordre dans lequel il spnt mus, pour que l’on puisse former des doutes à cet égard. Il doif être tel qu’un des bipèdes latéraux devance toujours l’autre , de sorte que lorsque l’animal galope à droite , les jambes droites de devant et de derrière oulre-passent constamment les jambes gauches dans leur marche et dans leurs foulées, comme lorsqqrj
l’animal galope à gauche, les jambes gauches ou* tre-passent les jambes droites. Dans cet état, leg-ulop est réputé juste et uni, la justesse dépendant fie la jambe de devant qui outre -passe ou qui mène et entame; car l’allure est falsifiée, si à droite la jambe gauche, et si à gauche la jambe droite devancent, l’union ne naissant que de l’accord des membres du derrière et du «levant, celui dn derrière étant nécessairement astreint à suivre le mouvement de la jambe avec laquelle il forme un bipède latéral, en sorte que l’une de devant entamant, celle de derrière du même côté doit entamer aussi : sans cette condition , l’action dù cheval est désunie et d’ailleurs chancelante et peu sûre.
Considérons l’animal galopant à droite , et dans sa course naturelle foulant seulement trois fois le sol à chaque pas complet du gnlop : la jambe gaucho de derrière effectuera la première battue, la jambe droite de derrière et la jambe gauche de devant la seconde, et la jambe droite de devant la troisième. Voilà des temps marqués et qui ne se dérobent point aux sens; mais la vue la plus perçante s’égare bientôt lorsque, pour fixer la durée dçs appuis et pour s’assurer de celle des soutiens, elle court, pour ainsi dire, de jambe en jambe, cher-^ chant à démêler tous les temps de l’action de l’une séparément, de deux, ou de toutes ensemble. La rapidité de leur mouvement l’emportant sur la vivacité de l’organe , nous voudrions en vain discerner et saisir l’étendue ou les intervalles , les comparer et les diviser par parties ; nos efforts ne ser-
vent qu’à augmenter te trouble, et chaque objet, ne pouvant être distinctement envisagé, ne fait sur nous qu’une impression obscure, confuse, et d’ailleurs trop faible pour asseoir sur elle quelque chose de certain. Le seul moyen qyi s’offre à nous pour dissiper ou plutôt pour diminuer les ténèbres d’une telle nuit est donc de combiner et d’unir les faits les plus apparens dont nos sens déposent, avec les idées qui résultent du mécanisme counu de l’animal, et d’en composer un corps dont la lumière réfléchie puisse au moins guider et satisfaire notre raison .
Il n’est pas douteux , et tout le monde convient que le galop est une sorte de saut eu avant ; l’élancement de la machine dans cette action en est d’ailleurs une preuve : or, nul élancement possible aux quadrupèdes qu’en suite du rejet du devant sur le derrière (car c’est ainsi qn’ils entament leur course), et qu’en suite de ce rejet, du port subit des pieds de derrière près du centre de gravité ( car c’est ainsi qu’ils la continuent),; et selon que. ces mêmes pieda seront plus, ou moins près de.ee centre^, que, les flexions et les détentes des colonnes chargées de la masse seront plus ou moins grandes et plus ou moins obliques, l’animal allongera plus ou moins en embrassant plus de terrain à chaque pas complet du galop, «u son action, phis ou moins raccourcie, sera aussi plus soutenue et plus détachée de terre.
Ces principes et ces .vérités suffisent pour noua mener à la connaissance des raisons de la diversité; ^les degrés de vitesse et d’élévation , et conséqueuiT
ment à la distinction exacte des différons genres de galop dont le cheval est capable.
Si les colonnes postérieures prennent' leur appui moins près de la ligne de direction du centre de gravité, elles seront moins fléchies, la détente s’en fera dans une direction plus oblique de l’arrière à l’avant, et son effet sera conséquemment tel que la machine , moins élevée, ne pourra parcourir que plus de terrain en avant. D’ufte autre part; le bipède antérieur, dont l’appui était d’autant plus près de la ligne de direction de ce centre que celui du bipède postérieur en était plus éloigné, ne soulèvera jamais, par la sienne, considérablement l’avant-mainj sa percussion, étant dans le même degré d’obliquité' que celle du derrière, favorisera plutôt encore le port de la masse dans le sens auquel elle est déterminée par l’effort du bipède postérieur* et c’est ce qui caractérise de galap le plus ordinaire et le plus naturel , c’est à dire celui dans lequel nous n’entendons que trois foulées dans l'ordre que nous avons remarqué. ,
Nous avons vu d’abord, et il est certain, que la masse est premièrement rejetée sur la jambe de derrière opposée à celle qui entame.1 Dans ce moment, les jambes antérieures étant en l’air, celle-ci, occupée de la plus grande partie du poids,, succomberait infailliblement sans l’action prompte et subite qu’elle fait pour s’en délivrer. Gette action, qui tend, d’un côté, h porter le centre de gravité eh avant, et, de l’autre, à rejeter le poids sur le membre qui , postérieurement l’avoisine, et sur celui de devant
qui compose avec elle un bipède latéral, sollicite la chute de ces deux jambes, qui reçoivent la masse dans sa tombée , et qui , par leur percussion oblique, la portent encore plus en avant en la relevant médiocrement : alors, et à l’instant même de leur relevée, la jambe de devant qui entame ajoute par sa percussion, d où dérive la troisième battue, un nouveau degré de vitesse à ces mouvemens combù nés, mais plus particulièrement à celui do l’élévation de l’avant-main, et cette troisième battue, qui est toujours la plus sensible, étant effectuée, la machine est en l’air jusqu’à ce que la jambe de derrière, qui la première s’est fait entendre, atteigne le sol et soit chargée de nouveau. L’animal est donc. d abord porté sur une jambe, ensuite par deux , et enfin par line , ce qui ne paraîtrait pas compréhensible, si l’on ne faisait pas attention à la direction, ainsi qu’à la rapidité et à la célérité de 1 action des membres, qui , tour à tour et successivement, viennent au secours de la machine, s’opposent à sa chute , la soulèvent , la chassent et l’étayent. Les foulées sont également espacées: c’est ce dont tout homme attentif au bruit ou au son résultant du heurt des colonnes sur le sol sera inévitablement convaincu. Ces foulées sont séparées entre elles par deux intervalles; mais ils 11e peuvent entrer en proportion avec celui qui sépare chaque pas complet, si nous nous en rapportons encore à la disposition du même organe. Enfin , l’appui de chaque colonne est moins du tiers du temps quelles mettent à compléter leur action ; cl leur soutien ,
vj! la véhémente percussion qui ne peut être effectuée et porterie corps en avant que par l’excès de la vitesse du membre percutant sur celle du corps mu , sera environ à l’appui comme 2, plus le temps que la machine est en l’air, est à r.
Supposons à présent que les colonnes postérieures prennent leur appui plus près de la ligne de direction du centre de gravité, le derrière étant plus abaissé et la plus grande portion du poids se trouvant rejetée sur lui : alors les colonnes du bipède antérieur, débarrassées et déchargées, pourront, air dées d’ailleurs par le jeu des lombes, soulever l’avaut-niain à une hauteur considérable, au moyeu de la plus légère percussion; et leur détente se faisant, ainsi que celle du bipède postérieur, dans une direction moins oblique de barrière à l’avant , qu’au galop dont nous venons de parler, la masse entière sera plus élevée que chassée. De là ces actions détachées de terre et moins alongées , c’est à dire ces difterens genres de galop plus ou moins soutenus et plus ou moins cadencés , scion le plus ou moins d’obliquité des membres percutans, dans lesquels quatre battues très distinctes frappent toujours notre oreille , et qui ne sont véritablement effectuées que par l’art, car elles exigent de la part de l’animal un ensemble qu’il fuirait, et dont il serait incapable sans une force, une agilité et une souplesse qui 11’ont pu è tre; développées que par des leçons sages, mesurées et dispensées savamment.
Ces différons genres de galop à quatre temps peuvent c lie réduits au nombre de deux , le second
étant encore bien moins âlongé c| ne le premier, plus soutenu et plus harmonieux, s’il nous est permis de nous exprimer ainsi. Dans l’un et dans l’autre, à en juger par l’impression que lés foulées font sur le sens de l’ouïe, elles sont espacées égale* ment, et ce sens est encore affecté, ainsi que nous 1 l’avons dit, de quatre battues très sonores, la posée de la jambe gauche de devant et de la jambe droite de derrière n’étant et ne pouvant être ici simultanée comme au g'ilop à trois temps , vu que la plus grande élévation de l’avant-main favorise la séparation de la chute de ces jambes diagonales ; mais l’instaut de ^élancement, c’est à dire l’instant où la machine est totalement détachée du sol, est, dans la première de ces actions, entre la posée des deux jambes de devant et la posée de celles de derrière , tandis que dans la seconde il se trouve entre la foulée des colonnes postérieures et celle du bipède antérieur. Du reste , il nous semblé que les soutiens sont aux appuis environ , à peu de chose près, comme 3, plus l’intervalle ajouté, est à i, Cependant le derrière étaut toujours plus bas, plus fléchi et moins élevé que le devant , il est nécessaire que l’appui du bipède postérieur soit plus long que celui du bipède antérieur ; car ce même derrière, dont lès colonnes postérieures sont chargées , ayant moins de chemin à parcourir de haut en bas, ces colonnes n’auraient jamais le temps de compléter leur action en revenant à leur appui. Ainsi, pour nous expliquer avec plus de précision , les soutiens du devant sont a leur appui, comme nous l’avons dit,
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et les sentions dos col An nos postérieures, dont la diligence est extrême, seront plus courts en raison des appuis, à proportion du long intervalle de temps qu’elles seront à terre, cet intervalle ne pouvant être pris qu’aux dépens de la durée des soutiens, puisque les quatres foulées sont toujours espacées également.
Nous ajouterons que celui de ces galops, qui diffère dé l’autre en ce que l’intervalle dans lequel la machine est,entièrement en l’air se rencontre immédiatement après la foulée du bipède postérieur, est , par cette raison , plus véritablement comparable au saut. Imaginons, en effet, d’une part, que les colonnes postérieures prenftent ensemble et sans s’outre-passer leur appui près de la ligne de direction du /centre de gravité, l’animal use de toute sa force dans le moment de leur détente simultanée, et percute continuellement avec cette même force , en leur faisant parcourir un plus grand arc, A l’extrémité duquel elles seront dans une direction plus oblique. Figurons-nous, d’un autre cété , que les colonnes antérieures, agissant aussi ensemble et ne soulevant que médiocrement i’avant-main , prennent leur appui plus avant et parcourent aussi un arc plus considérable, il en résultera une action de la dernière célérité. Or, dans cette action qui dérive uniquement de la succession de plusieurs sauts précipitamment répétés , et qui ne nous fait entendre que deux foulées, une seule partant de chaque bipède , il est certain que le moment où l’on aperçoit les quatre fers de l’animal suit toujours celui de la chute subite
(les colonnes postérieures , qui tombent aussitôt que les antérieures qui ont frappé le sol se relèvent, et, ce moment étant précisément le même au galop dont il s agit , il s’ensuit que ce galop , quoique plus raccourci que les précédées, tient néanmoins plutôt qu eux de ce mouvement prompt et violent, par le moyen duquel les animaux, sautent et s’élancent.
Examinons encore la nature dans ce qu’elle nous présente toujours de merveilleux , eu égard à la progression des animaux. Nous devons envisager leur transport successif et local comme une action dépendante de leur volonté ; mais les mouvemens alternatifs et continus des membres dans cette action n’en sont pas constamment un acte particulier. Nous marchons nous-mêmes sans qu’une volonté réitérée et sensible détermine à chaque pas le cours des esprits : or, ces mouvemens, qui, pour être opérés, n ont besoin ni d’une volonté expresse ni d’une attention réfléchie, sont donc presque toujours des mouvemens automatiques ou machinaux, tels que ceux auxquels nous sommes invités conséquemment à de certaines perceptions. Le moyen le plus simple d en solliciter ici l'exécution était de provoquer en quelque façon cet te crainte naturelle dont est tout à coup et machinalement saisi l’animal lorsqu’il chancelle ou qu’il est voisin de sa chute ; mais ce sentiment ou cette crainte n’aurait pu être provoqué dès qu’il aurait été affermi dans-son mouvement progressif, comme il l’est dans le repos : de là , sans doute , l’obligation dans laquelle tout quadrupède , cheminant franchement , se trouve de mouvoir altei nali-
vemeni deux jambes ensemble et de ne reposer que sur deux points , et la nécessité , par conséquent , de cette suite répétée de positions toutes non stables par lesquelles il passe et entre lesquelles il flotte.
D’une part , cette instabilité^metla volontéà l’abri des fatigues d’une contention continuelle, et qui serait inévitable s’il ne lui suffisait pas de consentir, et si elle devait sans cesse ordonner; de l’autre , ses degrés sont , pour ainsi dire , la mesure de la vitesse de l’animal. Qu’un cheval soit assujetti à une répétition d’efforts à l’effet de vaincre la résistance qne lui oppose le poids considérable qu’il tire ou qu’il porte, la force qu’il est contraint d’employer exigeant qu’il soit plus ferme et plus assuré sur le Sol , il n’agira successivement que d’une jambe seule, les trois autres étant à terre, et sa marche sera toujours très lente et très tardive. Supprimons le fardeau et laissuns-le cheminer librement , nous nous convaincrons que la célérité de sa progression augmente en raison de son instabilité. Son centre de gravité est-il renfermé dans la seule direction de deux points diagonalemcnt opposés , de manière que l’on n’entende que deux foulées au lieu de quatre? cette action sera celle du trot et elle est plus vite que celle du pas. Priverons-nous absolument de tout appui les côtés de la masse , un bipède latéral étant en l’air tandis que l’autre bipède sera chargé? l’animal sera porté à-un mouvement encore plus prompt , d’où dérivera Yambte; et s’il n’est enfin successivement étayé que sur un pied, pressé, machinalement par l’évidence et, la proximité du danger qu’il court, il ne cessera
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d’appeler ses membres au secours les uns des autres, et de la rapidité avec laquelle ils se succéderont naîtra l’action diligente du galop.
Manière d'examiner, dans l’action, le cheval qu’on veut acheter.
