‹ Traité de la culture du mûrierChapitre 19 sur 21 · SU · texte numérisé non relu

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Précautions et remèdes.

La description qui précède des maladies des mûriers est , je crois, assez détaillée et assez explicative pour que les planteurs, tant soit peu intelligents , devinent la majeure partie des remèdes qu'il convient de leur appliquer. Comme bon nombre de ces maladies sont plus faciles k prévenir qu'à guérir, le détail des remèdes et des opérations sera court et indiqué sommairement.

Contre le ràbougrissemerit.

Lorsque le rabougrissement provient de l'exiguïté du trou dans lequel on a planté le mûrier, le remède se devine facilement. La première opération consiste k découvrir les racines, k supprimer les chevelus près du collet, épointer les racines principales , défoncer une aire vaste tout autour du trou primitif, donner de l'engrais k cette aire nouvelle. Cette opération peut se faire en automne ou au printemps ; au printemps , la taille des branches et rébourgeonnement qui doit la suivre sont indispensables dans les deux cas.

Si le rabougrissement provient d'une plantation trop profonde , il faut déchausser l'aire du mûrier et réduire le niveau de cette aire à celui du collet des racines ; vérifier leur état afin de savoir si la profondeur k laquelle elles ont été enfouies n'a pas développé quelques maladies dans cette

partie ; si elles sont saines , il convient de les élaguer , en supprimant leurs chevelus près du collet et de les épointer , défoncer et fumer Taire nouvelle et tailler et ébourgeonner au printemps.

Dans le cas où par suite dé l'exiguïté du trou les racines n'ayant pas pu percer les parois de ce trou ( cela arrive souvent dans les sols compactes) et auraient tournoyé dans ce trou et se seraient repliées sur elles— mêmes , il faut découvrir complètement les racines, nettoyer le chevelu qui, dans ce cas , ressemble à une perruque , couper les racines principales à la coudure , faire aux branches une taille rase et ébourgeonner en mai , aggrandir Taire et fumer. L'opération inférieure se fait indifféremment en automne ou au printemps; mais la taille des branches toujours au printemps.

La cueillette des feuilles trop répétée, celle faite en temps inopportun ainsi qu'une taille intempestive, peuvent donner lieu au rabougrisse ment ; dans ces trois hypothèses, la taille au printemps, T engrais et le repos de deux ans, la suppression après la taille des nouvelles branches superflues, sont les seuls remèdes applicables.

Contre la pourriture des racines.

Cette maladie , Tune des plus graves auxquelles les mûriers soient sujets, étant plus facile a prévenir qu'à guérir, offre peu de chances de guérison. Néanmoins, lorsqu'on s'y prend à temps et qu'elle est elle-même le principe du mal au lieu d'être la conséquence d'une autre maladie, il y a des moyens qui m'ont réussi quelquefois.

Lorsque là pourriture des racines provient du manque d'air produit par le tassement du sol , il faut remuer jusques a elles toute l'aire présumée des racines , découvrir le collet et le laisser pendant au moins un mois exposé aux influences atmosphériques ; pratiquer sur chacune des racines principales , à dix centimètres environ du collet , une incision en forme d'amende et d'une dimension proportionnée à la grosseur de chacune d'elles (de 4 k 8 centimètres de longueur et de 2 à 4 centimètres de largeur) , afin d'amener dans cette partie une suppuration qui débarrasse la tige et les racines du superflu de sève qui cause le mal. Ces incisions ou cautères ne doivent pas dépasser l'épaisseur de l'écorce. Il faut également saupoudrer le collet et les racines , au lieu où elles sont découvertes, de poussière de chaux vive; s'il y a quelques racines complètement pourries , il convient de les supprimer ras le collet ; si la pourriture a commencé par les extrémités , il convient d'uovrir une tranchée circulaire autour de l'arbre , à une distance qui varie selon la grosseur , opérer la taille aux racines en deçà de la partie attaquée par le mal , laisser les sections de racines exposées à l'air pendant quelques jours, mettre de la chaux vive en poussière dans la tranchée avant de la combler , raffraîchir la section de6 racines au moment où on les recouvre ; après cette opération , la taille complète de la partie supérieure est indispensable , elle doit être proportionnée à la taille des racines. L'enlèvement complet des bouts de racines supprimés est nécessaire, et l'aire qu'ils ont occupée doit être bouleversée de fond en comble et fumée et désinfectée k l'aide de la poussière de chaux.

