DU HARAS
Le terme de haras exprime proprement l’assemblage d’un certain nombre de chevaux entiers et de j u mens dans un lieu choisi , pour en tirer race , y perpétuer les espèces , et y élever des productions jusqu’au moment où elles auront acquis la force nécessaire au service auquel on les destine.
On se sert encore de cette expression en parlant delà dispersion des chevaux entiers que l’on confie entre diverses communes , ou qui appartiennent à des particuliers , à l’effet de servir les cavales qu’on leur amène : tels sont , en France , les haras de chaque département. Les chevaux remis à chaque particulier sont dits étalons royaux , s’ils sont envoyés par le Gouvernement; étalons départementaux, s’ils sont fournis par les départemens; étalons approuvés, si les particuliers les achètent eux-mémes et obtiennent l’agrément de les consacrer, dans un arrondissement fixe et déterminé, à la saillie des jumens que l’inspecteur choisit, signale et jeur annexe.
Les haras formés de l’assemblage de plusieurs
étalons et de plusieurs jumens dans un même endroit sont ce que l’on appelle des haras parquets, parce que l’on divise le terrain en plusieurs parties fermées de liaies , de palissades ou de fossés.
La partie la plus grasse de ce terrain ou du pâturage est destinée aux jumens pleines et à celles qui allaitent leurs poulains ; une autre portion , moins grasse et moins succulente , sert à celles qui n’ont pas retenu ou qui n’ont pas été servies , ainsi qu’aux pouliches ; enfin, les poulains de deux ans ou de trois , entiers ou hongres , sont placés dans le lieu le plus sec et le plus inégal , et ce lieu doit être exactement clos et fermé , à l'effet d’interdire , à cet égard , toute communication de cesmêmes poulains avec les jumens et les pouliches ; car dès lors ils s’énerveraient avec elles, et les poulains coupés, en tourmentant les femelles , se perdraient entièrement les jarrets.
On choisit les terrains gras pour les jumens pleines et pour les nourrices , parce qu’une pâture excellente fortifie les poulains à naître , et procure un lait bon et abondant aux mères des poulains qui sont allaités : on met à part les jumens vides, parce qu’étant plus légères que les autres , elles pourraient les blesser à coups de pied et les faire avorter j d’ailleurs , il serait inutile et même hors de propos d’engraisser celles-ci , elles en retiendraient moins sûrement dans le temps.
A l’égard du parc qui doit contenir les poulains , ce lieu étant inégal , ces jeunes animaux seraient contraints, en paissant, de monter et de descendre,
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et de telles actions répétées ne peuvent que donner plus de jeu et plus de liberté à leurs membres. Si , au surplus, le terrain est plus sec que les autres, il n’en est que plus convenable , paxxe qu’il est certain que les haras établis dans de tels terrains produisent , en général , des chevaux sobres , légers v et vigoureux ; tandis que des poulains nés et élevés dans des lieux humides et dans des pâturages gras sont à la vérité plus grands, mais ils sont ordinairement sans vigueur ; ils ont presque tous une tête grosse et grasse, une encolure chargée, un corps épais, de grosses épaules, quantité de poils aux jambes , une vue faible , l’ougle de mauvaise qualité, des pieds plats, disposés à devenir combles , etc.
Ceux qu’on élève dans les pâturages moyens , c’est à dire qui ne sont ni gras ni maigres , ont plus de taille que les premiers, et ne sont pas le plus souvent moins nerveux.
II serait bon encore de couper les parcs chacun en deux portions , pour y mettre des chevaux et des bœufs alternativement ; la fiente récente et l’urine du cheval amaigrissent et brûlent le fond du terrain des pâturages , qui dureraient bien plus long temps s’ils n’étaient continuellement mangés par des chevaux ; le bœuf les répare , il ne mange que l’herbe qui est grande , il coupe les grosses tiges , et détruit insensiblement l’herbe la plus grossière; le cheval, au contraire , n^ paît que l’herbe qui est tendre , et par consl^ent celle qui est la plus près de terre ; il laisse grainer et *
multiplier celle qui est élevée et dont les tiges sont dures, de manière qu’une prairie sur laquelle il a vécu n’est , après quelques années , qu’un mauvais pré , et que celle que le bœuf a broutée devient un pâturage lin. Il faut , de plus , qu’il y ait des eaux où les animaux parqués puissent aller s’abreuver ; ces eaux doivent être courantes ; celles qui croupissent et qui sont marécageuses sont non seulement malsaines , attendu qu’elles sont pleines de plantes qui s’y décomposent et s’y putréfient , et qu’elles contiennent une infinité d’ordures et d’insectes ; mais encore parce que les chevaux qui y sont habitués souffrent quand ils eu boivent de plus vives , tandis que , s’ils ont été accoutumés à celles-ci , les eaux molles qu’ils boivent ensuite prennent moins sur leur tempérament. On doit encore observer que des arbres qui puissent leur servir d’abri sont nécessaires , et qu’il est de la plus grande importance d’arracher tous les troncs , tous les chicots , et de combler tous les trous qui pourraient se rencontrer dans les parcs.
• Nous n’entrerons pas dans le détail des écuries qu’exigent ces sortes d’établissemens , soit pour contenir les cavales pleines , soit pour renfermer les cavales vides, les poulains non seulement sevrés, mais ceux de trois ou de deux ans , les étalons , les pouliches , etc. , ni dans celui des forges et des cours qui sont indispensables, etc. ; il suffit, pour l’objet que irnus nous proposons , de savoir, soit qu’il s’agisse i^Pgrands haras parqués , qui , pour l’ordinaire, n’appartiennent qu’à des princes , soit qu’il
s’agisse de haras résultant de la dispersion des chevaux entiers dans les campagnes , que les principes, en ce qui concerne la conduite à tenir pour avoir de belles productions, sont absolument les mêmes.
• Du croisement des races.
De tous les animaux transplantés ou non , le cheval est celui qui , sans contestation , semble dégénérer davantage, soit que l’on fasse plus d’attention à la beauté et aux qualités de cet animal qu’à celles des autres, soit qu’en effet il s’altère plus sensiblement et plus promptement qu’eux , en communiquant sa forineetense multipliant. Le premier moyen de parer à des dégénérations subites et infaillibles a été suggéré par le raisonnement, et confirmé par l’expérience ; ou a pensé , avec raison , que le bon et le beau de tous les êtres animés étaient répandus par parcelles sur la surface du globe, et l’on a vu quç la portion de beauté dans chaque climat dégénérait toujours, à moins qu’on ne la réunît avec une autre portion prise au loin. De là on a reconnu chez tous les peuples de la terre la nécessité absolue de mêler les races , et de les renouveler souvent par des races étrangères ; de là l’empressement des Européens , des Asiatiques et des Africains à donner aux jumens de leur pays des chevaux arabes , auxquels ces parties du monde sont principalement redevables des productions les plus distinguées ; de là l’attention de pourvoir continuellement les haras les plus renommés de l’Allemagne , d’étalons barbes , turcs , espagnols , hongrois , ïta-
liens ; de là le soin qu’ont les Anglais de fournir constamment les leurs , à tous prix , des chevaux arabes, barbes, turcs , danois , etc. C’est ainsi que , dans chaque région , on a cherché à prévenir les abâtardissemens inévitables sans les croisemens , ainsi que l’avilissement de la nature , dont l’empreinte se défigure plus ou moins promptement , selon le climat et la nourriture , parce qu’il vient enfin partout un terme où la matière, dominant entièrement sur la forme , la change , l’altère et la vicie.
Cette vérité est si constante que, si on la négligeait long- temps, en cessant d’introduire dans un haras quelconque des étalons étrangers, les générations seraient éteintes, et c’est le point auquel la France semble être aujourd’hui parvenue.
Il faut donc chercher au dehors de quoi réparer la disette dans laquelle nous sommes en ce qui regarde les chevaux distingués et de légère taille , nous y parviendrons en nous pourvoyant td’étalons arabes, persans, barbes, turcs, espagnols, anglais, etc.
Des Chevaux arabes.
Les arabes sont, de l’aveu général, les premiers chevaux; cette race s’est étendue dans une infinité de contrées, et plusieurs de nos voisins la conservent encore soigneusement; la tête n’en est pas exactement belle ; on ne peut pas dire qu’elle soit carrée , mais les joues en sont trop larges; et comme, depuis leur terminaison jusqu’à l’extrémité inférieure de cette partie , c’est à dire jusqu’aux lèvres,
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elle est trop mince, ce défaut dans les joues devient extrêmement sensible, et c’est le seul qu’on peut reprocher à cette partie capitale de l’animal.
Son encolure est parfaitement bien rouée et suffisamment fournie j on y observe le coup de hache , mais il est précisément à l’endroit de la sortie du garrot, et non dans une portion de l’encolure même: du reste, le cheval est beau et bien proportionné, si ce n’est qu’il est un peu long de corps ; il est d’une taille médiocre, très dégagé, plutôt maigre que gras, ses membres en sont admirables; nul cheval n’a autant de force, de nerf et d’aménité que lui ; il se nourrit très aisément et de très peu de chose : un* demi-boisseau d’orge bien net lui suffit toutes le* vingt- quatre heures, encore ne le lui donne-t-on que la nuit; on se contente de l’abreuver deux ou trois fois le jour ; il est peu d’animaux aussi bien soignés et aussi bien pansés, et l’on peut dire que les Arabes ne sont, à-cet égard, imités par aucune autre nation (i).
Personne n’ignore, au surplus, combien ils sont jaloux de leurs races, qu’ils divisent en nobles et toujours pures des deux parts, et nobles et souillées par des mésalliances; enfin, en races absolument communes, et tout le monde est instruit de l’exactitude avec laquelle ils tiennent les registres les plus
■ ” (i) On peut consulter, sur les chevaux arabes et sur les
autres, ce que j’ai- dit de l’introduction des chevaux étrangers en France, dans V Instruction sur l’amélioration des t chevaux, déjà citée. (É.)
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fidèles du nom , des poils et de la taille de leurs chevaux, qui, comme nous l’avons dit, sont, en quelque façon , la souche et le tronc des chevaux les plus renommés; mais la difficulté est de s’en procurer. Se livrer au trajet considérable qui est à faire pour se rendre à Constantinople, à Alep, ou à Alexandrette, c’est n’entreprendre que la moitié du chemin qui conduit à la source pure de ces étalons ; on n’y trouve que des kuedicli ou des chevaux communs, qui, dégénérant toujours dans leurs lieux natals, dégénéreraient bien davantage quand ils seraient transportés dans nos climats, et ne vaudraient pas les dépenses énormes qu’ils occasioneraient; il serait donc essentiel de pénétrer très avant dans les terres, d’outre-passer Mosul, %t d’aller jusqu’à Bagdad ; mais les dangers de l’aller et du retour, le temps à y employer, vu la longueur de la marche, et les délais à y essuyer dans l’attente des caravanes, joints à l’incertitude du succès; les maladies qui peuvent survenir aux animaux achetés, le pouvoir de l’influence des nouveaux climats sur leur tempérament, l’embarras et les périls des embarquemens; enfin, l’énormité des frais d’acquisition et de conduite sont autant de points qui nous arrêtent, et semblent limiter nos achats dans la Turquie d’Europe , ou nous déterminent à nous en tenir aux étalons dont la recherche ne nous engage ni à parcourir les déserts les plus éloignés , ni à surmonter des obstacles, qui, s’ils ne sont pas im|tossibles à vaincre, sont du moins capables de rebuter; aussi, les arabes que l’on voit quelquefois en France ont rarement
été pris sur les lieux mêmes , ils ont été achetés «à Constantinople ou dans les environs : d’où l’on doit conclure que ces chevaux ne sont pas de ceux des races nobles, distinguées, en Arabie, par le nom de kekhilan ; ce sont tout au plus des chevaux que les Arabes nomment hatik, c’est à dire des chevaux d’ancienne race et mésalliés, parmi lesquels il est certain que les connaisseurs en ont trouvé d’aussi beaux que ceux de la première race.
Des Chevaux persans.
Les étalons persans sont, après les chevaux arabes, les meilleurs chevaux de l’Orient : ils sont infiniment supérieurs aux barbes que nous connaissons. Ceux* qui sont élevés dans les plaines de Médie, de Persépolis sont, en général, excellens : la taille en est médiocre , mais la figure agréable ; la tête en est légère, la croupe en est belle; ils ont, à la vérité , peu de canon , mais la force du tendon y supplée; leur docilité, leur légèreté, leur hardiesse, leur courage, leur sobriété, leur vigueur doivent les faire regarder comme des chevaux précieux. On en transporte beaucoup daus la Turquie, et l’on pourrait en tirer de Constantinople avec assez de facilité.
Des Chevaux barbes.
Le cheval barbe est assez froid et assez négligent dans son allure; si on le recherche, néanmoins, on trouve en lui du nerf, de la finesse, de l’haleine ; il est léger et prompt à la course; sa taille excède
rarement celle de quatre pieds huit pouces; on a cm observer en France, en Allemagne, en Angleterre, qu’il produisait plus grand que lui ; tandis qu’au contraire le cheval d’Espagne donne des productions d’une taille moins avantageuse que la sienne ; son encolure est longue , fine , peu chargée de crins et bien sortie du garrot ; la tête en est belle et petite , assez souvent moutonnée ; son oreille est belle et bien placée ; ses épaules sont plates , le garrot en est décharné et bien élevé ; les reins sont courts et droits ; les flancs pleins ; les côtes bien tournées ; la croupe est un peu longue ; la queue est placée un peu trop haut; les jambes sont belles, etc. Mais il est rare d’avoir dans ce pays des barbes de la belle race ; nous n’en voyons le plus communément que de celle qu’il serait à souhaiter que nous rejetassions, par.ee qu’elle est plus capable de ruiner nos haras que de les relever.
Nous donnons d’ailleurs, en général, le nom de barbes à tous les chevaux d’Afrique, comme celui d 'arabes a tous les chevaux asiatiques , syriens , égyptiens, que nous ne distinguons, par conséquent, que faiblement de ceux qui sont nés véritablement dans l’Arabie pétrée, dans l’Arabie heureuse et dans l’Arabie déserte. Cette race barbe tire son origine des races arabes : la meilleure est celle dont les royaumes de Maroc et de Fez sont peuplés j la province d’Hea , dépendante du premier, fournit des chevaux petits, mais excellens, ainsi que les montagnes d’Edvocal et de Meuser; dansle royaume de Fez, la province d’Azgar, les montagnes de Bu-
chines, de Benciincrassen , de Mazetezze et le désert de Gorée en voient naître d’excellens, mais les souverains s’opposent à ce que ces races, vraiment distinguées, soient portées au dehors.