Le trot en main est communément l’allure ou la première épreuve à laquelle on soumet un cheval après l’avoir examiné et en avoir considéré toutes les parties. Cette action ne peut être ici unie et soutenue telle qu’elle le serait dans un cheval instruit, exercé, et qui serait sous l’homme; mais on exige qu’elle soit ferme et prompte; que le maniement des membres soit libre sans cependant que l’action des épaules et des bras soit trop élevée, car, toute séduisante qu’elle est, elle occasione bientôt la ruine des jambes et des pieds; que l’animal montre de la légèreté ; que le derrière chasse le devant avec franchise ; que sa tête soit haute naturellement et sans le secours trompeur de la main du palefrenier qui le trotte et de la branche énormément longue du filet par le moyen de laquelle on relève attentivement et frauduleusement cette partie; que les reins soient droits; que les mouvemens de l’avant et de l’arrière-main soient uniformes; qu’il ne se berce point, c’est à dire que la croupe ne balance pas alternativement à chaque temps ; qu’il embrasse proportionnément le terrain ; qu’il trotte devant lui sans forger, sans s’entre- tailler, sans s’attraper, sans billarder ou sans jeter ses jambes antérieures en dehors : elles ne doivent pas , en effet , s’écarter de la
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ligne du corps ; il faut , au Contraire , que les jambes postérieures les dérobent à l’oeil fie l’acheteur placé directement derrière le cbeval, pour s’assurer de toutes ces différentes conditions, et d’une multitude d’autres points relatifs à tout ce que nous avons observé jusqu’ici.
Néanmoins cette position , à laquelle on se borne ordinairement, n’est pas l’unique et n’est pas même celle d’où l’on peut parfaitement juger du véritable accord du mouvement des membres entr’eux. Il est essentiel de rechercher s’il y a égalité dans l’action de chaque jambe : or, comment y parvenir, si l’on ne se met à portée d’en saisir les différences en voyant le cheval de profil? Dès lors, chaque membre agissant à découvert , il est facile d’en comparer l’élévation , la progression et la vitesse. Ce n’est même que par cette voie qu’on peut apercevoir un défaut presque imperceptible de justesse , qui naît assez souvent plutôt de la faiblesse de l’un de ses membres que d’un mal réel , et qui n’cn est pas moins la cause d’une claudication légère, qui échappe toujours quand on ne considère l’animal que de face, ainsiqu’ilest d’usage.
Ces yeux seraient encore plus aisément frappés de l’irrégularité ou de l’inégalité des mouvemens dans l’açtion du pas, puisque ces mêmes mouvemens sont moins rapides. Lève-t-il une jambe de devant? on verra clairement si cette action est faite avec hardiesse et avec facilité, si le genou est suffisamment plié , si cette même jambe parvient à une élévation convenable, si, lorsqu’elle y est parvenue, elle s’y soutient un certain espace de temps , si, dans sa foulée,
son appui sur le sol est ferme, si l'action de chaque membre est en raison de celui qui lui correspond ; en un mot, l’animal étant répréhensible dans quelques points de sa marche , ses défauts seraient bien plutôt aperçus. C’est aussi cette allure qu’il faut principalement exiger d’abord d’un cheval que l’on fait monter devant soi. On se mettrait plus sûrement à l’abri de la fraude en le montant soi-même , puisque ie sentiment serait joint alors aux différentes remarques que l’on aurait pu faire , soit dans la station , soit quand il a été trotté et conduit en main , soit quand il a été et qu’on l’a vu sous l’homme. En pareil cas , jamais on ne doit débuter par des aides propres à l’animer et à le rechercher. On l’observe attentivement au moment du départ, on examine si ce premier mouvement est opéré librement, de bonne volonté et sans aucune action désordonnée de la tête. On l’éloigne peu à peu du lieu où le marchand le met en montre; s’il témoigne de l’ardeur, on l’apaise, ou ne lui demande rien, on ne le tient point, on le laisse marcher et cheminer quelque temps à son gré , et l’on voit insensiblement ensuite, en le renfermant et même en l’attaquant par degrés, s’il demeure placé , s’il aura de la franchise , de l’appui, s’il est libre à toutes mains, etc. De telles épreuves sont les seules au moyen desquelles on peut porter un jugement d’autant plus certain de l’animal, que tous ses mouvemens sont un indice non équivoque de sa nature.
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Indices de la- nature de V Animal, d’après ses differentes actions.
Les qualités que l’on doit rechercher en lui sont la force, la légèreté, le courage, et un tempérament qui n’ait rien de trop ardent ou de trop tardif. Si à ces qualités se joignent de justes proportions, et l’exemption des vices principaux dont ses membres peuvent être atteints, il se trouvera, dans toutes ses actions, naturellement uni, la tête en sera ferme et assurée, le devant léger, les hanches affermies, les allures franches, sûres, nullement pénibles et toujours accompagnées de tout ce qui constitue la grâce ; dans ses mouvemens hauts et relevés , on verra sans cesse la correspondance merveilleuse de ses parties entr’elles et avec le tout} ses sauts, qui ne seront point désordonnés et qui ne tiendront en aucune manière de ce que nous nommons défenses , seront constamment le produit de sa force et de sa gaieté, il les effectuera toujours en avant et librement. Livré à un homme de cheval, son obéissance sera prompte et entière ; et s’il paraît se refuser à ce qu’il lui demandera, ce ne sera qu’en voulant prévenir sa volonté et en se portant aux premières leçons qu’il en aura reçues. Il est certain aussi que les chevaux de ce caractère sont très aisément gâtés, surtout lorsqu’on emploie sur eux la violence et une force toujours inutiles, ou lorsqu’on ne se conforme pas aux instans possibles à saisir et aux temps qu’il faut prendre pour les porter à telle ou telle action , ou enfin lorsque , sans égard à leur union naturelle
et en tentant indiscrètement de les mettre au point où l’on imagine assez mal à propos qu’on les asseoit, non seulement on fausse en eux l’équilibre résultant de la juste répartition de la masse sur les extrémités, mais on les force sur les jarrets ; ce qui n’a lieu que trop fréquemment par l’ignorance profonde de ceux qui les estrapassent plutôt qu’ils ne les instruisent en les exerçant.
Le cheval vigoureux, mais moins voisin de la perfection que celui-ci, s’annonce d’abord par sa construction, son action ensuite en décèle le fond. Elle est exécutée avec une sorte d’ensemble, sans mollesse, et avec une vivacité qui se soutient longtemps; elle est la môme au moment où l’on commence et au moment où l’on finit de l’éprouver. Ses sauts, qu’on peut regarder communément comme des contre-temps , sont multipliés, redoublés et continués, attendu la force de ses reins; cependant, cette force fût- elle suivie de beaucoup de légèreté, si sa bouche était si faible qu’on ne pût en rencontrer l’appui , on se tromperait très fort en le destinant aux airs relevés, puisqu’il ne serait pas possible, malgré sa vocation apparente, de le secourir des aides de la main quand l’action du devant serait trop lente et trop basse , de le recevoir à la descente du saut, de lui assurer la tôte, et de maintenir, en un mot, l’égalité et la justesse de son manège.
La faiblesse est dénotée par diverses actions , selon ses causes ou selon les parties en qui elle réside principalement. Lorsqu’elle tient en total à la constitution de la machine , tous les inouvemcns de l’a-
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nimal s’en ressentent; ils sont d’ailleurs bientôt épuisés , et il s’avilit toujours davantage. Est-elle particulière aux reins? sa tête ne saurait demeurer constamment placée, il se bercera sans cesse en cheminant; le jeu des vertèbres lombaires ne sera jamais en raison de ce qu’il devrait être pour accompagner et pour aider celui des extrémités postérieures; l’action de l’arrêt lui coûtera infiniment, il ne l’eflèctuera qu’en portant au ,vent, et toujours plus sur le devant que sur le derrière, dont il se traversera à l’effet de se délivrer et de se tirer- d’un état pénible. Le reculer lui sera par conséquent encore bien plus fâcheux; il s’y refusera ou en tendant le nez, ou en battant à la main, ou en se jetant sur les épaules, ou en se traversant, et si l’on parvient à le gagner, ce ne sera que pour un instant, encore les reins étant incapables de supporter ce qu’ils doivent soutenir du fardeau rejeté sur les extrémités auxquelles ils répondent directement, tout le derrière s’abaissera-t-il de manière que le cheval sera pour ainsi dire accroupi. La débilité des jarrets et des autres parties de ces mêmes extrémités sera suivie de semblables effets. De plus , leur action sera exécutée mollement, sans soutien, et à chaque foulée qu’elles feront, elles tourneront de côté et d’autre, et fléchiront en quelque sorte sous le poids. Si, enfin, ce défaut est indiqué dans les colonnes antérieures par trop de finesse ou par les autres signes différens qui peuvent le faire présumer, il ne le sera pas moins par la contrainte sensible dans le mouvement de chaque jambe , qui sera
d'autant moins élevé qu’elles seront successivement appelées au secours l’une de l’autre par le prompt soulagement de celle qui se trouvera chargée de la masse. L’animal sera donc disposé et sujet à buter; et si la iaiblesse est manifeste, surtout dans les épaules et dans les bras, il pesera sur la main, principalement à la fin d’une course ou d’une allure précipitée : la facilité, la beauté et la justesse de l’arrêt dépendant, non seulement des reins et des parties postérieures qui chassent toujours la machine, mais des forces combinées du devant qui la reçoit, et qui, dans ce moment, eu doit nécessairement ramener l’action.
La légèreté dépend de la conformation et de la justesse des proportions des membres, aussi accompagne-t-elle très souvent la force. On la reconnaît à l’agilité naturelle qui se montre dans toutes les actions de l’animal ; soit en effet qu’il chemine au pas, ou qu’il trotte , ou qu’il galope, tous les mou venions eu sont faciles et prompts, et les foulées si prestes qu’à peine dirait-on que ses pieds atteignent le sol Dans les temps de ses sauts, la masse est toujours portée à un degré d’élévation considérable, sa chute semble ne pas faire la moindre impression sur le terrain , et l’on peut observer que les défenses de ces sortes de chevaux ont lieu constamment plutôt par la levée du devant que parcelle du derrière.
Le cheval pesant est pour l’ordinaire chargé de tête, de cou et d’épaules; ses pieds ont un volume excessif; plusieurs sont bas du devant ; ou longs de corps, et par conséquent faibles do reins; d’autres
les out durs et peu flexibles; il eu est encore qui, provenant de père et mère mal assortis , tiennent le devant de l’un et Je derrière de l’autre, et sont tellement décousus , que ces deux parties semblent disjointes en eux. Quoi qu’il en soit, leurs mouvcmens sont directement opposés à ceux qui caractérisent le cheval léger. L’action de leurs membres est toujours lourde et tardive ; ils ne sont capables d’aucune des allures qui exigent de la célérité; ils ébranlent, pour ainsi dire, par leur poids , le sol sur lequel ils heurtent et retombent; et l’impossibilité dans laquelle ils sont d’en détacher la masse dont ils le surchargent lait qu’ils ne le quittent jamais entièrement, et que, bien loin d’effêctuer de vrais sauts dans leurs contre-temps ou dans leurs défenses , ils se voient forcés à prendre leur devant pour appui; tandis que, d’une autre part, ils emploient leur derrière à des ruades gauchement et maladroitement fournies.
- Le courage n’est autre chose, dans l’animal, qu’une volonté constante d’exécuter et d’obéir; la disposition à la soumission et la franchise en sont donc les premiers témoignages. L’œil des chevaux doués de cette qualité l’annonce aussi. Leur détermination est toujours en avant , ils ne se refusent point à l’étendue, à l’alongement et à l’élévation possibles à leurs membres, leur action n’est jamais limitée , et elle est constamment exécutée avec toute la force et tout le nerf qui leur ont été départis.
L’éloignement de la sujétion et de la contrainte ne naît pas toujours d’un mauvais fond. Une tipii-
dite naturelle, qu’il serait dangereux de confondre
avec ce qu’on doit réellement appeler mauvaise volonté, y a souvent beaucoup de part, ainsi que le défaut de raisonnement dans des hommes qui, ayant demandé indiscrètement à l’animal ce qu’il ne peut ni ne sait, sont parvenus à le rebuter, à le révolter et à en pervertir le caractère. Il est aisé de se persuader que la timidité doit s’évanouir à mesure que la modération et la douceur capteront la confiance et que l’animal trop craintif acquerra insensiblement l’habitude des actions et des objets. Il est certain aussi que celui qui ne sait pas doit être instruit par des personnes qui sachent elles-mêmes se faire entendre de lui, et à l’égard du cheval dont l’obstination a son principe dans une véritable impuissance occasionée par la mauvaise constitution de quelques unes de ses parties, ou par des vices dans la construction totale, il s’agit de rechercher les effets des unes ou des autres de ces imperfections relativement à telle ou telle action, pour n’exiger ensuite que celles qui n’ont pour lui rien d’impossible. Le vrai défaut de courage ou la mauvaise volonté réelle réside donc dans l’intérieur de l’animal et se montre au dehors par tous les signes qui annoncent la malignité, la poltronnerie, l’ardeur superflue, etc. L’œil couvert en est un indice, mais la preuve la moins suspecte est celle d’une opiniâtreté constante à se retenir et à borner ses mouvez mens sous lui , quelque effort que l’on puisse faire pour le solliciter à un développement par le moyen duquel il embrasserait franchement le terrain. Scs
défenses, qui ne sont que trop fréquentes , et dont il prévient toujours par le déplacement de sa tête, et le plus souvent par le mouvement de l’une de ses oreilles en avant et de l’autre en arrière , varient à l’infini. S’il est léger et que la bouche en soit délicate , elles consisteront dans des pointes très dangereuses , puisque, plus ou moins droit sur ses pieds de derrière , il seTa aux risques de se renverser sur l’homme , surtout dans le cas où il manquerait de force dans les reins , et où son ardeur et sa vivacité le porterait à s’élever subitement et avec violence trop en arrière. Si à la légèreté se joint la force , lorsqu’il sentira que ses pointes ne sont que de vains efforts contre le cavalier, il se livrera à des sauts désordonnés, soit en avant, soit en arrière, soit en se traversant, soit en tournant, etc. Si ces défenses sont encore inutiles , il cherchera à gagner ta main en portant au vent, et il fuira en se dérobant à tous les mouvemensde cette partie. S’il est faible , il se * plantera à la même place , il fuira la volte, il pliera le cou , et la lenteur ainsi que la mollesse de ses contre -temps décèleront sa débilité. S’il est pesant, il ruera sans quitter le sol du devant, il pèsera sans cesse sur la main, il y tirera, pour peu qu’il ait d’impatience , et il la gagnera le plus fréquemment en s’encapuchonnant; enfin, si, après s’être obstiné dans une seule et même place , et quand il éprouve le plus léger châtiment, il se jette à terre , on doit le regarder comme un animal des plus vils , etc.
Le mouvement d’un cheval de bon tempérament
est prompt; celui d’un cheval ardent, toujours pressé; celui d’un cheval paresseux , constamment tardif. Les allures du premier ne sont jamais qu’au degré de célérité auquel on veut les porter; celles du second, dont la vivacité est excessive, ne peuvent être que très dilficilement tempérées, surtout quand il est mu par quelques objets, et son ardeur lui est aussi nuisible qu’elle est latigante pour l’homme; celles , enfin , du troisième sont retenues, en ce que chaque action de ses membres est languissante; il demande à être sans cesse sollicité et poussé; il ne répond à ces sollicitations et aux différentes aides auxquelles on n’a recours que pour un instant, car il en revient bientôt à tout ce qui caractérise en lui la paresse; et, insensiblement accoutumé à ces mêmes aides répétées , il s’endurcit tellement que son insensibilité prive le cavalier de toutes ressources.
