‹ Traité de la connaissance intellectuelle d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 2 sur 62 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

dans le Docteur aiigéliquc le prince de la pensée et les ennemis de l'Eglise eux-mêmes l'ont toujours eu en haute estime. Parmi les protestants les plus célèbres^ les uns rendent hommage à la solidité de sa science, les autres admirent l'éminence de son génie et la vaste étendue de son savoir (1). A supposer donc^ que je n'obtienne pour résultat de mes efforts que de faciliter aux hommes d'étude l'intelligence des écrits d'un si profond philosophe, mériterais-je à ce tilre d'être accusé du crime de lèse-progrès? Il serait étrange^ en vérité, qu'en un siècle où la tolérance philosophique traite avec taiit de faveur quiconque s'en va tirer de l'oubli du passé les systèmes les plus extravagants, on n'eût que dédain et répulsion pour ceux qui s'appliquent à faire revivre la pensée d'une des plus brillantes lumières de la science catholique. Pourrait-on se refuser à reconnaître que notre pauvre labeur peut avoir quelqu 'utilité, tout au moins à titre d'érudition historique ?

A vrai dire, ce n'est point l'intérêt de l'histoire qui me décide à prendre la plume : je n'ai ici en vue que le seul intérêt de la science ; car j'ai la ferme conviction que la doctrine de saint Thomas, loin d'être un obstacle au véritable progrès, est au contraire la seule qui le puisse mçneren bon chemin.

Quelque nombreuses et remarquables que soient les acquisitions nouvelles faites depuis deux siècles dans bon nombre de branches du savoir humain,

(1) « Thomas Aquinas ad soî'dum tendere solct. » Leibniz. Theod. §330. « ... Virum ma viun i,S.Thomam) et exe. Uentl in;,enio prœditum. hBuddée. Inslit. Theol. dogm. L. UI. c. :2.

« Fate.mur omnlno fuisse in Thoma judicandi aciem non mediocrem, inqenium exeellens, leclionis copiam et inexhauslam prorsus soLrtiam. » Brlcker. Hist. crit. phil. T. UI. paii. 2, peiiod. 2. libr. 2. c. 3, sect. 2.

PRÉFACE. m

on ne saurait nier que les arts et les sciences se trouvent encore aujourd'hui dans un état complet d'isolement, faute d'un principe commun qui les puisse réunir. Tout cela constitue une collection confuse, une sorte de masse inorganique à laquelle on n'est pas encore parvenu à donner l'unité synthétique qui devrait en faire un seul et harmonieux système. Ce principe d'ordre et d'union ne peut se trouver dans les sciences qui sont appelées à en recevoir leur dernier perfectionnement, pas plus que le principe de la vie n'a sa source dans la multitude des atomes qui constituent le corps d'un être vivant. Il faut nécessairement que ce principe de vie et d'organisation scientifiques, procède d'une science d'ordre supérieur qui, par son influence pour ainsi dire substantielle, sur les sciences particulières, les embrasse et les comprenne toutes dans la vaste étendue de son domaine. Il suffit de la plus légère réflexion sur la condition essentielle des sciences, pour se convaincre qu'il doit en être ainsi.

Outre les sciences particulières qui ont pour termes de leur étude des objets déterminés et d'ordre secondaire, comme sont, par exemple, la physique, les mathématiques, la physiologie, etc., il existe une science première et universelle qui a pour but de rechercher les principes suprêmes et les causes les plus profondes des phénomènes que nous observons dans l'univers. Cette science, c'est la philosophie. Comme science spéciale, elle a son objet propre qui ne se confond avec aucun autre, puisqu'elle considère ces principes et ces raisons dernières en eux-mêmes et d'après leurs propriétés générales et abstraites. Si l'on vient à considérer ces principes et ces raisons

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