Des chevaux d’Ëspagne.
Le beau cheval d’Espagne nous est assez connu : ses défauts les plus ordinaires sont, d’avoir une tête un peu trop grosse et souvent trop longue, les reins trop bas, la croupe le plus communément comme celle des mulets, l’encolure un peu trop épaisse et trop chargée de crins , les oreilles d’une longueur dont la difformité serait d’ailleurs plus sensible si elles n’étaient aussi bien plantées , le paturon trop long, le sabot trop alongé , et semblable à celui des mulets ; les talons trop hauts, ce qui les rend assez sujets à l’encastelure ; mais du reste, le feu , la franchise , l’agilité , les ressorts, la cadence naturelle , la fierté , la grâce , la docilité , la noblesse de ces chevaux doive/it nous faire passer sur toutes ces considérations , d’autant mieux que , si les vices que nous leur reprochons peuvent accroître et augmenter insensiblement dans leurs productions, nous sommes très à portée d’y parer, en renouvelant plus souvent les races.
Du reste , les haras de ce royaume n’ont pas souffert autant que les nôtres , qui sont absolument ruinés ; mais ils n’ont plus la perfection sur laquelle leur réputation était autrefois fondée (1). Quoi qu’il
(0 On peut consulter, pour les Taras d’Espagne, i°. un
en soit , les vraies races espagnoles sont celles dont les chevaux sont épais , près de terre , étoffés ; les plus renommés se trouvent dans l’Andalousie j il en est encore dans la Murcie et dans l’Estramadure ; à l’égard des chevaux qui naissent dans le Cordouan , c’est une espèce de montagnards à encolure très épaisse , à corps court , à membres bien fournis , à pieds très beaux et très solides , d’une très petite taille et absolument infaillibles et infatigables , qui nous donneraient des chevaux très propres à monter nos troupes légères.
Des Chevaux turcs.
Le cheval turc est originaire arabe, persan , tartare : il se nourrit de peu de chose j il tient , en général , de la tournure des races auxquelles il doit l’être. Communément l’encolure en est mince et effilée, son corps a trop de longueur , ses reins sont trop élevés ; mais quiconque apporte dans le choix qu’il en fait des connaissances .et des lumières distingue aisément le tronc dont il est sorti et ne se trompe point sur les espérances 'qu’il peut en concevoir.
Mémoire sur les chevaux de ce pays, écrit en 1784 par Dort Pedro Pablo P omar, directeur des haras, imprimé en 1789,4 Madrid, in-40; 2°- un autre ouvrage du même, sur les causes de la détérioration des chevaux A’ Espagne , imprimé aussi à Madrid, en 1793, in-40 j et 3°. enfin, ce que j’en ai dit, d’après les observations de Gilbert , dans V Instruction sur l’ amélioration des chevaux , déjà citée. (È.)
Des Chevaux tartarcs.
Les chevaux tartares sdht d’une taille peu élevée ; l’encolure en est longue, la tête petite; les membres en sont fournis; le plus souvent, néanmoins, ils sont trop haut montés; l’ongle en est extrêmement dur; accoutumés insensiblement à la fatigue et à la diète, et n’y étant assujettis que quand ils«out parvenus au degré d’accroissement et de force qu’ils doivent avoir, ils sont capables du plus grand travail, de la plus forte course et de la plus longue abstinence. Ceux de la petite Tartarie sont encore plus près de terre; mais les petits Tartarcs en font tant de cas, qu’il est impossible à tout étranger d’en obtenir et de s’en procurer.
Des Chevaux hongrois et transilvains .
Les hongrois et les transilvains ve sont pas moins sobres que ces derniers ; ils sont rarement beaux ; la tête en est le plus souvent carrée, la crinière longue, les flancs creux , le corps plus long qu’il n’est haut, les naseaux plus étroit?, ou moins ouverts, et ils sont assez généralement dépourvus de chair; mais ils suppléraient, pour nous , les chevaux tartares , pour en tirer une race très utile et qui servirait à la remonte de nos haras : il en est de même des chevaux sardes, de plusieurs chevaux des Ardennes , etc.
Des Chevaux allemands.
Les chevaux allemands , et particulièrement ceux de la forêt du Harlz nous procureraient d’excel-
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lentes productions ; ils viennent des chevaux turcs, espagnols et barbes, aussi en participent-ils du côté de la figure; on leur reproche seulement, à l’exception de ceux qui vivent dans la forêt, de n’avoir pas assez d’haleine.
Des Chevaux napolitains.
La race napolitaine ne subsiste plus ; on distinguait le cheval napolitain à sa 'figure, à l'épaisseur de son encolure qui était trop considérable, à la hauteur de sa taille, à la coupe de sa tête, qui était naturellement busquée et d’un volume considérable, à sa noblesse , à sa fierté , à la beauté de ses membres et de ses mouvemens , et ces sortes de chevaux bien appareillés forment d’admirables attelages; le mauvais choix qu’on en a fait les a jetés, en France, dans le plus grand discrédit; ils ont, en effet, ruiné et avili la Normandie : on avait très indiscrètement tenté d’en tirer race; mais, dans le moment présent, il n’en existe pas le moindre vestige; Naples même s’est vu obligé, pour relever ses haras, do recourir aux chevaux polésinés.
Des Chevaux polésinés.
Ces chevaux, nés dans un pays formant partie des Etats de Venise, sont de la plus grande beauté ; l’encolure en est superbe, la tête parfaitement bien attachée et de la plus belle coupe, le garrot admirable, les épaules et toutes les parties de leur corps exactement proportionnées, la taille très élevée; mais presque tous ont les yeux petits, la côte légè-
rement serrée; les mouvemens en sont naturelle* ment aussi libres et aussi souples que ceux du cheval d’Espa^ie le mieux exercé, ils en ont la cadence, et leurs hanches en ont le tride : or, ces chevaux, unis à des jumens danoises, donneraient les productions les plus rares pour le carrosse.
Des Chevaux danois.
Nous pourrions encore en attendre de très belles des chevaux danois , non de ceux qui naissent dans le Ilolstein, mais de ceux que l’on peut tirer du Jutland, de l’île de Zélande et de la Scanie. Parmi ceux du Holstein , les chevaux élevés dans les pâturages gras ont l’apparence la plus séduisante, mais pour l’ordinaire ils sont très mous et sans vigueur; ceux qui sont nourris dans des pâturages secs ont beaucoup plus de ressource , et souvent aussi une figure plus distinguée; cependant, le plus fréquemment, la cuisse en est longue et peu fournie, l’encolure courte, et ils ont une -multitude de vices de conformation , qui ne manquent jamais de passer à leurs productions et de les souiller. Le vrai danois est de belle taille et bien étoffé ; il a de la légèreté, des mouvemens, du courage et de la force; c’est celui que nous devons préférer, et qui,, d’ailleurs , a été le premier principe des races cotentines,
Des Chevaux hollandais.
Quelque usage que nous fassions des chevaux de la Nord-Hollande et de Frise , ils ne sauraient être comparés pour la bonté et la beauté aux danois et
aux polésinés. A l’égard des chevaux flamands, que les maquignons vendent pour des chevaux Jiollandais, ils sont fort inférieurs à ceux-ci; ils pèchent presque tous par un,e tête énorme, des pieds plats, des eaux aux jambes, etc. C’est par eux que les haras duVimeux, duCalaisis, du Boulonnais, de l’Ardrésis , dont on pourrait tirer des chevaux de carrosse et d’e^ellens chevaux de trait, ont totalement dégénéré , et rien ne serait plus pressant que de les bannir de nos établissemens.
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Des Chevaux anglais.
Les Anglais n’estiment et ne recherchent dans les chevaux que la célérité'et la vitesse; le cheval de la plus vilaine figure est l’animal qui est porté au plus haut prix, dès qu’il a gagné une ou deux courses : ce ne sont pas néanmoins ceux que nous devons préférer dans la circonstance où nous sommes ; car quelque haleine, quelque nerf, quelque légèreté qu’ils aient montrés , ils ne nous donnent que de très mauvaises productions, très difformes ; nous devons nous, attacher à ceux qui ont de la figure et des membres; il est parmi les chevaux de cette nation des chevaux issus d’arabes , de barbes et croisés de turcs : les premiers tiennent de leurs pères les joues et la tête , les seconds la tête busquée ou moutonnée, les derniers la force des membres ; il faut cependant convenir que cette force apparente dans ceux-ci en impose quelquefois mal à propos, et que , quoiqu’elle semble promettre , les chevaux n’en sont ni moins faibles, ni moins dépourvus de vi-
gueur. Au surplus, la tête du cheval anglais est assez naturellement longue, ainsi que ses oreilles; la taille en est plus élevée que celle des chevaux auxquels il doit sa première existence; il est, en général , fort , vigoureux , capable d’une grande fatigue, excellent pour la chasse et pour la course; mais n’ayant aucune liberté dans ses épaules, nul liant dans ses reins, dont le cavalier sent à chaque temps de trot ou de galop toute la dureté, nulle souplesse, nul agrément, et ses pieds sont le plus souvent douloureux.
Quant aux chevaux d’Irlande , il en est de très bons ,-mais ceux-là sont rares; on les appelle communément et assez mal à propos auhins, par la raison que leur allure la plus ordinaire est l’amble.
Nous pourrions encore nous fournir en Angleterre d’une race de chevaux dont les Anglais font fort peu de cas ; ces chevaux sont de la plus grande et de la plus forte taille, leur moule est en quelque sorte celui d’un cheval de bronze , les membres en sont superbes et mieux fournis que les membres de tous les chevaux que nous connaissons*, et il est certain que leur résultat serait une race aussi belle qu’utile en chevaux de carrosse (i).
(i) Depuis l’époque où Bourgelat écrivait ceci, cette race a beaucoup perdu; elle a, à la vérité, conservé sa grande taille, la beauté de ses formes et la force de ses membres ; mais elle a perdu ses jarrets et ses extrémités inférieures. Je n’ai pas vu un de ces chevaux, pendant mon séjour en Angleterre, dont les jarrets ne soient tarés , et qui ne soient droits sur leurs boulets. Les vétérinaires anglais
.Der Chevaux français.
Si les haras n’étaient point parmi nous au point de dépérissement où iis sont, nous parlerions do l’avantage que nous pourrions retirer pour la multiplication et même pour la perfection de l'espèce , en chevaux de selle, des étalons limousins , des étalons normands, et d’une infinité d’autres étalons que pouvaient fournir autrefois différentes provinces de France, telles que l’Auvergne , le Roussillon, une partie de la Navarre, la plus grande partie de la généralité d’ Auch , le Morvan , le Bugey , le Forez, etc. j mais tous nos établissemens sont en quelque sorte détruits, et les races françaises sont absolument éteintes; le cheval limousin n’existe plus, pour ainsi dire , il a tellement dégénéré qu’on ne le reconnaît à aucun des signes et à aucune des nuances auxquels on le. distingue. Le normand , plus étoffé que ce dernier, étayant originairement plus de dessous, s’est abâtardi ; la beauté de ses membres semble avoir totalement disparu; et cette race, bien plutôt capable de service que le limousin, toujours tardif dans son accroissement et très lent à acquérir s<f force, s’est, aujourd’hui, absolument démentie j on ne tire de .cette partie , l’une des plus petites de la France , en chevaux de distinction , que des fruits informes d’un accouplement prématuré et peu réflé-
auxquels j’ai eu occasion de communiquer mes remarque* conviennent que ces parties sont à refaire dans cette race , qui, au surplus, y a été importée de la Belgique. (2?.)
clii , c’est à dire que des résultats de poulains de deufc ans et de jumens vieilles ou jeunes, qui leur sont appareillées indistinctement et sans choix.
Enfin , de beaux étalons de vraie race cotentine , dont il nous reste encore quelques germes précieux, nous donneraient de très belles productions en ce genre.
Des Dégénérations.
Mais , si tel est l’ordre de la nature que les dégéné* rations de l’animal dont il s’agit, transplanté ou non, sont inévitables, ne dégénérera -t-il pas aussi dans ses productions? Ne participeront-elles pas des influences de la nouvelle nourriture et du nouveau climat? Le développement de la forme ne changera-t-il pas peu à peu dans les dégénérations? Si l'empreinte en est pure dès la première, et qu’il n’y ait aucun vice de souche au moment de la naissance , le climat ne fera-t-il pas diverses impressions sur le poulain dans l’âge tendre , et la nourriture sur les parties organiques dans le moment de l’accroissement? Enfin, des germes de défectuosités ne se manifesteront-ils pas plus sensiblement dans la seconde? et, dès la troi- • sième ou la quatrième , les productions ne serontelles pas purement françaises , et n’auront-elles pas la teinture absolue de notre climat? II est certain que toutes ces dégradations sont infaillibles j mais il ne s’ensuit pas de ce que les caractères de la première souche seront eflacés dans les petits-fils ou arrière-petits-fils, et de ce que ceux-ci n’auront plus rien de semblable avec les animaux du pays, qu’on
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doive exclure les étalons étrangers, parce que des chevaux français, constamment privés de toute alliance étrangère , s’abâtardiraient eux-mêmes , de manière qu’il ne leur resterait rien des chevaux de la Nation, et qu’ils pécheraient entièrement par des vices et par des difformités aussi essentielles que monstrueuses. Il faut donc, ainsi que par le passé et A l’exemple de toutes les autres nations existantes, venir de toute nécessité au secours de la nature , qui se dégraderait à l’infini , et donner à nos cavales des étalons étrangers, et à nos chevaux, s’il est possible , des jumens étrangères.
Que si, comme il arrivera indubitablement, leurs enfâns dégénèrent , il ne s’agira , de notre part , que de r enouveler les races par l’acquisition de nouveaux mâles et de nouvelles femelles : telle est la marche qui doit être suivie , et qui est généralement adoptée chez tous les peuples.