Le mélange de toutes ces qualités, bonnes et mauvaises, combinées encore avec tous les vices différcns qui peuvent exister dans chaque cheval, nous offrirait ici une matière bien plus ample et qui exigerait de nous plusieurs volumes; mais en nous bornant aux simples indications, nous ouvrons les portes aux idées des élèves; nous leur présentons des moyens d’approfondir, de s’instruire eux-mêmes , et de sentir un jour que des lumières acquises par ses méditations et par ses propres .recherches éclairent mille fois plus que toutes celles que l’on tient d’autrui et auxquelles on participe simplement.
Choix des Chevaux , d’après l’usage auquel on les destine.
L’usage auquel on destine un cheval doit encore en déterminer et en fixer le choix.
Il est des chevaux fins, il est des chevaux communs. Cette distinction a lieu , soit qu'il s’agisse de chevaux de monture , soit qu’il s’agisse de chevaux destinés à tirer.
Le cheval fin, parmi les premiers, est proprement un cheval de légère taille , tel qu’il doit être choisi dans le nombre des dilFérens chevaux résultant du mélange de diverses races, lorsqu’on se propose de s’en servir pour le manège ou en qualité de cheval de maître, en voyage, à la guerre, à la chasse, etc.
On demande que le cheval de manège ait de la beauté et de la grâce, qu’il soit nerveux, léger, vif et brillant, que les mouvemens en soient lians et trides, que la bouche en soit belle, et surtout que les reins et les jarrets en soient bons, etc.
Dans le cheval de voyage, on exige une taille raisonnable , un âge fait , tel que celui de six ou sept années, des jambes sûres, des pieds parfaitement conformés, un ongle solide, une grande légèreté de bouche, beaucoup d’allure, une action souple et douce, de la tranquillité, de la franchise, et l’on doit rejeter avec soin celui qui serait ardent , paresseux, et délicat en ce qui concerne la nourriture.
Le choix du cheval de guerre n’a que trop sou-
vent coûté la vie à celui qui l’a fait ou pour qui il a été. fait imprudemment et sons lumières. La taille des chevaux consacrés à cet usage ne doit être ni trop élevée ni trop petite ; il est rare de trouver de l’agilité et de la légèreté dans une grande machine, et d’une autre part, outre le désavantage qu’il y a de combattre sur un petit cheval , il est constant qu’il ne résistera jamais à la fatigue comme un cheval d’une certaine hauteur. Le poil en doit être obscur, principalement s’il est destiné à monter un officier de marque. Il faut qu’il soit bien proportionné, bien traversé, beau du devant, bien ouvert, et non chargé d’épaules, puisque alors il serait pesant, paresseux et lent dans ses actions. La tête et l’encolure en doivent être bien conformées, la bouche belle , et l’appui à pleine main , afin qu’il obéisse assez promptement, sans cependant être effarouché de quelques mouvemens irréguliers de cette partie, qui ne seraient pas extraordinaires, même de la part d’un homme de cheval dans le moment du combat. La jambe en sera bonne, les pieds excellens et non dérobés} car un semblable défaut serait une raison d’exclusion. Il sera uni ; il aura de la souplesse , de la sensibilité, de l’adresse et du courage, et une liberté entière à toutes mains, soit au pas, soit au trot, soit au galop; actions qu’il doit exécuter avec facilité et promptitude. Il sera docile aussi au partir de la main, et susceptible d’un retour facile à un galop écouté , ainsi qu’au trot et au pas ; il connaîtra les jambes; il fuira librement les talons, et, lorsqu’il sera arrêté, il ne témoignera aucune inquié-
tude , et sera comme immobile à la même-place ; il importe Encore qu’il ne redoute aucun des objets qui peuvent frapper son ouïe ou sa vue , qu’il ne craigne ni le lieu ni l’eau, qu’il ne soit point vicieux envers les autres chevaux, qu’il n’ait point d’ardeur, qu’il soit d’un bon et facile entretien, etc.
Quant au cheval de chasse, on désire qu’il ait du fond et de l’haleine , que les épaules en soient plates et très libres; qu’il ne soit point trop raccourci de corps ; que la bouche en soit bonne, qu’elle ne soit point trop sensible; qu’il soit plutôt froid qu’ardent à s’animer, qu’il soit doué de légèreté et de vitesse , etc.
La tranquillité , la docilité , l’exacte obéissance , la bonté de la bouche , des allures sûres et douces , une taille médiocre , une franchise à l’épreuve de tous les objets capables d’effrayer et d’émouvoir sont les qualités que l’on doit rechercher dans les chevaux de l’arquebuse , dans les chevaux de promenade et dans les chevaux de femme.
Le cheval de domestique ou de suite , le cheval de cavalier et de dragon , le cheval de piqueur sont dans le genre des chevaux de selle qife nous envisageons comme des chevaux communs , et qui peuvent être mis en opposition avec ceux dans lesquels nous trouvons de la finesse. Le premier doit être bien traversé , bien membre, bien gigotté. La bouche en sera bonne sans être absolument belle , et l’on ne doit pas trop s’attacher au liant ou à la dureté de ses allures. *'
11 est essentiel que le second, c’cst à dire le cbe-
val de troupe soit plus susceptible d’obéissance , de souplesse et de légèreté relativement aux manœuvres qu’il doit exécuter, et auxquelles il n’est que trop prouvé qu’il ne peut suffire dans un âge tendre. Les secours de l’art , absolument limités aux mouvemens dont il est tenu, et bornés, d’une autre part, à ce que le cavalier et le dragon doivent savoir euxmêmes , seront toujours utiles au bien du service , surtout lorsque les principes donnés seront étroite-» ment renfermés dans le cercle des actions dont ces différons corps doivent être chargés.
Le cheval de piqueur doit être étoffé , vigoui^eux, doué d’une grande haleine , et propre à résister au travail pénible auquel il est assujetti.
Quant aux bidets de poste, on doit plutôt considérer la bonté de leurs jambes et de leurs pieds que leur figure , et que les qualités de leur bouche ; il faut nécessairement qu’ils galopent avec aisance , et de manière que la dureté ou la force de leurs reins n’incommode point le cavalier. Trop de sensibilité serait , au surplus , en eux un défaut d’autant plus considérable , que l’inquiétude qui résulterait des mouveincns désordonnés des jambes des diffèrens courriers qui les montent , et de l’approche indiscrète et continuelle des éperons, les rendrait bientôt rétifs et rainingues.
Dans le genre des chevaux qui tirent et qui portent des fardeaux , il en est de plus ou moins fins et de plus ou moins grossiers.
Des chevaux bien tournés et bien proportionnés, d’une taille de quatre pieds onze pouces , jusqu’à
cinq pieds trois ou quatre pouces , qui seront parfaitement relevés du devant , bien traversés , dont les épaules ne seront pas trop chargées, dont le poitrail ne péchera pas par un excès de largeur ; dont les jambes, plates et larges, ne seront pas garnies d’une infinité de poils ; dont les jarrets seront nets , amples , bien évidés , bien conformés $ dont les pieds seront bons ; qui auront de la grâce et beaucoup de liberté dans leurs mouvemens , qui seront justement appareillés de poil, de taille , de marques , de figure , d’inclination, d’allure et de vigueur, formeront des chevaux de carrosse qui auront de là finesse, et qui seront préférables k tous ceux sur lesquels ou pourrait jeter les jeux , lorsqu’on souhaitera des chevaux beaux, brillans et d’un très bon service.
Certains chevaux de chaise comparés aux chevaux peu déliés que l’on emploie communément à tirer cette sorte de voiture , seront, dans leur espèce, envisagés comme des chevaux fins. Le cheval de brancard (1) sera bien étoffé , d’une taille raisonnable et non trop élevée. Il trottera librement et diligemment , tandis que le bncolier (a), qui sera bien traversé, mais qui aura moins de dessous que lui , et qui sera aussi moins éloigné du genre des chevaux de selle , sera capable de fournir avec facilité à un galop raccourci.
(1) Que l’on appelle encore brancardier, mallier . (Ê.)
(2) Ou le cheval du postillon , que l’on nomme aussi porteur. (É.)
Les autres chevaux de tirage seront plus on moins communs selon leur structure , leur épaisseur , la largeur de leur poitrail , la grosseur àe leurs épaules plus ou moins charnues , leur pesanteur , l’abondance et la longueur des poils de leurs jambes (1) , etc. Il en sera ainsi des dilFérens dievaux de bât et de somme qui doivent avoir aussi beaucoup de reins, et ce n’est véritablement qu’au moyen d’une attention scrupuleuse à toutes ces distinctions, qu’on peut approprier le choix de l’animal à l’emploi qu’on veut en faire.
. Action en Garantie et Cas rédhibitoires »
Nous ne nous dispenserons pas de placer un mot ici sur l’obligation du vendeur envers l’acheteur.
Cette obligation consiste dans une garantie , qui est ou une suite naturelle de la vente, ou une condition faite et arrêtée entre les parties , ou une règle particulière , et en vigueur dans certains lieux.
Dans le premier cas, la garantie est de droit; dans le second, elle est conventionnelle; dans le troisième, elle est d’usage.
La garantie de droit ne s’exprime point , elle a lieu constamment et quelles que puissent être les circonstances de la vente. Tout homme qui vend
(j) Le limonier surtout, destiné à supporter la charge et à la retenir dans les descentes, doit être distingué par sa force^ et par la largeur de ses reins et de ses jarrets. ( É .)
un cheval est nécessairement astreint à répondre que l’animai lui appartient. C’est une loi immuable et de rigueur à laquelle il ne saurait se soustraire, parce qu’on ne peut, sous aucun .prétexte et sans blesser les bonnes moeurs, transmettre une propriété que l’on n’a pas .
La garantie conventionnelle s’étend à tous les çngagemens pris par le vendeur, il en est indispensablement tenu.
Enfin, la garantie d’usage est relative aux vices déclarés par les maximes usitées et reçues , être de de nature à annuler la vente.
Ces vices ont été généralement restreints parmi nous à la pousse , à la morue et à la courbature. Dès que le cheval est atteint de l’une de ces maladies , l’acheteur est en droit de contraindre le vendeur à reprendre l’aninial et à lui restituer le prix donné. -xfPn ne doit point être étonné que la facilité de déjçpbev et de pallier, pour quelque temps et .au moyen de certains médicamens , les signes caractéristiques de l’espèce de courbature qu’un flux considérable d’humeurs par les. naseaux décèle , ainsi que les symptômes évidens de la pousse et de la morve,, qui, d’ailleurs, ont été regardés comme des maux incurables, ait suggéré une disposition qui obvie aux fraudes que cette même facilité peut occasioner; mais il est surprenant que la jurisprudence diffère et varie sur la durée de l’action rédhibitoire admissible daùs ces trois cas. Il est des pays où l’acheteur doit se pourvoir dans les huit jours, à compter de celui de la délivrance du cheyal : il eu
est (1 autres où 1 usage est d’en accorder quarante, après lesquels le vendeur est n couvert de toutes reclierclies.
Quoique la fixation du plus court de ces délais soit autorisée sur le risque des événement qui peuvent arriver dans l’espace et dans la circonstance d’un ternie plus loug, il est certain qu’elle n’en est ni plus juste ni moins illusoire. En premier lieu, la condition de l’aclieteur est assez défavorable pour qu’on ne doive pas craindre de prendre toutes les voies capables de réprimer, dans le vendeur, des infidélités qu’il commet encore avec plus de hardiesse, lorsque la loi même qui les condamne ne lui interdit pas toutes les exceptions captieuses qu’il peut employer pour en abuser.
S’il est vrai, en second lieu , qu’il soit possible' de faire disparaître, au delà des huit jours prescrits et pendant le cours d’un mois entier, les symptômes principaux et univoques des maladies dont il s’agit, par le secours de quelques raédicamens , il faut nécessairement convenir que les coutumes et les ordonnancés qui prescrivent l’action en rédhibition, quand elle n’est pas intentée dans la huitaine, non seulement ne remplissent pas l’objet qu’elles semblent et qu’elles doivent s’être d’abord proposé, mais favorisent en quelque manière la mauvaise foi du vendeur. Il serait donc à désirer que tous les tribunaux auxquels de semblables'contestations sont déférées prononçassent uniformément et •d’après un principe généralement établi pour l’entière sûreté des acheteurs, tel que celui qui est suivi rigoureu-
sement dans de Certains parlemens , comme , par exemple, dans le parlement de Rouen (i).
Persuadés, au surplus, de l’inutilité de nos réflexions sur les ruses pratiquées par la plus grande partie des marchands de chevaux, nous ne nous y livrerons point. Comment, d’ailleurs, rougiraientils de leurs artifices , dès que des personnes de tous les états, par une sorte d’exception aux règles de la probité et de l’honneur, disputent publiquement et sans remords, à des âmes viles et mercenaires, la gloire ou la honte d’avoir porté aussi loin qu’elles
( i) Le Code civil actuel a généralisé la garantie; il dit d’une manière plus avantageuse pour l’acheteur-:
Art. 1 64 1 • Le vendeur est tenu de la garantie, d raison des défauts cachés de la chose vendue qui la rendent impropre à l’usage auquel on la destine , ou qui diminuent tellement cet usage , que l’acheteur ne l’aurait pas acquise , ou n’en aurait donne qu’un moindre prix s’il les avait connus.
Art. 1642. Le vendeur n’est pas tenu des vices apparent et dont l’ acheteur a pu se convaincre lui-même.
Il résulte donc bien évidemment de ces deux articles que ce ne sont plus tels ou tels vices qui sont rédhibitoires , suivant telle coutume ou tel usage, mais que, tous les vices dont l’acheteur n’a pas pu s’apercevoir au moment de la vente, parce qu’ils étaient cachés, et parce qu’ils préjudicient au service d’une manière quelconque, sont dans ce cas.
Mais ce même Code civil a dit, art. 1648 : L’action résultant des vices rédhibitoires doit être intentée par l’acquéreur dans un bref délai, suivant la nature des vices rédhibitoires, et P usage des lieux où la vente a été faite. Ainsi, il a conservé les usages et coutumes des lieux pour la durée de l’action en garantie, quelqu’insuffisaus qu’ils soient pour certains vices cachés au moment de la vente. ( E .)
l’art humiliant de la fraude et du mensonge? A l’aspect de tous les détours odieux qu’il nous serait aisé de dévoiler, et qui seraient peut-être moins communs si , conformément à la police observée par les Romains, et à l’édit fameux des Édiles, tout vendeur était obligé de déclarer les défauts de l’auimal qu’il vend, et n’avait pas même la faculté de s’excuser sur son ignorance, nous nous contenterons de nous écrier avec Montaigne : La vertu assignée aux affaires de ce monde est une vertu à plusieurs plis , encoignures et coudes , pour s’accommoder à l’humaine faiblesse (i).
