DES ALIMENS
Cette masse énorme dont les premiers linéamens, par des moyens supérieurs à tous les efforts de l’intelligence humaine , sont dus à une simple goutte de liqueur lancée dans l’antre utérin lors de i’acouuplement, n’est parvenue au point où nous la voyous que conséquemment à des mixtes alimenteux , qui en font , pour ainsi dire , toute la substance» ’ f ' . •'
Une assimilation constante d’une infinité de sucs transformés en une liqueur douce , capable de réparer et de compenser les pertes sans cesse occasionées par des organes destructifs de la, machine, et en même temps nécessaires à son, existence , est , sans doute, une des plus parfaites actions de la nature. Elle a lieu dans tout ce qui a vie, dans l’omnivore, dans le carnassier, dans le granivore , dans l’herbivor-e , et même dans les végétaux ;-mais dans ceuxci ce -ne sont pas plusieurs sucs qui, comme dans les anfatftux, forment ün fluide presque homogène, c’est un seul suc presque uniforme , d’où résulte une variété étonnante de plantes, les unes amères, les autres aromatiques, les autres douces, et qui, selon les chatfgemens qu’il éprouve lors de son exalta-
tion, de son élaboration , et à mesure de sa marche dans les différentes parties , fournit une quantité de sucs divers.
Mous ne scruterons point ici le merveilleux de ces opérations, et nous ne nous étendrons pas sur la prévoyance admirable avec laquelle les instrumens de la digestion ont été combinés d’après la nourriture propre de chaque animal, nous nous proposons simplement de parler de celle qui convient au cheval.
La plus ordinaire et la plus universelle, en France, est le foin, la paille de froment et l 'avoine.
Des Alimens solides .
Le foin est plus ou moins bon, suivant le terrain qui le produit. La qualité de celui des bas prés est toujours très inferieure à celle du foin cueilli dans . les prés élevés. Celui qui est vasé, qui est semé ou mêlé de joncs (junci) et de laîches ( ’carices ) ne vaut rien. Celui qui est très fin , très délicat et très sub- , stantiêl à lin inconvénient, les chevaux qui y ont été accoutumés refusent tous àutres foins qui leur sont présentés, ils dépérissent insensiblement quand ils sont forcés de se nourrir de çeux-ci, et ne se rétablissent qu’après en avoir contracté une longue habitude. C’est ce qui arriverait à l’homme qui passerait subitement des plus excellens mets à un ordinaire frugal , et même d’une vie dissolue à un excès d’abstinence et de sagesse. On ne doit jamais, au surplus , leur donner que le foin de la première récolte, le regain ne convient qu’aux chevaux de vil prix , ou aux bêtes de somme, aux bœufs, aux vaches, ete.
Celui qui est nouveau n’est bon qu’autant qu’il a été renfermé trois ou quatre mois dans les fenils (1); quand il n’a pas eu le temps de suer, il suscite , à raison de sa fermentation dans l’estomac, c’est à dire dans un viscère pourvu lui-même de sucs fermentescibles, de très violentes maladies. Un foin trop vieux 11’a plus de substance ni de goût; il tombe comme eu poussière sous la dent de l’animal lorsque le besoin le plus pressant le sollicite à en manger, et il luit sur lui la même impression qu'un foin poudreux, qui altère ordinairement le liane, quelque précaution que quelques uns aient de le secouer et de le mouiller; car l’agitation ne le rend pas plus net, eL l’eau sert, pour ainsi dire, à fixer la poussière sur chaque brin. .Un foin trop court se dessèche trop promptement; il n’est point, en général, aussi,alimenteux que celui qui est long, néanmoins il en est d’une très bonne nature et que les chevaux dévorent.
Jjcs qualités de celte espèce de fourxage dépendent, au surplus, de celles des plantes qui lui sont associées : la pimprenelle ( sanguisorba o/fcinalis) , les pâquerettes ( bellis perennis, chrysant/iernum segetum , chrysantkemum leucanthemum ), les chiendents (triticu/u repens , partie u/n dactylon, festuca. /lui tans, etc.), les prêles ( etjuisetu/u fl.uid.atUe , : : U-
■(1) Si l’on met dans lés greniers du foin mouillé, non seulement il pourrit et se change en fumier, mais il est à craindre qu’il ne s’embrase plus ou moins sourdement , et que le feu ne consume le bâtiment qui le contient.
rtjulsetum arvense ), la sarriette ( satureia ) , le tussilage ( tussilago farfara ) , la scabieuse ( scabiosa aroensis) , la petite cliélidoine ( rariuncitlus f îcaria ) , le trèfle des prés { trifolium pratense ) , le sainfoin (Æo disarurn onobrychis ) , les orchis ( orchis mascula , or chis marier) , le cax vi ( carum caivi ) , la jacée noire ( centaurea jacea) , la pédiculaire (pedicularis palustris ), la grassette des prés ( pinguicula vulgarit ), etc., sont autant de plantes bienfaisantes et appétissantes (i). Si le ainsi composé est fauché dans sa' juste maturité, c’est à dire avant qu’il ait séché sur pied , et s’il est fané dans un temps sec et favorable , il formera pour l’animal une nourriture très salutaire * . „
Un mélange des espèces de pentaphyloïdes (les argentines, potcntillœ ), de linaire (anthirinum linaria ) , d’aunée ( initia helenium) , d’euphraise (eu~ p/uasia offcinalis) , de carda mine ( cardatnine pratensis') , de daucus ( daucus carotta ), de jacôbée ( senecio jacobæa) , d’eupatoire (cupatorium canna-
(i) On ne peut se dissimuler que, dans les plantes indiquées comme devant former le meilleur foin, il s’en trouve qui doivent en être rejetées , telles que la petite chélidoine
( ra nunc.ulus ficaria ), la pédiculaire ( pediculuris patustris ) r et la grassette des prés ( pinguicula vu l paris) } que d’autres, comme la sarriette ( satureia ), le tussilage ( tussilago farfara ), les prèles (equisetum)t la première surtout, ne peuvent jamais contribuer à faire un bon fourrage, liourgelai aura sans doute été induit en erreur dans cette nomenclature par les noms vulgaires que reçoivent souvent différentes plantes: c’est ce qui m’a déterminé à ajouter les noms linnéens à la suite des noms ordinaires. (2?.) ' % •
binum ) , des lysimacliies ( iysimachia vulgaris, lysinuichia nummullaria!) , de dent-de-lion ( leontoaon taraxacum) , de pouliot ( menta pulegium ) , de scord i u m ( teucrium scordiurii) , de primevère ( primulu officinalis ) , de laîche ( carex) , dcjuncago (trigloc/iin palusti-e) (1), de scabieuse des buis (scabiosa succisa ) , de mousse terrestre ( fiypnum tiiquetrum), de trèfle sauvage jaune ( lotus corniculiitus) , de jonc fleuri ( butomus umbellatus') , etc., fait uu foin d’une qualité très inférieure au premier.
Enfin, tous lestitliymales,telsquel’amygdalin (euphorbia arnygdaloides'), le réveil— matin ( euphorbia helioscopia) , le verruqueux ( euphorbia verrucosa ), la petite ésule ( euphorbia cyparissias) , l’ésule (euphorbiapalustris)tVépiirge [euphorbia lalkyris), etc.; la gratiole (gratiolà officinal is'), la ptarmique (achillea ptarrnica ) , les persicaires (polygonum persicaria, polygonum hydropi per')) les différentes renoncules, telles que la douve (ranunculus lingua'), la flammèche ( ranunculus fiammula), la gramioette ( ranunculus graniiheus) , la lierrée (ranime ulus hederaceus) , la grenouillette (ranunculus bulbosus), la scélérate (ranunculus sceleratus ), la renoncule, âcre (ranunculus acris), etc. , sont autant de plantes qui , confondues avec les bonnes, détériorent totalement ce fourrage
(|) Les laîches ( carices ), les joncs ( junci ), et les roseaux arundines ) sont non seulement de mauvais fourrages , mais ils ont encore l’inconvénient de couper les lèvres, la langue et la bouche des animaux lorsque la misère oblige à les leur faire manger, surtout sur place. {£■)
et le changent en une nourriture, sinon mortellé, \
du moins très nuisible et très malfaisante.
Il est facile, d’ailleurs, de comprendre l’impossibilité dans laquelle nous serions de fixer d’une manière positive les substances végétales d’où peuvent résulter les différens degrés d’excellence des prairies, attendu que, d’une part, ces substances ne soht pas toujours exactement les mêmes dans les divers pays , qu’il en est de particulières qui y sont propres et plus communes, qu’elles y diffèrent très souvent par leurs qualités, et que, d’un autre côté, ce n’est que d’après l’expérience la plus réfléchie que l’on peut décider de leurs effets; car toutes les décompositions, toutes les analyses par lesquelles ota tenterait d’en découvrir la nature, enfanteraient beaucoup de raisonnemens sur les principes qu’elles contieunent et dans lesquels elles se résolvent, et ne nous instruiraient pas davantage '* de leur action sur les solides et sur les fluides du corps animal. '
Quoi qu’il en soit, 1 e foin sur lequel on doit arrêter le plus ordinairement son choix est, en général , celui dont les parties fibreuses ou vasculaires, à peine altérées dans le conduit alimentaire, puisque la fiente du cheval ne présente que des filamens combustibles, ne sont ni trop déliées, ni trop fortes; dont la couleur n’offre point un vert noir ou brun, ou trop de blancheur, et dont l’odeur, enfin, n’a rien de fétide et que d’agréable, etc.
L’avoine donne de la force et de la vigueur à
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l’ànimal. La meilleure est celle qui est noire (i), pesante, luisante, bien nourrie, et non mélangée de mauvaises graines que certaines plantes y déposent , telles que celles de colza ( brassicacampestris ), de coquelicot (^op<xper;/ie«j), de psyllium ( plnntago psylliumj, dccardamine (cardatnine pratensis'), de perce* pierre (a plumes awensis ), de sénevé ( sinapis nwensis ), d orobanche ( orobanche major ), de nielle ( nigella arvensis'), qui dégoûtent inévitablement l’animal. Celle qui n’est pas parvenue à son degré de maturité est aqueuse, Haineuse, peu nourrissante.
