‹ Traité de la constanceChapitre 20 sur 118 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De V origine de la Raison et de l'Opinion; de la force et des effets de chacune d'elles; que l'une conduit à l-a Constance et l'autre à la légèreté.

Comme de cette double source, la Raison et l'Opinion, découlent non seulement la force ou la faiblesse

animi oritiir, sed omnes in bac vita laudes aut culpœ : pro bono utilique facturas mibi videor, si de utriusque origine et natura uberius paullo dicam. Ut enim lana priusquam ultimum illum et optimum colorem combibat, succis quibusdam aliis praeparanda et imbuenda est : sic prsedictionibus istis tuus Lipsi animus, priusquam eum hac Constantise purpura serio tingam.

Quod igitur te non fugit, anse in homine partes ; Anima et Corpus : illa nobilior, quœ spiritum ignemque refert : haec vilior, qu?e terram. luncta ista inter se, sed concordia quadam discordi : nec facile inter eas convenit, utique cum de imperio agitur aut servitute. Regere enim utraque vult, et magis illa quae non débet. Terra attoUere se supra ignem suum conatur, et cœnum hoc supra cœlum. Hinc in homine dissidia, turbae, et veluti adsidua quaedam velitantium inter se partium pugna. Cui duces et tanquam imperatores, Ratio et Opinio.

Illa pro anima, et in anima : hœc pro corpore et in eo pugnat. Rationi origo à cœlo, imo à deo est : et magnifiée eam Seneca celebravit^ Partem in homine divini spiritus 77iersam. Est enim haec eximia illa intelligendi judicandique vis : quse , ut anima perfectio

de l'esprit, mais aussi tout ce qu'il y a clans cette vie de louable ou de répréheilsible dans nos actes, je crois faire chose bonne et utile de te parler plus longuement sur l'origine et la nature de l'une et de l'autre. De même que la laine , avant de recevoir sa dernière et plus belle couleur, doit d'abord être apprêtée et trempée dans de certains sucs; ainsi, par ces avant-propos, je disposerai et je préparerai ton esprit, ô mon cher Lipse, avant de le teindre sérieusement de la pourpre de la Constance.

Et d'abord, tu sais qu'il y a dans l'homme deux parties, l'âme et le corps : l'une plus noble, représentant l'esprit et le feu ; l'autre plus vile et représentant la terre. Ces deux parties sont jointes, mais leur harmonie est souvent troublée : et il ne leur est pas facile de se mettre d'accord , car elles luttent entre elles pour l'empire ou pour la servitude. L'une et l'autre veulent commander, et principalement celle qui ne le doit pas. La terre s'efforce à s'élever au dessus de son feu, de placer cette boue au dessus du ciel. De là, dans l'homme, des discordes, des troubles, et, comme entre deux partis qui tiraillent l'un contre l'autre, il y a bataille incessante : les chefs, les commandants sont ici la Raison et l'Opinion.

La première combat pour l'âme et dans l'âme; la seconde pour le corps et dans le corps. La Raison vient du ciel et même de Dieu : et Sénèque la caractérise magnifiquement une part de t esprit divin immergée dansVhomme . Elle est, en effet, cette faculté supérieure de comprendre et de juger, qui est la perfection de

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hominis, sic ipsa anima est. Grseci eam No-jv clixere, Latini Mentem, aut etiam junctim Animi mentem. Non enim tota anima, ne aberres, recta ratio est : sed quod in ea uniforme, simplex, immixtum, secretum ab omni fcsce et lentore : quodque, ut verbo dicam, sidereum in ea et cœleste. Nam ipsa anima, quamquam labe corporis et contage sensuum graviter corrupta et infecta sit : tamen vestigia qusedam ortus sui alte retinet, et clare in ea scintillantes reliquise primi illius purique ignis. Hinc isti etiam in malis projectisque hominibus conscientise stimuli : hinc flagella interna et morsus : hinc approbatio melioris vitse extorta invitis. Premi scilicet sanior illa sanctiorque pars potest, non potest opprimi, et tegi urens illa flamma, non extingui. Emicant enim semper subsiliuntque illi igniculi, qui in his tenebris illustrant, in his sordibus depurgant, in his ambagibus dirigunt, et ad Constantiam ducunt et Virtutem. Atque ut heliotropium, et flores quidam, ingenio suo semper ad solem : sic Ratio ad deum obversaest, et originem sui. Firma in bono et immota : iinum idemque sentiens : unum idemque appetens aut fngiens : recti consilii, recti judicii fons et scaturigo. Cui parère, imperare est : et subjici, praeesse rébus omnibus humanis. Domuit enim cupidines et exubérantes animi motus, quisquis hanc audiit : et in omnibus vitae labyriuthis tutus ab errore, qui hanc sequitur ut Theseium filum. Deus ipse per hanc sui imaginera ad nos venit, imo