Des Soins qu’exigent les Chevaux.
Le mépris du régime, l’oubli de ses lois, voilà la source d’une infinité de maladies.
La même suite de inouvemens qui constitue la vie de l’animal en opère insensiblement la destruction} et , d’une autre part , tout ce qui , dans les corps qui l’environnent, doit influer sur lui tend à retarder ou à accélérer sa ruine. Le principe de son anéantissement réside donc au dedans de lui-même, puisque l’action de ses propres ressorts n’a qu’un terme plus ou moins limité, et que ses humeurs se perver-
ti) On trouvera de plus grands détails relatifs à l’action en garantie et aux cas rédhibitoires , dans les Instructions et Observations sur les maladies des animaux domestiques , déjà citées, première partie; et encore dans l’ouvrage intitulé De la Garantie et des Vices rédhibitoires dans le commerce des animaux domestiques , par Huzard fils. Paris , 1829, in-12. ( É .)
tiraient et seraient bientôt épuisées sans de nouveaux rafraîcbissemens et de nouveaux sucs; le plus sauvent aussi la cause en est au dehors, puisque les différentes qualités des êtres physiques extérieurs dont il est nécessité de participer peuvent décider de la durée de son existence et du moment de sa perte.
Rien ne peut'affrauchir de la mort, l’arrêt en est irrévocable; mais il est des moyens de ne pas en hâterle coup, et ces moyens consistent dans un usage constant et proportionné des choses propres à main» tenir l’intégrité des corps , et dans une attention exacte à rejeter toutes celles qui , préparant toujours et produisant plus tôt ou plus tard des dérangemens et des maux plus ou moins graves , doivent être regardées ici comme ennemies de la nature. Il est vrai que la distinction de ces choses ne peut être certaine , parce qu’elles ne sauraient être nuisibles ou salutaires absolument et en elles-mêmes : or, ces deux qualités étant relatives et dépendant réellement de la disposition particulière des sujets, leur évidence exigerait non seulement la connaissance singulière de la nature de chaque individu , mais encore celle des rapports et des agens <jui , dans ces mêmes individus, sont capables d’opérer une infinité de changemensdont elles peuvent être susceptibles.
Cependant, il est des effets généraux qu’il n’est pas' permis d’ignorer; car la science de ces effets nous fraie* l’es routes qui conduisent à la conservation de l’animal, et peut même nous éclairer sur des exceptions et sur des dérogations qui nous éefiapperaient infailliblement sans elle.
On doit savoir qu’un air humide ramollit, relâche, affaiblit les fibres motrices et s'oppose dès lors aux excrétions; qu’un air trop chaud raréfie les liqueurs, ouvre les pores avec excès, et augmente par conséquent la transpiration au point de solliciter la dissipation des particules les plus mobiles èt les plus tenues des humeurs, et c’est ainsi qu’il donne lieu à l’imméabilité de celles qui restent, à l’allongement et à l'affaiblissement des solides , à des obstructions, à des desséchemens , à des inflammations, etc. il n’esl pas moins certain qu’un air trop froid rapproche les particules des fluides, les condense et les épaissit, resserre les pores et les extrémités des vaisseaux sécrétoires , chasse et détermine les liqueurs de la circonférence au centre; ce qui ne peut arriver sans qu’il eu résulte des suites plus ou moins funestes. Il est incontestable aussi qu’un hir tempéré donne aux fibres la force et lu tension nécessaires à la liberté, à l’égalité de leur action, et au maintien du juste équilibre qui doit régner entre , elles et les fluides qu’il n’épaissit, ni ne dissout, ni n’atténue, ni ne subtilise point trop, de manière à troubler les sécrétions, les excrétions et toutes les fonctions, en un mot, dans lesquelles consistent la vigueur et l’état sain de la machine. -
Ces vérités doivent être sans cesse présentes à l’esprit , non seulement de ceux qui s’occupent du traitement des maladies des animaux, niais de ceux à qui la conduite en est confiée. Elles prouvent aussi . combien il serait important d’apporter plus d’attention dans le choix du lieu que l’on destine à leurlia-
bitation, et dans la construction des bâtimeus élevés ou réservés à cet effet ; rien n’est sans doute plus singulier que de voir dans la plus grande partie des maisons de la capitale des écuries , pour ainsi dire , enterrées, mal exposées, mal aérées, mal éclairées, et qui forment autant de réduits où les chevaux contractent nécessairement une infinité de maux.
Construction des Ecuries.
Les écuries qui sont dans une exposition véritablement favorable sont celles qui sont orientées à l’est; elles sont moins en but aux vents de sud et de nord , et Pair y est toujours beaucoup plus tempéré.
Le sol sur lequel elles sont bâties doit être sec et * élevé; un terrain bas et humide les rend malsaines, et les chevaux y sont en proie à des fluxions, à des refroidissemens d’épaules, etc.
Elles doivent avoir plus ou moins de longueur, selon le nombre des chevaux que l’on se propose d’y retirer, et selon la manière dont on a dessein de les séparer les uns des autres. Leur largeur, soit qu’on les ait destinées à en contenir un ou deux rangs , doit être telle qu’il y ait toujours un espace de douze pieds, pour la place de l’auge, du râtelier, et de chaque cheval dans sa longueur, et il est nécessaire de ménager encore un intervalle de huit pieds au moins, pour laisser un libre passage derrière ces rangs à ceux que la curiosité conduit, ou qui sont préposés au ser vice de ces animaux . Quant à la hauteur du vaisseau , elle doit être proportionnée à sa , grandeur; et, d’ailleurs, un architecte habile et
éclairé doit constamment s’attacher à ne rien faire perdre à l’œil du volume , de la masse et de la taille de chaque animal, taille qui, quelque colossale qu’elle soit et qu’elle puisse être , paraît réduite à celle d’un bidet dans de vastes édifices , que l’on n’admire vraisemblablement que parce que leur étendue en impose.
Les .voûtes sont préférables aux planchers , aux plafonds même. Elles maintiennent l’écurie plus chaude en hiver, plus fraîche en été; et , d’ailleurs, dans les cas d’incendie, elles s’opposent aux progrès funestes du feu.
Ces sortes de lieux sont communément pavés. Quelquefois on substitue aux pavés des madriers de chêne posés transversalement, intimement unis, et semés de hachures pratiquées à l’effet d’éviter que les chevaux ne glissent , ce qui serait infiniment dangereux et très aisé, surtout lorsqu’ils se campent pour uriner.
Ces madriers , ou le pavé , en cet endroit , doivent toujours présenter depuis le devant de l’auge une légère pente qui se termine à la croupe des chevaux, ou plutôt au commencement du chemin tracé derrière eux. Elle doit aboutir à une sorte de ruisseau qui reçoit l’urine et les eaux quelconques, dont elle facilite l’écoulement. Elle relève encore le devant du cheval et le met dans une situation qui soulage'très souvent ce même devant, et qui rend l’animal beaucoup plus agréable aux yeux du spectateur. Ce ruisseau doit être conduit hors de l’écurie.
Outre la propreté qui résulte des plates-formes,
on n’a point à redouter que les chevaux deviennent ram pins, ce dont on ne doit pas se flatter lorsqu’ils sont sédentaires sur un terrain pavé ; car, dès qu’ils en rencontrent les joints, ils y implantent la pince des pieds de derrière , et s’accoutument à ne se reposer que sur cette partie, de manière que la rélraction des tendons de leurs jambes postérieures est inévitable. ,. ' < . , .
Cependant, les madriers entraînent dans une dépense considérable $ mais il est un moyen moins coûteux , il consiste à bien talpétrer le terrain et à le bien battre (i). On entretient à peu de frais un sol ainsi préparé ; il maintient les chevaux à leur aise , il n’en fatigue ni les pieds ni les jambes, et il les sauve de toute humidité, ainsi que des douleurs et des incommodités qu’ils éprouveraient s’ils imposaient sur la terre.
Plusieurs personnes ont pensé que des chevaux résidant continuellement sur des planches souffrent ensuite dans leur marche, et redoutent les terrains
(i) Quoique cette expression ( salpêtrer ) soit généralement employée pour exprimer l'action de garnir un sol quelconque de la terre encore humide dont on a tiré le nitrate depotasse ou salpêtre , elle nTen est pas moins inexacte. On ne salpêtre pas le sol ; la terre connue sous le nom de blanc de salpêtre ne contient plus de nitrate de potasse , elle en a été privée par les lessives auxquelles elle a été soumise par le salpêtrier ; elle doit être renouvelée, au contraire, lorsqu’elle est salpètrée de nouveau, c’est à dire lorsque, par l’elfet des urines dont elle a été imbibée et pénétrée par l’effet du temps, elle a repris du nitrate de potasse ou salpêtre, parce qu’alors el le est froide et humide. ( É .)
durs et pierreux , nous ne croyons pas que l’expérience puisse confirmer cette idée. L’ongle du cheval , en effet, ne peut jamais que se ressentir .du fer dont son contour est inférieurement garni, sur lequel la masse repose , et qui garantit le pied de l’impression et du heurt direct de tous les corps quelconques qu’il atteint. La seule partie de ce même ongle qu’il ne défend point, et qui n’est autre chose que la sole et la fourchette , n’est point exposée au contact du pavé ; car il en arriverait des contusions, telles que celles qui ont lieu lorsque le cheval a cheminé sans fer : ainsi , l’avantage des madriers ne peut être détruit et balancé que par la cherté dont ils peuvent être , ils garantissent bien mieux que le paVé l’animal de l’humidité du terrain, humidité qui perce toujours, quelle que soit la litière qu’on puisse faire (i).
Les murs vis à vis desquels sont tournées les
(l) L’humidité et la fraîcheur des murs latéraux , contre lesquels on place les chevaux, sont au moins aussi à redouter que celles du sol , surtout lorsque ces murs sont salpêtres, comme cela arrive fréquemment : aussi, dans les écuries bien tenues, ces murs latéraux sont-ils garnis , à trois ou quatre pieds de hauteur, de paillassons ou de nattes de paille, ou, ce qui vaut beaucoup mieuxencore, de planches parfaitement jointes, qor garantissent les animaux du contact immédiat de l'humidité.
Il ne faut pas chercher ailleurs que dans la fraîcheur et l’humidité du sol et des murs de beaucoup d’écuries la cause de claudications rhumatismales qu’on s’efforce inutilement de guérir, et auxquelles les animaux sont enêore plus exposés que l’homine. ( É .)
têtes des chevaux sont meublés d’une auge et d’un râtelier qui régnent dans toute la lougueur de l’écurje.
L’auge ou la mangeoire est une espèce de canal de quinze pouces de profondeur, sur un pied de largeur, clos et fermé par ses deux bouts. Le bord supérieur de sa paroi antérieure est élevé au dessus du sol de trois pieds trois ou quatre pouces environ. On construit ce canal le plus ordinairement en bois; mais les planches qui le forment doiyent -être tellement jointes et assemblées, qu’il n’y ait pas entre elles le moindre intervalle par où l’avoine ou le son que l’on distribue au cheval puisse s’échapper et tomber. Ce même bord de la paroi antérieure sera armé de feuilles de tôle ou de quelque autre métal , vis à vis les chevaux qui rongent , qui mordent le bois, et qui contractent la mauvaise habitude de tiquer.
Les auges de pierre n’exigent pas toutes ces précautions. 11 faut que les cariaesen soient exactement abattues et arrondies. Quelques uns leur donnent la préférence sur les premières. Ils décident d’abord ainsi: i°. eu égard à leur solidité; 2°. eu égard à l’aisance avec laquelle elles peuvent être lavées, et nettoyées; 3°. vu la commodité de pouvoir s’en servir pour abreuver un rang entier de chevaux en même temps , lorsqu’on est à portée d’y .conduire de l’eau et de les en rerfiplir; ce qui suppose , d’une part , une légère pente de chaque côté , et à une de leurs extrémités un réservoir qui peut s’y dégorger dès qu’on ouvre un robinet, qui y est placé à cet ef-
fèt , et à l’autre bout un setond robinet pour l’écoulement du fluide quand les chevaux ont bu. Au moyen de cette irrigation une auge de cette matière est toujours très propre et très nette. D’ailleurs , les auges de bois contractent toujours de l’odeur, et non les auges dont il s’agit lorsque la pierre est dure et compacte.
Les consoles ou les pieds-droits qui servent d’appui et de soutien aux unes et aux autres de ces auges sont espacés de manière qu’ils ne se rencontrent pas dans le milieu des places qu’occupent les chevaux : non seulement ils priveraient alors les palefreniers de la facilité de relever la litière et de la ranger sous l’auge, mais encore l’animal pourrait se heurter le genou contre ces memes piliers et se couronner. Enfin , à trois ou quatre pouces environ au dessus du bord de la paroi antérieure dont j’ai parlé, on attache, dans les auges de bois, et on scelle , dans les auges de pierre , trois anneaux à distances égales. Celui qui est dans le milieu sert à porter et à suspendre la barre de séparation des chevaux, les deux autres à attacher ou à passer les longes du licou, l’une d’un cêté, la seconde de l’autre, et l’on comprend que l’anneau du milieu devient inutile, si l’on sépare les chevaux par des cloisons. Il en est qui, au lieu d’anneaux, pratiquent trois trous : cette méthode ne tend qu’à affaiblir les bois ou qu’à endommager la pierre; et, au surplus, si tes longes ne sont arrêtées que par des boules de bois posées à leur extrémité, elles coulent et glissent bien moins
aisément clans les trons' percés que dans les anneaux. • . •
Les râteliers ou les espèces de grilles que nous nommons ainsi ont communément deux pieds et demi de hauteur, et sont placés de façon qu'ils sont ou droits ou inclinés. Dans le premier cas , leur saillie en dedans de l’écurie est de dix-huit pouces environ. Ils reposent par leur extrémité inférieure contre la paroi postérieure de l’auge, et leur distance du mur est remplie par uû autre grillage plus serré , appuyé et arrête, d’une part, contre cette même extrémité, et, de l’autre, accoté et fixé à la muraille. Ce' grillagé livre un passage à la poussière du foin, qui tombe alors en arrière même de l’auge.
Les autres 'râteliers sont inclinés par leur extrémité supérieure en avant. Cette même extrémité est soutenue par des tirans de fèr qui partent horizontalement du mur et qui l’en maintiennent éloignée de quinze pouces environ, tandis que l’autre en est si rapprochée qu’elle y est scellée très solidement* La mangeoire dès lors n’en est pas séparée. Ceux-ci , qu’on ne doit élever et mettre en usage qu’autant que l’on est gêné par le définit de terrain , n’offrant aucune issue à là poussière et aux autres ordures qui ne se rencontrent que trop souvent dans le fourrage, s’en déchargent sur la tête , sur le cou , ou sur la crinière de l’animal.
