‹ Traité de la constanceChapitre 73 sur 118 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Plus distinclement des fins elles mêmes. Qu'il y en a trois. L'I ces trois, à qui elles s'adressent. Que l exercice sert aux gens de lieji en les fortifiant, en les éprouvant, en les jtortant eu axant.

Que s'il m'est permis de déployer les voiles et de lancer mon navire plus au large sur cet Océan des choses divines, je pourrai peut-être, de ces fins ellesmêmes, tirer quelque chose de plus complet et de plus précis. Cependant je citerai d'abord, et avec raison, ce vers d'Homère : si je puis le faire ou si la chose elle-même est susceptible cVêtre faite; car, parmi ces fins, il en est quelques-unes que je puis saisir et signaler avec assez de certitude ; mais il en est d'autres qui ne m'apparaissent que d'une manière vague et confuse.

Parmi celles qui sont certaines, j'en note trois : l'exercice, la correction, la punition. Si tu y fais attention, tu trouveras que la plupart de ces calamités, qui nous sont envoyées, exercent les bons, ou corrigent ceux qui tombent, ou punissent les méchants : toutes choses qui sont pour notre bien. Il faut porter quelque lumière et insister un peu sur cette première fin. Ne voyons-nous pas tous les jours les plus gens de bien être particulièrement frappés par des catastrophes ou enveloppés par elles avec les méchants ? Nous le voyons, et nous nous en étonnons parce que nous n'en comprenons pas suffisamment la cause, et que nous ne faisons pas assez attention à la .fin. La cause, c'est

robur instituit et virtutem. Athletas per multa aspera exercer! videmus, ut vincant. idem de nobis censé in bac cladium palsestra. Acer enim ille noster gj'^mnastes et exercitor est : laboris patientiseque exactor, non ad sudorem tantum, sed ad cruorem. Molliter eum habere suos censés? deliciis fovere autluxu? non facit. Matres sunt, quse pleramque specie dulcium corrumpunt et énervant liberos : patres, qui tristium specie servant. Pater autem ille nobis est : ideoque vere nos diligit et severe. Si nautam te esse velis; per tempestates doceare. si militem; per pericula. si vere virum ; cur récusas adflictiones ? non enim alia ad robur via. Videsne languida illa et umbratica corpora, quse rarus sol vidit, ventus non strinxit, aura tristior non libavit? taies mollium istorum et perpetim felicium animi sunt, quos dejiciet et resolvet minima adversantis Fortunœ aura.

Firmant clades igitur, et ut arbores ventis agitatee, altius radices agunt : sic boni in virtute magis comprehendunt, impulsi aliquotius adversitatum flabris.

l'amour de Dieu pour nous, non sa haine. La fin, c'est notre profit, non notre préjudice. Cet exercice aide en plus d'une manière : il fortifie, il éprouve, il porte en avant. Il fortifie, car c'est coQime un gymnase dans lequel I)ieu forme et dresse les siens à la force d'âme et à la vertu. Nous voyons les Athlètes s'exercer par des pratiques multipliées et laborieuses pour se rendre capables de vaincre : pense qu'il en est ainsi de nous dans cette palestre des malheurs publics . Notre gymnaste et maître d'exercices est sévère; il exige travail et patience jusqu'à la sueur, jusqu'au sang. Supposestu qu'il traite les siens avec mollesse ? qu'il les berce dans les délices et dans le luxe? Il ne le fait pas. Ce sont les mères qui, pour la plupart, gâtent et énervent leurs enfants en leur présentant des douceurs , tandis que les pères les préservent par la sévérité. Dieu est un père .pour nous; par conséquent, il nous aime véritablement et sévèrement. Si tu veux être marin, tu te formeras dans les tempêtes; soldat, dans les dangers. Si tu veux devenir véritablement un homme, pourquoi refuserais-tu les afflictions? c'est la seule voie pour arriver à la force d'âme. Vois-tu ces corps languissants venus à l'ombre, que le soleil a rarement, vus, que le vent n'a pas secoués, que l'orage n'a jamais effleurés? Telles sont les âmes de ces efféminés qui ont toujours été heureux : le moindre souffle de la fortune contraire suffît à les abattre et à les briser.

Donc les calamités fortifient : Comme les arbres que le vent agite poussent plus profondément leurs racines, ainsi les gens de bien avancent davantage dans la vertu,

Sed probant etiam. quia aliter, quomodo constare cuiquam potest de firmitudine sua, aut progressa? Vêla gubernatori ventus semper à puppi impleat : artem nusquam explicabit. felicia omnia homini et obsequentia : nusquam virtutem. Obrussa enim ejus unica et non fallax, adflictio est. Magnifiée Demetrius : Nihil mihi videtiir infelicius eo, eut nihil evenit adversi. et vere. Non enim parcit Imperator noster talibus, sed diflSdit; nec indulget, sedabjicit et contemnit. expungit inquara eos è legionum suarum numeris, ut ignavos quosdam et imbelles.

Postremo prœeunt. quia bonoram in cladibus robur et patientia, velut lumen quoddam est tenebrosa huic mundo. Vocant exemplo suo ad eadem alios, et velut limitem signât per quem eant. Bias bona et patriam amisit : sed inclamat etiam hodiemortalibus, ut omnia sua secum portent . Regulus inter tormenta fœde periit, sed vivit prœclarum illud fidei exemplum. Papinianus à Tyranno cœditur : sed securis illa securitatem nobis imprimit pro Justitia moriendi. Denique tôt selecti viri per vim et injuriam pulsi aut interfecti : sed è rivis illis sanguinis Constantiam cottidie bibiraus et virtutem.

quand ils reçoivent quelquefois l'impulsion du vent des adversités.

De plus, ces mêmes adversités éprouvent : car, sans elles, comment chacun pourrait-il constater sa fermeté ■ ou ses pxogrès? Que le vent souffle toujours en poupe dans les voiles d'un navire , le capitaine n'aura pas occasion de montrer son habileté. Que tout réussisse à un homme, qu'il soit heureux en tout, jamais il ne fera preuve de vertu. L'affliction est la pierre de touche de l'homme, la seule qui ne trompe jamais. Démétrius a dit avec autant de grandeur que de vérité : je trouve qiiil nest rien de plus malheureux pour un homme que de n'éprouver rien de c07îlraire. Notre maître ne ménage pas les gens de cette sorte, il s'en défie; il n'a pas pour eux de l'indulgence, il les rejette et les méprise; il les chasse des rangs de ses légions, comme lâches et incapables de combattre.

Je dis enfin que les malheurs publics poussent en avant, parce que dans ces calamités, la force et la patience des gens de bien sont comme une lumière pour ce monde ténébreux. Par leur exemple ils appellent les autres à les imiter, ils marquent la route dans laquelle il faut les suivre. Bias a perdu ses biens et sa patrie: mais encore aujourd'hui il crie aux mortels de porter tout avec eux. Régulus, pour garder sa foi, est mort dans les tourments : mais cet éclatant exemple de fidélité à sa parole vit toujours. Papinien est massacré par le tyran : mais la hache qui le frappe nous apprend à tous et nous encourage à mourir pour la justice avec tranquillité d'âme. Enfin, tant de personnages d'élite ont été

quse tamen omuia laterent in tenebris, sine cladium ista face. Ut enim aromata longe lateque odorem emittunt, si tera : sic virtutis fama diffanditur, si premas.

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