l'âme, comme l'âme elle-même est la perfection de l'homme. Les Grecs l'appellent nous, les Latins mens, intelligence, et même, en réunissant les deux mots, mens animi, intelligence de l'âme. Car la droite Raison, ne t'y trompe pas, n'est pas l'âme tout entière, mais ce qui en elle est uniforme, simple, sans mélange, dépouillé de toute lie et de tout sédiment, et, pour tout dire d'un mot , ce qu'il y a en elle de sidéré et de céleste. Quoique gravement altérée et corrompue par la souillure du corps et par la contagion des sens, l'âme retient profondément quelques vestiges de son origine, et l'on voit clairement scintiller en elle les restes du pur feu dont elle est formée. De là, même dans les hommes les plus méchants et les plus débordés, cet aiguillon de la conscience, ces tourments, ces morsures intérieures, et cette approbation d'une vie meilleure, qui leur échappe malgé eux. Cette partie plus saine et plus sainte peut être comprimée, mais non opprimée : on peut en couvrir la flamme, mais non l'éteindre. Toujours jaillissent de son sein et brillent des étincelles qui éclairent dans les ténèbres, qui purifient dans ces souillures, qui dirigent dans ces détours et qui indiquent le chemin vers la Constance et la Vertu. De même que l'héliotrope et certaines fleurs se tournent toujours naturellement vers le soleil, ainsi la Raison se tourne vers Dieu qui est son origine : ferme et inébranlable dans le bien, ayant toujours un seul et même sentiment, désirant ou fuyant une seule et même chose, source intarissable de toute détermination saine, de tout jugement droit. Lui obéir, c'est commander;

quod propius est, in nos : et recte ille quicumque dixit, Bona mens sine deo nulla est.

At sequens illa et non sana pars (Opinionem dico) originem suam Corpori, id est terrœ débet : eoque nil nisi eam sapit. Corpus enim etsi per se immobile et exsensum, tamen vitam motumque ab anima sumit : et vicissim animœ imagines rerum subjicit, per sensuum fenestras. Ita velut communio qufedam et societas coïta inter animam et corpus : sed communio, si exitum attendis, animœ non bona. Abducitur enim pauUatim per eam è suo fastigio : addiciturmisceturque sensibus : et ex impuro hoc cœtu Opinio in nobis nascitur, qu89 non aliud quam Rationis vana imago et umbra. Cujus vera sedes Sensus : origo. Terra, id eoque abjecta et vilis, non erigitur, non attoUitur, nec altum aliquid aut œthereum spectat. Vana eadem, incerta, fallax, maie consulens, maie judicans, Constant ia imprimis animum spoliât et Veritate. Hoc cupit hodie, cras spernit : hoc probat, hoc damnât : nihil judicio, sed corpori sensibusque gratifîcans omnia et indulgens. Atque ut oculus, qui per nebulam aut aquam inspicit, res

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lui être soumis , c'est présider à toutes les choses humaines. Car quiconque l'a entendue, a dompté les passions et les mouvements exubérants de l'âme ; quiconque la suit, comme le fil d'Ariane, se dirige sûrement, et sans s'égarer, à travers les labyrinthes de la vie. Dieului-même, par cette image de lui, vient ànous, bien plus, vient en nous ; et il a bien dit celui, quel qu'il soit, qui a dit : Il tiest aucune intelligence bonne satis Dieu.

Mais la contre-partie de la Raison, celle qui n'est pas saine, je veux dire l'Opinion, doit son origine au corps, c'est à dire à la terre, et, par cela même, elle n'a de goût que pour la terre. Le corps, par lui-même immobile et insensible, reçoit de l'âme la vie et le mouvement; et, à son tour, il transmet à l'âme les images des choses, par le moyen des sens. Il y a donc une communion, une association intime entre l'âme et le corps ; mais une communion qui n'est pas salutaire pour l'âme, si tu en considères le résultat. En effet, cette communion la fait descendre insensiblement de son faîte, l'attache et la mêle aux sens ; et de cette alliance impure naît en nous l'Opinion, laquelle n'est rien qu'une image vaine, une ombre de la Raison. L'Opinion a dans les sens son siège véritable, dans la terre son origine. Conséquemment elle est basse et vile, ne se redresse pas, ne s'élève pas, ne se porte sur rien de haut ni d'éthéré. Elle est vaine, incertaine, trompeuse, conseillant mal, jugeant faux ; et son premier effet est de dépouiller l'âme de la Constance et de la Vérité. Ce qu'elle désire aujourd'hui , demain elle le méprise ; elle approuve et con-

metitur falso modo : si aiiimus, qui peropinionisnubem. Haechomini, si considéras, malorum mater : hsec auctor in nobis confusae et perturbatae vitae. Quod curae nos exerceant, ab bac est : quod adfectus distrahant, ab bac : quod vitia nobis imperent, ab ista. Itaque ut ii qui Tyrannidem sublatam è eivitate volunt, tollunt ante omnia evertuntque arcem : sic nobis, si serio ad Bonam mentem pergimus, dejiciendum castellum hoc opinionum. Fluctuabimur enim cum iis semper suspensi, queruli, turbidi, non Deo, non hominibus satis œqui. Ut navis vacua et inanis circumagitur in mari omni vento : sic in nobis vaga illa mens, quam pondus et tamquam saburra Rationis non stabilivit.

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