On pourrait encore placer des râteliers sans qu’ils fissent saillie -dans les écuries. On pratiquerait vis à vis de chaque cheval, dans l’épaisseur du mur, un renfoncement en niche qui serait plus haut que le
râtelier, et qui descendrait derrière l'auge jusque sur le sol. Ce renfoncement serait formé par le râtelier qu’on appliquerait contre ses montans, et supérieurement ouvert pour , laisser passer le fourrage que l’on distribuerait et qui serait, comme dans les râteliers droits, soutenu parmi grillage placé au niveau de la partie la plus élevée de la paroi postérieure de la mangeoire. Ce grillage laisserait échapper les ordures et la poussière qui, dès lors, tomberaient sur le terrain en arrière du râtelier même.
Les fuseaux des uns et îles autres de ces râteliers doivent être distaus seulement de trois ou quatre pouces. Si l’espace est plus grand, le cheval lire et perd trop de loin; s’il est moindre, il n’en tire pas assez ou u’eu tire que difficilement. Du reste, il est bon que ces fuseaux arrondis tournent et roulent dans les cavités qui les contiennent, pour qu’ils n’opposent point trop de résistance à la sortie du fourrage.
11 est des écuries sans râteliers, d’autrés qui ont des râteliers sans auge : celles-ci sont d’usage dans quelques liaras; on y retire les élèves pendant la nuit et à leur retour des pâturages-, sans les y attacher. Les autres, qui sont destituées de râteliers , demandent une attention , une assiduité de la part’ des palefreniers, sur lesquels il esi rare de pouvoir compter. Ils ne sauraient, en effot, étendre dans 1 auge une assez grande quantité de fourrage à la fois, et il est absolument nécessaire de le renouveler souvent, sans parler de l’inconvénient de la perte qui s’en fait , soit à raison du dégoût dont sont saisis nombre de chevaux pour peu que leur souffle ait
échauffe leur nourriture , soit attendu l’impossibilité de le maintenir dès qu’on eàt privé du secours qu’offrent les râteliers , et qu’on l’abandonne totalement à la discrétion de l’animal , qui s’en remplit la bouche et qui en laisse tomber une grande partie. Çette construction ne peut donc convenir que dans les écuries de ceux qui alimenteraient leurs chevaux de fourrages hachés, seuls ou mêlés avec le grain, ainsi qu’on le pratique dans quelques pays.
Chaque place doit être séparée par des barres ou par des cloisons.
Les barres doivent être unies, arrondies et percées par les deux bouts. On les suspend à l’anneau du milieu, scellé ou fixé dans l’auge, par une de leurs extrémités , au moyen d’une corde passée dans un des trous, et au moyen d’une autre corde au pilier placé en arrière, visa vis cet anneau, et qu’on doit avoir percé à cinq pouces environ au dessous de l’espèce de tête ou de boule qui en décore le sommet, afin qu’il puisse recevoir la longe qui doit porter la barre. Une des manières d’arrêter cette corde en arrière du trou de ce pilier est de la nouer, en y faisant une boucle coulante. Cette précaution est d’autant plus importante qu’il est alors aisé de dégager promptement et sur-le-champ un cheval embarré , puisque le palefrenier en tirant , avec une force même légère , l’extrémité de la longe dont la grosseur doit être proportionnée au trou qui la reçoit et le remplir presqu’en entier, défait tout à coup le nœud et laisse couler la corde.
Il est encore essentiel d’observer que la barre soit
suspendue à une hauteur qui réponde à six ou sept doigts environ au dessus des jarrets de l’animal , et par le bout qui regarde l’auge au dessus du milieu de son avant-bras. Si elle est moins élevée, le cheval s’embarrera fréquemment, et si elle l’est davantage, il pourra, malgré cette sorte de séparation, estropier les chevaux qui l’avoisineront et en être blessé lui-même.
Quelques personnes ne suspendent les- barres en arrière que par une corde arrêtée au plancher ou à la voûte. En pareil cas, cette corde ou longe de suspension doit être coupée en deux portions, l’une fixée supérieurement par un tire-fbnd, son extrémité inférieure étant terminée en une ganse j l’autre, qui passe dans la barre et que l’on noue en dessous, ayant à son autre extrémité un bouton de bois en forme olivaire allongée, qu’on arrête dans la ganse de la première, et qu’on en retire facilement au besoin. Le jeu des barres suspendues ainsi est très considérable. Ellesne garantissent pas toujours aussi exactement que celles qui sont suspendues à des piliers les chevaux des coups de pied qu’ils peuvent se donner mutuellement, elles les amortissent tout au plus. D’ailleurs, il est toujours très dangereux d’aborder des animaux vifs et sujets à ruer, quand ils sont séparés de cette manière, à moins qu’on n’ait l’attention de se saisir de la barre : autrement, en vacillant, elle frapperait et heurterait le cheval, et pourrait le porter à détacher une ruade ou un coup de pied à celui qui en approcherait et qui ne serait pas en garde.
Dans les écuries d’une foule de maquignons, les barres ne sont élevées que du côté de l’auge, l’autre bout repose à terre et sur le sol. Il serait superflu de détailler ici les commodités qu’ils prétendent en retirer, il faut leur laisser le soin de se rappeler les suites funestes des embarrures , des coups de pieds, des entorses, des fractures môme que cette disposition a cccasionés.
, Quoi qu’il en soit, les piliers nous paraissent être le meilleur moyen d’assujettir les barres : ils doivent être exactement ronds et polis. Les inégalités , les fentes y sont nuisibles, en ce que les crins s’y engagent et se rompent. On les place debout, de distance en distance; ils limitent l’étendue de terrain accordée à chaque cheval. Elevés hors de terre de quatre pieds et demi à cinq pieds environ, ils y sont enfoncés de trois pieds de profondeur, et sont extrêmement fermes et stables. S’ils n’étaient pas plantés assez en arrière, ils seraient trop à la portée de l’animal, qui pourrait en profiter, comme il arrive souvent, popr frotter sa queue, et quelquefois aussi pour appuyer ses pieds de derrière, sur la pince desquels il se reposerait continuellement pour peu qu’il y eût de la disposition.
On ne doit pas , au surplus , imiter ceux qui fixent aux deux côtés de chaque pilier un anneau de fer, à l’effet d’y attacher les rênes du filet ou du mastigadour, lorsqu’on tourne le cheval de fiiçon que sa croupe soit à l’auge. En premier lieu, ces anneaux peuvent demeurer relevés et non aplatis contre les piliers sans qu’on s’en aperçoive, et le cheval qui
rentrerait à sa place avec vivacité pourrait s’y prendre et s’y engager par quelques parties de son harnais, ou se heurter et se blesser. Il faut convenir, d une autre part, qu ils sont dès lors multipliés sans nécessité ; car un seul anneau placé au devant du pilier, à deux pouces et demi environ au dessus du trou dont nous avons parlé, suffirait assurémentpour contenir la longe droite et la longe gauche de deux chevaux qui seraient voisins, et l’on éviterait les risques des heurts, des contusions et du déchirement de quelques portions de l’équipage de l’animal. A 1 égard du crochet, que l’on peut poser au dessus du lieu que j’assigne à cet anneau, il peut être utile pour suspendre un moment une bride, un bridou , etc. ; mais il n’est pas si nécessaire qu’on ne puisse s’en passer.
Au moyen de séparations pratiquées selon que je viens de 1 expliquer, on peut ne laisser qu’un intervalle de quatre pieds pour la place de chaque cheval, et nous observerons ici qu’une distance de trois pieds et demi, laissée, pour l’ordinaire, entre chaque cheval dans la plupart des écuries de Paris, ne saurait être suffisante. Les chevaux y sont gênés, surtout dans les cas où ils se couchent ; et si l’on nous objecte que le terrain est précieux , nous répondrons que les chevaux ne le sont pas moins.
Les places limitées par de véritables cloisons seraient trop étroitement espacées, si elles ne comprenaient pas au moins cinq pieds (i). Ces cloisons
(O Pour juger de la largeur que doivent avoir ces espèces
( 2ÔO )
sont communément en bois de chêne; les planches en sont exactement assemblées et languetlées ; nul clou ne peut porter aucune atteinte au cheval ; nulle fissure, nulle aspérité n’endommagent ni ses crins ni ses poils. Une de leurs extrémités est insérée, par coulisse, dans le pilier ; l’autre est arrêtée à l’auge , et elle monte depuis le sol pavé et parqueté, jusqu’à la hauteur des piliers et des fuseaux du râtelier. On pourrait encore élever celle-ci jusqu’à la hauteur de sa traverse supérieure; ce sacri-
de loges particulières appelées stalles , il sufHt de se représenter l’animal debout et couché. Je suppose un cheval de carrosse de la taille de cinq pieds du garrot à terre, il faut ajouter un pied au moiris pour avoir sa hauteur du sommet du toupet au sol , et il en résulte une hauteur totale de plus de six pieds. Lorsque l’animal est couché tout de son long , il doit occuper en largeur ou en superficie sur le terrain, à très peu près , le même espace qu’il occupe en hauteur ; lorsqu’il veut se relever, son premier mouvement est de porter la tête en arrière, et d’augmenter ainsi l’étendue qu’il occupe s il faut donc lui laisser la liberté de ses mouvemens sans se heurter contre la cloison.
Ainsi, la largeur des stalles devrait toujours être plus considérable que la hauteur totale des animaux qu’on veut y mettre, non seulement pour qu’ils y soient couchés à l’aise, mais encore pour que l’on puisse , en cas de maladies ou d’accidens , tourner librement autour d’eux ; et si on compare les stalles de nos écuries actuelles avec celles dont je viens de donner les proportions , on ne sera pas surpris des accidens trop multipliés auxquels les premières donnent souvent lieu, dont les plus fréquens sont des enchevêtrures, des efforts de boulets, de reins; des luxations de l’encolure, etc. ( È .)
fice de la beauté du coup-d’œil serait d’autant moins blâmable , qu’il importe à la plus grande sûreté des chevaux , qui, dès lors, ne sauraient s’entre-mordre, porter la tête hors de l’intervalle qui leur est assigné, se gratter, se frotter, etc. On pourrait d’ailleuis le compenser, si l’on observait de mettre toutes les croupes à la portée de la vue , en contournant supérieurement ces cloisons en une doucine terminée par la boule des piliers dans lesquels elles seraient engagées.
Quoi qu’il en soit, il est certain qu’il résulte de ces moyens de séparation une plus grande propreté dans chaque place, surtout si elles sont garnies de madriers} les chevaux s’y trouvent, pour ainsi dire, emboîtés de manière qu’ils sont à l’abri d’une multitude d’accidens,qui ne sont que trop Iréquens lorsqu’on n’établit que des barres entre eux. On ne doit pas, au surplus, oublier, dans tous les cas, de garnir d’une semblable cloison les murs qui terminent les rangs. Elle garantit le cheval de toute humidité, il ne saurait alors entamer son poil, et ses crins ne peuvent recevoir aucune atteinte dans la circonstance où il entreprend de se frotter (i).
Dans la distribution des jours qui doivent éclairer les écuries, il est indispensable d’avoir égard aux yeux de ces animaux. En les exposant aux traits d’une lumière vive et continuelle, on soumet la prunelle à un resserrement, à une conslriclion constante, et la vue se perd et s’aliaiblit bientôt. Les
(i) Voyez ci-devant la uote de la page 25i.
écuries simples ou à un seul rang présentent, à cet égard, moins de difficultés que les autres. Il est aisé de pratiquer des fenêtres dans le mur qui fait face aux croupes, et l’on a , de plus, la commodité d’y fixer des chevalets pour y placer des selles, d’y implanter des crochets au dessous de ces mêmes chevalets, à l’effet de suspendre les brides, les bridons, etc., et déranger, en un mot , derrière les chevaux, tout ce qui est d’usage pour leur service* On ne peut jouir des mêmes avantages dans la construction des écuries à double rang, les croupes se trouvant vis à vis les unes des autres. En premier lieu, les palefreniers ne sauraient avoir sous leurs mains tout ce qui, eu égard à ce même service, devrait être à .leur portée, à moins qu’on ne ménage d’espace en espace, selon la longueur du vaisseau, une plus ou moins grande étendue de terrain, pour y recéler tous les équipages et tous les instrumens nécessaires; car il n’est pas possible d’approuver que l’on place directement l’équipage de chaque cheval au dessusde sa tête, contre le mur et à côté de l’inscription qu’on y met quelquefois. Un semblable arrangement expose ce même équipage à la poussière du fourrage ; les sièges des selles sont toujours garnis d’une multitude de brins de foins; les palefreniers,. ne pouvant atteindre à la hauteur des chevalets, sont obligés de monter sur la paroi intérieure de l’auge , et de s’aider de la main, avec laquelle ils saisissent les fuseaux du râtelier qu’ils ébranlent, soit qu’il faille prendre la selle ou la replacer, le service est très lent, très peu sûr et très
difficile; il arrive même fréquemment que des chevaux en sont effrayés, surtout lorsque des palefreniers maladroits laissent tomber l’équipage sur la tète ou sur le corps de ces animaux, qui s’acculent, tirent sur leur licou , en cassent les cuirs ou les longes; et s’ils ne sont pas toujours dans un grand danger de s’estropier, du moins ces sortes d’accidens occasionent-ils souvent de vrais désordres (1 ). En second lieu, on ne peut, dans ces sortes d’écuries, être tellement maître des jours, que les yeux des chevaux n’en soient incommodés , surtout si le vaisseau est médiocrement élevé.
Quant à celles qui sont à double rang, les têtes placées vis à vis les unes des autres, au moyen d’upe séparation quelconque élevée dans le milieu même du vaisseau , à une hauteur convenable, il est certain qu’elles ne different point des écuries simples, puisqu’une seule de celles-là en compose, en quelque façon, deux de celles-ci. On en voit une , à Naples, qui prouve que quelque décorées, quelqu’embellies qu’elles soient, elles n’offrent jamais un spectacle aussi satisfaisant que celui que présentent les premières écuries à double rang dont nous venons de parler (2).
Nous n’avons point encore fait mention de ces communications, dont une sage économie avait sug-
(1) C’est ce qu’on Appelle communément tirer en renard. (É.)
(2) 11 y en avait une de ces dernières au Luxembouig , à Paris, à l’usage du Directoire, qui produisait un assez bel ellct, quoique très simple et do pc lite dimension. (É.)
géré l’idée, et que l’on a appelées du nom à’ abatfoin; on n’en pratique plus dans des constructions bien ordonnées, et on n’en trouve aujourd’hui que dans les écuries des hôtelleries et de quelques particuliers habitant des pays où l’usage n’est pas de botteler le foin. Dans ceux où cet usage est en vigueur, on se contente de jeter le fourrage , ainsi lié , du fenil hors de l’édifice, pour le transporter ensuite dans l’écurie, et pour le distribuera chaque cheval. Il serait à souhaiter que l’on pût servir chacun d’eux de l’extérieur et non de l’intérieur. On y est parvenu dans nombre de lieux, en faisant tomber le foin du fenil dans le râtelier même; mais ce n’est point encore assez, puisque, par cette voie, la poussière des greniers, se mêlant avec celle du fourrage, peut susciter dans les chevaux une toux plus ou moins forte, et que, d’ailleurs, leur corps et leurs crins en sont continuellement chargés et salis. Rien ne conviendrait mieux que des ouvertures pratiquées au dehors, vis à vis chaque place. On les fermerait avec un volet aussitôt que le foin y aurait été in — troduit. La propreté serait maintenue, et l’on parerait au désagrément qui résulte, pour des personnes que la curiosité peut attirer dans des écuries vastes et renommées, et pour les écuries de cavalerie , de la rencontre de nombre de palefreniers occupés du soin de distribuer chaque portion, et qui marchent, cheminent chargés, et reviennent sans cesse dans le lieu du passage ménagé derrière les chevaux.