Nous pourrions au surplus prévenir, avec quelques soins, la promptitude du déchet de l’espèce. A peine les étalons ont-ils été livrés par le Gouvernement ou par les départemens , ou ont-ils été approuvés, qu’on les perd en quelque façon de vue. Ils sont , pour ainsi dire , livrés , d’une part , à l’ignorance du peuple , souvent à l’avidité de la noblesse, et constamment à la direction de l’inspecteur que la faveur a mis en place , malgré la plus grande incapacité de diiiger et d’instruire (1) ; nulle étude de
(i) Quoique j’aio indiqué, autant qu’il m’a été possible, la différence du temps où Buurgelat écrivait à l’état actuel
la, nature, nul égard aux diverses nuances, nulle considération dans les appareillemens, nulle suile dans les opérations, nulle attention aux résultats d’un million de mélanges perpétuellement informes et bizarres. Or, dans cet état, il est aisé de comprendre que, quand même nous prendrions et nous choisirions chez toutes les nations les étalons les plus rares , dès que les produits de ces différens ‘troncs , d’ailleurs mésalliés du premier abord, seront à la première , ou , si l’on veut , même à la seconde génération , délaissés, perdus, confondus, et unis indifféremment à des jumens de toutes sortes, sans égard à l’origine , aux tailles , aux figures , aux qualités, les premiers caractères, déjà altérés en eux, seront bientôt effacés de leurs fruits, et ceux-ci, souillés d’une multitude de défectuosités acquises, qu’ils communiqueront inévitablement et qui s’accumuleront de plus en plus , ôteront enfin jusqu’au souvenir le plus léger des souches précieuses que nous nous serions procurées. Il s’agirait donc, de notre part, d’être plus éclairés et plus soigneux que nous ne l’avons été jusqu’ici.
Des A ppareille/netis .
Nous avons prouvé , i°. la nécessité de croiser les races, c’est à dire de faire saillir les jumens par des
des choses , il en est néanmoins qu’il ne m’a pas été possible de changer, parce qu’elles peignent ce qui se passait alors, ce qui se pusse aujourd’hui , et ce qui se passera encore pur la suite. {£.)
étalons de pays difîéretts du leur : en effet, pour avoir de bons grains et de belles fleurs, il faut en changer les graines , et ne jamais les semer dans le même terrain qui les a produites. De même, pour avoir de beaux chevaux, il faut nécessairement croiser les jumens nationales avec des étalons etrangers, ou les femelles de nos départemens méridionaux avec des males des départemens septentrionaux (i). Plus la température des climats où les étalons et les cavales ont pris naissance sera éloignée, plus les formes seront parfaites. Un male et une femelle transplantés d’Angleterre et appareillés en France ne donneront jamais d’aussi belles productions que si le mâle eût été assorti à une jument française ou à une cavale de toute autre nation. Il en est de même du chien et de la chienne; tout renouvellement entier de la race par le père et la mère du même pays hâtera les dégénérations. Dans 1 union et le mariage de deux animaux de régions différentes, les défauts se compensent en quelque sorte, surtout si l’on oppose les climats. Le mâle du pays chaud compense et corrige les défauts ordinaires à la femelle du pays froid, et vice versa, et le composé le plus parfait est le résultat de celui où les excès ou les défauts de l’habitude du père sont opposés aux excès ou aux défauts de l’habitude de la mère.
(i) Voyez ce qui est dit à ce sujet, et les faits rapportés en opposition à cette assertion , dans l’ Instruction sur l’amélioration des chevaux , déjà citée, chapitre du Croisement des races. (É.)
Non seulement les races doivent être croisées, mais il faut appareiller scrupuleusement les figures et les qualités , à l’effet de réparer par les beautés de l’étalon les difformités de la cavale , et par les beautés de la cavale les difformités de l’étalon, et à l’effet encore de ne pas donner lieu à des productions monstrueuses qui auraient leur source dans des accouplemens disproportionnés. On n’unira donc point un petit cheval à une jument bien étoffée et de la plus grande élévation; on proportionnera à peu près les tailles; on donnera à une cavale qui sera épaisse un étalon qui, ayant un peu plus de finesse, compensera cet excès. Si elle pèche dans son avantmain, on choisira un étalon qui ait de la noblesse et de la beauté dans cette partie; si elle est d’une taille peu avantageuse, on tâchera d’en relever le fruit par un cheval un peu plus élevé qu’elle , et ainsi réciproquement des autres défauts qui peuvent être en elle et dans l’étalon, en s’attachant, pour approcher de la belle nature, â suivre et à observer des gradations et des nuances.
Nous observerons néanmoins ici qu’il arrive souvent qu’un bel étalon accouplé avec une cavale très belle ne donne qu’un poulain médiocre; mais en tirant race de ce poulain, très souvent aussi sa progéniture remonte et ressemble aux ascendans paternels et maternels.
Nous dirons encore que la jument ayant été le fruit d’un mauvais cheval, quelque admirable que soit l’étalon qui la couvrira, elle ne produira qu’un poulain qui, beau et bien fait en apparence dès sa
première jeunesse, déclinera toujours en croissant ‘ tandis qu’une cavale sortie de bonne race donnera des poulains qui promettront très peu d’abord , mais qui embelliront avec l’âge. Le premier poulain, au surplus, n’est jamais aussi étoffé que ceux que la cavale donne dans la suite , et en cela il en est de la femelle du cheval comme de celle de presque tous les animaux. On sait que la première ventrée de la chienne n’est jamais la meilleure.
3°. Il faudrait nécessairement bannir et interdire les accouplemens incestueux, source funeste et fé- V conde des promptes dégénérations. Le poulain formé, ou non foimé, sert sa mère , sa sœur; la pouliche est servie par son père ; dès lors nulle compensation, nulle possibilité, nulle espérance de réparer, de diminuer les vices de l’empreinte originaire; ces vices, au contraire, augmentent et accroissent toujours par les alliances de sujets dans lesquels ils sont les mêmes; et si, comme nous venons de l’observer, le renouvellement entier de la race par le père et par la mère transplantés d’un même pays dans un autre en assure la dégradation, combien une race perpétuée par la même famille , et toujours dans un même lieu, ne doit-elle pas s’avilir ?
L’altération des formes dans la succession des individus est telle , que bientôt il ne reste aucun vestige de la première, et les défauts d’origine , même les plus légers , dès la seconde génération sont convertis en défauts monstrueux : la preuve de cette vérité existe, d’une part, dans presque tous les
chevaux que nous voyous naître , et de l’autre, dans la pureté constante des races des chevaux arabes. Cette pureté s’est non seulement maintenue par l’union des figures et des qualités les plus parfaites, sans le secours d’aucun mâle et d’aucune femelle étrangers par ce que l’on appelle croisemens, mais par la plus scrupuleuse attention à éloigner la consanguinité dans les accouplemcns ; et c’est ainsi que ces peuples sont parvenus à affranchir les races nobles de tout abâtardissement pendant des siècles, et qu’ils ont merveilleusement opéré ce que la nature seule et abandonnée à elle-même aurait été incapable de faire sous le ciel le plus favorisé. Nous ne craindrons pas d’ajouter ici que la proscription des alliances d’un même sang, qui a été envisagée, dans les pays les plus barbares , comme une loi qu’elle a dictée , a contribué , de même que le mélange des nations et les fréquentes migrations des peuples, à la conservation des races humaines, moins susceptibles, d’ailleurs, des impressions du climat et du sol, que les animaux qui, non vêtus et vivant toujours d’alimens non préparés, non défigurés par les apprêts, et perpétuellement les mêmes, en sont bien plutôt tributaires que l’homme.
4°. On doit sentir que toutes ces conditions, sans lesquelles il n’est pas possible de former d’élèves et de conserver de bonnes et de belles races de chevaux, exigent que nous suivions les générations, du moins en ce qui concerne celles des étalons de distinction, et que nous ne nous en tenions pas à des rôles ou à des états vagues le plus souvent rédigés
d’après des rapports faut, et qui ont eu jusqu'ici bien plus pour objet la quantité que la qualité des productions. Il est certain, en efïêt, que les haras lesplus renommés des différentes parties de l’Europe n’auraient jamais acquis la réputation dont ils jouissent , si l’on n’y eût été sévère observateur des uns et des autres de ces points : et comment aurait-on pu l’être, si l’on n’y eût consacré, dans des registres exacts et fidèles, les noms ou les numéros des étalons , les haras d’où ils ont été tirés , les noms et les qualités des pères qui leur ont donné le jour, les poils, les marques, l’âge, la taille, la figure des uns et des autres, le signalement et le lieu de la naissance des cavales auxquelles ils ont été unis, le jour ou la date de la saillie, celle du part, le sexe de la production donnée , etc., et si ces mêmes productions nées n’avaient été l’objet continuel de l’attention la plus réfléchie pendant tout le temps de leur développement, de leur accroissement, de leur entière formation, etc.? ... .u:
Du choix des Étalons.
Il ne suffit pas de n’apporter, dans le choix et dans les achats des étalons, que les attentions que l’on donne à l’examen des chevaux dont on ne se propose pas de tirer race. Ceux-ci peuvent être très capables, malgré certains défauts de conformation, d’un service utile j mais ces défauts accroissant toujours dans les résultats , il serait dangereux de les passer dans les premiers. Des étalons doivent être beaux, bien faits, vigoureux, de bonne race,
«le bon pays, et joindre à un magnifique extérieur les bonnes qualités intérieures, telles que le courage et la docilité ; les chevaux qui pécheraient essentiellement dans les proportions seraient absolument à rejeter, parce que, d’une part, les parties disproportionnées en eux le seraient encore davantage dans leurs productions, et que, de l’autre, si de tels vices ne nuisaient pas positivement aux pères, ils priveraient incontestablement les enfans de toute légèreté, de toute liberté, de toute souplesse, de tout ressort, etc. Il faut encore prendre garde à toute disposition maladive sujette à être transmise, c’est à dire ne pas prendre des chevaux atteints de la pousse , de la morve , du tic provenant de la faiblesse de l’estomac et non d’une mauvaise habitude, d’une altération des flancs, de maux d’yeux essentiels, etc. Si, par la génération, les bonnes et les mauvaises qualités naturelles ou acquises des pères et mères peuvent être communiquées aux poulains, à plus forte raison les défauts de conformation et les vices des humeurs doivent-ils se perpétuer. On ne doit pas, au surplus, croire que tous les maux qu’on a placés au rang des maux héréditaires le soient véritablement. Les courbes, les éparvins sont le plus souvent, dans l’animal, ce que nous appelons exostoses dans l’homme; ces exostoses peuvent provenir de causes internes et de causes externes : dans le premier cas, les productions peuvent en participer; dans le second, elles peuvent et doivent même en être exemptes. Il en est ainsi de presque toutes les maladies ; mais
la distinction de ces causes étant fort difficile, la voie la plus sûre est de ne choisir et de n’agréer que des chevaux exactement nets.
La taille des étalons doit être , pour les chevaux de selle, de quatre pieds huit à dix pouces, et pour les chevaux de carrosse et de tirage d’environ cinq pieds et au delà , les uns et les autres mesurés à la chaîne. Il est néanmoins plus certain que l’on aura, en mesurant à la potence, la véritable hauteur de l’animal, aussi cette manière de mesurer est-elle préférable à l’autre. La chaîne, passant sur la rondeur plus ou moins considérable du bras et de l’épaule, est toujours plus ou moins infidèle, selon la grosseur de ces parties; ce qui, dans les chevaux même les mieux laits, ajoute ordinairement deux pouces à la taille, au lieu que la potence n’a point cet inconvénient, et donne rigoureusement le degré le plus juste de l’élévation.
L’âge auquel V étalon peut être de service est, quant aux chevaux fins, celui de six ans, et quant aux chevaux de carrosse et de trait, celui de quatre ans , quatre ans et demi , ceux-ci étant ordinairement plus tôt hors de service que les autres : des étalons trop jeunes, et qui n’auraient pas acquis leurs forces, ne donneraient que des productions faibles et mal constituées ; et c’est, comme nous l’avons dit, l’omission de ce point qui a causé en partie non seulement la chute des haras dans la Normandie , mais dans presque tous les départemens où les poulains, les pouliches et les jumeus sont sans cesse mêlés dans les pâturages et
dans les parcours. Du reste, les chevaux bien conduits et bien ménagés , et qui n’ont pas étalonné avant l’âge mûr, peuvent servir long-temps. On eu a vu fournir jusqu’à dix-huit ans; mais, pour ne pas souiller les haras de mauvais poulains, il faut nécessairement réformer les pères dès qu’ils commencent à déchoir (1).
Les poils qu’on adopte de préférence pour les étalons sont un beau noir, toutes les nuances de bai, à l’exception du bai-brun fesses lavées; le poil alezan, à l’exception de l’alezan poil de vache, et si l’on admet quelques étalons dont les robes sont mélangées, ce ne sont que les poils isabelle et louvet, pourvu que les crins et les extrémités soient noirs, et ceux qui ne salissent point les races , comme les gris de toute espèce, unis à des poils simples : toutes balzanes, toutes marques blanches, tout chanfrein blanc seront proscrits. Les étalons auront seulement l’étoile ou la pelote directement placée au milieu du front, peu étendue, dessinée par la nature et non par aucune sorte d’artifice.
Les étalons doivent être tenus dans l’écurie toute l’année, et être toujours nourris au sec, une nourriture molle les affaiblirait. Ils s’entretueraient dans les pâturages, ils s’énerveraient, rien ne pouvant les retenir, et ne pouvant être un obstacle assez fort
(l) Aristote rapporte qu’ofl*a vu un étalon saillir encore à quarante ans ; il fallait'l’aider à lever le devant. Histoire des animaux , déjà citée , tome 1 , page 395. — Les Anglais ont aussi quelquefois tiré un bon parti de vieux chevaux de race , qu’ils ont fait saill ir. (j£.)
Digitiz
byC
pour les empêcher de courir aux juments, ils les couvriraient toutes indistinctement, et l’on ne pourrait disposer des races. Ils doivent pareillement être entretenus dans un exercice modéré, nécessaire à leur conservation hors du temps de la monte, exercice qu’il ne faut pas confondre avec ce qui pourrait être appelé travail. La nourriture qu’on leur donnera sera proportionnée à ce même exercice, sauf â les nourrir plus largement pendant la saillie; mais on doit faire attention que le foin ne doit, en aucune manière, leur être prodigué, la plupart d’entre eux devenant poussifs lorsqu’ils ont passé uu certain âge , surtout quand ils mangent naturellement beaucoup.
Du choix des lumens.