On doit encore faire attention qu’elle n’ait pas souffert d’altération dans le champ, ou dans le grenier : dans le champ, si, après avoir été fauchée ou abattue, et y avoir été étendue pour lui donner le temps de javaler au moyen de la plnlte ou de la rosée, qui gonflent et affermissent les grains dans leur épi, elle a souffert une pluie trop abondante et de longue durée, de façon qu’elle soit en partie pourrie et eu partie germée : dans le grenier, si , par la négligence qu’on a eue de la remuer, elle a fermenté et s’est échauffée; car, dès lors, ses principes se développent, elle contracte une odeur désagréable , rance, fétide, et elle tombe dans une espèce de putréfaction capable de donner aux chevaux s’ils la mangeaient , toutes les maladies qui sont le produit d’une nourriture corrompue.
(i) \a avoine blanche est une variété également cultivée en grand , et qui est aussi bonne que la noire lorsqu'elle réunit les autres qualités exigées de celte dernière. {É .)
La paille de froment est un excellent aliment ^
lorsqu’elle est blanche, menue, fourrageuse, c’est à dire associée à de certaines plantes, telles que la gesse ( lathyrus sativus ), la fumeterre ( fumaria officinalis) , le pied-de-lion ( alcJiendlla - vulgaris ),' la perce-feuille ( Impleurum rotundifolium ) , le grateron ( galiurn aparine ), le mélilot ( trifolium melilotus ofjiciiialis ) , la bourse-à-pasteur ( thlaspi bursa pastoris), le perce-pierre ( aphanes araensis), etc., et lorsqu’elle n’a point été couchée, les blés étant sur pied ; mais il ne faut pas en donuer beaucoup quand elle est nouvelle , car elle provoque des traita «liées. On doit certainement la préférer, quand on le peut, à celle qui est grossière et noire, celle-ci étant plus dure, moins capable de réparer les déperditions animales, et assez souvent ayant une odeur qui répugne au cheval.
Je ne sais pourquoi ou ne suit pas plus généralement en France (du moins dans les pays et les provinces où la paille est fine et déliée ) l’exemple des Allemands qui ont soin de la hacher, et qui en font la principale nourriture de leurs chevaux (i). Ils la donnent ainsi sans mélange. Aux heures de la distribution de l’avoine, ils la mêlent avec ce grain, qui en devient moins échauffant, et ils ont toujours
(i) L’instrument dont ils se servent à cet effet est nommé hachoir , hache-paille ou coupe-paille t on en trouvera des modèles de difierens prix, tous plus ou moins économiques, et à la portée des divers proprietaires, au Conservatoire des arts et métiers, rue Saint-Martin, à l’ancienne Abbaye, à Paris. (2?.)
la précaution de mouiller légèrement le tout , pour
éviter que le cheval n’en écarte pas et' n’en perde pas par son. souffle la plus grande partie. Dans une disette considérable de foin, nous éprouvâmes avec succès cette méthode. Nons faisions hacher une très légère quantité de ce fourrage avec la paille , et nous formâmes un mélange admirable pour le bon entretien de nos chevaux , qui nous montraient chaque jour beaucoup plus de vigueur, d’haleine et de légèreté (i).
L’unique but que l’on doive se proposer est de maintenir j’animai en chair, car il ne doit être ni trop gras ni trop maigre. La difficulté d’apprécier la quantité convenable de ces differens alimens naît de ce qu’elle ne peut être envisagée comme dangereuse et nuisible en elle-même et absolument. Elle n’est telle que relativement au sujet qui s’en nourrit, c’est à dire relativement aux diverses forces motrices des corps et des parties solides. Ce qui excède dans quelques individus est modéré dans d’autres : or, ce n’est que par une exacte attention aux effets de la nôurriture, même la plus appropriée, qu’on peut juger de la proportion qui en rend la quantité innocente, suffisante ou préjudiciable. Tel cheval mange beaucoup et se nourrit moins que celui qui mange peu, parce qne, selon la force des
(1) Voyez ce qui a été dit sur l’usage do la paille hachée, dans le Dictionnaire de médecine de V Encyclopédie méthodique, déjà cité, au mot Alimens , tome 1 , page 822 ; et dans la Feuille du Cultivateur, tome IV, pages 82, 14 >, »59. [È.)
organes digestifs , il peut se former plus ou moins de chyle d’une plus ou moins grande quantité d’alimens, et que, quoiqu’ils renferment en eux-mêmes un suc louable, la nutrition en dépend moins que de leur parfaite dissolution dans le ventricule. Nous voyons maints chevaux voraces toujours maigres ; ils mâchent peu : or, une des conditions de la bonne digestion est la mastication et un mélange abondant de la salive avec les alimens dont elle est le premier et le vrai dissolvant 5 l’activité de cette liqueur, lorsqu’ils en sont pénétrés, mettant l’estomac en état d’en achever et d’en consommer la division. Les premières voies, dans ces sortes de chevaux* ainsi que dans ceux en qui ce viscère est débile, soit à raison de leur constitution naturelle , soit à raison de quelques dérangemens, soit à raison, enfin , d’un âge avancé , sont toujours farcies de crudités qui s’annoncent , ou par des borborygmes, on par des gonflemens, ou par des déjections fréquentes ou fétides et semées de fourrages, et surtout de grains mal digérés, ou par des maladies plus ou moins sérieuses et plus ou moins funestes.
Outre ces considérations , il faut avoir égard à la taille de l’animal. Si l’on accorde chaque jour â un cheval de carrosse de la taille de cinq pieds, et qui est assujetti à un exercice continu ni trop, ni trop peu violent, une botte de foin du poids de huit à douze livres, deux bottes de paille du poids de huit à dix livres , et trois quarts de boisseau , mesure de Paris, d’avoine, on doit en moins donner au bidet ou au cheval de selle j et si les uns et les antres
jouissent d’un long repos, ou sont tenus à une lati-* gue plujj forte, dans le premier cas , on diminue la ration , et, dans le second, on l’augmente, en ri’oubliant pas néanmoins que la surabondance des ali— mens les plus convenables est plus pernicieuse que la mauvaise qualité, quand ceux-ci sont donnés modérément, et en proportionnant cette même ration, toujours d’après l’étude et l’observation du tempérament, sur la somme du travail auquel on soumet les animaux, ou sur la somme des pertes à compenser- •>
Toute règle générale qu'on voudrait établir pour la fixation du poids et de la quantité de là nourriture des chevaux souffrirait encore une infinité d’autFes exceptions. Non seulement, par exemple, le loin les amollit et les rend lourds et paresseux , mais il avale le ventre de ceux qui ont quelque disposition à ce défaut, il en altère le flanc, et si les poumons , qui sont le premier et le principal instrument de la sanguification, ont quelque débilité naturelle, ou ont essuyé des dérangemens à raison d’une cause quelconque, la circulation pulmonaire deviendra toujours plus difficile à proportion que le cheval mangera plus ou moins de cet aliment; les sucs abondans qu’il fournit ne serpnt jamais assez élaborés dans ce viscère : il agit, à la vérité, vivement sur eux pour leur donner la qualité d’un fluide animal, mais aussi ils réagissent fortement sur lui j s’ils oftreût plus de résistance qu’il n’a de force, ils le surchargent, et c’est ce que nous voyons dans les chevaux en qui ce fourrage hâte les progrès de la
pousse, c’est à dire de l’asthme, et qui souvfent éprouvent des crises qui tiennent de la suffocation, lorsque cette nourriture, ou même toute autre, leur a été prodiguée. Comme elle est très alimenteuse, on en donne en plus ou moins grande abondance à ceux qui sont étroits de boyaux, et à peine en accorde-t-on quelques poignées à ceux dont on suspecte le flanc, etc.
Quelque ordinaires que soient les bons effets de l’avoine, elle nuit à des chevaux malades, à des chevaux échauffés} la quantité en serait préjudiciable à des chevaux trop jeunes, à des chevaux ardens et colères , dont il est toujours dangereux d’agiter puissamment les liqueurs, et qu’il faut au contraire tempérer, en mélangeant le grain qu’on leur donne avec du son de froment, ou bien avec de l’orge gruée, s’il s’agit non seulement de calmer, mais de soutenir l’animal.
Personne n ignore que le son, qui n’est autre chose que l’écorce du blé écrasé par la meule, est d’un usage très familier dans la médecine vétérinaire et dans le régime qu’elle prescrit. Il forme un aliment très rafraîchissant et d’une très facile digestion. Nous le présentons au cheval sain, ou malade, sec ou mouillé, selon les cas, et souvent, au lieu de le mêler avec l’avoine, dans l’intention de modérer la chaleur qu’elle pourrait provoquer, outre l’ordinaire en grain délivré soir et matin, nous en distribuons une mesure à midi , suivant les indications. Du reste, cette nourriture seule , avec le fourrage, ne suffirait point à l’entretien du cheval qui tra-
vaille, c’est une sorte de diète à laquelle nous le soumettons quand la santé en est altérée; mais il est important de s’assurer que cet aliment ne soit point viçux et d’une odeur fétide et dégoûtante; car les chevaux le refuseraient, ainsi que l’eau blanche, si nous faisions celle-ci avec du son pareil, ou si nous ne la renouvelions pas avant qu’elle fût aigrie (i).
, Quant à Y orge engrain, celui qui est pur, compacte, pesant et plein est celui qu’on doit préférer. Il faut rejeter celui qui est ridé , spongieux , léger et petit, n’en faire usage que long- temps après la moisson , et quelque temps après qu'il a été concassé, afin de donner à l’humeur visqueuse qu’il contient le temps de s’atténuer ou de s’évaporer. Sa farine est en quelque sorte dénuée de la faculté de nourrir, et relâche au contraire l’animal. Les Espagnols en font, pour ainsi dire, le principal aliment de leurs chevaux; sans doute que cette plante a d’autres propriétés en
(i) Voyez la manière de la préparer dans les formules médicinales de la Matière médicale , déjà citée, tome II, page 436.