Eu égard à la distribution du son et de l’avoine , il convient qu’elle soit toujours faite dans l’écurie
même. Si le grain , qui de tous les alimens est celui que les chevaux préfèrent , leur était , ainsi que le fourrage, donné de dehors, il y aurait à craindre qup ces animaux, qne l’homme n’apprivoise et ne rend familiers qu’autant qu’il leur fait sentir le besoin qu’ils ont de lui , et qu’il les habitue à recevoir la nourriture de sa main , ne devinssent en quelque façon féroces et sauvages dès qu’elle leur serait administrée d’une manière qu’il n’en serait point aperçu.
Du reste, quand ces sortes d’édifices sont destinés à recevoir un nombre considérable de chevaux distingués, tels que ceux qui forment les équipages des princes et des seigneurs , il convient de pratiquer en même temps des logemens convenables aux écuyers , aux commandans de l’écurie , aux vétérinaires, aux maréchaux, aux maîtres-palefreniers, aux personnes chargées de délivrer le fourrage , aux maîtres des garde-meubles, aux cochers, aux postillons et aux palefreniers, et d’en combiner les dispositions sur l’utilité et la commodité du service. On ne peut se dispenser aussi d’y établir des gardemeubles, des selleries, dans lesquelles il importe de se ménager les moyens de garantir, par le moyen du feu , les selles et les harnais de l’humidité, qui leur nuit. On pourrait encore, si des vestibules formaient les différentes entrées des écuries , faire sceller des chevalets dans les murs , et les ranger en » échiquiers pour y placer les selles dont on ferait le plus d’usage , et poser au dessus de ces chevalets des médaillons, dans lesquels seraient répétés les
noms des chevaux auxquels ces mêmes selles seraient appropriées, et qui seraient inscrits dans les écuries vis à vis chaque cheval, supérieurement à chaque niche et à chaque râtelier.
Il faudrait, de plus, disposer dans des cours attenantes des auges en pierre, dont les unes seraient très près des portes par lesquelles on communiquerait des garde-meubles et des selleries dans ces cours ; tandis que les autres seraient sous des hangars, destinés à panser les chevaux, à les desseller, à leur abattre la sueur, etc.: dès lors les palefreniers et les maîtres du garde-meubles jouiraient facilement du lieu et de l’eau nécessaire pour laver, d’une part, les crins et les extrémités de l’animal , en observant de dégorger souvent ces auges dès que l’eau en aurait été salie , et pour nettoyer, de l’autre, tous les harnais et tous les équipages , les selles ne devant, au surplus, être rangées sur les chevalets en échiquiers qu’après qu’on en aura fait sécher les panneaux mouillés et abreuvés, pour l’ordinaire, de la sueur des chevaux.
Des remises, des retraites pour le fumier ne seraient pas moins nécessaires (1) , ainsi que des in-
(i) Dans beaucoup d’écuries des villes, l’économie du terrain, ou des convenances locales, forcent à laisser le fumier d.ans l’écurie même et derrière les chevaux : les inconvéniens qui en résultent sont trop multipliés pour qu’il soit nécessaire de les indiquer ici. Les propriétaires qui veulent conserver leurs chevaux ne doivent pas hésiter, dans ces cas , à frire enlever le fumier au moins tous les jours très exactement. (Zf.)
firmeries , distribuées de hianière que les chevaux malades pussent être totalement séparés des autres, dans le cas où ils seraient affectés de maladies contagieuses. D’un côté des infirmeries serait une pharmacie garnie de fourneaux, de tous les ustensiles, des médicamens nécessaires; de l’autre, seraient uné ou deux forges et des travails de toute espèce, couverts , et à l’abri des injures du temps : par le moyen de ces différentes constructions on réunirait tout ce qui peut faciliter le traitement de l’animal sain et malade, et même tout ce qui pourrait mettre à portée de le travailler et de l’exercer, si l’on y ajoutait un manège qui, dans l’autre face de l’édifice , répondrait à ces cours supposées.
On doit penser, d’ailleurs, que le terrain seul doit décider des plans à faire en pareil cas; mais ces notions générales seront peut-être de quelque utilité aux architectes; et d’après les détails dans lesquels nous sommes entrés, les simples particuliers pourront profiter de celles de nos idées dont l’exécution leur sera possible, si néanmoins ils les trouvent assez justes pour les adopter (1).
Nous observerons encore qu’il est essentiel de ne jamais abandonner les chevaux à eux-mêmes; que, dans des écuries bien peuplées, il convient qu’il y ait toujours, au moins, un ou deux palefreniers de
(l) Les lins et les autres pourront encore consulter un ouvrage intitulé Traité des bâti mens propres à loger les animaux qui sont nécessaires à l’économie rurale. Leipsig , 180a , in-fol., avec 5o plane! es. ( E .)
garde} et qu’il serait à souhaiter que celles de personnes privées fussent , dans la Capitale , construites de manière à permettre aux cochers de ne pas se séparer de leurs chevaux pendant la nuit pour habiter le laite des maisons; ce qui les met hors de portée de les secourir, de parer iaux inconvéniens qui résultent de ceux qui s’embarrent, qui se délicotent, qui se mordent, qui se battent, etc.
Propreté des Écuiies.
Des balais, des fourches, des pelles, des civières ou des brouettes sont d’une absolue nécessité pour nettoyer sans cesse ces lieux du fumier et de toutes les ordures dont l’ensemble et le séjour seraient incontestablement nuisibles à ces animanx.
L’air, ce fluide invisible, dont nous avons déjà parlé , ce mobile perpétuel qui agite , divise et mêle tout, cette espèce de chaos, dans lequel nagent une iufinité de parcelles émanées de toutes sortes de corps, et dont le concours, la combinaison et le mélange donnent différens produits, s’épaissit et se corrompt bientôt s’il est renfermé, à plus forte raison s’il peut, dans un lieu limité, se charger des exhalaisons excrémenteuses qui sortent et qui s’échappent constamment du corps des chevaux , et à bien plus forte raison encore s’il participe nécessairement de parties plus impures et plus fétides. C’est alors qu’il contient particulièrement des semences vraiment morbifiques, cachées et capables de causer à la machine des troubles plus ou moins considérables. II l’embrasse, il l’entoure, il la comprime; il
est poussé, aidé de son propre poids et de son ressort, principalement dans la trachée-artère, dans les poumons , dans l’oesophage , l’estomac et les intestins; il pénètre enfin avec le chyle dans le sang, et se distribue dans toutes les liqueurs fournies par ce dernier fluide : or, sa corruption, conséquemment aux diverses parties hétérogènes qu’il peut charrier, doit inévitablement produire de sinistres effets ; de là l’importance , d’une part , de le renouveler attentivement pour le purger, pour l’épurer, en procurant la dispersion et la dissipation de ces mêmes parties, et, de l’autre, d’approprier avec le plus grand soin l’habitation de tous les animaux quelconques. Des palefreniers toujours occupés de conduire au dehors et au loin le crottin et les moindres immondices à mesure qu’ils en aperçoivent , ainsi que de donner de temps en temps une entrée libre à l’air, travaillent donc avec fruit à la conservation de l’animal , et préviennent une foule d’atteintes auxquelles la paresse et la malpropreté ne l’exposent que trop souvent. Que l’on juge à présent du mérite et de la force des raisons des cochers qui ont le talent de persuader à des maîtres très peu instruits que des chevaux continuellement sur la litière sont infiniment plus sainement que sur un pavé ou sur des madriers nets et bien balayés. Que l’on admire la prévoyance des habitons des campagnes, qui, pour s’assurer de bons amendemens et d’excellens engrais , laissent pourrir, des six mois entiers et quelquefois des années, le fumier dans leurs écuries , comme si la fécondité de la terre devait être indispensable-
ment payée par le sacrifice des animaux sans lesquels nous ne saurions la fertiliser, et comme s’il était permis au cultivateur d’ignorer que le meilleur moyen de se procurer les amendemens qu’il désire consiste à déposer les litières dans la terre , creusée à cet effet à une certaine profondeur, et aussi à une distance raisonnable des écuries , pour qu’elles ne demeurent point exposées à des vapeurs et à des émanations dangereuses , et que l’unique attention à avoir est de faire de temps en temps remuer et retourner ce fumier (1).
Serait-ce, au surplus, à quelque vieille tradition que nous devons une foule d’autres préjugés qui dominent encore aujourd’hui nombre de personnes? Telle est, par exemple , l’erreur de ceux qui croient que des araignées multipliées sur les voûtes ou sur les plafonds des écuries, ainsi que des moutons et des boucs-assaiuissent ces lieux par leur séjour. Pour nous, nous avouerons que nous ne voyons ici qu’une occasion, i°. d’empoisonner des chevaux en les mettant aux risques de manger avec les fourrages qu’on leur donne des insectes souvent venimeux ; a”, de procurer à des tnoutons, par une très bonne nourriture, une chair excellente j 3°. enfin, d’inlècler les écuries d’une odeur peut-être aussi insupportable à l’animal qu’à l’homme (2).
(1) Voyez, dans 1 e Nouveau Cours complet d‘ Agriculture théorique et pratique , Paris , 1721-1723, in— 8, tome VII , l'article Fumier, page 182 et suivantes. (É.)
(2) Voyez, dans le Dictionnaire de Médecine de f Ency-
Nécessité du pansement de la main.
De toutes les excrétions, Ja plus intéressante est celle qui s’opère dans toute la surface du corps, au moyen d’une infinité de pores dont la peau du cheval est criblée. Ces pores sont les orifices des artérioles séreuses qui se terminent au niveau du derme, et cette excrétion est appelée du nom de transpira tiqn insensible. Il n’en est aucune que celle-ci ne surpasse , et telle est la quantité des exhalaisons qui la forment, que les évacuations qui ont lieu par celte voie ont été regardées dans l’homme comme supérieures à toutes celles des autres excrétions prises ensemble. Il serait assez difficile de suivre dans l’animal les expériences qui ont été faites et répétées à cet égard sur le corps humain, ainsi que les différences que pourraient donner des résultats et des calculs, comparés à ceux auxquels se sont livrés Sanctorius , Dodari, Jacques Keill , Robinson, de Rye, Linings, Jean Hartmann, etc., qui , lit plupart, ont soumis leur propre individu à diverses épreuves j mais il n’en est pas moins certain qu’une évaporation qui se fait sans cesse par presque tous les points d’une superficie aussi étendue que l’est le tégument ne peut être que très considérable proportionnellement à toutes les autres évacuations quelconques. Celle-ci maintient la peau dans une souplesse nécessaire j elle unit le pt>il et le vivifie,
clopédie méthodique, déjà cité, les articles Air, Araignée , et tous les autres articles relatifs à l’hygiène vétérinaire. t{É.)
pour ainsi (lire ; elle dégage les humeurs vitales d’une infinité de superfluités nuisibles , elle les entretient dans un mélange, une proportion et une température qui constituent la santé; et nous dirions volontiers de l’animal ce que Primerose disait en parlant de l’liomme, dans son ouvrage sur les erreurs populaires, qu’il est presque impossible qu’un corps qui transpire bien soit atteint de maladies graves et dangereuses. Nous ajouterons, avec non moins de vérité , que la plupart de celles que nous avons à combattre naissent de la concentration des parties excrémenteuses, auxquelles les couloirs de la peau auraient offert un passage et une issue, si cette excrétion, due à la contraction du cœur et des artères, ainsi qu’à la force expansive de la chaleur interne, n’avait été interceptée ou diminuée. Plus les solides chassent et déterminent les fluides à la circonférence, plus il est de ces parties qui sortent et qui sont expulsées sous la forme d’une humidité vaporeuse , dont la plus grande partie prend corps dès qu’elle est parvenue à l’habitude de la machine , et d’où résulte la crasse ou la poussière blanchâtre ou grisâtre qui couvre la superficie du tégument. Si cette crasse y séjourne, elle obstrue, elle bouche tous les orifices de ce vaste émonctoire; elle prive de toute issue les liqueurs impures qu’il était essentiel de laisser échapper, et ces mêmes liqueurs, obligées, les unes de refluer dans le centre, les autres de s’arrêter à la circonférence , ont , en quelque sorte, l’efïet mortel des poisons. L’exactitude à panser les chevaux de la main n’est donc pas un
Digiti
sbin indifférent, et ne se borne pas à procurer aux yeux la simple satisfaction de voir des chevaux propres, nets et luisans, comme quelques uns le croient* elle importe véritablement à leur conservation et à leur existence.
Instrument nécessaires au pansement de la main.
Les instrumens nécessaires à ce pansement sont, Y étrille , Y époussette, la brosse ronde et longue, le bouchon de paille ou de foin, Y éponge, le peigne, le cure-pieds, le couteau de chaleur, etc.; ils sont assez connus : nous ne croyons pas cependant devoir nous dispenser de parler ici de Y étrille, attendu les diverses formes qu’elle reçoit dans les différens pays.
Celle que nombre d’éperonniers français appellent du nom à! étrille à la lyonnaise semble, à tous égards, mériter la préférence. Nous en donnerons une exacte description après avoir détaillé les parties que l’on doit distinguer dans Y étrille en général, et par comparaison à celle à laquelle je m’arrête, nous indiquerons les plus usitées entre celles qui sont connues.
Les parties de Y étrille sont le coffre et ses deux rebords, le manche, sa soie empâtée et sa virole, les rangs, leurs dents et leurs empâtement, le couteau de chaleur, les deux matteaux, enfin les rivets , (pii lient et unissent ces diverses pièces pour en composer un tout solide.
Le coffre u’est autre chose qu’une espèce de gouttière résultant du relèvement à l'équerre des deux extrémités opposées d’un plan carré ou carré long.
