‹ Traité de la constanceChapitre 34 sur 118 · HH · texte numérisé non relu

HH

prsecipuum vinclum, cœrimoiiias, jura, leges. Quas tameii ipsas res ita amare et curare avaritia iiostra occœpit (iiec erravit prorsus) ut suas. Vere enim singulis civibus in eajus : nec differunt àprivatis possessionibus, nisi quod non unius. At consortio ista valut forraam, et faciem quamdam expressitnovi status, quam Rempublicam et eamdem proprie Patriam appellamus. In qua cum intellegerent homines quantum momenti esset ad salutem singulorum : latte etiam leges de ea juvaudaetpropugnanda : aut carte traditus à majoribus mos, qui instar legum. Hincfactum, ut commodis ejus gaudeamus, doleamus incommodis : quia reipsa privatâe nostrse opes salvse, illa salva; et mortuœ, moriente. Hinc caritas in eam sive amor. quem boni publiai caussa (illuc autem occulta qusedam dei Providentia nos trahit) auxêre majores, factis dictisque omnibus majestatem patriœ adstruentes.

ser la violence ou la porter au dehors, la nécessité fit naître parmi eux une certaine communauté, une association de diverses choses. Ils possédèrent conjointement un territoire et des limites déterminées; ils eurent en commun des temples, des places publiques, des trésors, des tribunaux, et, ce qui est le lien principal, des cérémonies religieuses, des droits et des lois. C'est alors que l'avarice qui nous est naturelle les porta, et ce fut un bien, à aimer et à soigner tout cet ensemble comme leur appartenant. Il est certain que chacun des membres de la communauté a un droit véritable sur ces sortes de choses, lesquelles ne dilïérent des possessions privées qu'en ce qu'elles ne sont pas la propriété d'un seul. Cette communauté prit la forme et comme la figure d'un Etat nouveau que nous appelons la République, la chose publique, et qui est proprement la Patrie. Les citoyens comprirent combien la conservation de cette patrie importait au salut de chacun d'eux; des lois furent édictées pour ordonner de la défendre et de combattre pour elle, et cette obligation fut imposée par la coutume qui a force de loi. De là vient que nous nous réjouissons des avantages de la patrie et que nous déplorons ses maux, parce qu'en résultat, quand elle est sauve, nos richesses privées sont conservées avec elle, tandis qu'elles sont anéanties par sa ruine. De là, pour elle, cette charité ou cet amour que, pour le bien public, et conduits par une Providence occulte de Dieu, nos ancêtres ont surexcité, autant qu'ils ont pu, en consacrant la majesté de la patrie par tous leurs actes et toutes leurs paroles.

Ab instituto hic adfectus igitur, me quidem judice, quod si à natura, ut tupertendebas ; quiditanon pariter in omnes, et eadem mensura, diiïusus? cur nobiles divitesque patriam magis amant, curant? minus plebeii aut inopes, quos plerumque curarum suarum videas, publica omissa. Quod tamen aliter evenire certum est, in omni adfectu, qui à violento jussu naturse promanat.

Denique quid caussse adferes, quod tam le vis caussa ssepe eura minuit aut tollit? Ecce alium ira, alium amer, quosdam ambitio patria elicuit : et hodie quam multos Lucrius ille deus? Quot Itali, relicta regina regionum Italia, in Galliam, Germaniam, imo Sarmatiam sedes transtulerunt et fixerunt, quffistus tantum caussa ? Hispanorum quot millia quotannis in sepositas, et sub alio sole terras, avaritia aut ambitio trahit? Magno hercules et valido argumento, externum et opinabile totum hoc vinclum esse, quod una aliqua cupiditas tam temere solvit aut rumpit.

At erras etiam largiter, Lipsi, in circumscribenda patria ipsa. Adstringes enim eam ad natale illud solum.

Je crois pouvoir conclure de tout cela que cette affection ressort des institutions. Si elle venait de la nature, comme tu le voulais, pourquoi n'est-elle pas répandue en nous tous pareillement et dans la même mesure ? Pourquoi les N'obleset les Riches ont-ils pour la patrie plus d'amour et de sollicitude que les plébéiens et les pauvres, lesquels tu vois, pour la plupart, absorbés dans le soin de leurs intérêts privés, sans souci de ceux du public? Et cependant, il est bien certain qu'il en est autrement dans toute affection qui découle d'une injonction impérieuse de la nature.