H paraît bien certain aujourd’hui, par les résultats de l’analyse et des observations, que tous les bons effets qu’on attribuait au son appartiennent exclusivement à la farine dont il est toujours plus ou moins pourvu, et que , lorsqu’il en est privé, il n’a aucune qualité alimentaire. Il faut donc choisir le son pesant, blanc , qui blanchit les mains lorsqu’on le manie , et promptement L’eau dans laquelle on le jette , et rejeter celui qui n’a point ces qualités, qui est léger et semblable à de la sciure de bois. ( É .)
Espagne (i) $ en France, ses tuyaux ou sa paille ne sont livrés qu’aux boeufs et aux Vaches. Une personne qui ne voulait admettre aucune distinction relative aux divers pays , en ce qui concerne les qualités des productions végétales, et s’obstinait à nourrir un beau cheval espagnol avec de Yorget sous le prétexte qu’il était habitué plutôt à ce grain qu’à l’avoine, se trouva forcée d’y renoncer, après l’avoir vu attaqué d’une fourbure des plus violentes, et toile que l’occasionerait l’avoine elle -môme à tout cheval qui en mangerait inconsidérément.
Le grain de froment produirait la môme maladie} il échauffe , d’ailleurs, beaucoup l’animal. L’usage dans lequel quelques personnes sont d’en donner tous les matins une jointée avant de faire boire les chevaux étroits de boyaux, ou de mélanger cette jointée avec la ration d’avoine destinée pour de vieux chevaux dont l’estomac est affaibli , ne doit pas néanmoins être condamné. Dans ce dernier cas, un mélange d’une jointée de féverole ( faba minor equina) n’est pas moins efficace.
Quaut au grain de seigle, on l’emploie plutôt comme médicament que comme aliment , et la paille de cette espèce de blé est consommée pour la litière.
(i) L 'orge , compte tous les autres grains, contient, dans les pays méridionaux, beaucoup moins d'eau et de muqueux proprement dit , et beaucoup plus de sucre ou de muqueux sucré , qui est la véritable matière nourricière dans les végétaux : au surplus, l 'orge est une plante du midi , et l’avoine no se cultive que dans le nord de l’Europe. (É.)
ao.
Il serait à désirer que l’on examinât avec plus d attention et plus de lumières qu’on ne l’a fait jusqu à présent les véritables résultats d’une nourriture composée des plantes dontonforme les prairies artificielles. Ces plantes ont le mérite d’une production plus abondante que. celle des prés naturels; mais ce mérite ne peut avoir de réalité qu’autant que ces alimens seront aussi sains et aussi salutaires que ceux que nous faisons manger habituellement. Un arpent de terie commune produit annuellement sept mille cinq cents livres pesant de luzerne ( medicago sativa) : de là plusieurs personnes ont conclu, sans autre le— flexion, que rien n’est plus avantageux que la culture de cette plante vivace; il nous semble qu’avant d’en semer de vastes champs , il aurait été plus pru* dent de tenter des essais pour s’assurer de ses effets sur des animaux dont un grand nombre a été d’abord 1 sacrifié, parce que l’on ignorait, du moins dans de certains pays dénués de prairies, la nécessité de les accoutumer insensiblement et par gradation à ce genre de nourriture. La dispensation en a été d’abord inconsidérée. La luzerne donnée en vert, seule, sans mélange, sans discrétion, avant l’épanouissement des boutons à fleurs, couverte de rosée, ou mouillée par la pluie , et non flétrie par le soleil , a occasioné de ces espèces de tranchées qui accompagnent ordinairement de fortes indigestions; on a vu des chevaux et des boeufs enfler sur-le-champ, leur ventre météorisé d’une manière extraordinaire, les uns périr faute de secours, et les autres par le défaut de connaissance du remède convenable. Le mélangé
qu’on en a fait ensuite avec l’herbe ordinaire dès. prés, ou la paille de froment, ou le sainfoin, n’â. pas eu des suites plus heureuses; les animaux se sont gorgés de ce fourrage et les mêmes accidens se sont montrés. Ce n’a été qu’après avoir essayé d’en donner d’abord en très petite quantité, qu’on est parvenu à le faire manger avec quelque succès et sans danger ; l’estomac du cheval et ceux des animaux rurainans s’y sont habitués peu à peu et avec le temps; la ration de ce mélange a été portée, enfin, par chaque vingt-quatre heures passées dans les écuries ,les étables et les bergeries, jusqu’à vingtquatre livres pesant, pour de fortes jumens de trait poulinières et pour des vaches de la haute taille; à dix-huit livres, pour celles de la petite taille et pour des jumens de légère taille, et à deux à trois livres pour les bêtes à laine. Il a augmenté le lait de ces différentes femelles exemptes de toute espèce de travail, et il a même servi au rétablissement de plusieurs chevaux, boeufs et mulets qui tombaient dans un amaigrissement total; cependant il ne convient pas également à tous, et surtout à ceux en qui les fibres ont naturellement trop de force et d’élasticité, qui surabondent en sucs louables, dont la constitution est sanguine, dont le caractère est vif. et ardent, etc.
Il en est de même de cette plante présentée à ces animaux sous la forme d’un fourrage sec, qui, employé aussitôt après la fenaison, produit des effets encore plus sinistres que le foin donné avant qu’il ait sué. On la mélange avec une égale quantité de
Diqltize
paille, et ou en proportionne la ration à la force, à la taille tic laminai, aux travaux qu’on exige de lui, à la qualité de cetle herbe plus ou moins substantielle scion la nature du terrain auquel elle est due, et plus ou moins fine et plus ou moins appétissante selon qu’elle a été semée plus ou moins ser- •tee j quand les tuyaux Vasculaires en sont gros , ils, sont liés durs, nourrissent peu, et sont le plus sou- \ent rebutés et dédaigués par les bestiaux.
Tiente livres(i) pesant de ce mélange ont suffi à la nourriture du plus fort cheval de tirage , l’avoine lui étant retranchée dans le repos, et une seule demi-ration de ce grain lui étant accordée lors du travail. Vingt livres ont nourri amplement des chevaux de monture de la grande taille. Vingt-sept livres , dont douze livres de cette herbe mêlée avec quinze livres de paille , ont entretenu dans l’étable des boeufs de la grande taille , auxquels , dans le temps des labours, on a retranché la paille , qu’on a remplacée par vingt livres environ de foin . Les bœufs de médiocre taille, les jumens , les vaches qui allaitaient ont été tenus à un tiers moins de cette même ration; enfin, cent cinquante livres pesant de celle même plante et une égale quaulité de paille ont entretenu cent bêtes à laine des plus fortes. Il est même nombre de personnes qui n’ont pas craint de laire manger ce fourrage pur à leurs bestiaux, à raison de trente livres pour chaque fort cheval , et. de vingt-quatre livres pour chaque bœuf; mais l’ex-
(i) Nous parlons ici des plus fortes rations.
péricnce leur a appris , ainsi qu’à ceux qui ont voulu suppléer à la mesure ordinaire d’avoine par six ou huit livres de cette herbe hachée, qu’un aliment pareil est toujours très dangereux. La gale , le farcin , les eaux aux jambes, la fourbure, la gras-fondure, de vives tranchées accompagnées de ténesmes, la redondance du sang , et tous les désordres que peut occasioner la pléthore en ont été les résultats. Cette plante , en un mot, bien loin d’être rafraîchissante,, comme quelques uns l’ont imaginé , soulève toujours la masse ; et la certitude de cet effet est telle , que le lait des vaches, des jumens et des chèvres qui s’en sont uniquement nourries, agite cruellement les personnes qui en prennent, et leur occasione des insomnies et mille inquiétudes.
Le sainfoin ou saint- foin, foin sacré ( hedisarum onobrychis') , selon les anciens, qui l’appelaient ainsi, peut-être , à raison de sa fertilité dans des terrains secs et même stériles, et attendu la propriété qu’il a d’amender et de nettoyer des fonds de peu de valeur et semés de mauvaises herbes, peut-être plutôt encore à raison de l’utilité de cette plante pour la nourriture des bestiaux, n’est pas d’un usage absolument aussi périlleux. Il pourrait être néanmoins funeste, s’il leur était donné pur et sans un mélange de paille, encore ne doit-il être administré ainsi qu’à des animaux qui travaillent. C’est un aliment très nourrissant et très échauffant, soit que les tiges eu aient été fauchées avant l’épanouissement des fleurs, soit qu’elles l’aient été quand les fleurs existaient, soit, enfin, qu’elles aient etc coupées
entre fleurs et graines. Il procure un lait abondant aux femelles qui ont mis bas , ou qui nourrissent. La ration en doit être, en général, très petite et très médiocre, autrement il susciterait les mêmes maux que la luzerne donnée sans ménagement et sans association aucune. La graine de cette plante excite au surplus , les poules à une ponte fréquente.
On cultive encore en particulier différentes sortes de trèfles.
Le trèfle ou triolet des prés ( trifolium pratense ) , dont l’abeille recherche avidement la fleur, est très propre à l’engrais des chevaux et autres bestiaux. On le fait consommer en vert dans les écuries, dans les étables, ou sur pied, mais seulement lorsque les boutons à fleurs sont formés ; car, avant d’avoir acquis ce degré de maturité , il ne composerait qu’un aliment médiocre. S’il est mouillé par la rosée, ou par l’eau de la pluie, ou parles brouillards, il fermente dans l’estomac des animaux , et donne lieu à des indigestions et à des tranchées semblables à celles que l’on a à redouter de l’usage de la luzerne. Ces accidens se manifestent aussi dès les premiers temps où l’animal est mis à cette nourriture: il en est si friand qu’il la dévore , et c’est sa voracité et la quantité qu’il en mange qui produisent les douleurs dont il est atteint; aussi ne duit-on lui en laisser prendre d’abord que très modérément (i).
(l) Voyez , pour le traitement des indigestions et des météorisations , par Chabert , les Instructions et Observations sur les maladies des animaux domestiques , déjà citées, tome III , seconde partie. ( E .)