Dans l’ étrille « la lyonnaise , il présente un carré long de tôle médiocrement épaisse , dont la largeur est de six à sept pouces, et la longueur de huit ou dix pouces. Cette longueur se trouve diminuée par deux ourlets plats, que fait l’ouvrier en repliant deux fois sur elles-mêmes les deux petites extrémités de ce carré long, et ces ourlets, larges de deux lignes, et dont l’épaisseur doit se trouver sur le dos de IVtrille et non en dedans , sont ce que l’on nomme les rebords du coffre. A l’égard des deux extrémités de ce parallélogramme bien aplani, elles forment les deux côtés égaux et opposés de ce même coffre, lorsqu’elles ont été taillées en dents et repliées à l’équerre sur le plat de V étrille , et ces côtés doivent avoir dix ou douze lignes de hauteur égale dans toute leur longueur. ,
Le manche est de buis, d’un pouce six ou dix lignes de diamètre, et long de quatre ou cinq pouces environ. Il est tourné cylindriquement , et strié dans toute sa circonférence par de petites cannelures, espacées très près les unes des autres , pour en rendre la tenue dans la main plus ferme et plus aisée, et il est ravalé à l’extrémité, par laquelle sa soie doit y pénétrer de cinq ou six lignes de diamètre, à l’ effet d’y recevoir une virole qui en a deux ou trois de largeur, et qui n’y est posée que pour le garantir contre l’effort de cette soie , qui tend toujours à le fendre. Il est, de plus, placé à angle droit sur le milieu d’une des grandes extrémités , dans un plan qui ferait, avec le dos du coffre , un angle de vingt à vingt-cinq degrés. Il est fixé au moyen de la patte, qui se termine
en une soie assez longue pour l’enfiler dans le Sens de sa longueur et être rivé au delà. Cette patte, forgée avec sa soie selon l’angle ci-dessus, et arrêtée sur le dos du coffre par cinq rivets au moins, ne sert pas moins à le fortifier qu’à l’emmancher; aussi estelle refendue sur le plat en deux lames d’égale largeur, c est à dire de cinq ou six lignes chacune, qui s’étendent en demi S avec symétrie, l’une à droite et l’autre à gauche. Leur réunion, d’où naît la soie, et qui doit recevoir le principal rivet, doit être longue et forte, et leur épaisseur, suffisante à deux tiers de ligne environ partout ailleurs, doit augmenter insensiblement en approchant du manche, et se trouver de trois lignes au moins sur quatre lignes de largeur à la naissance de la soie, qui peut être beaucoup plus mince, mais dont il est impor^ tant de river exactement l’extrémité.
Les deux parois verticales du coffre et quatre lames de fer également espacées et posées de champ sur son fimd parallèlement aux deux parois composent ce que nous avons nommé les rangs. Trois de ces lames sont, ainsi que celles qui font partie du coffre, dentées supérieurement et ajustées de manière que toutes leurs dents toucheraient en même temps par leurs pointes un plan sur lequel on reposerait Y étrille. Celle qui ne l’est point, et qui constitue le troisième rang à compter dès le manche, est proprement ce que nous disons être le couteau de chaleur. Son tranchant, bien dressé, ne doit pas atteindre au plan sur lequel portent les dents, mais il faut qu’il en approche également dans
toute sa longueur, et conséquemment un intervalle égal à leur profondeur, d’une ligne, plus ou moins, suffît à cet effet . Chacun de ces rangs est fixé par deux rivets qui traversent le coffre, et deux empâtement qui ont été tirés de leurs angles inférieurs par le secours de la forge. Ces empâtement sont ronds, ils ont six à sept lignes de diamètre, et nous les comptons dans la longueur des lames qui, de l’un à l’autre bout, est la même que celle du coffre. Il est bon d’observer que ces quatre lames ainsi appliquées doivent être forgées de façon que, tandis que leurs empâtement sont bien assis, il ÿ ait un espace de deux lignes environ entre leur bord inférieur et le fond du coffre , pour laisser un libre passage à la crasse et à la poussière que le palefrenier tire du poil du chéval, et dont il cherche à dégager et à nettoyer son étrille en frappant sur lfc pavé ou contre quelqu’autre corps dur.
C’est pour garantir ses rebords et ses carnes des impressions de ces céüps, que l’on place à ses deux petits côtés, entre les deux rangs les plus distans du manche, un morceau de fer tiré Sur carré de quatre «u cinq ligues, long de trois ou quatre pouces, refendu, selon sa longueur, jusqu’à cinq lignes près d’une de ses extx'éniités, en deux lames d’une égalé épaisseur, et assez séparées pour recevoir et pour admettre celle du coffre à son rebord. Ces morceaux de fer forment les marteaux. La lame supérieure en est coupée et raccourcie, pour qu’elle ue recouvre que ce même rebord, et l’autre est couchée entre les dtoux rangs, et fermement unie au coffre par
deux ou trois rivets. Les angles de ces marteaux sont abattus et arrondis comme toutes les carnes de l’instrument, sans exception, et afin de parer à tout ce qui pourrait blesser l’animal en l’étrillant. Par cette même raison , les dents, qui représentent le sommet d’un triangle isocèle assez alongé, ne sont pus aiguës jusqu’au point de piquer; nulle d’entre elles ne s’élève au dessus des autres. Leur longueur doit être proportionnée à la sensibilité de l’animal auquel Y étrille est destinée; elles doivent, en passant au travers du poil, atteindre la peau, mais non la déchirer. La lime à tiers-point, dont on se sert pour les former, doit aussi être tenue par l’ouvrier très couchée sur le plat de la lame, afin que leurs côtés et leur fond, dans l’intervalle qui les sépare, présentent un tranchant tel que celui du couteau de chaleur, c’est à dire un tranchant fin et droit sans être affilé ou en état de couper , et elles seront espacées de pointe à pointe d’une ligne tout au plus.
Toute paille, barbe, fausse ou mauvaise rivure, faux joint ou dent fendue capable d’accrocher les crins du cheval ou le poil, sont des défectuosités nuisibles, et qui tendent à donner atteinte au plus bel ornement de cet animal.
Entre les espèces d 'étrilles les plus usitées, il en est dans lesquelles on compte sept rangs, le couteau de chaleur çn occupant le milieu. Les rebords en sont ronds, le dos du coffre voûté, et les rangs élevés sur leurs empatemens jusqu’à laisser six ou sept lignes d’espace entre eux et le fond du coffre. Leurs marteaux n’ont pas deux lignes de grosseur
et de saillie , et ils sont placés entre le deuxième et le troisième rang; la patte du manche est enfin refendue en trois lames, dont les deux latérales ne peuvent être considérées que comme une sorte d’enjolivement.
Il est évident i°. que le septième rang n’est bon qu’à augmenter inutilement le poids et le volume de cet instrument; a0, l’espace entre le fond et les rangs est non seulement excessif, puisque, quand il serait d’une seule ligne, il suffirait pour empêcher l’adhésion de la crasse et pour en faciliter l’expulsion j mais il est encore réellement préjudiciable, parce que les rangs peuvent être d’autant plus facilement couchés et détruits, “que les tiges de leursempatemens sont plus longues ; 3°. les marteaux, étant aussi minces et aussi courts, ne méritent pas même ce nom ; 4°* situés entre le second et le troisième rang , ils ne sauraient , par leur position et par leur saillie, garantir les rebords et les carnes j 5P. ces rebords ronds n’ont nul avantage sur les rebords plats, etirexigent que plus de temps delà part de l’ouvrier j 6°. enfin, la patte, ne contribuant pas à fortifier le coffre, ne remplit qumne partie de sa destination.
Nous trouvons dans les étrilles qui sont du plus fréquent usage à Paris une grande partie de ces défauts. Il semble que les ouvriers qui construisent cet instrument, soi-disant anglais, et par cela seul, sans doute, préféré, s’attachent uniquement à mettre à profit des lames de fer très minces, dont ils ne peuvent tirer des empatemens à peu près solides qu'aux dépens des parties dentées. Ces lames ou
ces parties n’occupent qu’environ la moitié de la longueur du coffre , les empatemens qui les attachent par les deux bouts ayant de chaque côté un quart de cette longueur totales ainsi, an moyen de la brièveté des rangs, le palefrenier n’embrasse à la fois qu’une très petite partie de la surface des poils, et il se voit obligé de multiplier les allées et les venues , la longueur des rangs tirés du coffre même ne suffisant pas pour détacher la crasse qu’il s’agit d’enlever. Il n’est ici qu’un marteau tiré du rang du milieu, c’est à dire du couteau de chaleur, et par conséquent très mal situé ; il est tellement affamé qu’à peine peut-il résister à quelques coups. D’ailleurs, la construction totale est d’autant plus mauvaise , qu’elle ne présente qu’aspérités et fausses rivures. Quant au manche , il serait à souhaiter qu’il fût adapté au x étrilles à la lyonnaise , la forme en est également ronde ; mais, au lieu de simples stries dans son milieu, il est renflé dans le lieu que le creux de la main saisit, et terminé par un bout fort élargi, en forme de champignon, qui, remplissant l’espace qui est entre le pouce et l’index de la main qui en est armée comme elle doit l’être, empêche que V étrille ne glisse, et demande à cette main moins d’efforts pour la tenir. Du reste, nous désirerions encore que ce même manche fût relevé jusqu’au point d’éviter le frottement des doigts du palefrenier dans l’action d’étriller l’animal.
Il est encore d’autres étrilles dans lesquelles les rangs sont seulement dentés jusqu’à la moitié de leur longueur; tandis que, dans l’autre moitié, ils
représentent un couteau de chaleur opposé dans chaque rang, et répondant à la moitié dentée de -l’autre. Communément l’ouvrier forme les rangs droits sur leurs bords supérieur et inférieur} ces, rangs formés droits , il en taille en dents la moitié ; niais, soit par ignorance, soit par paresse ou par intérêt, il s’épargue le temps et la peine de ravaler le tranchant : dès lors l’appui du couteau sur le poil s’oppose à ce que les dents parviennent à la peau. Je conviens qu’un ouvrier plus intelligent ou de meilleure loi peut, en ravalant les tranchans , obvier b cette défectuosité; cette pratique, néanmoins, ne m’offre aucune raison de préférence sur la méthode que je conseille, car elle sera toujours plus compliquée; et, d’ailleurs, l’expérience démontre journellement qu’un couteau de chaleur, coupant toute la longueur de V étrille t n’est pas moins efficace que les six moitiés qui entrent dans cette dernière construction.
Au surplus, à l’égard des ouvriers qui blanchissent à la lime le dos du coffi'e , nous dirons que ce soin est assez déplacé relativement à un semblable instrument, et nous ajouterons encore qu’il peut apporter un obstacle à sa durée, l’impression de la forge dont ils dépouillent le fer en le limant étant un vernis utile qui l’aurait long-temps défendu des atteintes de la rouille.
Pansement de la main.
Quoi qu’il en soit de toutes ces differentes observations , la première attention du palefrenier ou
du cocher, en se levant ou en entrant le matin dans l’écurie, doit être d’attacher à un des fuseaux du râtelier une des doubles longes du licou. C’est ce que plusieurs cochers ne pratiquent jamais; aussi trouvet-on très souvent leurs chevaux couchés, étendus sur le pavé, et mangeant leur litière; à l’égard des chevaux malades , cette précaution serait déplacée. 11 doit ensuite faire net , ou nettoyer les auges avec un bouchon de paille, et distribuer l’avoine ou le son , selon qu’il est ordonné. Quand on n’aurait rien à présentera l’animal, on ne fera pas moins uet devant lui, l’odeur que contracte l’auge par le séjour des alimens en partie mâchés et laissés par le cheval étant capable de le jeter dans le dégoût; aussi cette action doit-elle être répétée plusieurs fois dans le jour.
Aussitôt après que l’animal a mangé ce qu’on lui a donné, on remue la litière avec une fourche de bois et non de fer, il serait très prudent d’interdire aux cochers celle-ci. Quand elle se trouve sous leur main , ils s’en servent préférablement à la première, aux risques de blesser très dangereusement l’animal. Ils relèveront promptement la litière sous l’auge , observant de séparer et de mettre à l’écart la partie de cette même litière qui se trouve mouillée ou gâtée par la fiente et par l’uriue , après quoi ils nettoieront à fond avec le balai de bouleau la place du cheval.
Quoiqu’on relève rarement la litière aux chevaux malades, il est bon d’en ôter ce qui est corrompu et mouillé, et de balayer en dessous, sauf à faire
une litière en partie fraîche, le tout pour rendre toujours la place qu’ils occupent plus saine.
Avant de procéder au pansement, il faut mettre le cheval au filet, ou, ce qui vaut mieux encore, au mastigadour, que l’on garnit de temps en temps d’un nouet d’assa-fœtida. Cette espèce de masticatoire ou d’apoplilegmatisant prévient toute inappétence ; il réveille la sensation de la faim , et procure souvent une utile révulsion (1).
Lorsqu’on peut faire sortir l’animal de sa place et le fixer en arrière, en attachant les longes du filet ou du mastigadour aux piliers qui la limitent, on ne doit pas cherchera s’en dispenser; en pansant des chevaux à leur place, la poussière de l’un vole sur l’autre.
Si la saison et le temps sont beaux , on les conduit hors de l’écurie, on les attache, par ces mêmes longes, à des anneaux de fer scellés dans le mur pour cet usage.
Toutes ces précautions prises , le palefrenier, armé de l’ étrille , qu’il tient dans sa main droite, de manière que son petit doigt est tourné du côté du corps ou du coffre de cet instrument, et que son pouce se trouve étendu sur l’extrémité du manche, et près de la rivure de la soie dont ce manche est enfilé , saisit la queue du cheval avec la main gauche", il passe Y étrille sur le milieu et sur le côté de
(i) Voyez Matière médicale raisonnée d l’usage des élèves des Écoles vétérinaires ,• quatrième édition. Paris, i8o5, in-8°, tome I , pages 170, 243; tome II, pages 61, 44 3*
la croupe, à rebrousse-poil, en allant et revenant pendant un certain espace de temps, avec vitesse et avec légèreté, sur toutes les parties de ce même côté, qu’il parcourt d’abord ainsi en remontant jusqu’à l’oreille.
On doit ménager toutes celles qui Sont douées d’une trop grande sensibilité, ainsi que celles qui sont occupées par la racine des crins. On ne porte par conséquent jamais V étrille ni sur le tronçon de la queue , ni sur les parties tranchantes de l’encolure , ni sur l’épine , ni sur le fourreau ; on la passe plus légèrement sur les jambes qu’ailleurs. Du reste , il importe que le palefrenier, dans cette action , meuve Son bras avec aisance , le déploie et embrasse à chaque coup une certaine étendue du corps. !
L’effet de cet instrument étant de détacher la crasse résultante de l’évaporation dont nous avons parlé, plusieurs coups donnés suffisent pour en enlever une certaine quantité plus ou moins considérable. C’est aussi pour dégager les rangs ou le fond du coffre de l 'étrille de celle dont on les voit chargés, que le palefrenier doit frapper de l’un des marteaux de son instrument de temps en temps sur le pavé, contre le mur, ou contre les piliers; il doit même souffler fortement entre les rangs pour les nettoyer plus exactement.