Ce serait travailler vainement à la perfection des haras, que de laisser couvrir indifféremment, par des étalons, toutes sortes de cavales. Il est vrai qu*on est assez communément persuadé en France que l’étalon influe beaucoup plus que la jument sur la progéniture ; mais, comme nous l’avons déjà dit ailleurs, une erreur, pour être générale, n’en est pas moins une erreur, et quoique celle-ci fiât fondée, en apparence, sur des faits et sur de prétendues observations, on doit penser que notre préjugé, à cet égard, n’est né que de n#|re négligence constante dans le choix des femelles, qui, «prises dans un climat froid, mal entretenues et condamnées à des travaux pénibles, ne sauraient dominer dans la génération, dès qu’elles sont accouplées avec des che-
vaux distingués , tirés le plus souvent des pays chauds, nourris abondamment et ménagés avec soin . Une égale attention aux jumens et aux étalons est donc d’une importance extrême.
Les cavales seront d’une taille plutôt grande que médiocre , elles auront de la beauté et de la noblesse dans l’avant-main ; le poulain tenant presque toujours de la mère par les parties antérieures , elles seront bien ouvertes, et elles n’auront pas le défaut, très ordinaire en elles, d’être basses du devant; le coffre en sera vaste et le flanc large, parce qu’une jument plate, qui a peu de corps, ne donne jamais des poulains étoffés. Elles ne pécheront point par trop de graisse; on exclura celles qui seront mauvaises nourrices : ce vice est d’autant plus essentiel qu’un poulain allaité par une telle mère demeure toujours faible , petit et délicat, l’accroissement et la force du jeune animal dépendant de l’abondance et de la qualité du lait qu’il suce. On bannira irrévocablement toute jument chatouilleuse , qui rue et qui frappe son poulain au moment où il se présente pour se saisir du mamelon, à moins qu’une telle jument ne fût d’une beauté singulière, et qu’on pût charger quelque autre cavale de la nourriture de sa production.
On n’agréra encore que des cavales qui auront tous leurs crins; le repos et la tranquillité dans les pâturages assurentaux jumens une certaine quantité de lait, et l’agitation continuelle que leur occasionent les mouches, surtout quand elles ne peuvent s’en défendre, en diminue visiblement l’abondance ;
on pourrait, cependant, en recevoir qui seraieul dépourvues de crins, si elles étaient d’une figure distinguée, et alors on aurait la précaution de leur mettre des fausses-queues ou queues postiches.
La stérilité bien prouvée est une nouvelle raison de rejeter une cavale; mais il faut être certain que son infécondité provient d’elle-même , et non de l’étalon ou des étalons qui l’ont servie. En général, les jumens trop grasses, trop jeunes ou trop vieilles ne retiennent point ; il en est aussi quelques unes dont la matrice est mal conformée; on ne peut absolument en espérer aucun produit. Quant à celles qui sont dépourvues de tempérament, elles ne souffrent jamais l’étalon ; on a ridiculement tenté et inutilement employé mille moyens pour exciter les désirs des cavales , mais le nombre des jumens fécondes est assez grand, et l’entreprise de forcer la nature ne peut être que vaine et dangereuse. Il est, enfin, des jumens qui ne sauraient porter leur poulain à terme; elles ne sont donc, en aucune manière, propres à la saillie, et ne peuvent être destinées à la monte.
Quoique les jumens soient, comme les femelles de toutes les espèces, beaucoup plus précoces que les mâles, on ne leur permettra l’usage de l’étalon que lorsqu’elles auront atteint quatre ans , s’il s’agit de jumens épaisses , et que lorsqu’elles en auront atteint cinq, s’il s’agit de jumens fines et légères : les premières sont formées plus tôt que celles-ci; celles-ci portent et produisent aussi plus tard que les autres, car elles sont encore fécondes à quatorze et
même à quinze ans, tandis que les cavales épaisses cessent de l’être à douze environ* Du reste, on né peut attendre de la femelle, comme nous l’avons dit du mâle qui n’a pas encore acquis sa force, que des poulains d’une faible constitution, et l’on ne peut espérer de celle qui est hors d’àge et qui commence à déchoir, que des productions de peu de valeur; cependant j’ai vu sortir àejumens vieilles, par une exception à cette règle générale, de très jolis poulains qui promettaient beaucoup.
Les poils ou les robes des jumens doivent être conformes à celles des étalons, et elles doivent être choisies saines et non viciées de maux qui, comme nous l’avons dit et observé, peuvent passer naturellement aux productions. Si elles ont été montées avant d’être présentées au cheval, elles en sont plus faciles à la saillie et moins farouches; on en connaît, d’ailleurs, la vigueur et la force. Enfin, elles peuvent être promenées sous l’homme pendant qu’elles sont pleines, ce qui les maintient en santé et leur rend le part moins dangereux et plus aisé.
L’expérience a prouvé que les cavales qui mangent le vert dans le temps qu’elles sont admises à l’étalon retiennent plus facilement que celles qui sont au foin et à l’avoine dans une écurie ; elle démontre encore que celle qui a toujours été nourrie au sec, et que l’on tient aux mêmes alimens après l’accouplement, ne peut, en général, fournir un poulain d’une certaine étoffe, et n’a jamais, d’ail- * leurs, une certaine quantité de lait. Le même inconvénient subsiste si elle est conduite dans les pâ-
luragcs en suite de la saillie, soit que son estomac ait besoin d’être accoutumé à l’herbe, soit qu’il soit nécessaire qu’elle devienne peu à peu insensible aux injures des mouches et du temps, pour que son poulain profite. Les jumens qui donnent les meilleures productions sont donc celles qui pâturent le plus et qui sont le moins long-temps établées; aussi ne doivent-elles être renfermées que lorsqu’il n’y a plus d’herbe, et que les pluies froides surviennent, encore ne les reuferme-t-on que pendant la nuitj on les sort pendant le jour, pourvu qu’il ne pleuve pas j et quoique les pâturages soient alors très peu uourrissans, ils conviennent néanmoins à des bêtes accoutumées à être dehors, d’autant plus que, dans l’écurie, on supplée au défaut de l’herbe par les alimens secs. On ne doit pas cependant oublier que la gelée des rosées leur est funeste, et que la pâture de l’herbe qui en est blanchie, cette gelée n’étant point fondue et dissipée, est une des causes de l'avortement.
De la Monte.
Le temps de la monte , c’est à dire le temps où l’on doit faire monter, ou couvrir , ou saillir, ou sauter, ou servir les jumens en chaleur , est depuis le commencement d’avril jusqu’à la fin de juin. Ce n’est pas que plusieurs cavales ne deviennent en chaleur plus tôt ou plus tard, mais si les pre- - mières étaient couvertes , les poulains qu’elles donneraient, naissant en hiver et avant que les herbes eussent poussé, pourraient dépérir, vu la rigueur
de la saison et l’impossibilité de procurer aux mères une nourriture capable de fournir un bon lait; et quant aux dernières, elles prodiguaient dans la chaleur, et par conséquent dans un temps où les poulains, dès l’âge le plus tendre, seraient excessivement tourmentés par les mouches, et n’auraient pas celui d’acquérir toutes les forces nécessaires pour résister aux assauts de l’hiver qui suivrait.
Pendant le temps de la monte , on augmentera l’avoine aux étalons; il sera même à propos de leur donner une jointée d’orge très bonne et très nette, avant qu’ils couvrent et après qu’ils auront couvert. Dans le cas où ils refuseraient de la manger, on la mêlerait avec leur avoine ; on observera encore de ne les jamais abreuver, soit le matin ou le soir, avant la saillie, et on en usera de même à l’égard des j u mens.
On ne doit faire saillir les jumens que dans le plus frais de la journée; quand même l’étalon aurait de la vigueur, on ne lui demande qu’un saut par jour. S’il en a un peu moins, on le laisse reposer le quatrième, et s’il pèche du côté de la force et même de l’âge, il ne couvrira qu’une fois tous les deux jours ; il dissipera moins et produira davantage. Ainsi le nombre des jumens à faire servir varie et diffère d’après ces considérations, et il est certain que celui de trente-cinq jumens, fixé pour chaque étalon par les réglemens des haras (i), est excessif, et ne pourrait qu’énerver les chevaux.
(i) Règlement du Roi et Instructions touchant l’adminis-
( Ma )
On choisit, pour le lieu de la saillie , un endroit garni de verdure, éloigné d’environ cent pas de l’écurie , et dont^terrain est uni, sec et solide, autrement le cheval et la cavale n’étant point fermes dans leur action , la monte pourrait être inutile ; on plante un ou deu* piliers dans ce même lieu , pour y attacher solidement la jument avec un licou de cuir ou de corde, ou, ce qui est beaucoup mieux, avec un caveçon , dans les anneaux duquel passent les longes qui, de chaque côté; partent des piliers. Une partie de ce terrain doit être encore inégale à l’effet de faciliter le saut à l’étalon; et si la jument est plus haute que lui, on le place dans l’endroit le plus élevé, et il profite de cet avantage; si elle est d’une plus petite taille, on la range sur la hauteur par la même raison. Nombre de personnes font néanmoins saillir les jumens sans les attacher à des piliers, et en les faisant simplement tenir par le licou. ïvr nv '
Il est d’une importance extrême de faire servir plus d’une fois celles qui ont un désir réel de s’accoupler, comme de ne pas admettre indifféremment les cavales en qui ce désir est faible, ou n’est qu’apparent i sans cette attention , on emploierait très inutilement les forces des étalons, n < ol irjtsApwaé*
. Les signes de chaleur de la j ument se tirent de son hennissement continuel, du désir qu’elle a de s’approcher du premier cheval qu’elle aperçoit , du gon-
tratian des haras du royaume. Paris , Imprimerie royaie, 1724 , in-4°, titre Il , art- XIV; page 12.
flement tic la partie inférieure de la vulve , de l’émissiou ou de la stillation d’une liqueur gluante et blanchâtre, que l’on appelle les chaleurs, et que les anciens ont nommée hippomanes(i).
Les juinens qu’on amène à l’étalon étant ferrées du derrière comme du devant, on les entravera dans la crainte qu’elles ne ruent et qu’elles ne blessent le cheval ; ce qui arriverait si elles n’étaient pas parfaitement en chaleur, et ce qui arrive quelquefois , quoique leur chaleur soit à son terme, lorsqu’elles sont chatouilleuses : on leur met, à cet effet, des entravons à chaque paturon des extrémités postérieures; des longes qui prennent dans l’anneau de chacun de ces entravons viennent se croiser sous le ventre et passer entre les deux jambes de devant , pour être arrêtées autour de l’encolure au moyen d’un nœud coulant, qui peut être facilement défait en cas d’accident.
Il est une autre manière plus sûre et moins embarrassante; on emploie une sorte de bricole qu’on met à la jument , cette bricole a de chaque côté un anneau de fer, dans lequel on fixe, par un nœud coulant, chaque longe venant des entravons; ces longes ne sont point alors croisées, elles marchent directement à l’anneau du même côté, et l’on ne
(j) On peut lire, pour tout ce qui concerne les différentes espèces d ' hippomanes , Daubenton, Mémoires de l’ Académie royale des Sciences, année îyâi , page 293 ; et 1752, page 392, in-4°. — Histoire naturelle de Bujjbn, déjà citée, in-4°, tome IV, page 429- — Hartmann, Traité des haras , déjà cité , page met suivantes. ( É .)
gêne dès lors nullement l’encolure de la jument , qui peut être portée en avant, ou reculer, selon Je besoin, plus facilement et sans risques. Outre ces précautions, soit que la jument se trouve attachée à des piliers, soit qu’on la tienne simplement par la tête , si , par son inquiétude et son agitation , elle trouble et dérange l’étalon, on lui parlera, on la flattera ; on l’assujettira davantage en lui mettant un tors-nez ou des morailles, en cas de besoin, sauf à l’en délivrer dès que le cheval sera à l’œuvre.
Il est essentiel encore de s’assurer de sa queue, qui pourrait être un obstacle à l’introduction; on l’attachera par le tronçon avec une bonne corde qui répondra pareillement à un anneau placé , à cet effet, dans la partie de la bricole qui avoisine le garrot et qui y sera fermement fixée.
La jument ainsi préparée et dans l’attente, on conduira l’étalon, coiffe d’un caveçon, de l’espèce de ceux que l’on pratique à trois anneaux, et qui sera garni de sa sous-gorge ; deux longes de corde seront attachées aux anneaux de côté, et tenues par deux hommes qui mèneront l’animal et qui lui feront décrire un ou plusieurs cercles autour de la cavale ; lorsqu’il sera en état , on l’admettra à l’action, et on la lui facilitera en dirigeant adroitement son membre, et en le tenant, le plus ferme qu'il sera possible, par les deux pieds de devant. Les mouvemens redoublés et précipités de sa croupe, ainsi que du tronçon de sa queue, les efforts qu’il fera pour s’introduire plus avant, sont des signes d’éjaculation de sa part, auxquels on doit être tj-ès attentif,
Dij
plusieurs étalons sortant souvent de dessus la jument sans l’avoir couverte de manière à produire. On doit, au surplus, à l’égard de ceux qui n’ont jamais sailli , choisir pour leur première monte , et pour leur premier, saut, des jumeus douces, faciles, et ayant déjà pouliné. J’observerai encore que nombre de chevaux sont distraits et troublés par une trop grande multitude de témoins , et qu’il est prudent de n’admettre au congrès que ceux qui peuvent y être nécessaires.
On doit faire très attention qu’il y a des chevaux trop vigoureux, qui opèrent avec tant d’action qu’ils enfilent le rectum au lieu de la vulve, et que ces sortes de coups sont toujours mortels, du moins si je m’en dois rapporter à un assez grand nombre de personnes qui m’ont assuré l’avoir vu, et à ce que j’en ai vu moi-même. Le a juin 1 768 , une jument, appartenante à M. leC. D...., fut servie par un petit étalon danois très vigoureux, qui enfila, comme je l’ai dit, le rectum. La bête fut saillie le lendemain par la vulve; elle n’avait témoigné aucun état maladif, mais le lendemain elle mourut, c’est à dire le troisième jour de l’événement; on lui a trouvé la membrane interne de l’intestin déchirée, emportée et gangrenée.