Cette lierbe n est pas moins galactophore que celles dont nous venons de parler; mais plusieurs personnes ont remarqué qu’elle est souvent nuisible à la truie qui porte, qu’elle en détruit les fruits , soit par avortement, soit en les faisant périr dans le ventre même de la mere; tandis qu’après le part, non seulement elle cesse d’être contraire à c’elle-ci, mais elle est très salutaire aux nouveaux nés, par la qualité et la quantité du lait qu’elle fournit à la femelle qui les allaite. 1
On ne doit point l’amonceler pour la donner en vert. Il en est comme de l’orge , elle est très sujette a s ecbauffer, aussi ne la range-t-on et ne la distribue-t-on qu’en très petits paquets. C’est, au surplus, le tremène des Normands, qui en font manger la première pousse en herbe, et qui réservent le second produit pour l’hiver. Ce foin exige les mêmes précautions que l’administration de la luzerne , et la ration peut en être portée au même poids, toujours selon les diverses considérations sur lesquelles on doit se régler.
Ce trèfle est moins succulent que le grand trèfle de Hollande [trifolium incarnatum] (i). Un arpent de terre ordinaire semé de ce trèfle produit sept mille cinq cent livres pesant de fourrage sec; et, dans un terrain supérieur, la production en est dou-
(■) Ce trèfle n’est qu’une variété du précédent. Ou peut consulter, à son sujet, les expériences faites par Rozier, et
rapportées dans son Cours d’ Agriculture , tome IX, article Trèfle, (fc.)
bie. Ua particulier ( M. Pelletier) , habitant à Frépillon, village à quatre lieues de Paris, le donnait en vert, avec succès, à des chevaux qu’on lui envoyait dans l’intention de les rétablir ; il l’administrait de la même manière que nous administrons le •vert d’orge (hordeum exasticon). On sait que celui-ci est aussi utile à de jeunes chevaux qu’il serait contraire à des chevaux poussifs, larcin eux, morveux et trop avancés eu âge.
On le donne pendant un mois ou six semaines et avant qu’il ait épié; quand l’épi est sorti du fourreau, il provoque la lourbure. On a soin de lo couper avant que la rosée soit dissipée, il est certain qu’il n’en purge que mieux l’auimal. On le lui distribue continuellement poignée par poignée, et l’on observe de tremper au même instant chacune de ces poignées dans un seau d’eau. Mettre une plus grande quantité de cette herbe devant lui , c’est vouloir la perdre; il la fane par son soufüe et la dédaigne. On doit faire attention aussi que la provision qu’on en fait pour la journée ne soit pas trop serrée dans un même tas, l’herbe s’échaufferait elle-même ; on la range encore de façon qu’elle soit droite et la pointe en haut , et on l’arrose de temps en temps.
Trois jours après que le cheval est à ce vert on lui ouvre la jugulaire: cette saignée, plus ou moins légère, empêche qu’il ne devienne fourbu , et cette nouvelle nourriture produit alors tout l’effet qu’on en attend. L’animal est copieusement évacué par le fondement, insensiblement cette évacuation cesse et n’a plus lieu. Il engraisse, son poil devient tou-
jours plus vif, et ccs sigucssont, ainsi qu’un flux très abondant d’urine, la preuve la plus certaine du mérite et de l’efficacité de l’aliment. Quelques personnes donnent chaque jour une once de foie d’antimoine (oxide d’antimoine sulfuré) dans du son; on peut ne pas les imiter en ce qui concerne le foie d’antimoine, dont on peut différer l’administration jusqu’à ce que le cheval soit remis au sec, temps auquel il convient d’en fixer la dose à demionce, mêlée avec quatre-vingts grains d’éthiops minéral (oxide de mercure sulfuré noir), à donner pendant huit ou dix jours comme vermifuge; mais il est très bon de ne pas épargner un demi- boisseau de son, sec ou mouillé, selon les cas.
Doit-on, au reste, nécessairement se dispenser de panser de la main les chevaux qui sont au vert, et de relever la litière? Cette question n’est pas du nombre de celles dont l’expérience peut donner la solution; elle parle également en faveur de ces deux sentimens. Le vert n’opère pas moins, en effet, dans l’un et dans l’autre cas, et nous croyons dès lors que la propreté serait préférable. Ceux qui proscrivent le pansement s’étayent sur la plus forte déperdition qu’il pourrait occasioner dans un temps où l’animal souffre des évacuations considérables; mais s’il est prouvé par le fait que l’action de panser n’a jamais nui en pareille circonstance, nous ne voyons pas pourquoi on ne le bouchonnerait pas au moins fortement une ou deux fois par jour. A l’égard de l’espèce de fange dans laquelle on le laisse communément, il n’est d’autre motif de ce procédé
que celui de se manager un fumier plus fait et plus pourri , et il est aisé de sentir combien ce même procédé peut être nuisible (»).
Quoi qu’il en soit, la dispensation des deux espèces de trèfles dont il s’agit, soit en vert, soit en fourrage sec, doit être à peu près la même , ainsi que je l’ai dit, que celle de la luzerne; on doit cependant être certain que le grand trèfle de Hollande forme plus de sucs que les autres.
Userait, sans doute, superflu de rechercher ici les autres simples tirés du milieu des plantes agrestes, pour en composer encore des prairies factices; nous ne parlerons point aussi des divers mélanges récoltés dans les pays qui sont dans la disette de fourrages naturels, tels que le bisail (2), la draoie ou la
(1) Le préjugé presque général que les chevaux au vert ne doivent être ni pansés, ni tenus proprement, n’est fondé que sur la paresse des gens d’écurie et sur l’ignorance des préceptes d’hygiène de la part des écuyers qui les dirigent. Bourgeiat , qui a sapé tant de préjugés, n’a pas osé montrer tous les inconvéniens de celui-ci; il a cherché à expliquer, à motiver l’opinion de ceux de ses confrères les écuyers qui défendent le pansement , et, quoiqu’il soit aisé de voir que son opinion est conforme à la raison , il n’a pas entièrement tranché la question. Les chevaux qui sont au vert transpirant beaucoup, ils doivent être étrillés et bouchonnés au moins deux fois par jour, quelle que soit l’opinion contraire, et l’expérience a prouvé que, conduits ainsi , ils éprouvent bien plus promptement les bons effets de cette nourriture. (£".)
(2) Mélange d’avoine, de pois, et de vesce semés au printemps.
dragée (i), Vhouara (2), Y hivernage (3), etc. Il est incontestable qu’ils ne sont réellement propres qu’aux chevaux qui ont été habitués dès l’enfance à une pareille nourriture , et que l’estomac des autres s’y accoutume plus ou moins difficilement et dans un espace de temps plus ou moins long, selon la qualité des alimens dont l’usage, dans le cours de leur vie, a précédé ceux-ci.
A l'égard des herbages ordinaires dans lesquels on jette quelquefois les chevaux faits, ils ne sont nullement convenables à ceux en qui la lymphe pécherait par trop d’épaississement, dont l’habitude du corps serait spongieuse, etc.; en général, ils rendent les liqueurs tenaces et visqueuses, ils relâchent les fibres et les affaiblissent : la preuve en est dans Ie3 poulains qui , ayant été trop long-temps dans les pâturages et mis au sec trop tard, forment des chevaux ordinairement débiles et paresseux, ainsi que dans les boeufs et autres animaux tenus constamment à cette nourriture molle ; si elle les engraisse,
( 1 ) Mélange de trèfle , de pois et de vesce donné en vert ou desséché.
(2) Mélange de trèfle ou de luzerne, de pois ou de vesce, ou de fèves, ou d’avoine , ou de blé , ou de lentilles. Quelquefois toutes ces herbes sont mêlées, quelquefois il n’en est que quelques unes.
(3) Mélange de pois, de vesce et d’avoine , auquel on joint la quantité d’un boisseau de blé par arpent. On sème le tout au mois d’octobre ; de là le nom à? hivernage. Ces différentes récoltes artificielles sont en usage dans plusieurs départemens , et plus particulièrement dans ceux du nord.
les sucs visqueux qu’elle engendre les disposent à la plus grande partie des maladies dont nous les voyons attaqués , et qui consistent le plus souvent dans des obstructions fréquentes des viscères vasculeux, tels que le foie, la rate, les poumons , etc.
On peut mettre à l’herbe des chevaux dans la même intention que l’on a quand on croit devoir leur donner le vert, c’est à dire pour les rafraîchir, pour les purger, pour les rétablir, pour les remettre en chair, etc. Les y laisser toute l’année, c’est en assurer le dépérissement, et les maintenir dans un état de faiblesse qui ne leur permet pas de résister au plus léger travail. Du reste, l’herbe nouvelle convient parfaitement à ceux qui sont sujets à des embarras dans les reins, à des ardeurs d’urine, à la dysurie, à la strangurie , aux tranchées qui les suivent, etc.; elle a, dès les premiers momens de son jet ou de sa croissance, un caractère savonneux qni la rend très salutaire en pareilles circonstances , et même efficace contre le calcul. On observe souvent que les boeufs nourris dans l’étable, et que l’on tue l’hiver, ont des pierres dans le foie, dans la vésicule du fiel , dans les conduits biliaires et même dans la vessie, et quelquefois dans l’urèthre (t); on . , , — — .
(i) Le 9 mai >762, M. de Varennes' de Champfleury m’envoya , de la part du Bureau d’Agriculture de la ville de Clermont-Ferrand, en Auvergne, un mémoire à consulter sur un calcul arrêté dans l’urèthre d’un boeuf, âgé d’environ huit années , et qui lui avait causé la mort. Ce calcul pesait quatorze grains. Suivant ce même mémoire, la vessie en contenait plusieurs de la forme du plomb mis en grenaille , pe-
n’en trouve que très rarement dans ceux qui ont d’abord été jetés dans les pâturages.
sant en tout quarante-deux grains ; ceux-ci me furent remis dans un bocal. Au premier aspect , chacun de ces petits cal-r culs paraissait métallique , la couleur en était brillante et semblable à de l’or. Nous avons plusieurs exemples de pareilles pierres trouvées dans les reins de ces animaux , ony en a rencontré d’argentées. Les calculs que je reçus de M. de Varennes sont actuellement dans le cabinet d’histoire naturelle de M. de la Tourette , conseiller en la Cour des monnaies de Lyon. Nous aurons occasion , dans le cours de nos travaux, de faire connaître de très excellentes réflexions qu’il nous communiqua alors à ce sujet $ le public ne doit point être privé des choses utiles que souvent la modestie des personnes vraiment éclairées lui cache et lui dérobe.
