IV PRÉFACE
non plus en eux-mêmes et sous un point de vue absolu, mais dans leur application à quelque sujet déterminé;, par exemple, à l'histoire, au droit, aux beaux-arts, on n'a plus alors la philosophie proprement dite, mais bien la philosophie de l'histoire, du droit, des beaux-arts; en un mot, la philosophie sous un rapport donné, sous une considération spéciale. Mais en dehors de ces applications particulières, l'objet de la philosophie est susceptible d'une application générale à toutes les branches différentes de la science humaine quand il réunit entre elles leurs lois et leurs raisons dernières pour les considérer non plus séparément et en elles-mêmes, mais dans leur mutuel entrelacement, dans leur vie commune. Alors apparaît une science matériellement et formellement universelle, une philosophie vraiment encyclopédique qui sert à donner unité et mouvement à toutes les autres sciences particuHères. Son caractère d'universalité et de supériorité hii fait, à juste titre, donner le nom de Sagesse, c'est-à-dire de science souveraine et régulatrice de toutes les autres dans l'ordre naturel. On l'appelle encore Science première, parce que la connaissance de ses conclusions est indispensable pour la pleine et complète intelligence de toute science d'ordre inférieur.
Or, voici la grande œuvre vers laquelle semblent converger toutes les aspirations de l'époque présente, comme le prouvent de nombreuses tentatives, maintes fois répétées, souvent avec les plus funestes résultats, en Allemagne, en France et en Italie. L'esprit humain, rassasié déjà des progrès obtenus dans les sciences particulières, cherche maintenant l'élément philosophique qui devra réunir ensemble
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tous ces membres épars ; et comme il n'y a pas de meilleure manière d'atteindre ce but qu'en étudiant tout d'abord cet élément en lui-même, de là vient qu'un mouvement insolite s'est manifesté universellement dans les esprits et que tous désirent avec ardeur le perfectionnement de cette science, la première de toutes dans l'ordre naturel. De plus, tous, même les plus obstinés, se laissent persuader de la grande influence des idées sur les actions ; car il devient trop évident que c'est dans la pernicieuse influence de fausses doctrines spéculatives, impunément divulguées par les discours et par la presse, qu'il faut aller chercher la source de cette corruption morale qui a détruit tant de choses en ces derniers temps, au point d'ébranler les fondements eux-mêmes de l'ordre politique et religieux. Aussi les spéculations abstraites, jadis si négligées et si souvent tournées en ridicules, sont aujourd'hui remises en honneur. On s'accoutume à regarder comme une occupation fructueuse et digne de bons esprits, de laisser pénétrer sa pensée dans les régions sublimes de la métaphysique.
Les choses en étant là, se peut-il rien de plus conforme au progrès que de coopérer à cette tendance universelle pour essayer de la redresser en purifiant et éclaircissant cet élément philosophique, d'où dépend actuellement le sort, non seulement de la science, mais encore de la morale privée et publique de l'avenir.
Toutefois, ce serait grande illusion que de se flatter d'arriver à un si heureux résultat si l'on prétendait s'en tenir aux systèmes scientifiques modernes. De nombreux et remarquables génies se sont, peu-
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dant deux siècles, livrés à l'étude et au perfectionnement des principes nouveaux qu'avait substitués aux anciens la prétendue réforme philosophique; et pourtant, leurs efforts n'ont abouti qu'à des conséquences d'autant plus désastreuses que la recherche avait été plus approfondie. Aussi, ces principes sontils regardés par beaucoup comme de mauvaises plantes dont il serait bien étonnant qu'on pût recueillir quelque bon fruit. Un cri presque universel les accuse d'avoir engendré l'incrédulité dont tant d'esprits souffrent si cruellement à l'heure présente. Loin de contester ce fait, les plus francs parmi leurs admirateurs le constatent volontiers et s'en font gloire. Par contre, les gens honnêtes s'accordent tous à reconnaître l'urgente nécessité d'une restauration radicale dans cette partie la plus élevée de la science et la nécessité de revenir à la source des Pères et des Docteurs catholiques, pour y puiser à nouveau des eaux pures et fécondantes. Je laisse ici la parole au docteur Clemens, écrivain fort célèbre dans cette Allemagne où le renouvellement de la science paraît avoir reçu son plus complet développement. Voici ses propres paroles : « La condition des temps présents n'est point de trop mauvaise augure; car, s'il est vrai qu'on a fait toutes sortes de tentatives pour la restauration philosophique, si l'on est remonté jusqu'à Descartes pour chercher en vain dans sa doctrine, corrigée et mieux expliquée, un remède à nos maux, il semble désormais conforme à la nature et à la raison, qu'on remonte encore plus haut et qu'on s'applique à faire en sorte que cette pierre, si malheureusement rebutée jusqu'ici par les constructeurs, redevienne la pierre