Le cheval suffisamment étrillé sur le côté droit , on procédera au pansement de la partie gauche. Il s’agit alors de changer Y étrille de main , et de se saisir de la queue avec la droite, d’où l’on doit con-.
dure qu’un bon palefrenier doit être ambidextre^ c’est à, dire qu’il doit avoir une même et une égaie liberté dans les deux bras. Il pratiquera, sur cette face du corps de l’animal ce qu’il a pratiqué sur l’autre.
A Y étrille succède V époussette. On nomme de ce Oom une certaine étendue de serge ou de gros drap destiné à enlever les corpuscules que le premier instrument peut avoir élevés et laissés à la superficie des poils. Ou tient cette étoffe par un des bouts ou des coins; on en frappe légèrement tout le corps de l’animal. On s’en sert aussi pour frotter et nettoyer la tête, les oreilles dedans et dehors, l’auge, l’intervalle qui sépare le$ avant-bras, celui qui sépare les cuisses, et toutes les parties enfin sur lesquelles l 'étrille n’a pas dû être passée.
L’ étrille livre à l’effet de la broste , qu’elle précède dans le pansement, ce qu’elle a détaché d’ordure et de crasse et ce qu'elle n’a pu en entraîner. On doit donc, après avoir épousseté le cheval, prendre la brosse ronde. On la chaussera dans sa main droite en glissant une portion de cëtte même main entre la partie supérieure de cet instrument et le cuir qui y est cloué en forme d’anse , tandis que l’on tiendra Y étrille de la main gauche.
On brossera d’abord avec soin la tête en tous sens, en observant de ne pas offenser les yeux et après avoir rejeté en arrière la têtière du mastigadour ou du filet. On brossera de suite tout le côté droit du corps, en passant à poil et à contre- poil, et en ne laissant aucune de ces parties que ce
tnême poil ne soit uni et couché ainsi qu’il doit l’ôtre.
Il faut brosser le plus près qu’il est possible de la racine des crins, et frotter la brosse sur les dents des rangs de Y étrille à chaque coup qu’on donne, le tout pour la nettoyer et pour en charger ce dernier instrument ; mais on doit avoir attention alors de se retourner pour ne pas renvoyer sur l’animal la crasse ou la poussière qu’on a ôtée.
Celle qui s’attache à Y étrille s’enlève, ainsi que je l’ai dit, au moyen du souffle et des coups plus ou moins répétés de l’un de ses marteaux contre un corps dur quelconque.
Toutes les parties du corps soigneusement brossées, ainsi que les membres, soit du côté droit, soit du côté gauche , soit sur les faces antérieures , postérieures et latérales, et la brosse ne se chargeant plus de poussière ou de crasse , on passera et repassera sur tout le corps, sur les jambes , sur toutes les articulations, entre les ars', etc., un bouchon de paille ou de foin légèrement humecté , à l’effet d’unir exactement le poil. L’ époussette légèrement mouillée servirait encore à cet usage ; une époussette de crin, qu’on laverait après s’en être servie et qu’on laisserait sécher, nettoierait encore plus parfaitement.
Il s’agit ensuite de laver les jambes. On met à côté de soi et à sa portée un seau plein d’eau dans H’ette intention , et l’on se munit de la brosse longue et de V éponge » S’il est question des jambes de devant , on appuie successivement Y éponge mouillée
à diverses reprises contre les différentes faces du genou. L’eau qui sort de cette épongé imbue et pressée coule le long des parties inferieures de la jambe : alors on frotte vivement le long de cette même jambe avec la brosse longue , en remontant et en descendant, jusqu’à ce que l’eau paraisse claire. On lave ainsi le canon, le tendon, le boulet, le paturon, le fanon. A l’égard de l’articulation du paturon, il est essentiel, surtout dans sa partie postérieure et à l’endroit où tombe le fanon, de la tenir extrêmement nette $ la crasse y séjourne plus facilement qu’ailleurs , et c’est à l’obstruction des pores et à l’interception de la transpiration occasionée par cette crasse que l’on doit le plus souvent attribuer les maladies cutanées qui se manifestent.
Les jambes de derrière doivent être lavées de même , en appuyant et en pressant V éponge contre le jarret ; cette méthode est préférable à celle de laver les jambes avec Y éponge seule, et l’on conçoit que la brosse longue doit nettoyer bien plus exactement.
Il faut encore peigner et laver les crins. On jette l’eau qui était dans le seau , on le rince et on y en remet de nouvelle, après quoi on nettoie avec IVponge mouillée, et que l’on a eu grand soii^de bien laver, les yeux, les joues et une portion du chanfrein. On reprend de l’eau avec cette même éponge, on mouille fortement le toupet, et sur-le-champ on le peigne avec un peigne de corne et non de bois , ceux-ci étant plus sujets à se casser, à se fêler, et par conséquent à arracher les crins qui entrent et
qui s'arrêtent dans les fentes ou dans les joints des cassures.
Le toupet étant peigné , on doit passer à la crinière. On l’éponge d’abord à fond dans toute son étendue et dès la racine. On reprend de l’eau, et à mesure que l’on mouille de nouveau les crins d’une main, en commençant depuis la nuque, onles démêle et on les peigne de l’autre, en descendant auprès du garrot. On les renverse ensuite, c’est à dire que ces mêmes crins sont jetés du côté opposé à celui sur lequel ils tombent ordinairement. On les humecte encore dès leur origine, en passant V éponge sur la partie supérieure de l’encolure et dans toute sa longueur. On frotte avec force, et tandis qu’une main est occupée à les mouiller, l’autre est employée à peigner dans le sens où ils ont été jetés. On les met ensuite dans le sens où ils doivent être, et onles peigne et on les éponge de la même façon.
Ceux de la queue n’exigent pas moins de soins. Lorsqu’elle est sale on prend un seau par l’anse , on l’élève de manière à y faire baigner tous les crins ; on les frotte et on les froisse entre les deux mains depuis le bas jusqu’en haut, jusqu’à ce qu’on en ait enlevé toute la saleté. On les prend ensuite en une seule et même poignée à un demi-pied près de leur extrémité , on les peigne et on les démêle toujours en remontant insensiblement jusqu’au tronçon.
L’huile d’olives est excellente pour aider à les débrouiller, le savon noir pour les décrasser; selon le besoin on enduira ses mains de l’une ou de l’au-
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tre de ces matières , et on frottera la queue aussitôt après, ainsi qu’on l’a fait quand elle a été baignée dans le seau. Il faut encore mouiller Y éponge, en exprimer l’eau sur le tronçon , en peignant et en descendant jusqu’en bas, et sans oublier que chaque coup de peigne doit être précédé de l’action d’éponger.
Le pansement sera terminé en lavant les fesses et le fondement , et en étuvant les testicules et le fourreau. Cette dernière précaution est d’une importance extrême. Pour laver le fourreau , on trempe V éponge dans l’eau , on la presse fortement et on l’insinue autant qu’il est possible dans cette partie, garnie pour l’ordinaire d’une humeur sébacée très fétide , aussi épaisse et presque aussi noire que du cambouis , qui souvent est en si grande quantité que l’animal ne peut tirer le membre pour uriner.
Enfin , on passera exactement Y époussette sur toutes les parties mouillées , et on la coulera sur tous les crins de l’encolure et de la queue , à l’effet de les sécher autant qu’il sera possible. En hiver, on doit moins mouiller qu’en été ; mais il est important de faire attention à ce que des palefreniers ou des cochers paresseux ne mouillent tout le corps des chevaux , au lieu de les panser avec Y étrille ; ce qui n’arrive que trop fréquemment, et ce qui , réduisant toute la crasse en une espèce de croûte adhérente au tégument, obstrue totalement les pores et suspend ou intercepte toute transpiration cutanée.
L’animal doit être ensuite conduit à sa place. On
ôte le filet ou le mastigadour , auquel on substitue le lioou , qui doit être à double sous-gorge si le cheval est enclin à se déücoter,' et dans le cas où ce licou n’obvierait point à cet inconvénient, on ajouterait deux longes très défiées qu'on attacherait , d’une part , - à la partie supérieure des montans de ce même licou, et qui , de l’autre, passeraient dans le surfaix destiné à maintenir les couvertures. v
Les meilleures et les plus convenables sont celles de toile 5 elles s’étendent sur le corps et Kfencolnre de l’animal au moyen d’une crinière qu’on y adapte. Les couvertures de laine hérissent et mangent le poil , et les demi-couvertures n’entretiennent pas , comme les autres , une transpiration égale dans toute la superficie. L’animal étant couvert, on en curera les pieds et on les dégagera de tous lés corps qui se seraient introduits entre l’ongle et le fer , ainsi que des ordures dont la cavité du pied pourrait être remplie. On mettra dans cette même cavité une suffisante quantité de tèrre glaise , l’effet de tenir l’ongle humide , et on graissera le sabot autour de la couronne avec l’onguent de pied (1). A l’égard de ceux de derrière, l'aridité n’en est pas aussi à craindre , attendu l’urine et la fiente dans lesquelles ils séjournent.
Quelques .cochers font brûler, au surplus, qtiel-
(1) Voyez la manière de préparer cet onguent dans’lés'forrtiules oflicinales delà Matière médicale, déjà citée, tonie II , page 487»" • ••
fjues brins île paille * ils en jettent la cendre dans l’huile et en oignent l’extérieur de l’ongle : ce quilui donne un luisant, un éclat et une couleur satisfaisante. Ils devraient toujours être munis de ces cure-pieds anglais, qu’on porte facilement avec soi, et qui consistent en un crochet très recourbé , emmanché par charnière « un anneau de 1èr, la charnière ayant sur le derrière un terme qui limite l’ouverture du crochet , jusqu’à ce que les deux parties les plus voisines de cette même charnière s’aboutissent en ligne droite , son nœud étant , pour cet effet , rejeté totalement en dedans , et le crochet , lorsqu’il est fermé , embrassaut avec justesse une portion de l’anneau , muni d’un bouton creusé pour recevoir la pointe de ce même crochet.
Lorsqu’un cheval est en sueur, on lui abat l’eau avec le couteau de chaleur. On tient ce couteau avec les deux mains , et de façon qu’on en appuie le tranchant sur les parties du corps de l’animal qu’on doit racler avec force. On commence par l’encolure , et on ramène toujours l’eau du côté du garrot. De là , on suit les épaules, les bras, les avant-bras , les jambes et l’entre-deux de ces parties. On ne tient son instrument d’une main seule que lorsqu’il ne serait pas libre de l’employer autrement. Ou le passe ensuite depuis le dos et les reins jusque sous le ventre, où l’eau se rassemble , et le loug du ventre et de la poitrine depuis le fourreau jusqu’au poitrail, pour l’abattre entièrement.
On en use de même relativement à la partie supérieure de la croupe, à ses parties latérales , aux
hanches , aux fesses , aux cuisses , extérieurement et intérieurement, aux jambes* etc. ; après quoi, on bouchonne fortement le cheval , on le couvre avec soin , on le met au mastigadour, et on l’attache de manière qu’il demeure la croupe tournée à la mangeoire , jusqu’à ce qu’après un certain espace de temps on entreprenne de le panser.
Pour faire la queue, on l’empoigne dès le tronçon et on coule, en l’empoignant toujours, la main juSqu’en bas et jusqu’à l’endroit où on se propose de couper les crins. Cette même main doit descendre en suivant une ligne à plomb, et sans se porter ni à droite ni à gauche ; lorsqu’elle est parvenue au lieu convenable, on la serre exactement et on la retourne, de sorte que l’extrémité des crins se présente au palefrenier, qui coupe toute cette même extrémité excédante. La hauteur de la queue est ordinairement fixée à la hauteur du fanon.
A l’égard de la crinière, on ne la coupe aux chevaux qui ont tous leurs crins que de la largeur d’un doigt, précisément à l’endroit où repose Je dessus de la têtière du licou (1).
Les chevaux dans lesquels cette partie est trop chargée demandent qu’on leur eu arrache des crins, ce qui se fait en tortillant autour du doigt ou d’un
(i) J’ai déjà dit ( page S7) qu’il est des chevaux à courle-
queue auxquels on coupe la crinière en brosse ou à la housarde. Le mérite de cette opération consiste surtout en ce que les crins soient coupés bien uniformément. On conpe également le toupet à ces sortes de chevaux, (JS.)
morceau de bois l’extrémité de ceux qu’on se propose d’arracher. t.. ...
Les grands poils des lèvres doivent être coupés , et il en est de même de ceux qui croissent au menton, à la barbe, et qui sont parsemés aux environs des naseaux» On arrache ceux qui se montrent au dessous de la paupière inférieure ( page 8ü ).
Pour faire les oreilles, on met L’animal dans une position dans laquelle sa tête.est à portée de la main , et l’on coupe à petits coup de ciseaux , le plus près qu’on peut , te poil qui borde ces parties , tant en dehors qu’en dedans; on tiendra parfaitement égale la bordure que l’on trace, et la largeur de cette bordure doit être de toutes parts de trois lignes environ. Quelques personnes se servent d’un rasoir au lieu de ciseaux, après avoir savonné l’oreille.
> Oh fait le poil aux jambes trop garnies de poils avec des cisailles ou pinces à poil. On l’arrache en letageant de manière qu’il ne paraisse pas qu’on ep ait ôté (*).
-:1 Toutes les fois que des chevaux viennent de l’eau, on doit la leur avaler des quatre jambes avec les deux mains, et toutes les fois qu’ils rentrent, on doit les nettoyer de la boue dont elles sont chargées , avec Y éponge et la brosse, ou avec le balai ; les maîtres ne sauraient trop recommander cette
{t) On peut voir, pour les dangers qu’entrtfîae ceUç.piéthode et les maladies auxquelles elle peut donner ltetndaras •les- pays froids et humides, et surtout pendant l’hiver dans les grandes villes, V lissai sur les eaux aux jambes' des chevaux , que j’ai -déjà cité.- (is.) ' <
pralique à leurs cochers , surtout da dont la boue est toujours épaisse, no* tique. Nous ne' voyons pas aussi que l’on y fasse ' un grand usagedes bains de rivière , qui, cependant, sont très capables de fortifier les .mena bref , et auxquels les personnes' dont, le domicile' est voisin de la Seine devraient souvent avoir recôurs pour leurs chevaux (1).
Quant à l'habitude où l’on est de faire passer les chevaux à l’eau après les avoir courus et mis en nage , elle serait certainement très préjudiciable si on les y tenait long-temps, et si on n’eu prévenait les suites funestes , d’une part , en exigeant d’eux une allure très prompte et très pressée dans leur retour à l’écurie, et de l’autre, en leur abattant l’eau avec le couteau de chaleur, et en les bouchonnant fortement ensuite; toute action précipitée hâtant le mouvement du sang; et l’espèce de friction qui résulte du bouchonnement ne pouvant qu’ouvrir les pores resserrés par l’astriction de l’eau , augmenter la chaleur de la peau , et y rétablir 1 'évaporation nécessaire. • - • ) . .>
Enfin , tous les soirs on repassera dans l’anneau de la mangeoire la longe du licou qu’on a attachée