Quelque temps après , le Bureau d’Agriculture établi à Saint-Étienne, en Forez, nous consulta sur un même fait. A l’ouverture d’un bœuf, on avait trouvé, à peu près dans le milieu du canal de l’urèthre, un calcul rond, légèrement aplati , dur, très lisse et de couleur métallique. Le paysan auquel appartenait ce bœuf prétendait en avoir perdu un , quatre années auparavant , de la même maladie ; on vit dans son urèthre deux pierres semblables , mais de grosseurs inégales. Ce même Bureau observe , dans son mémoire , que les bœufs qui charrient loin de leur domicile, et qui vivent de foin sec , y sont plus sujets que ceux qui pâturent flans les pr aigries, (Note de l’Auteur.)
Voltaire a aussi adressé à l’École vétérinaire d’Alfort , en 1771, de semblables calculs ; ils sont conservés dans le cabinet de cette École : les faits qui y sont relatifs ont été consignés dans une dissertation de Bourgelat , insérée dans le Journal dï Agriculture de janvier 1778. (Ê.)
Des Alimens liquides.
Les alimens liquides ne sont pas moins nécessaires que les alimens solides à l’entretien de la vie de l’animal. L 'eau en est la boisson ordinaire.
Il serait assez difficile de concilier les idées à' Aristote et celles que nous nous sommes formées des effets que ce fluide produit dans les corps animés. Selon ce philosophe, les chevaux et les chameaux boivent Veau trouble et épaisse avec plus de plaisir et d’avidité que l’eau claire. La preuve sur laquelle son opinion est appuyée est l’action de ces animaux, qui , dit-il, la battent et la troublent eux-mêmes (i). Il ajoute que l’eau chargée de particules hétérogènes les engraisse , parce que dès lors leurs veines se remplissent davantage.
Nous devons opposer ici l’expérience à l’autorité. Présentez au cheval de l’eau trouble, inodore et sans mauvais goût, et de l’eau parfaitement limpide, il s’abreuvera indifféremment de l’une et de l’autre; conduisez-le dans une rivière, s’il est véritablement altéré, il boira sur-le-champ, et ne battra l’eau que lorsque sa soif sera suffisamment étanchée. Permettez-lui, dans ce moment, de l’agiter avec l’un ou l’autre de ses pieds antérieurs, si on ne l’en détourne pas, il s’y couchera bientôt infailliblement; enfin, offrez à celui-là même qui brûlera de la, soif
(i) Histoire des Animaux , avec la traduction française, par M. Camus. Paris , 1783 , in-40, tome I , livre 8 , ch. 8 , page 48 < ; et ch. 24, page 519.
la plus ardente une eau sale, brouillée et fétide, il la dédaignera absolument : or, il paraît qulei Aristote a attribué mal à propos à un animal qu’il appelait d’ailleurs Philoloutron (ç/aôâouI por), pour exprimer l’amour naturel qu’il a pour l’eau, une intention qui n’est point réelle, et il est, cè semble , plus raisonnable de penser que , dans l’instant où il bat l’eau, ainsi que nous l’avons dit, ce n’est nullement pour la troubler, mais uniquement pour la faire rejaillir sur lui, ce qui est même démontré, puisqu’il est commun de le voir's’y plonger incessamment après; le philosophe se serait donc moins éloigné de la vraisemblance, en imputant intentent ce mouvement à l’instinct et au goût qu’il avait reconnus lui- même dans le cheval.
C’est sans doute ce même goût qui le sollicite et qui l’engage à plonger plus ou moins profondément sa tête dans l’auge ou dans le seau qui contient sa boisson. Cette action, qu’on n’aperçoit en lui que lorsque sa soif n’est pas fort pressante , a encore occasions de nouveaux écarts. Pline en a conclu que les chevaux trempent les naseaux dans Peau quand ils s’abreuvent (1). Jérome Garimbert prétend qu’t /s ' y plongent la tête jusqu’aux yeux, tandis que les ânes et les mulets hument du bord des lèvres (2). Il
(1) Histoire naturelle , etc. Paris, 1771, in *4°. tome III, livre 8 , cliap. 41 2 , [ âge 48 1 •
(2) Les Problèmes , traduits de tuscan en français par J. Louueau. Lyon , 1 55q , in-8", page 64 , problème xxv. —
\r oyez encore : Délia selva di varia lettione di P. Messia. In Vendra, i565, in-8°, parte quarts, cap. xm, pag. 337.
est certain que1 le cheval hume en buvant ainsi que l’âne et le mulet, et qu’il n’est aucune différence entr’eux à cet égard : or, l’action de humer, qui n’est autre chose que celle d’attirer et d’inspirer, eu quelque manière, le liquide, ne pourrait s’exécuter, de la part de cet animal , si ses naseaux baignaient dans l’eau, parce qu’en même temps qu’il en remplirait la cavité de sa bouche, il en attirerait incontestablement autant dans ses fosses nasales ; l’action d’inspirer par cette première cavité, aidée d’ailleurs ici par la pression de l’air externe sur l’eau, et celle d’inspirer par les secondes, étant évidemment simultanées, et l’on comprend dès lors qu’il ne pourrait qu’eu être suffoqué. C’est aussi conséquemment à cette inspiration inséparable de l’action de humer, que l’on est obligé de couper ou de rompre de temps en temps l’eau à l’animal , surtout à celui qui, pressé du besoin le plus grand, boit à perte d’haleine et tout de suite, aux risques de s’étouffer entièrement.
L’opinion dans laquelle on a été que l’eau trouble engraisse le cheval, et lui est infiniment plus salu- . taire que toute autre, n’est pas moins, à rejeter. 11 serait, en effet, très difficile de découvrir la sorte d’élaboration à la faveur de laquelle des corpuscules terrestres et grossiers aideraient à former un chyle balsamique et propre à une assimilation d’où résulterait une homogénéité véritable. Non seulement le fluide aqueux extrait les parties les plus utiles des alimens, il dissout les humeurs visqueuses , il entretient la fluidité du sang, il tient tous les
émonctoires convenables ouverts, il débarrasse tous les conduits , et facilite merveilleusement la transpiration insensible ; mais, sans son secours, la nutrition ne saurait être parfaitement opérée ; il est le véhicule qui porte le suc nourricier jusque dans les pores les plus ténus des parties : or, il suit de cette vérité que les seules eaux bienfaisantes seront celles qui, légères, pures, simples, douces et limpides , passeront avec facilité dans tous les vaisseaux excrétoires; et nous devons penser que celles qui sont crues, pesantes, croupissantes, inactives, terrestres, et imprégnées, en un mot, de parties hétérogènes grossières, formeront une boisson d’autant plus nuisible, qu’elles ne se frayeront qu’avec une peine extrême une route à travers les canaux déliés qu’elles doivent parcourir, et qu’elles ne parviendront jamais à leurs extrémités sans y causer des obstructions. Il faut avouer, néanmoins, eu égard à la constitution de l’animal, à la force de ses organes digestifs, au genre d’alimens dont il se nourrit, etc., que celles-ci ne lui seront point aussi pernicieuses qu’à l’homme; on ne doit pas, cependant, faire moins d’attention aux différentes qualités de celles dont on l’abreuve.
Les eaux trop vives suscitent de fortes tranchées, des gonflemens considérables dans les parotides ; les eaux de neige provoquent assez communément une toux violente, un engorgement considérable dans les glandes maxillaires et sublinguales, ainsi que dans les glandes lymphatiques amoncelées à la partie supérieure de l’auge ; elles excitent en même
ai.
temps, dans les jeunes chevaux, un flux considérable, par les naseaux, d’une humeur plus ou moins épaisse , et d’une couleur diflérente et plus ou moins foncée. Les eaux croupissantes, le plus souvent chargées de sels âcres et caustiques, de la même nature que la plupart des plantes qui naissent dans les étangs, susoitent des maladies plus ou moins graves , des fièvres putrides , malignes , pour l’ordinaire épizootiques; les eaux de puits dans de certaines maisons et dans de certains quartiers de Pans produisent une infinité de maladies cutanées, etc. (i).
Le temps et la manière d’abreuver ces animaux sont encore des points qui intéressent essentiellement sa conservation.
On ne doit jamais , et dans aucune circonstance , les faire boire quand ils sont échauffes par un exercice violent. L’effet de l’eau froide sur un sang raréfié est de le condenser et de l’épaissir, de crisper et de raidir les parties solides, d’arrêter et de suspendre les excré.ions les plus salutaires, et souvent de donner lieu a des maux qui conduisent inévitablement à la mort. L’heure la plus convenable pour les abreuver est celle de huit ou neuf heures du matin, et de sept ou huit heures du soir. En été, on les abreuve, avec raison, trois f rois par jour, et
(1) Voyez, dans la Matière médicale déjà citée, l’article Boisson , tome I, page 244 , et dans le Dictionnaire de Médecine de l’ Encyclopédie méthodique , tome I , l’article Alimens, page 83 1. (El)
alors la seconde doit être fixée environ cinq heures après la première. Il est vrai qu’eu égard aux chevaux qui travaillent et aux chevaux qui voyagent, un pareil régime ne saurait être exactement constant et suivi; les chevaux de manège, dans plusieurs académies bien réglées, ne boivent qu’une heure ou deux après la fin des exercices; le soir, on les abreuve à sept heures, et toujours avant de leur donner 1 avoine.
Il est nombre de personnes qui sont dans l’usage d’envoyer leurs chevaux boire à la rivière, contre, le sentiment de Xénophon, et suivant l’avis de J. Camerarius (i), dont nous n’avons garde de nous éloigner, pourvu que l’eau de la rivière soit bonne et salubre, que l’ou soit assuré de la sagesse des personnes qui les y conduisent, qu’on ne les y mène pas dans le temps le plus âpre de l’hiver, et qu’on ait l’attention, à leur retour, non seulement d’avaler l’eau dont leurs quatre jambes sont mouillées, mais de les leur sécher parfaitement, ainsi que l’ongle en l’essuyant.