La promptitude de l’étalon, la tranquillité de la jument sont un présage de la perfection de l’œuvre de la génération. Il est des étalons qui se fatiguent et se harassent en montant inutilement plusieurs fois sur la cavale; on leur met des lunettes, ils se tourmentent moins. On doit eu user de même à l’é-
gard de ceux qui se jettent avec fureur sur elle. Il en est d’autres qui s’élèvent du devant, qui font des pointes, de manière qu’ils sont prêts a se renverser ; dans ce moment , les hommes ou les palefreniers qui tiennent les longes du caveçon les tireront avec assez de force pour ramener le devant de ces animaux en devant et en bas. Ils en useront de même, eu égard aux chevaux qui , dès le moment qu’ils aperçoivent la cavale , se portent de loin sur les deux pieds de derrière pour aller à elle ; on applaudit le plus souvent à cette marque de vigueur; on permet au cheval de s’y livrer, et en une monte ses jarrets sont perdus- Quant aux étalons qui sont lents et qui demeurent un certain temps tranquilles auprès de la jument, on les en éloigne, on les promène autour d’elle, on les en rapproche ensuite peu à peu, et ils parviennent ensuite à la saillir . Enfin , a 1 egard de ceux qui ont trop de feu et de vivacité , qui se mettent en nage, et qui , par cette raison, ne peuvent couvrir, il est bon de les remettre à l’écurie , et de tenter de nouveau quelques momens après.
On ne doit jamais retirer de force l’étalon de dessus la jument. Ce point , auquel on fait trop peu d’attention, doit être considéré comme .l’ unique moyen de conserver long-temps les jarrets de l'animal sains et nets. Presque tous les palefreniers employés pour conduire l’étalon à la saillie le portent et le tirent en arrière pour le faire descendre de dessus la cavale; dès lors ils obligent les jarrets, déjà fqrtement travaillés dans le moment du saut, à de nouveaux efforts , sous lesquels bientôt ils suc-
combent. De là la ruine subite de la plupart des chevaux envoyés ou approuvés dans lesdépartemens.
Lorsque le saut est terminé, il faut, bien loin de rejeter le cheval en arrière, porter la jument en avant ; ce qui est facile si le saut se fait à la main, c’est à dire si la jument n’est tenue que par le licou. Si la longe de ce licou n’est attachée qu’à un pilier, comme elle ne doit l’être que par un nœud coulant, la chose n’est pas moins aisée. Enfin, si elle est placée entre deux piliers, et qu’elle y soit fixée par des longes répondantes au caveçon qui la coiffe , ces longes devant tenir aux anneaux de ce même caveçon par de forts porte-mousqueton, il ne sera pas difficile de les détacher, et elles le seront par un homme de chaque côté, qui, d’une main, pressera sur le ressort de l’un des porte-mousque- 4 ton, et qui, de l’autre, détachera la longe qui vient de l’entravon de son côté, et qui passait dans *. l’anneau de la bricole.
Lorsque la saillie est terminée, on étable l’étalon; on le bouchonne exactement, s’il a chaud; on en abat la sueur avec le couteau de chaleur, s’il est en nage; on lui remet sa couverture et on le laisse seul et tranquille.il est, en effet, très à propos de ne point aller dans son écurie pendant quelque temps. Cette observation indique , par conséquent, la nécessité de le panser avant de le mettre en action. On ne lui donne du fourrage, sa boisson et son avoine, avec la jointée d’orge, que trois heures après qu’il a accouplé; quelques uns lui donnent l’avoine et l’orge sur-le-champ.
Il serait à souhaiter, pour la conservation de l’étalon , dont on ne doit employer que très utilement les forces, que l’on eût, pour éprouver si la jument est en chaleur ou pour l’exciter, un petit cheval entier de bas prix, que l’on nomme boute-en-train, et auquel on substituerait ensuite le véritable étalon. Au surplus , on peut se contenter d’avoir fait couvrir, avec tontes ces précautions, la jument, une seule fois, ou bien on la fera couvrir encore le lendemain matin; on la laissera douze ou quinze jours ensuite sans la ramener au cheval. Cet espace de temps écoulé , on la lui présentera de nouveau : si elle est en chaleur, elle sera couverte comme auparavant; si elle refuse l’étalon, si elle rue, on ne la fera point saillir, ce refus étant une preuve qu’elle a retenu : preuve cependant équivoque , car il arrive quelquefois que des jumens pleines se montrent encore en chaleur.
Il est encore une autre manière de faire servir les cavales : on lâche l’étalon dans un pâturage bien fermé, avec la quantité de jumens que l’on veut qu’il couvre. On le laisse choisir lui-même celles qui ont besoin de lui et les satisfaire à son gré. Il est certain que de cetle façon les cavales retiennent plus sûrement ; mais l’étalon se fatigue et se ruine mille fois plus tôt. Cette manière ne doit donc être employée que dans le cas où on veut tirer quelques productions d’un étalon prêt à réformer. Alors on lui donne les jumens qui n’ont pas encore porté et celles qui retiennent le plus difficilement. x
Après la monte et à l’expiration de cé temps, on
remet les étalons à leur régime ordinaire; on u’aura garde de les saigner quelque temps après, selon la pratique de plusieurs personnes, à moins que quelques maladies survenues ne l’exigent. La déperdition qu’ils ont faite est assez grande : on pourra seulement les faire boire à l’eau blanche , et leur donner un picotin de son à midi , pendant huit ou quinze jours.
De la Gestation.
Dès que les cavales ont donné des signes qu’elles ont conçu , ou doit empêcher qu’aucuns poulains ou autres petits chevaux entiers ne les approchent; ils les échauffent et les font vider, surtout dans les premiers mois de leur saut; elles en deviennent amoureuses, elles souffrent même l’accouplement, quoiqu’elles soient pleines. Il n’y a jamais cependant de superfétation; on a vu des jumens produire deux poulains à la fois, et quoique ce fait passe pour être rare, il y en a néanmoins assez d’exemples; mais elles ne conçoivent point en divers temps, et elles ne portent point de foetus d’inégale grosseur, et qui naissent à des intervalles éloignés l’un de l’autre; on peut ajouter à ce fait une foi entière, quoiqu’il contredise Thomas Bartholin et Torquemada . Ces deux auteurs ont inconsidérément rapporté l’exemple de deux jumens ayant mis bas une mule pleine d’une autre mule (i). Une semblable allégation
(l) II paraît qu’ Antoine de Torquemada , moine espagnol , est le premier qui ait rapporté cette histoire dans son
doit être de môme poids que celle de Ruini , qui juge habilement du sexe de l’animal par le côté que l’étalon a choisi pour monter la cavale (i); elle peut encore être placée avec les différentes recettes prescrites pour obliger la nature à produire des mâles préférablement à des femelles, etc.
Tous les signes auxquels on peut distinguer les jumens pleines de celles qui ne le sont pas ne sont pas également certains. On n’en a des indices qu’après un espace de cinq à six mois, encore ces indices sont-ils très faibles, du moins en ce qui concerne la forme extérieure des cavales qui portent et poulinent tous les ans , car leur ventre est constamment avalé. Quoi qu’il en soit, les marques équivoques de la plénitude sont, i°. cet espace de temps étant écoulé, la facilité avec laquelle la jument s’engraisse dans l’hiver et le volume qu’acquiert son flanc; 2°. deux mois avant le part, la tension,
Hexameron , ou six journées ; contenant plusieurs doctes discours sus aucuns poincts difficiles en diverses sciences; mis en françois par Gabriel Chappuys. Lyon, i58a, ixi-8°, 6*. journée , page 453. Jean Eusebe Nieremberg , jésuite espagnol, la reporta dans son Historia natures , maximè peregrince , libris XVI distincte. AntUerpiæ , j635, in-fol., lib. VI, cap. II, page 94, sans en citer l’auteur; et T ■ Bartholin , qui 11e s’aperçut pas que le second n’avait fait que copier le premier, en les citant tous deux , en fit deux histoires différentes. Voyez De insolilis par tus humani viis Disserta tio nova. Hafnia:, 1 664, in-8°, cap. XVI, pag. 1 27 . (E.)
(1) Dell’ infirmitd del Cavallo. Bologna , 1598, in-fol., lib. V, cap. IX, page 262. — Hippiatrique du S. H. de Francini. Paris, 1607, in-40, livre V, chap. IX, page 374. (É.)
la dureté, la grosseur des mamelles, et l’avale* ment des flancs el de la croupe.
Quant aux signes univoques, ils sc tirent du mouvement du poulain dans le ventre de la mère , mouvement que des yeux attentifs peuvent saisir quelquefois, surtout au septième ou huitième mois. Il est encore plus sûr de s’en assurer par la voie du tact. Faites trotter quelques momens la cavale, remetlez-la ensuite à l’écurie, présenlez-lui à manger sur-le-champ , en plaçant alors votre main sous le ventre, vous sentirez et vous reconnaîtrez le poulain , si elle est pleine (i).
C’est par un intérêt très mal entendu que presque tous les particuliers, sans aucune considération, outrent de travail leurs jurnens pleines et celles qui allaitent, et les mettent à toutes sortes de services. Dès qu’elles ne jouissent pas d’une pleine pâture et du repos qui leur convient, quels fruits peut-on attendre d’elles , et quels alimens peuvent-elles fournil au poulain qui les suit? Echauffées par la fatigue qu’elles éprouvent, l’animal qu’elles portent et celui
(i) 11 est un moyen certain de reconnaître la plénitude de la jument , même à trois mois , c’est de porter la main dans le rectum , pour s’assurer par le tact de l’état de la matrice ; niais ce moyen , qui exige beaucoup de prudence et de douceur, et une connaissance parfaite de l’anatomie des parties de la génération de la jumeqt, dans l’état de viduité comme dans celui de plénitude , ne doit pas être employé inconsidérément ; il ne faut y avoir recours que dans quelques cas particuliers, comme, par exemple, lorsqu’il s’agit de prononcer judiciairement sur l’état de plénitude ou de viduité d’une jument. ( É .)
qu’elles allaitent en souffrent également , et demeurent sans force et sans vigueur. Celui-ci même, qui s’affaiblit en courant après elle, est souvent, attendu la mauvaise qualité du lait dont il tire sa subsistance, atteint de la gale et d’une infinité d’autres maux qui annoncent en lui une dépravation de la masse. Cependant les propriétaires ne peuvent avoir en vue que le bénéfice qu’ils se proposent de leurs poulains : or, plus les productions seront parfaites, plus la vente en sera considérable.
Nous ne pouvons nous empêcher de blâmer encore ici l’usage de faire saillir les cavales neuf jours après qu’elles ont pouliné , sous le prétexte, qu’elles retiennent plus aisément, et même qu’en mettant bas elles vident toutes leurs humeurs impures. Cet usage est très nuisible, en effet, non seulement à la multiplication, mais à la perfection de l’espèce. En premier lieu, il n’e$t;pas difficile de voir que, dans les haras ordinaires, où cette pratique est en vigueur, toutes les jumeos qui ont été couvertes ne produisent pas tous les ans; à peine les deux tiers de celles qui ont été soigneusement saillies et ménagées donnent-elles, dans la même année, des poulains. En second lieu, celles qui ont été remplies neuf jours après le part ne fournissent, à leurs poulains nés, qu’un lait trouble et séreux j d’un autre côté, ces poulains, tétant continuellement leurs mères, enlèvent la meilleure partie de la substance qui serait nécessaire pour donner l’accroissement à celui qu’elles ont nouvellement conçu : ainsi , du partage des forces de la jument , mère
et nourrice ensemble, et de l’impossibilité dans laquelle elle est, ayant à nourrir son pôulain né et son poulain à naître , de leur donner autant que si elle n’avait que l’un ou l’autre à soutenir, il ne peut résulter que des productions misérables. D’ailleurs, la fatigue de porter et de nourrir à la fois rend nécessairement les cavales vieilles avant le temps, et leur donne beaucoup plus tôt l’exclusion des baras.
Dans les animaux , comme dans les végétaux, il est un temps de maturité limité et relatif à la durée de la vie de la plante ou de l’animal. Les cavales portent ordinairement onze mois et quelques jours. Le nombre de ces jours, anticipés sur le douzième mois, n’est pas fixé; on a cru qu’il était en raison de celui des années de la jument : l’expérience a Irop fréquemment démenti cette idée, pour qu’on ne l’abandonne pas à ceux qu’une aveugle crédulité conduit (i). Ce qui peut décider la promptitude ou l’éloignement du part est principalement le plus ou le moins de force de la circulation , la nature des
(i) Voyez ce qui a été dit à ce sujet, principalement par G. S. JVinter , Traité nouveau et augmenté pour faire race de chevaux. Nuremberg, 1703, in-tol., chap, Xlll,p. n3, et le tableau qui y est joint. — Brugnone, Trattato dette razze de Cavalli. Torino, 1781, in-8°, page 220 et suiv. — J)e ta Font Pouloti, Nouveau régime pour les haras , déjà cité, page 146. — Hartmann, Traité des haras, déjà cité, page 107 et suiv. — Tessier, Recherches sur la durée de la gestation dans les femelles de plusieurs quadrupèdes. Bulletin des Sciences, par la Société Philomatique, tome I, n“. 23, page «77; et Mémoires de l’Académie royale des Sciences de ITnstitutdc France, année 1817, tome II , p. 1 et suiv. (É.\
alimens, et l’état dans lequel a été la jument mère durant la portée; conditions qui contribuent certainement plus ou moins toutes à l’entière formation du foetus. Dès qu’il est parvenu au juste volume qu’il doit acquérir, la matrice se trouve extrêmement distendue; irritée par une sorte de divulsion que souffrent alors ses fibres, elle se contracte , et cherche, en quelque façon, à se débarrasser du corps qu’elle renferme : d’un autre côté , le poulain se trouvant contraint et gêné , attendu la plus grande compression qu’il éprouve de la part de l’utérus, comprimé lui-même toujours plus fortement par les muscles de la respiration , qui, par l’entremise des nerfs, participent violemment de l'irritation ressentie par la matrice, s’agite, se livre à divers mouvemens pour rompre les membranes qui l’environnent, et se frayer une issue hors de l’étroite cavité qui le contient. C’est ainsi que commence le travail du part, et telles en sont vraisemblablement les principales causes. Il n’est pas douteux que les efforts de la mère sont incomparablement plus vifs que ceux du fœtus , aussi est-il plus ordinaire de voir des jumens mettre bas des fœtus morts, que de voir des fœtus sortir vivans de la matrice de la jument morte.
De U Avortement.