Enfin, comment pourrais-tu expliquer qu'il suffise quelquefois du motif le plus léger pour diminuer et même pour détruire cet amour de la patrie? L'un a été attiré hors de sa patrie par la colère, l'autre par l'amour, quelques-uns par l'ambition : et, de nos jours, combien n'en voyons-nous pas qui la fuient conduits seulement par le dieu du Lucre ? Combien d'Italiens abandonnent l'Italie, cette Reine des contrées, pour transporter leur établissement et leur demeure en France, en Allemagne, même jusque dans la Russie, et cela uniquement pour faire fortune? Combien de milliers d'Espagnols sont chaque année entraînés par l'avarice ou par l'ambition dans des terres lointaines et situées sous un autre soleil? Par Hercule! c'est là un grand et irréfutable argument que ce prétendu lien est tout extérieur et d'opinion, puisqu'il sufBt de la moindre passion pour le dénouer et pour le rompre.

Tu te trompes encore beaucoup, Lipse, dans la manière dont tu circonscris la patrie elle-même. Tu la

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quod institiraiis, quod pressimus : et quœ alia mihi tiiinis inanisonitu verborum. Petere enim illinc frustra vis insitas amorishujus caussas. Nam si genitalis solius soli id nomen : patria mihi quidem Bruxellatantum erit, tibi Isscanum, alteri cuipiam tugurium aut magar. imo multis nec tugurium quidem, sed silva et nudus ager. Amor ergo meus et cura intra istos angustos limites conclusa ? villam illam tantum aut domum, ut patriam, amplectar et defeiidam ? Vides iiieptias, et quam beati, te definiente, silvani illi aut agrestes, quorum natalis terra tlorens sernper, et pœne extra omne cladis aut interitus discrimen. Sed non illud profecto Patria est, non : sed unus aliquis status, ut dixi, et communis

VELUT NAVIS, SUB UNO ReGE AUT SUB UNA LeGE. Quam

si jure amari à civibus vis, fatebor; defendi, agnoscam; morbem pro ea suscipi, permittam. non illud, ut etiani doleat quis, jaceat, lamentetur :

Didce et décorum est pro patria mori,

magno adsensu caveee dixit poëta Venusinus : sed mori dixit, non flere. Ita enim esse boni cives debemus, ut etiam boni viri simus. quos exuiraus, cum in luctiim et lamenta transimus puerorum aut mulierum.

restreins à ce sol natal sur lequel nous nous tenons, que nous pressons de nos pieds : futiles arguments, comme bien d'autres encore que tu fais tinter à mes oreilles dans un vain cliquetis de paroles, car c'est bien inutilement que tu y cherches les causes de cet amour. Si le lieu de la naissance constitue à lui seul la patrie, alors je n'ai moi pour patrie que Bruxelles, toi Isque, tel autre une cabane ou une hutte : bien plus, beaucoup n'auront même pas cette hutte, mais la forêt ou les champs. Mon amour et ma sollicitude se renfermeront-ils dans ces étroites limites? N'aurai-je à embrasser et à défendre comme patrie que cette ville ou cette maison? Tu vois l'ineptie, et combien seraient heureux, suivant ta définition, ces enfants de la forêt et des champs dont la terre natale toujours florissante ne court presque aucun risque de catastrophe ou de ruine. Mais ce n'est pas là bien certainement la patrie; Non : La patrie, comme un navire isolé sur les mers

sous LA direction DU PILOTE, EST UN CERTAIN ÉTAT COMMUN SOUS UN ROI OU SOUS UNE LOI. Si tU VCUX quO IcS

citoyens aient le droit de l'aimer, j'en conviendrai ; de la défendre, je le reconnaîtrai; de mourir pour elle, je l'accorderai : mais je n'accorderai jamais que personne puisse pour elle se désoler, se laisser abattre, ni se lamenter. // est doux et honorable de ynomHr pour la patrie, 2Là\i, aux grands applaudiss&ments delà galerie, le poète de Venusium; mais il a dit mourir et non pleurer. Car nous devons nous montrer bons citoyens, tout en demeurant en même temps bons comme hommes, ce que nous cessons d'être quand nous nous laissons aller

Postremo, Lipsi, altum illud et arcaiium tibi instillo : si hominem totiim aspicis, vanas falsasque esse has omnes patrias, et corpori quidem fortasse aliquam hic posse tribui, nullam animo, qui e siipero illo domicilio delapsus, velut carcerem et custodiam habet omnem hanc terram. At cœlum vera illi germanaque patria est. ad quam adspiremiis, ut cum Anaxagora ex animo possimus dicere fatuo huic vulgo quserenti, nihil tibi curœ patria est? Mihi vero illa patria, etdigitum mentemque in aethera intendamus.

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