Quant à ceux qui abreuvent l’animal dans l’écurie, ils doivent, en hiver, avoir grand soin de faire boire l’eau sur-le-champ, aussitôt qu’elle est tirée, et avant qu’elle ait acquis un degré de froid considérable. Dans l’été, au contraire, il est indispensable de la tirer le soir pour le lendemain matin , et le malin pour le soir du même jour, à l’effet de lui faire perdre le degré de froid qu’elle avait. Vaine-
(i) De tractandis equis sine éxTToJco/nJcéf. — Xenophontis de re eq ues tri. Tubingœ Sveuorum , 1 5 39 , in-8".
ment le même Camerarius , très distant du sentiment à’ Aristote sur l’eau trouble, invective-t-il les palefreniers qui offrent à leurs chevaux de l’eau qui a séjourné dans un vase , par cette seule raison qu’elle a été exposée à la chute de plusieurs ordures, et veut-il qu’elle soit tirée nouvellement et présentée aussitôt à l’animal : les suites funestes d’une pareille méthode observée dans les temps de chaleur n’ont malheureusement que trop prouvé la sévérité avec laquelle elle doit être proscrite. Il est possible cependant de parer et d’obvier à la froideur de l’eau et à sa trop grande crudité, en y trempant les mains, ou en y jetant du son, ou en l’exposant au soleil, ou en y mêlant une certaine quantité d’eau chaude, ou en l’agitant avec une poignée de foin, etc. : c’est ce que l’on doit nécessairement faire lorsqu’en été l’on ne peut avoir que de l’eau tirée sur-le-champ du puits.
Comme nous n’avons eu nul intérêt de nous assurer de la durée du temps pendant lequel le cheval pourrait se passer de boire , nous ne saurions contredire le fait avancé par Aristote } qui fixe ce même espace de temps à quatre jours : tout ce que nous savons, c’est qu’il est des chevaux qui boivent naturellement moins les uns que les autres; il en est aussi qui boivent trop peu , et ceux-ci sont non seulement assez communément étroits de boyaux, mais le défaut, en eux, de proportion dans les parties liquides et solides du sang rend ce fluide peu propre à traverser librement les plus petits vaisseaux de la machine. De là les stagnations
dans les canaux déliés des differentes parties, les dispositions des viscères à s’obstruer, des reflux de sucs impurs dans la masse, enfin nombre de maladies chroniques dont on démêle rarement la génération et la cause, parce qu’on n’a jamais réfléchi sur la nécessité et sur les effets véritables de la boisson. Il est encore des chevaux que le dégoût et la fatigue empêchent de s’abreuver, on réveille en eux le désir de boire par quelques poignées de foin, par différentes sortes de masticatoires, etc.
Si la disette d’alimens liquides est réellement pernicieuse, celle des alimens solides ne l’est pas moins. L’abstinence outrée nuit à l’entretien des forces, et elle est encore plus contraire aux chevaux maigres et faibles. En général , la faim dissout les parties gélatineuses du sang et de la lymphe, elle rend la transpiration languissante par la diminution du volume du sang, qui demeure bien moins pur dans ses vaisseaux, et qui contracte bientôt, ainsi que toutes les liqueurs animales livrées alors , comme ce fluide, à leur sort, une acrimonie mécanique : d’où l’on voit combien il est dangereux de sortir de ce juste milieu si cher à la nature, en se portant ou du côté de l’excès, ou du côté de la diminution dans la quantité.
Nous ajouterons que celle du fourrage qui doit être distribué ne doit l’être qu’à plusieurs reprises et qu’autant que l’on présume que les précédentes rations ont eu le temps d’être digérées; une forte quantité d’alimens prise tout à la fois ne peut jamais être élaborée exactement ; elle surcharge in-
. Digitizfed
failliblcment le .ventricule, et ies sucs proposés à leur dissolution ne sauraient être rassemblés en même temps en assez grande abondance pour l’opérer ; d une autre part , une première digestion manquée ne se répare ni dans la seconde ni dans la troisième, et le séjour dans le viscère des premiers alimcns non travaillés comme ils auraient dû l’être y forme des crudités, occasione des vents, des gonflemens, et devient une source de dillérens maux, de fièvres, etc. Or, il. convient de diviser le poids de la nourriture à donner en plusieurs portions, et de régler aussi, d’après ces observations, les heures de la distribution.
Il est des cbevaux dont les organes digestifs ont moins de force, d’autres en qui ces mêmes organes ont une activité surprenante, les heures pour ceuxci devraient donc être plus rapprochées que pour les premiers. Au surplus, cette assignation d’heures déterminées et constantes, quand elle est possible, contribue évidemment à la sauté de l’animal et à la durée de sa vie. Celle de la plupart des chevaux de manège n’est aussi longue que par l’exactitude du régimequ’on leur fait observer, et tels sont la force et l’empire de l’habitude, que la nature, accoutumée dans des instans fixes à l’exécutiou de telles fonctions, est pressée, comme par un besoin réel et indispensable , de s’y livrer de nouveau dès le retour de semblables instans : c’est ainsi qu’à l’heure ordinaire où on abreuve et où on départ le lourrage et l’avoine, ces animaux hennissent, s’agitenr, battent du pied et s’abandonnent à une multitude de mou-
venn ns qui annoncent aussi sûrement que l’horloge la plus juste la révolution du moment. Nous conviendrons cependant que cette fixation n’est pas une condition si absolue que tout cheval ne puisse sans elle exister bien portant, nous en voyons une très grande quantité non assujettis a cette loi satisfaire à de forts travaux; et, d’ailleurs, on pourrait dire que ce n’est pas sans danger que l’homme et l'animal contractent de longues habitudes, puisque ces habitudes sont une seconde nature qui se trouve blessée du moindre changement; inaistous les chevaux et tous les hommes ne sont pas si sains et si robustes, que tous genres de vie quelconques et successivement variés puissent leur être indilférens.
Des soins du cheval en voyage.
Les attentions qu’exige le cheval de la part du voyageur sont en grand nombre.
i°. Il s’agit, quelque temps avant d’entreprendre la route, de le mettre en haleine, en le faisant promener deux ou trois heures par jour, pour le disposer ainsi insensiblement à fournir avec aisance le chemin qu’il doit faire.
2°. Les premières journées doivent être courtes, sauf à les augmenter peu à peu, ainsi que la dose du fourrage et du grain; car ceux qui, dans l’espérance de fortifier l’animal et de le rendre plus capable de résister à la fatigue, lui prodiguent tout à coup l’avoine , manquent presque toujours leur but : l’animal s’en dégoûte, le refus qu’il eu fait le prive totalement du moyen de maintenir sa vi-
gueur, et ses forces diminuent et sont abattues par degrés.
3°. Ou l’on fait sa journée entière d’une seule traite et sans débrider, ou on la partage entre le matin et le soir. Le premier de ces partis nous semble préférable. Le temps le plus propre à l’exercice est, en effet, celui où la digestion est achevée et qui précède le repas ; le chyle ayant porté dans le sang auquel il s’est mêlé quantité de-matières excrémenteuses , le mouvement et l’action en déterminent l’évacuation par les pores, le suc gastrique en est aussi plus dépuré, et l’appétit est inévitable; dès qu’au contraire la marche et la fatigue succèdent immédiatement à la nourriture, la digestion en est le plus souvent troublée, et n’est jamais aussi parfaite que si le corps eût joui d’une certaine tranquillité; d’ailleurs, le cheval qui finit et qui achève sa journée de bonne heure a plus de temps pour se rafraîchir et se reposer ; au surplus, quand on se propose de cheminer le matin et le soir, on doit s’arranger de manière que l’animal exécute dans la première de ces parties du jour le tiers de la marche qu’il a à faire. Il est encore très essentiel d’éviter les heures des grandes chaleurs de l’été ; la combinaison d’un air trop, chaud avec un mouvement continuel enflamme la masse, force la transpiration, et épuise nécessairement la machine.
4°. A mesure que l’on approche du lieu où l’on a projeté de s’arrêter, l’allure de l’animal doit être ralentie; un cheval qui a chaud en arrivant peut être saisi d’un refroidissement subit, dont les suites
sont des inflammations plus ou moins graves, des fièvres, des morfondures , des fourbures , etc. Si cette sage précaution était demeurée inutile, et si l’animal est en sueur, on le promènera, on le tiendra à une action douce et lente pour donnera cette sueur le temps de se dissiper sans danger; car le froid n’est jamais à craindre tant que le corps est en action. On pourrait encore le débrider, le mettre au mastigadour, le 'desseller, abattre l’eau avec le couteau de chaleur, l’épousseter, le bouchonner, laver, avec une éponge imbibée d’une eau propre et limpide, ses yeux, ses naseaux, scs lèvres, le fondement, le fourreau, ces parties étant pour l'ordinaire chargées d’une quantité de poussière confondue avec la sueur. On le couvre ensuite avec de la paille fraîche, qu’on assujettit parle moyen d’un surfaix ou d’une couverture lorsqu’on est à portée d’en avoir une ; toutes ces opérations, qui ont pour objet de parer à la constriction des pores, et de prévenir la suppression de la transpiration, doivent avoir lieu dans l’écurie ou dans un lieu quelconque tempéré et à l’abri de tout air vif qui contrarierait ces vues. On souffle ensuite quelques gorgées de vin dans la bouche et dans les naseaux, et bien loin de bouchonner les jambes selon la coutume pernicieuse des valets d’écurie,qui dès lors attirent et font affluer les humeurs sur ces parties, on les lave avec de l’eau fraîche, qui répercute ces mêmes humeurs naturellement trop portées à s’y jeter, et qui ne peut que fortifier les membres*
5°. On ne débride pas ordinairement les chevaux
qui ne sont que légèrement échauffes, on les (légourme- (r), on les attache par les rênes de la bride aux fuseaux du râtelier, on lait absolument net devant eux, soit dans le râtelier, soit dans l’auge. On les laisse ainsi pendant une heure et au delà sans manger, après avoir néanmoins desserré les sangles, ôté la croupière, débouclé le poitrail et glissé une certaine quantité de paille fraîche sous les panneaux de la selle. Il est nombre de personnes qui les débrident sur-le-champ, et qui leur font délivrer aussitôt une ration d’avoine, mais nous pensons qu’il est bien plus convenable de donner aux humeurs agitées le temps de se calmer, l’estomac n’en sépare que mieux les sucs utiles du grain.