Une infinité de circonstances peuvent donner lieu à la sortie du fœtus avant le terme prescrit par la nature, et ce part prématuré est ce que nous appelons avortement. Des maladies aiguës et chroniques, des exercices violens, des fardeaux trop lourds à
tirer ou à porter; des heurts ou des coups sur les reins, sur le ventre, sur les flancs : des herbes nuisibles ou vénéneuses mêlées dans les alimens dont la jument se nourrit, la boisson d’une eau crue et indigeste; les injures du temps, surtout dans une saison rigoureuse; la gelée qui couvre les pâturages dont la cavale paît l’herbe , n’occasionent que trop fréquemment cet accident. Du reste, il est une infinité d’autres causes intérieures auxquelles il peut être attribué, et nous voyons que les jumens d’un tempérament lâche et mou sont plus sujettes à \' avortement que les autres.
Les signes d’un avortement prochain sont le gonflement de la nature et du fondement de la cavale , l’inquiétude avec laquelle elle se lève et se couche sans cesse, la position de sa tête, qui est basse et penchée, la blancheur et la sécheresse de sa langue, la tristesse, la fièvre, le frisson, une évacuation spontanée d’une liqueur séreuse par les mamelles, l’écotilement ou le suintement d’nne humeur glaireuse par le vagin, ainsi que les mouvemens plus Iréquens et moins forts du poulain lorsque la jument est assez avancée dans sa plénitude pour qu’ils puissent être comparés et sentis. Tous ces symptômes, au surplus, ne subsistent pas toujours; ils ne se montrent avec tout cet appareil que selon le plus ou le moins de temps qui s’est écoulé depuis la conception, et selon les causes qui produisent cet évé* nement. D’ailleurs, il est des jumens qui avortent avec beaucoup moins d’apparence de douleur et de maladie ; communément, ce sont celles en qui l’u-
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térus ne saurait se dilater au point que l'accroissement journalier du poulain le demande, ou celles en qui l'adhésion des vaisseaux du placenta avec l’utérus n’est point assez ferme.
Quoi qu’il en soit, dès le moment où l’on redoute le part prématuré, ou doit mettre la jument dans une écurie séparée, et qui ne soit ni trop chaude, ni trop froide, ni trop humide. La saignée peut prévenir cet accident, principalement dans le cas où il est occasioné par des coups, par des exercices trop violens, par la fièvre, etc. S’il peut être regardé comme l’effet de quelques corps vénéneux , on a recours à des alexitères, tels que la thériaque dissoute dans le vin, ou à des remèdes délayans , selon la qualité chaude ou froide du poison, qualité qu’il est, à la vérité, comme impossible de reconnaître, mais dont ou peut tenter de juger, en administrant d’abord les médicainens délayans, et en observant attentivement ce qui en résulte; car, dès que la cavale paraît, au moyen de ces remèdes, moins tourmentée et plus tranquille, il importe de les continuer; si, au contraire, elle s’agite davantage, et si les symptômes deviennent de plus en plus formidables, on aura incontinent après recours à la thériaque. C’est ainsi qu’on doit souvent interroger la nature par de légers essais, en traitant des animaux qui sont privés de la faculté d’indiquer la .nature et le siège du mal dont ils sont atteints.
Les médicamens astringens sont d’une grande ressource lorsque Y avortement que l’on craint peut être imputé à la faiblesse d’un tempérament natu-
rellement mou et humide, ce dont on peut être assuré par le défaut de force et de vigueur dans la jument, et par la nature de la matière qui suinte du vagin.
Prenez : eau de Rabel (acide sulfurique dulcifié), que vous mêlerez dans la boisson ordinaire j usqu’à une agréable acidité; ou bien prenez : sang-de-dragon, terre douce de vitriol (oxide de fer rouge), de chacun un gros ; mêlez avec une once de diascordiuin et suffisante quantité de miel , pour un bol, à répéter suivant le besoin. Ce remède est préférable aux charges et aux onctions dont les anciens faisaient usage. Du reste, les astringens seraient extrêmement nuisibles, 1°. si V avortement était très prochain, et si l’on n’avait aucune espérance de le prévenir; 3°. s’il avait pour cause la tension et la rigidité de l’utérus; 3°. si le foetus était mort. Dans la première et dans la seconde de ces circonstances , ils s’opposeraient à la dilatation de l’orifice de la matrice, et ils suspendraient ou empêcheraient une expulsion qu’il convient plutôt de hâter et de procurer, et qui est absolument nécessaire au salut de la mère et du poulain; dans la dernière, où Y avortement serait inévitable , ils ne pourraient qu’augmenter la tension excessive de la matrice : d’où l’on voit qu’en fait de maladies , la connaissance des recettes devient meurtrière , si elle n’est jointe à celle de l’application.
Les signes de la mort du poulain dans l’utérus sont la cessation ou le défaut de mouvement de sa part, en supposant néanmoins un état de plé-
nitude avancée à un certain période ; les douleurs que ressent et que témoigne la jument, les frissons dont elle est atteinte, la puanteur de son haleine, des évacuations fétides qui découlent du vagin ; et l’on comprend que si la nature n’opère pas elle-même la délivrance de la cavale, on doit la favoriser par tous les secours de l’art, mais sans s’écarter de la prudence qui doit présider toujours à l’action de l’artiste. r!.
La matrice est-elle réellement fermée? on est nécessairement obligé d’attendre, plutôt que de fatiguer la cavale par des tentatives inutiles. L’orifice commence-t-il à se dilater? il est bon de ne pas chercher à hâter la délivrance j cependant, si l’on croit devoir l’aider et délivrer plutôt la mère, il faut en venir à l’œuvre de la main. Il s’agit d’abord d’oindre celle dont on doit se servir avec de l’huile, ou quelqu’autre matière grasse et nouvelle; on l’introduit ensuite dans le vagin jusqu’à l’orifice de la matrice , après avoir oint de même les parties de la jument. Lorsqu'on est parvenu jusqu’à cet orifice, on y insère les doigts insensiblement et, peu à peu , on augmente la dilatation avec ménage-, ment et par degrés jusqu’à l’introduction de la main entière; si l’on reconnaît alors que les membranes qui renferment l’animal n’ont point été en-r tamées, ce qui peut être très aisément distingué et senti, car, en ce cas, on imagine toucher une vessie ballonnée , on les perce avec les doigts on se saisit sur-le-champ du poulain, et on le tire au dehors; mais cette opération, plus ou moins laborieuse
suivant l’état dans lequel la mère et le foetus se
trouvent, ne doit être tentée qu 'après avoir sollicité et invité la mère par des moyens divers à des efforts qui peuvent donner lieu à l’expulsion. Telle est, par exemple, l’action de lui serrer plusieurs fois et à diverses reprises les naseaux, à l’effet de suspendre quelques momensl’expiration; telle serait l’administration des sternutatoires, et celle de lavemens plus ou moins âcres, faits avec des feuilles sèches de tabac ( nicotiana tabacum) , le vin émétique ( vin antimonié), le sel commun ( muriate de soude) , etc.
Dans la circonstance où la jument, prête à mettre bas, serait surprise par une maladie formidable et désespérée, on pourrait ne pas abandonner le poulain à son sort et en entreprendre l’extraction. Il faut, pour cet effet, renverser la cavale avec toutes les précautions possibles, la coucher sur le dos et l’assujettir de manière à n’en pouvoir être blessé. On fait ensuite une incision cruciale à la partie moyenne et inférieure du bas-ventre; cette incision doit être d’un pied et demi environ , et se terminer aux os pubis. Si les gros intestins, poussés hors de la capacité par les efforts que susciteront les douleurs vives auxquelles la jument est en proie, so présentent, on aura soin de les écarter, et l’on apercevra bientôt l’utérus; on y pratiquera, mais avec beaucoup de circonspection , et dans la crainte de porter atteinte au foetus , une ouverture qui répondra à la première ; on ouvrira aussitôt encore les membranes qui contiennent le poulain, les
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eaux qu’elles renferment s’épancheront, et l’on retirera sur-le-champ l’animal. Le succès de cette entreprise dépendra de l’attention qu’on aura à prévenir la mort de la jument mère ; plus on attendra, plus le foetus sera débile, et l’on a d’autant moins de temps à perdre, que si la cavale est morte, il est certain que le poulain ne lui survivra que de quelques instans.
Cette opération impose nécessairement l’obligation d’en pratiquer une seconde promptement et sans délai. Il s’agit de couper le cordon qui tient le foetus assujetti au placenta , et d’en faire la ligature ; on se munit d’une suffisante quantité de gros fil , que l’on plie en cinq ou six doubles de la longueur d’un pied, et que l’on a eu soin d’arrêter aux deux extrémités par un nœud fait à chacune d’elles. Le fil ainsi préparé, on lie le cordon à quatre ou cinq pouces environ du corps du poulain , de façon qu’il ne soit ni trop, ni trop peu serré; la ligature étant maintenue par des doubles nœuds, répétés à mesure des entortillemens, on coupera le cordon à trois pouces au dessous , et l’on observera que cette section ne soit suivie d’aucune effusion de sang; si l’on en aperçoit , on resserre les fils , et les trois pouces de longueur qu’on laisse en deçà serviront à placer une seconde ligature , la première étant insuffisante. Ce n’est que par cette raison que nous avons fixé en quelque sorte les mesures; car, à quelque distance que soient faites et la ligature et la section, la nature, sur laquelle on doit se reposer du soin d’achever et de perfectionner l’ouvrage ,
opère toujours la séparation du cordon à sa sortie de 1 anneau ombilical et au niveau du tégument; cette séparation a lieu en huit ou dix jours, plus ou moins j on doit graisser l’excédant du cordon avec du beurre frais, du saindoux, etc. On conçoit, au surplus , qu il n’est question ensuite que de procurer au poulain les moyens de s’allaiter pour entretenir une vie que l’on vient, en quelque façon, deluirendre.
L avortement n’eSt pas toujours funeste à la cavale, il n’est pas même communément suivi de grands accidens; il importe cependant d’user de précautions envers toute jument qui vient d’avorter j on la tiendra chaudement et bien couverte , dans 1 intention de favoriser la transpiration , et on lui fera observer pendant quelque temps. un régime austère j on ne lui donnera que très peu d’alime'ns, et l’on préférera les plus légers; elle sera abreuvée deau blanche, et si elle abonde en lait, il faudra nécessairement la traire, dans la crainte que ce même lait, porté aux mamelles, ne soit refoulé dans la masse, et ne cause les plus grands désordres; au surplus, on a vu des jumens être très long-temps infécondes après Y avortement, et quelques unes l’être toujours. Ce dernier fait avait, sans doute, pour cause l’énorme dilacératiou qu’avait soufferte l’utérus lors de la séparation du placenta (x).
(l) Voyez tout ce qui est relatif à V avortement , par Tlandrin , dans les Instructions et Observations sur les maladies des animaux domestiques , déjà citées , tome VI deuxième partie. ( É .)
Du Part.
Quand le terme de pouliner approche, et que lu délivrance de la jument s’annonce par le grand affaissement du ventre, par le rétrécissement des côtes, ou plutôt des ilancs, par sa pesanteur, par sa difficulté à marcher, etc. , elle doit être placée seule , s’il est possible , dans une écurie sans y être attachée, et on doit lui faire une bonne litière. Du reste, on” peut, relativement à la jument et aux femelles des animaux, distinguer, comme dans la femme , trois espèces de parts, le naturel , le difficile et le contre-nature. Le part naturel est celui dans lequel le poulain se présente dans la position où il doit être.; le difficile ou laborieux est celui dans lequel, quoiqu’il se présente bien, il a une peine extrême à sortir j enfin, dans le part contre nature , le poulain présente mal la partie qui doit s’offrir à l’ouverture de l’utérus, ou en présente toute autre. La position du foetus dans la matrice de la cavale paraît donc pouvoir éprouver les même» variations que celle du foetus dans la matrice de la femme. Cependant, on pourrait établir ici anatomiquement et physiologiquement des différence» sensibles , connues aux élèves qui sortent des École» vétérinaires, et qui prouvent que, quelque peu fréquens que soient , en général, les accouchemens contre-nature dans la femme , le paît de cette espèce est infiniment plus rare encore dans là cavale. La plus grande facilité du foetus humain à prendre diverses positions, la situation perpendiculaire de
sa mère, la sienne même , le saut auquel il est contraint, les mouvemens différens et multipliés de la femme couchee, assise ou debout, la conformation de sa matrice, le mauvais régime qu’elle suit, le peu d exeicice qu elle fait, la mobilité du genre nerveux en elle, ses passions, les diverses agitations de son-ame, l’usage fréquent du mâle, dont les approches continuelles occasionent, selon qu’elle est plus ou moins sensible et d’un tempérament plus ou moins ardent, des secousses plus ou moins vives à l’utérus, ne permettent aucune comparaison , et lavent la chirurgie du reproche inconsidéré qu’on lui fait en niant la nécessité de son aide , sur le fondement de l’aisance avec laqueire les femelles des animaux mettent bas sans le moindre secours.
Le part naturel n en demande aucun ; mais on doit faire attention que nombre de cavales, dans cette circonstance, sont, en quelque façon, distraites par la présence des personnes qui peuvent se tenir dans l’écurie, où elles doivent avoir été laissées en liberté.
Le part laborieux et difficile peut être tel par le volume du poulain, ou par la débilité de la mère, quelquefois par l’une et l’autre de ces causes; la débilité de la mère s’annonce par des signes faciles à saisir; on ne saurait y être trompé si la vulve étant entrouverte, et l’écoulement de sérosités ayant lieu, elle ne souffre que des épreintes légères, qui prouvent évidemment la faiblesse de la contraction de 1 utérus ; on aura recours alors à des remèdes conforta tifs. Dans le cas alu volurhe dispro-
pur lionne du poulain, la mère eyt infiniment pli» malade, elle est en proie à de vives douleurs; les elForts violeus qu’elle lait sont impuissans et ne peuvent hâter sa délivrance. Les lavemens émolliens, qui dégagent le rectum des excrémens qui pourraient gêner le passage; des onctions d’huile douce faites au vagin et à l’orifice utérin doivent d’abord être employés; et s’il faut en venir à l’introduction de la main, ou à celle de quelqu’instrumént pour l’extraction, la circonspection et les lumières qu’on doit apporter à cette opération sont trop peu communes pour qu’on puisse s’en rapporter au premier téméraire qui se présente. L’homme consommé dans l’étude de l’art est le seul qui mérite quelque confiance. Du reste, on ne doit agir qu’autant que l’on voit l’insuffisance des efforts de la jument; et le temps de l’introduction de la main et des instrumens est toujours celui de l’intermission des épreintes , comme celui de manœuvrer à l’effet d’extraire le poulain est constamment le temps auquel les douleurs se renouvellent. En ce qui concerne l’extraction du poulain mort, et l’action de retourner le fœtus dont la position dans l'antre utérin est vicieuse, on ne pourrait s’en rapporter de même qu’à des vétérinaires parfaitement instruits et éclairés.