6°. Après un repos suffisant, on donne une certaine quantité de foin; on abreuve l’animal lorsqu’il l’a mangé en plus grande partie, ou plutôt, si l’on aperçoit que la soif éteigne en lui l’appétit de ce fourrage , et quelque temps après, on lui donne l’avoine; mais il est important d’examiner toujours le genre et la qualité de ces différentes nourritures.
70. Les pieds exigent une attention sérieuse et constante. On doit les visiter en arrivant et en partant, il faut les nettoyer soigneusement avec le cure-pieds des pierres, des graviers et de la terre qui pourraient y séjourner; on doit en remplir la cavité de terre glaise ou de crottin mouillé , et oindre la couronne avec du cambouis, ou de l’onguent de pied. Quand
(i) Voyez la note de la page 69.
ces parties sont douloureuses, chaudes, et que le cheval feint et ne les appuie pas franchement sur le terrain, il faut nécessairement le déferrer pour en examiner l’état.
8°. Le soir, il doit être attaché de manière qu’il puisse se coucher aisément. La longe, ou les longes de son licou doivent pour cet effet avoir une longueur proportionnée; cette longueur étant excessive, il pourrait s’enchevêtrer pendant la nuit.
9°. Le mors de bride doit être lavé chaque lois qu’on l’ôte de la bouche de l’animal; lorsqu’on y laisse croupir la salive en écume , elle contracte une fétidité qui précipite l’animal dans le plus grand dégoût. Quant à la selle , ses panneaux étant imbus et mouillés de 3ueur, ils doivent être exposés au soleil pour y sécher, et il faut, avant de seller de nouveau le cheval , le battre avec une gaule, à l’effet d’en rompre la dureté et de leur ôter une raideur capable de le blesser; toute contusion, toute écorchure, toute plaie sur le corps, et dans le lieu surtout où porte et repose la selle, quelque peu dangereuses qu’elles puissent être en elles-mêmes, mettent le cheval hors de service pour la route.
io°. Dès qu’on ne peut se dispenser d’être extrêmement difficile sur le choix des eaux dont on l’abreuve, relativement à leur nature et à leurs qualités, la question de savoir s’il convient mieux de le faire boire en chemin que d’attendre d’être arrivé au gîte doit être bientôt décidée. Ceux qui inclinent pour le premier de ces usages allèguent que, si l’animal est en sueur en atteignant l’hôtellerie,
on est un temps considérable sans pouvoir lui présenter la boisson, que la soif l’empêche de manger, et qu’une heure ou deux étant écoulées , on est obligé de le faire repartir sans qu’il ait pu prendre le moindre-aliment liquide et solide} mais si l’on se conforme au régime que nous avons indiqué cidessus, on n’éprouvera certainement pas un pareil inconvénient; et, d’ailleurs, quels seront les moyens de juger sainement des eaux que l’on rencontrera en cheminant? l’inspection seule ne peut en donner que de très faibles notions. La prudence exige donc qu’on n’abreuve jamais les chevaux de la première eau que l’on découvre ; il vaut incontestablement mieux différer jusqu’à ce que l’on soit parvenu au lieu où l’on s’est proposé de s’arrêter : les habitans , instruits par l’expérience des eaux plus ou moins salubres, dissiperont toute inquiétude, et l’on ne sera nullement exposé au danger d’abreuver l’aniinal d’un fluide mortel, tel que celui que roulent de petites rivières et de petits torrens, dans lesquels nul cheval ne boit qu’il ne soit atteint de fortes tranchées , et même d’autres maladies plus ou moins aiguës. Nous remarquerons encore que, quoique l’action de l’animal qui marche soit modérée, et n’imprime au dehors aucune marque de chaleur excessive , néanmoins une répétition continuelle de mouvemens suscite toujours une agitation intérieure pendant laquelle une boisson, surtout très froide et qui surprend, peut devenir extrêmement pernicieuse.
xi°. Enfin, le repos, la bonne litière, le soula-
gemcnt des pieds , et surtout des talons, par l’extraction de deux lames de chaque côté, la terre glaise renouvelée tous les jours deux fois sur la sole, l’onguent de pied autour de la couronne, de fréquentes lotions d’eau fraîche acidulée par le vinaigre sur les jambes, ou d’une lessive de cendres de sarmens , ou de vinaigre dans lequel on aura délayé de la fiente de vache, si elles sont très fatiguées, des lavemens émolliens, du son mouillé au lieu d’avoine, de l’eau blanche, l’ouverture de la jugulaire trois ou quatre jours après que l’animal s’est reposé : tels sont les moyens, en suite d’un voyage plus ou moins pénible, de le rétablir entièrement.
De V Exercice et du Repos.
Sans l’exercice et sans le repos , la machine animale serait bientôt détruite. L’exercice, quand on le borne à un mouvement modéré, aide à l’insensible transpiration que nous avons dit être la principale des excrétions; il subtilise les liqueurs, il en entretient la fluidité; il augmente la vélocité de la circulation ; il fortifie les parties solides; il tient les cavités des petits vaisseaux ouvertes ; il éloigne une foule de maladies qui dépendent de l’abondance des humeurs , de leur impureté , de leur stagnation , de l’engorgement et de l’obstruction des viscères ; il ranime les forces bien loin de les abattre ; il rappelle l’appétit qui languit; il remédie aux vices du ventricule, et ses effets influent sur toute l’économie des mouvemens vitau». Mais autant il importe de promener l’animal, de l’habituer et de le soumettre à
îles travaux proportionnés à son tempérament plus ou moins robuste, autant on doit craindre de le livrer à un exercice violent et supérieur à celui dont il est capable : dès lors il serait bientôt épuisé, quelqu’attention que l’on eût de mesurer sur cet exercice outré la quantité des alimens propres à réparer ses pertes, parce que des mouvemens forcés et répétés non seulement consument les forces motrices , mais usent et débilitent les organes à la faveur desquels ces mêmes mouvemens sont exécutés. La maigreur, le retroussement, et souvent l’altération du flanc, le ternissement du poil , le flageolement des jambes; leur courbure en forme d’arc, leur éloignement de tout aplomb, la faiblesse de leurs articulations , la lenteur, la mollesse et la difficulté de leur action sont les symptômes de cet excès trop longtemps continué , et qui, lorsqu’il est subit, c'est à dire dans des chevaux surmenés , est assez fréquemment suivi de la fortraiture , de la fourbure , de la courbature, de la morfondure, de la fièvre, etc.
Au travail doit succéder le repos; il est le remède à la lassitude , et doit être en raison des efforts qui l’or.t précédé , pour suppléer, par la concentration de la quantité des sucs utiles et digérés qui constituent la vigueur de la machine, à la dissipation plus ou moins énorme qui en a occcasioné l’exténuation. Au repos aussi doit succéder le travail ou l’exercice ; car une cessation perpétuelle de mouvement et un régime absolument oisif et sédentaire rendent les fibres musculaires ineptes à toute action, épaississent la masse , ralentissent le cours de toutes
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mot tous les effets diamétralement contraires au,
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« le fangue souvent même plul.lt qu'il ne |e calme
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état, ce suc se lie plus intimement aux parties qui doivent être nourries , etc.
Il est vrai, néanmoins, que le cheval, par sa naturé, n’est pas aussi enclin à dormir que l’homme et d’autres ani maux, que quatre heures de sommeil sufïisen t ordinairement à certains chevaux, qu’il en est plusieurs auxquels il en faut moins , que les uns dorment couchés et les autres communément debout ; mais si le sommeil de l’homme a plus de durée que celui de l’animal, on doit faire attention aussi que les instans que l’homme emploie à dormir sont employés par le cheval à manger et à se réconforter d’une autre manière. Du reste, le moment du réveil est marqué dans tous les deux par les mêmes actions , par le bâillement et par l’extension des membres, dont la longueur des fibres exige que l’animal y rappelle les esprits, et y accélère automatiquement le cours du sang, au moyen de différentes contractions répétées.
Des Ages , des Tempéramens et des Saisons.
La considération de l’âge, du tempérament et des saisons est encore très essentielle pour la fixation du régime. On ne nourrit point un poulain comme des chevaux faits, on n’en exige aucun travail.^ on. ne l’expose po^nt à toutes les rigueurs du temps; les alimens que l’on fait succéder au lait bien conditionné d’une* mère tenue à une bonne nourriture sont des alimens tempérés et substantiels; on. ne le pause point de la main jusqu’à ce qu’il ait acquis un
certain degré de force, etc. Il en est de même du cheval formé et parvenu à son accroissement: le régime qu’on lui fait observer doit différer de celui qu’on prescrit au cheval avancé eu âge, soit par rapport au service dont celui-ci cesse peu à peu d être capable, soit par rapport au choix des choses qui peuvent fortifier son estomac souvent débilité et de celles qui peuvent fournir une plus grande abondance de sucs nutritifs, etc.
Le cheval sanguin, dont l’habitude du corps est spongieuse et lâche, sera nourri modérément Le colérique, dont les fibres ténues ont une grande rigidité et en qui la marche du sang est impétueuse, ne sera point soumis à des exercices longs et violens à des mouvemens trop pénibles ; on modérera ’ ainsi que nous l’avons dit, les effbtsdu grain par un mélangé d’alnnens tempérés; on l’abreuvera d’eau blanche ; on n’usera jamais de rigueur envers lui : i est toujours dangereux de l’irriter. J’ai vu un cheval maltraité et estrapassé dans les piliers d'un manège refuser tout aliment solide pendant quelques jours; mis ensuite à une charrette, s’obsliner à demeurer comme immobile et y mourir accablé de coups. J’ai vu encore un cheval d’Espagne des plus nerveux, devenu si fort ennemi de l'homme en suite des contrariétés qu’il avait éprouvées de la part de quelques eufâns, que qui que ce soit ne pouvait l’aborder. On avait construit autour de lui une loge dans laquelle il était renfermé; il Lisait mille criforts pour l’abattre à coups de pied dès le moment qu il apercevait une personne. On jetait des chiens,
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<les moutons dans cette loge, auxquels il ne faisait aucun mal; on y faisait entrer, en reculant, des jujnens qu’il servait avec ardeur et avec fruit ; on descendait, par un trou pratiqué au plafond, tous les aliinens nécessaires à sa subsistance. Il parvint à détruire les planches épaisses et fermement attachées qui formaient l’enceinte de l’espèce de prison à laquelle il avait été condamné •: il parut tout à coup dans une cour, dont deux ou trois personnes , sur lesquelles il allait fondre et se jeter, se sauvèrent heureusement; et on se vit obligé, dans l’impossibilité où les gens les plus hardis étaient de l'arrêter et de le prendre, de le tuer à coups de fusil.
Le cheval triste et mélancolique ne doit point être tenu à des alimens propres à entretenir la ténacité et l’épaississement de son sang; les moins substantiels et ceux qui peuvent agiter la masse , aidés d’ailleurs de boissons humectantes et délayantes , sont les seuls qui lui conviennent, ainsi qu’un exercice successivement augmente.
Le travail est nécessaire au pldeginatique naturellement engourdi, lent et paresseux. Il s’agit de hâter en lui la circulation , d’accroître la force et la tension des parties , de dissiper une sérosité trop abondante; et une nourriture capable.de pareils résultats est celle qui est à préférer, etc.
Nous ne saurions parcourir ici toutes les différences plus ou moius sensibles qu’un praticien attentif doit rechercher dans les divers individus; mais uous dirons que, si l’art a été jusqu’à ce jour si fort au dessous de lui-même, c’est par le défaut de toutes
espèces d’observations, défaut auquel l’exercice le plus vanté, le plus multiplié et le plus étendu ne saurait suppléer quand il n’est accompagné d’aucunes lumières. Le régime qu’on fait observer aux chevaux paraît, en général, varier trop peu, et n’admettre que de trop légères exceptions. On ne consulte ni la force , annoncée par le courage , par la facilité de s’accoutumer aux plus grands travaux et de les accomplir, par la vigueur avec laquelle le corps résiste à de certaines affections, par la quantité d’alimens pris et rendus sans la moindre incommodité,.etc. ; ni la faiblesse prouvée par des effets totalement contraires , ni les habitudes contractées, ni les dispositions maladives dont on pourrait juger par les événemens passés, ni les torts que ces mêmes événemens ont pu faire à la machine , ni les traces inévitables qu’ils y ont laissées et qui peuvent dégénérer en d’autres maux , ni les résultats des divers médicamens donnés dans différentes circonstances, et même des mixtes qui forment la nourriture ordinaire de l’animal ; on n’a égard ni à la dissipation sollicitée par les grandes chaleurs de l’été, ni au moins de propension que les fibres relâchées alors peuvent avoir à l’exécution des mouvemens, ni à leur rigidité dans un hiver rigoureux , ni au resserrement et à la crispation des vaisseaux cutanés, * ni à l’aisance plus grande avec laquelle la digestion peut être opérée dans cette saison; on n’a nulle attention au passage de celte même saison à celle qui la suit , ni aux vicissitudes fréquentes dans le printemps et dans l’automne, vicissitudes qui ne dispo-
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sent pas moins les animaux que l’homme à des maladies ou particulières, ou épizootiques très dangereuses; ni au temps de la chute et du renouvellement des poils , ni à la mollesse qui accompagne cette chute et' ce renouvellement ; et si quelques personnes , habituées à quelques remèdes préservatifs et à la saignée lors de l’arrivée du printemps, ont jugé à propos de faire ouvrir la jugulaire à leurs chevaux et de suivre annuellement cette méthode, elles n’ont pas prévu qu’elles s’asservissaient à une obligation d’autant plus indispensable , qu’il est certain que l’omission de l’ouverture de la veine, dans une des années suivantes, suscite presque toujours les maux inséparables de la surcharge de la masse.
1 De la Durée de la Vie.
Les physiologistes et les naturalistes modernes ne sont ni les seuls ni les premiers qui aient mesuré , soit dans l’homme , soit dans les animaux , soit dans les plantes, la durée de la vie terminée naturellement et non par des maladies ou par d’autres événemens quelconques, sur celle du temps de l’accroissement. .
L’homme, qui est quatorze ans à croître, peut, dit-on, vivre six ou sept fois autant de temps, c’est adiré quatre-vingt-dix ou cent ans; le cheval, dont l’accroissement se fait en quatre années , peut en vivre vingt -cinq ou trente; presque aussitôt que l’éphémère naît, un instant lui suffît pour perpétuer son espèce , èt il meurt ensuite ; les poissons ,
qui croissent presque continuellement, ont aussi une très longue vie , etc.
Tous ces faits se concilient, d’ailleurs, avec les idées que nous nous formons des causes mécaniques de la vieillesse et de la mort. Le terme de l’accroissement est l’époque où la force du cefcur et la résistance des artères sont en quelque sorte en même raison; les solides l’emportent ensuite continuellemeg par un surplus ou une augmentation de puissance , et c’est cette résistance supérieure de leur part qui opère insensiblement la destruction de la Inachine : d’où il semble que l’on a eu raisou de conclure que plus sou accroissement est prompt, plus est prochaine la condition de sa ruine , c’est à dire la conversion du ciment visqueux qui lie les fibres eu de vrais élémens terrestres, la coalescence des petits vaisseaux, le dessèchement, l’ossification des ligamens, des cartilages, de l’aorte, etc., cbangemens qui, dans l’animal et dans l’homme morts de vieillesse, sont également évidens et sensibles.
Cependant, quelle objection que la longueur de la vie des hommes, depuis la création du monde jusqu’au déluge ! que l’existence de Mathusalem pendant neuf cent soixante - neuf ans ! que celle A' Abraham, qui , long-temps après l’inondation de la terre , fut portée à cent soixante-quinze ans ! à moins qu’on n’admette dans les premiers âges du monde une autre conformation , un accroissement bien plus lent, ou un tout autre mécanisme j ou plutôt, à moins qu’on n’admire dans la Providence des vues fondées , d’abord sur la nécessité de peu-
Di
charger d’habitans.
Quelle autre objection bien plus forte que la durée de la "vie du cerf, du corbeau , du pigeon, etc., comparée au temps de leur accroissement ! Il est vrai que la durée de la vie du premier, portée jusqu’à soixante, quatre-vingts, ou cent ans, est regardée comme une fable par ceux qui nient formellement des vérités reconnues , quand elles contrarient leur imagination et qu’elles ne s’accordent pas à leur système (1).
Mais ce qu’il y a de plus certain et de plus ad* mirable aux yeux du philosophe ou de l’homme qui côntemple , c’est la conservation toujours constante d’un certain équilibre dans le nombre des animaux , la fixation invariable de la multiplication de chaque espèce » une quantité plus ou moins grande , la longueur de la vie des uns, dont la multiplication est lente , la brièveté de la vie des autres, dont la multiplication est plus ou moins considérable , selon leur plus ou moins grande utilité , la baianoe tenue entre la vie de ceux-ci et la mort de ceux-là j enfin , le passage d’une génération , et l’arrivée successive d’une autre qui remplace toujours celle qui périt.
Quoi qu’il en soit , et pour rentrer dans le véritable sens de la question , nous dirons qu’on peut arbitrer la vie commune du cheval à .dix-huit ou
O) .✓Voyez Buffon, Histoire naturelle , 1756, in-40, tome VI, page ÿ3. — 1758, ia-12 , tomë XI , page 127-
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vingt ans et jusqu’à trente, le nombre de ceux qui outre-passentce terme étant très médiocre. Aristote a observé que les chevaux nourris dans des écuries vivent beaucoup moins que ceux qui sont en troupeaux (1), l’état d’esclavage et de domesticité est bien laitpour opérerquelques différences. Athénée et Pline prétendent qu’on en a vu vivre soixante-cinq et même soixante-dix ans (2). Augustinus Niphus , l’un des commentateurs à' Aristote, parle encore du cheval de Ferdinand I , comme d’un cheval septuagénaire (3) ; mais ces dernières observations ne sont que des exceptions , semblables , dans l’espèce des chevaux , aux exceptions qui quelquefois ont lieu
(1) Histoire des animaux , déjà citée, tome 1, livre VI, chapitre XII, page 3g3 et suivantes.
(2) Banquet des Savons , traduit par M. Lefebvre de Villebrune. Paris, 1789, in-40, tome III, livre VIII, chapitre XII, page 309. — Histoire naturelle, déjà citée, tome III, livre VIII, chapitre 42, page 479.
(3) Buffon rapporte aussi l'exemple d’un cheval qui a vécu ÿ Frescati , près Metz , jusqu’à cinquante ans. Uistqire naturelle, supplément , 1777, in-40, tome IV, page 4°9- “ 1778, in- 12, tome VIII, page 140 et suivantes. — On lit dans l'Histoire de France de Mezerai, qu’un duc de Gascogne montait un cliefal âgé de cent ans , qui était encore assez vigoureux. — On a présenté , en 1824 , à la Société d’Histoire naturelle de Manchester la tête d’un cheval mort à soixantedeux ans. — J’en ai vu un âgé de plus de trente-sept ans, appartenant à un charpentier chez lequel il était depuis l’âge de six ans : il avait travaillé long-temps en limon, au fardier, et il travaillait encore en cheville à sa mort. — Voyez encore le Traité des haras , de Hartmann, déjà cité, chapitre III, pages 33, 40, et chapitre IV, page 78 et suivantes. ( E .)
dans l’espèce humaine, telles que celles qu’offrent cet armateur de Charlemagne, Jean de Temporibus, qu’on dit avoir vécu trois cents ans ; le nommé Parr, anglais, qui, sous Charles II , en vécut cent cinquante ; et quelques personnes mortes dans le siècle passé après avoir vécu cent sept , cent neuf, cent dix, cent douze , cent vingt années , etc.
Ce qu’il serait essentiel d’observer et d’examiner, c’est si le terme commun que nous assignons est plus long ou plus court dans tels ou tels pays de la terre , dans tels ou tels départemens du Royaume , dans tels ou tels cantons de ces mêmes départemens; dans les pays élevéÿ, où communément les hommes vieillissent plus que dans les pays bas ; dans des pays aquatiques ; dans des chevaux fins et qu’on est obligé d’attendre , que dans des chevaux épais qui semblent formés plus tôt, etc. L’air et la nourriture étant diffêrens dans les uns et dans les autres de ces lieux , on pourrait alors juger , à cet égard , du pouvoir et de l’influence du climat et des alimens sur ces animaux. *