Quelques personnes ont pensé que, dès que la jument amis bas, on doit en éloigner le poulain, au moins pendant dix à douze heures, de crainte qu’en la tétant aussitôt qu’il est né, il ne se nourrisse d’un lait séreux et mauvais , dont on a même cru qu’il importait de décharger la cavale, en la
trayant comme on fait dois vaches. Nous ne saurions nous persuader que. d’un côté» la nature ait donné au poulain, dès l’instant où il voit, pour ainsi dire, le jour, l’instinct de se saisir du mamelon, et que, de l’autre, il ne puisse en tirer qu’une nourriture nuisible. Cette mère commune ne tombe point dans dépareilles erreurs, et il est û présumer, au contraire, qu’elle n’offre au jeune animal ce lait clair et séreux que pour le purger de la matière dont ses intestins sont remplis, et qui, semblable par sa couleur au suc de pavot, a été appelée, par cette raison, méconium.
La cavale ayant mis bas, il est important de la tenir huit ou dix jours dans l’écurie; on l’y nourrira abondamment; on lui donnera le meilleur foin, du son de froment, de l’orge grossièrement moulue, et sa boisson sera de l’eau blanche légèrement tiède ; lorsque cet espace de temps sera écoulé, on pourra la conduire à l’herbe avec son petit. Il est à souhaiter que les pâturages ne soient pas d’abord trop éloignés; pour peu que la distance fût longue, le poulain serait fatigué , et il pourrait arriver qu’insensiblement il se situerait mal sur son devant, et que ses pieds se tourneraient en dedans ou en dehors; on doit encore avoir attention de ne le point exposer aux vents froids et à la pluie.
Des Poulains.
Le temps de sevrer les poulains n’a pas encore été uniformément rtëterminé : les uns le fixent à trois mois, d’antres à cinq, à six, ou â sept pour le plus
tard, et d’autres encore à onze ou douze. La pre- * mière opinion n’est fondée sur aucun raisonnement; les partisans des deux autres sentimens attestent chacun l’expérience. Ceux qui ont embrassé le premier et qui permettent de laisser téter le poulain jusqu’en lévrier, si la monte de la jument dont il est une production n’a pas été hâtive, avancent que l’animal qui a été allaité aussi long-temps ne vaut jamais autant que celui qui a été sevré plus tôt, quoiqu’il prenne ordinairement plus de chair et plus de corps. Les derniers soutiennent, au contraire, que la plupart des chevaux ne sont aussi tardifs que par rapport à la trop prompte privation du lait; et ils ajoutent que, s’ils tètent jusqu’aux lierbes, ils sont aussi forts et aussi capables de service dès l’âge de quatre ou cinq ans, qu’ils le sont lorsqu’ils ont atteint celui de huit années. Voilà des questions de faits sur lesquels de nouveaux essais peuvent éclairer. Nous ne céderons point, en attendant, à l’idée que l’on voudrait nous donner sur la formation accélérée du cheval , dans le cas où il n’abandonne le mamelon que onze ou douze mois après sa naissance ; nous savons qu’elle dépend essentiellement du climat, de l’air, des alimens, du terrain, ainsi que de la race; car des chevaux épais acquièrent, ainsi que nous l’avons déjà dit, plus tôt leurs forces que des chevaux fins et légers; on peut croire aussi que, dans certains pays, des poulains sevrés à l’entrée de l’hiver et mis à une nourriture dure et sèche en recevront un notable dommage; si leur bouche, encore trop tendre, ne
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peut broyer le foin, ils n’en mangeront que très peu et maigriront inévitablement, de manière que, l’été suivant, à peine pourront-ils se remettre.
Quoi qu’il en soit, en consultant la nature, et abstraction laite de la domesticité de ces animaux, il n’est pas douteux que le petit, errant avec sa mère dans* les chajnps ou dans les forêts, ne renoncerait à la mamelle que lorsque la jument ne voudrait plus l’admettre à la succion; mais si y parce que l’homme a su les mettre l’un et l’autre sous son entière dépendance , il a le droit de les gouverner à son gré , il n’en doit pas moins considérer qu’il importe de ne ravir à l’animal un aliment proporportionné à la faiblesse de son estomac, que lorsque ce viscère a acquis une sorte d’habitude, et est devenu capable d’en digérer de plus solides. On examinera donc attentivement l’état du poulain, et selon qu’il sera faible ou robuste , il sera sevré plus tard ou plus tôt. Du reste, le terme de trois mois ne saurait suffire dans aucun cas, lé terme de six mois est le délai le plus court qu’il soit possible de fixer; peut-être que ce même délai, communément adopté parmi nous, n’a obtenu la préférence que relativement au mauvais usage dans lequel nous sommes de faire saillir les jumens toutes les années, et à l’attention que, dès lors, nous croyons être obligés d’avoir de ne pas les laisser allaiter sans interruption durant tout le cours de leur portée.
Il est des poulains au dessus de six mois, qui, malgré l’abondance du lait de la mère, dépérissent chaque jour. Cet événement peut être attribué à
différentes. causes qui résultent des poulains mêmes,, ou des jumens auxquelles ils doivent le jour. Eu égard aux premiers, la source en est souvent dans une constitution naturellement faible, dans un estomac naturellement débile, dans une disposition héréditaire, d’où naissent des vices que l’art et le savoir le plus profond ne sauraient corriger j. un état réellement maladif, un lait gluant et grossier, et de telle qualité qu’il ne pourra que s’épaissir, ou un lait qui ne .présentera qu’une sérosité blanchâtre, dans laquelle nageront les parties caséeuses, tel que celui que peut fournir une jument plein*, seront, en général, de la part des nourrices, autant de circonstances nuisibles aux petits j on ne peut tracer, à cet égard , de règles invariables j nous dirons , en général, que plus l’estomac du poulain a de peine à digérer, plus on doit s’efforcer d’entretenir le lait dont le jeune animal se nourrit dans les conditions et dans la consistance requises. Si les sucs digestifs sont viciés en lui, on emploiera les plus légers purgatifs, et on préviendra ensuite la coagulation, qui n’est que trop ordinâirç en pareil cas, en lui administrant de temps en temps, à jeun, une poudre faite de craie de Briançon, de bol d’Arménie, et d’os dë moutons calcinés, de chaque deux gros j, si on le veut, on peut incorporer cette poudre dans du miel. Quant à la jument, on doit se conduire selon les indications que l’on peut saisir j s’il ne s’agit que de rendre â sou lait, d’ailleurs abondant, une fluidité convenable, et d’adoucir en elle le sang et les liu-, meurs, on lui donnera, tous Jes matins, à jeun, une
yj
once de poudre de racine de vipérine ( echiurn vutgare), de réglisse {glycyrrhiza glabra) et de semence de fenouil [anethum j oeniculumj , dans une jointe© de son légèrement humecté. ’ *
Sevrer un poulain, c’est, comme on le sait, le séparer de sa mère, èt substituer des aiimens solides à la nourriture fluide à laquelle la nature l’a d’abord habitué. Ce changement subit occasionerait inévitablement une révolution, s’il ne s.e faisait avec précaution et avec prudence. On place donc 1 animal que l’on sèvre dans une écurie différente de celle qu habite la cavale qui l’a pi'oduit; on observe que ce lieu ne soit ni trop renfermé ni trop chaud, parce que le poulain pourrait devenir ensuite trop sensible aux moindres impressions de l’air 5 > l’auge et le râtelier ne doivent point être trop élèves , il est meme plus a propos de n’en faire aucun ysage dans la distribution des aiimens que de nécessiter 1 animal à lever considérablement la tête; ce qui peut donner lieu à -la difformité de son encolure. On lui donne d’abord du son deux fois par jour et une très petite quantité de foin fin et choisi, sauf à l’augmenter à mesure qu’il acquiert de 1 âge ; du reste, on ne 1 attache point; son écurie doit être garnie d’une bonne litière, que l’on renouvelle souvent; on ne le panse point, et on ne lui permet pas de sortir, à moins qu’il ne témoigne aucune inquiétude et aucun désir de retrouver et de rejoindre sa mère: alors, et seulement dans le beau temps, on peut le conduire aux pâturages, mais il est absolument essentiel’ de n,o jamais
le laisser paître à jeun; si on ne lui donne le son et si on ne le fait boire une heure au moins avant de le mettre à l’herbe, il sera atteint de tranchées violentes, et c’est ainsi que, dans plusieurs départeinens, on perd chaque jour des élèves.
Non seulement les poulains forts d’une année peuvent être abandonnés tous les jours dans les prairies , mais il serait bon de les y laisser coucher, s’il était possible, durant l’été et jusqu’à la fin d’octobre. L’expérience et la raison nous apprennent que les chevaux élevés et exposés ainsi à l’air sont plus vigoureux et plus durs au travail et à la peine. Il faut encore avoir attention de ne pas leur laisser paître le regain; cette herbe, trop fine et trop délicate, leur donnerait un dégoût pour le loin, qui doit être dans la suite , et dès le second hiver, leur principal aliment.
Il est despoulaiits extrêmement hauts sur jambes et qui se les ruinent en quelque manière, où qui sont contraints de tourner leurs pieds en dehors pour pouvoir atteindre à l’herbe, et pour paître avec plus de facilité. Ils y sont surtout obligés lorsque ce définit est joint à celui d’avoir l’encolure trop courte. Il u’est d’autre moyen de parer à cet inconvénient que celui de leur fournir le vert dans l’écurie, pourvu, toutefois , qu’ils soient d’une cerlaine race , et qu’on puisse en concevoir d’heureuses espérances.
Solon que les élèves ont profité, ils s’échauffent plus tôt on plus tard auprès des pouliches et des juuiens : les uns commencent à se fatiguer dès l’âge d’un an, les Autres à deux ans, deux ans et demi ;
(lès que l’ou s’en aperçoit, il faut nécessairement les en éloigner; sans cette précaution, ils s’énerveraient pour toujours.- Les prohibitions renfermées dans les régi em en s des haras (1), concernant leur mélange dans les pâturages avec les pouliches, les jumens, les ânpsses, etc., seraient certainement inutiles à qui connaîtrait les avantages que des poulains exactement soignés rendraient infailliblement dans le commerce qu’on en peut faire.
Rien ne contribue plus à la beauté de la queue que l’action de la tondre dès que l’animal a atteint environ dix-huit mois. Cette opération, répétée plusieurs fois, est un moyen sûr de la garnir de crins, de l’épaissir et de la fortifier, de manière qu ensuite elle résiste beaucoup mieux au peigne.
Le poulain , parvenu à son second hiver, sera rappelé dans l’écurie; on l’y nourrira de foin, de son et d’avoine moulue. Quoique le grain ne doive lui être donné qu’en petite quantité, il deviendra plus large et plus étoffé que s’ii n’était entretenu qu’avec du foin seulement, et il en aura beaucoup plus de vigueur; ce n’est pas qu’il ne doive être conduit le jour dans les pâturages, mais l’herbe qu’il peut paître dans cette saison ne saurait lui suffire. On ne doit point, au surplus, l’exposer au grand froid et à de fortes pluies; il faut ne le faire sortir que tard le matin , et le faire rentrer le soir de bonne heure.
Si l’on s’en rapporte aux idées de quelques per-
‘ (i) Réglement cité, titre V, article XII; pages 3oet 3i ; et Mémoire du Conseil, article XX, page 119.
nonnes, le poulain doit être hongre à l’àge de Irois mois , et même à deux mois et demi; mais malheureusement pour elles, les testicules , dans ce temps, ne sont point aperçus et sont encore logés dans l’abdomen, à l’endroit même de l’anneau du muscle grand oblique (i); ce n’est que peu à peu qu’ils traversent cet anneau et qu'ils descendent plus tôt ou plus tard. Quoi qu’il en soit, on ne doit pas se hâter de pratiquer cette opération, qui, d’ailleurs, ne doit être faite qu’aux poulains sur lesquels on n’a aucune vue pour en tirer race. On ne doit lès cour per qu’à deux ans ou deux ans et demi, parce qu’alors ils auront acquis la force nécessaire pour souffrir cette amputation. Il faut aussi observer que le jeune animal ayant la croupe assez fournie, mais, l’encolure effilée, doit être hongré plus tard que celui dont l’encolure sera forte et la croupe mince, le corps s’épaississant toujours de plus fen plus dans les poulains qui n’ont point été opérés.
L’opération de couper les pouliches a, dit-on , été pratiquée, elle est même prohibée par le réglement des haras (2) ; mais je ne vois pas qu’on ait jamais été d’accord sur la partie qu’on enlève à la lemelle à qui l’on veut ravir la facilité de désirer le coït et d’enaendrer. Plusieurs auteurs, entr’autres Aris~ tote, Verheyen et Barbette , prétendent qu’on lui coupe quelque chose de l’utérus 3 T. Bartholin,
(1) Voyez le Précis anatomique du corps du cheval , déjà cité, lo.me II, pa.ge 116.. . •
(a) Titre V, art. XI, page 3o. * *
Di
er cl Schurigius soutiennent qu’on lui ampute les ovaires, ce .qui serait assez difficile. W ierus avance néanmoins qu’un ch.Ureur crut devoir priver sa propre fille de ces parties (i)j
Jusqu’à ce que le poulain ait acquis trois ans et demi ou quatre ans, on doit suivre ce qui vient
( 1) Les ovaires, n'étant attachés à l’utérus que par une sorte Je pédoncule, sont, de toutes les parties de ce viscère, celles qu’il est le plus facile d’amputer j et quoique Bourgelat re-r gardé cette opération comme assez'difficile, ce sont toujours les ovaires qu’on ampute, avec assez de facilité, aux jumens , aux vaches et aux brebis qu’on veut rendre infécondes ou engraisser : la jument ne présente pas, A cet égard, plus de difficultés que les autres femelles, \oici le texte de Bartholin : a. Nostri rustici.... in equabus castra.nd.is. Ex dissecto inguine sinistro manu utr unique tesliculum cum utero exi— mûrit, sed avulso tantum testiculo u troque uterum suo loco reponunt , et sine aiio dpparatù vulnus consuunt. Lorsque nos campagnards châtrent les jumens , après avoir incisé le flanc gauche, ils retirent, avec la main, les ovaires et la matrice }. mais , après avoir arraché seulement l’un et l’autre ovaire ,lls remettent la ipatrice à sa place, et, sans autre appareil , ils recousent la plaie. » Th. Bartholini Epistolarum medicinalium. Hagcc Comitum , 1740, in-8°; Centuria III , Epist. LXIV, page a5q. — Voyez encore Schurigius, I*arthenologia. Eres des, 1729, in-4°> page 3yi et suiv. — VXierus, De Prcestigiis. Basilece, 1 583 , in-4°, lib. II II , cup. XX, pag. 4^9, etc.
Dans les femelles des espèces plus petites, comme la truie, la chienne, la chatte, la lapine, on emporte aussi les ovaires, mais souvent encore une partie du corps de l’utérus, ainsi que je i’ai vu pratiquer aux châtreurs de profession, et que je l’ai pratiqué moi-même sur des truies sans le moindre inconvénient. (Ê i)k
d’élre prescrit eu égard ù son entretien et aux soins qu’il exige. On le laisse pâturer la nuit et le jour pendant l’été dans les haras parqués, et le jour seulement, pendant l’hiver, dans les autres haras. On ne laisse pas pâturer pendant la nuit, attendu une % foule d’inconvéniens et la difficulté de le garder, et dans tous les temps on doit éviter de le conduire dans des pâturages où l’on pourrait rencontrer des chevaux , jumens , poulains ou pouliches galeux, ou atteints de maux dont la contagion est à craindre.
Lorsqu’on retirera les poulains de l’herbe pour les tenir constamment 'à une nourriture sèche, on observera que ce changement d’alimens peut causer de funestes révolutions. On ne leur donnera pendant quelques jours que de la paille de froment très fine et du son, et on les mettra insensiblement ensuite au foin et à l’avoine. Il est bon, surtout dans les commencemens , que le grain ait été mouillé avant de le leur faire manger. On ne les pansera point d’abord, on se contentera de les bouchonner, et quand on aura, par ce moyen, enlevé la crasse la plus grossière , on pourra se servir légèrement de l’étrille et de la brosse. §i l’animal a des poux (tj,
(i) L’histoire et la description des poux et des autres insectes nuisibles aux animaux domestiques sont ençorè à faire, malgré les ouvrages A' Amoreux et de Buch’oz sur ce sujet : aucun naturaliste, que je sache, ne s’en est occupé sous les rapports qui conviennent à nos élèves. Redi a donné la figure d’un granU nombre de ces insectes, le pou du cheval n’y est point ; Geoffroy a dit un mot de ceux du bœuf; de Geer de celui du buffle; Lyonet a donné une anatomie
ce qui arrive assez fréquemment, on pourra le laver avec île r eau tiède dans laquelle on aura fait bouillir de la semence de staphysaigre (delphinium stapliysagria), de l’absinthe (artemisia absinthium ), ou de la centaurée (centaurea ceritaurium une décoction, ou une infusion de ces plantes dans l’urine est encore très efficace contre cette maladie pédiculaire, et dans le cas où l’on apercevrait une gale légère, on userait d’une décoction de fruit de fusain (ewtimus europceus).
C’est dans ce même temps qu’on doit accoutumer les poulains à la docilité et à l’obéissance, on y parviendra par la patience, les caresses et la douceur; on les aborde fréquemment en leur parlant et en les flattant; on prend le moment de la distribution du fourrage ou de l’avoine pour leur mettre une selle légère , qu’911 leur laissera trois ou quatre heures par jour ; on se souviendra de ne point rendre cette épreuve difficile et incommode en sanglant inconsidérément l’animal; peu à peu on l’habituera à recevoir un bridon dans la bouche et à soufFrir
très détaillée de celui du mouton ; Linné, Fabncius , Latreîlle , etc., se sont bornés à les indiquer par leurs caractères généraux; d’autres- les ont confondus avec les tiques , qui infestent aussi un grand nombre d’animaux, et dont l’histoirç n’est guère plus avancée. Les poux de l’homme ont été l’objet d’une foule d’observations microscopiques, et sont décrits et figurés dans un grand nombre d’ouvrages ; TVinterschmidt s’est occupé de celui de la mouche : c’est aux Écoles vétérinaires à remplir ce vide dans l’histoire naturelle et économique de nos animaux domestiques. ( È .)
qu’on lui lève les pieds. Ce dernier point est d’au-»tant plus important, qu’outre le désagrément d’avoir un cheval qui se refuse à la ferrure , les efforts qu’il fait pour s’y soustraire sont suivis , surtout dans les parties de derrière , d’une foule de maux , sans parler de la difficulté que trouve le maréchal, dès , lors, à parer le pied convenablement, et à lui ajus^ ter un fer comme il faut. On doit donc manier très fréquemment les jambes du poulain , lui lever les pieds, les conduire insensiblement à une certaine hauteur, et frapper ensuite dessous comme si l’on y brochait un clou, et comme l’ouvrier frappera avec le brochoir lorsqu’il s’agira de le ferrer réellement; on se comportera de même eu égard aux poulains destinés au carrosse et au trait, on leur mettra les harnais ainsi qu’on doit mettre la selle aux autres. . ,
Les caresses, si nécessaires pour rendre le jeune animal paisible et familier, lui donnent souvent des habitudes vicieuses ; celle de mordre en est une qu’il contracte d’autant plus aisément qu’à cet âge il est extrêmement enclin à badiner; il est donc essentiel de ne pas lui en fournir l’pccasion en présentant souvent la main à sa bouche , en lui prenant les lèvres, les naseaux et lès autres parties qui l’avoisinent , ces différentes actions ne pouvant que l’y inciter; et si, quoiqu’on s’en abstienne, il témoigne un penchant véritable à ce défaut, on ne pourra se dispenser de l’en détourner par des châtimcns légers et donnés avec prudence. Ces châtimens seront encore mis en usage pour s’opposer à
ce qu’il prenne d’autres vices, tels que celui de se bercer de cote et d’autre comme les ours; d’être toujours mal situé sur ses jambes ou sur ses pieds; d’appuyer ses dents sur le râtelier, sur la mangeoire ; de mettre ses pieds de devant dans 1 auge, etc.; quelques coups ou quelques menaces de la gaule, joints avec celles de la voix, pourront l’en corriger.
Les premières ferrures des poulains exigent la plus sérieuse attention. On ne voit une infinité de pieds difformes, de jambes de veau, de chevaux panards, cagneux, brassicourts , serrés du devant ou du derrière, qu’eu égard à la négligence et à l’incapacité des maréchaux , qui, plus instruits des principes qui devraient leur être présens, pourraient réformer souvent la nature par cette opération , bien loin de l’altérer et de lui porter atteinte (i). Nous ne nous sommes étendus si fort sur ce sujet dans la seconde partie, que pour mettre les inspecteurs des haras en état d’éclairer et de conduire des praticiens qui n’agissent que d’après la routine la plus grossière et la plus aveugle.
On peut commencer, dès que le poulain a acquis 1 âge de quatre ans, a le monter, pour l’acheminèr seulement et non pour le travailler; il sera facile et non rebelle au montoir, si on l’y a insensiblement habitué dans l’écurie, au moment de la distribution de l’avoine et du foin. Il faut bien, au
(i) Voyez Essai théorique et pratique sur la ferrure , déjà cité, art. XV, XVI et XVII.
surplus , se garder de suivre la coutume pernicieuse de le nietlre à toutes sortes d’usages, de l’excéder de fatigue et de travail, sans égard à sa faiblesse; de quelque côté et sous quelque face qu’on la considère, elle paraît également étrange, et l’on ne peut se déguiser qu’elle est l’effet d’un aveuglement incompréhensible. Dans tous les cas, elle blesse l’intérêt du propriétaire : s’il destine l’animal à son propre service, il s’ôte les moyens d’en jouir, puisqu’il le ruine avant qu’il soit formé ; s’il se propose de le mettre dans le commerce, en l’avilissant et en l’énervant de bonne heure, il en diminue considérablement la valeur, et s’expose à ne pas trouver, dans le prix de la vente qu’il en fera, de quoi se dédommager de ce que le soin qu’il a pris de l’élever lui coûte.
Dans les premiers jours où les poulains sont mis au sec et absolument retirés dans les écuries, leurs jambes enflent quelquefois, alors on doit faire sur ces parties des lotions spiritueuses, et même leur tirer une légère quantité de sang s’il en est besoin ; on les promènera encore plusieurs fois le jour en main , l’exercice étant très propre au rétablissement de leurs jambes.
Quant à la gourme, nous assignerons ici les moyens d’obvier à ses suites dans le poulain. Lorsque le flux a lieu par les naseaux, elle ne présente lien de dangereux ; on tiendra l’animal au son et à l’eau blanche légèrement tiède ; on oindra la ganache et la portion de l’encolure qui en avoisine les angles avec parties égales d’huile de laurier et
d’onguent d’althæa , on la revêtira d’une peau d’agneau dont la laine la touchera immédiatement (i); on jettera une suffisante quantité de miel dans sa boisson, et l’on en garnira des billots, qu’on lui mettra plusieurs fois le jour dans la bouche. On doit rejeter absolument la pratique des bâtons ou nerfs de boeufs , dont on se sert communément sous le nom d ’armands, pour porter à grands risques cette matière dans le fond de la gorge. Si la membrane pituitaire est fortement enflammée, on injectera dans les naseaux de la décoction d’orge miellée. Il arrive aussi quelquefois que l’humeur morbifique ne peut se faire jour par Jes voies ordinaires , ce qui précipite le poulain dans un danger, qui devient pressant, si l’on n’y remédie pas promptement. On se conduira selon l’énormité des symptômes, suivant l’ardeur de la fièvre et l’embarras des organes de la respiration ; on saignera l’animal , on lui donnera des lavemcns émolliens : insensiblement les accès diminueront, et l’humeur prendra le cours qu’elle doit suivre. Il faut, au surplus, ne pas imiter les maréchaux en donnant des cordiaux, qu’on doit nécessairement bannir, ainsi que tous remèdes capables
(i) Pour que l’emploi des moyens prescrits relativement k la ganache soit indiqué, il faut supposer, ce qui arrive asses fréquemment dans la gourme , que les glandes logées dans celte partie sont engorgées, tuméfiées et disposées à s’abcéder ; ce qui est une des terminaisons heureuses de cette maladie. Lorsqu’il n’y a rien sous la ganache, ces moyens sont inutiles; il faut se borner aux autres , et mettre surtout en usage les fumigations émollientes. (£.) . • i • ;
de donner encore plus d’action à uné matière déjà trop âcre, et qui produit dès lors les plus formidables ravages. - ,
Des Mulets.
Le mulet et la mule sont le produit d’un âne et d’une jument, ou d’un cheval et d’une ânesse ; on distingue le premier de ces produits en ce qu’il brait, tandis que le second hennit i voilà le caractère particulier qui, selon les anciens, én fait la différence. L’Espagne, l’île de Malte; eh France, le Poitou, le Mirebalais, l’Auvergne, etc., en fournissent de très beaux et de très bons. Ceux du Bugey et du Dauphiné ne sauraient leur être comparés; partout ailleurs, c’est à dire dans la plupart des autres départemens, on ne voit que de la i mulasse.
Dans la monte pour la production du mulet, on présente communément à l’âne une ânesse , on substitue à l’ânesse une jument bien en chaleur, et ainsi de même dans toutes les circonstances d’accouplement non naturel : on substitue toujours à la femelle de l’espèce une femelle d’une autre espèce de celle dont on veut tirer le fruit.
Quoique tous les principes que nous venons de développer comme autant de règles indispensables à suivre et à faire observer paraissent fondés sur la plus saine physique, et soient assez généralement avoués par les personnes les mieux instruites, nous sommes convaincus, néanmoins, qu’on est encore bien éloigné de la connaissance des procédés géné-
raux et particuliers de la nature dans la production et dans la conservation de l’espèce des chevaux, des ânes, des mulets, etc. Le champ qui serait le plus vaste et le plus fécond demeure inculte et stérile dans de certaines mains, et la nature constamment cachée a de certains yeux. Ce n’est qu’au moyen d un ensemble de faits acquis à force de recherches et d observations répétées et réfléchies qu’il est possible de déchirer le voile qui nous dérobe sa marche; mais ces observations et ces recherches demandent de la part de ceux qui doivent s’y consacrer non seulement un désir ardent de connaître, mais un commencement de lumières et le talent de voir.
On peut dire que jusqu’ici nous n’avons fait aucun pas qui puisse nous conduire à la révélation des points qu il serait indispensable de bien constater dans toute l’étendue du royaume, pour former ensuite un système raisonné sur la partie importante d administration qui nous occupe. On a généralisé des remarques isolées, que quelques personnes, curieuses en apparence, et qui se croyaient plus éclairées que si elles l’avaient été véritablement, ont faites à l’écart et dans l’obscurité , à peine ont-elles eu quelque cours, quelles ont peut-être été défigurées à peu près comme ces vains bruits qui passent de bouche en bouche, et dont le sens est tellement interverti dans la dernière , qu’on ne saurait y retrouver le moindre vestige de celui qu’ils avaient dans leur principe ; bientôt elles ont été adoptées et prises pour des vérités incontestables, tandis que, si on avait daigné les vérifier, souvent elles u’au-
raient pas mérité, à leur source même, la foi la plus légère, L’autorité de quelques particuliers dispersés çè et là , et qu’une étude sérieuse n’a point arrachés à Ja force des préjugés, ne saurait être pour nous de quelque poids. On ne peut attendre de découvertes et la confirmation de ce qu’on se flatte d’avoir aperçu , que des inspecteurs dont le devoir fixe perpétuellement les regards sur des départemens entiers, et qu’un zèle constant sollicitera à remplir par de vrais efforts les vues supérieures du Gouvernement. Notre but est de les leur faciliter dans la suite de cette instruction. Abstraction totale et absolue faite de ce qu'on se persuade de savoir et des idées que nous leur avons communiquées , nous leur proposerons de reprendre l’édifice dès le fondement, et nous les placerons, en quelque sorte, à la porte des connaissances, supposant, et avec raison , que nous n’en avons aucune de certaine. Tout ce qui, jusqu’à présent, eu cette partie , a été l’objet de notre croyance sera converti en doutes. Ces doutes seront la matière d’autant de questions , que nous accompagnerons de notes ou dp remarques , pour leur indiquer peut-être des erreurs sur lesquelles ils nous rectifieront en bien observant , et pour les mettre è portée de peser, de comparer, de mieux juger, et de nous instruire nousmêmes.