Lorsque la pourriture des racines pivotantes arrive au

collet (les symptômes dont j'ai parlé au § précédent en avertissent ) , il faut opérer comme il est dit ci-dessus pour les racines horisontales ; seulement , la taille de ces racines doit être légère, c'est-k-dire la tranchée circulaire plus éloignée de la tige ; mais la suppression complète du pivot radical doit être immédiate. Pour opérer cette suppression, il faut découvrir le collet, chercher entre les racines horisontales un intervalle où Ton puisse creuser un trou ; avec un ciseau ou un maillet on coupe facilement le pivot sans endommager les autres racines. Il est quelquefois impossible d'aller assez bas pour supprimer le pivot en entier ; on se contente alors d'en supprimer le plus qu'on peut, de manière à mettre entre la section supérieure et l'inférieure au moins 50 centimètres de distance. La suppression du pivot radical une fois faite, il faut répandre de la chaux vive au fond du trou que l'on a pratiqué pour prévenir les effets de la pourriture de la partie des racines restée en terre , changer la terre qui doit combler le trou , et ne le remblayer que quatre ou cinq jours après l'opération.

Il est fâcheux que ces racines pivotantes qui sont celles qui rendent le plus de services k l'arbre dans les sols arides, soient celles qui lui nuisent le plus dans les sols humides; cette maladie peut cependant se prévenir , et j'engage tous ceux qui possèdent des terrains semblables k ceux dont j'ai parlé au § précédent, à ne pas négliger la précaution que je vais leurs prescrire.

Dans les sols humides , le pivot radical doit être supprimé lors de la plantation à demeure , et trois ans après cette plantation , il faut visiter les racines , pratiquer , dans un endroit marqué d'avance par le tuteur, un trou semblable

a ceux que nous faisons pour planter un échalas, voir s'il ne s'est pas formé de nouvelles racines pivotantes , et , dans ce cas, les supprimer avec un instrument semblable k celui que les charpentiers appellent bis-aiguë. Cette précaution qui doit être prise au mois de mars et suivie de la taille aux branches , prévient la maladie et ne nuit nullement à la vigueur des jeunes mûriers.

Le gel aux racines mises à nud pendant {'hiver, les rats et les larves peuvent donner lieu à un commencement de pourriture aux racines , la suppression des racines attaquées, L'emploi de la chaux , la taille des branches , sont les seuls moyens k employer dans ces diverses circonstances.

Contre la paralysie.

La paralysie étant une maladie qui n'attaque l'arbre que partiellement, la suppression de la partie paralysée, si elle n'embrasse pas la moitié du système de l'arbre , est le seul remède applicable; la taille et le repos de l'autre moitié, dans le cas où la moitié de l'arbre serait envahie , est nécessaire. Il convient cependant de procéder différemment suivant la cause et la gravité du mal.

Si la paralysie est occasionée par un accident survenu aux branches et n'en a embrassé qu'une partie sans atteindre la tige et les racines , une taille franche aux branches, suivie de deux années de repos, peut raviver l'arbre. Mais si, par suite de la paralysie des branches, le mal a envahi la section des tubes correspondants de la tige jusques au collet, il faut enlever jusqu'à la partie vivace l'écorce de

la tige dans sa longueur , et terminer cet enlèvement , au lieu où la paralysie s'arrête , par une pointe , ou du moins cette incision doit avoir la forme d'un cône renversé. Si la racine correspondante à la section des tubes paralysés l'est aussi , elle doit être supprimée avec la branche en même temps que la section des tubes de la tige y correspondant dans toute sa longueur, de sorte que tout l'aubier delà tige recouvert par l'écorce paralysée se trouve dénudé par l'opération.

Si, au contraire, la paralysie occasionée par un accident subvenu à une ou plusieurs racines n'a pas encore éteint l'existence d'une ou plusieurs branches et ne s'est annoncée que par l'inertie de la partie correspondante ou par la mort de quelques pointes de branches , la taille à la partie supérieure, suivie du repos, la suppression des racines paralysées et l'enlèvement de la section de l'écorce correspondant en forme de cône droit, k partir de la racine supprimée jusques à une hauteur proportionnée à la largeur de la base du cône, hauteur qui, pour les racines les plus grosses, ne doit jamais excéder un mètre , sont le seul moyen pour empêcher le mal d'étendre ses ravages. Cette opération a pour but de réunir au reste du système la partie correspondante à celle paralysée. L'opération en forme de cône renversé réunit, par les bourrelets qui se forment sur les côtés de l'incision, tous les tubes correspondants a la partie supprimée, et fait profiter aux branches vivaces les sucs fournis par les racines et destinés aux branches qui n'existent plus ; et vice versa, l'opération en sens inverse fait fournir aux racines vivaces tous les sucs de la partie supérieure. Celte opération est. applicable k tous les cas de suppression complète de l'une des parties de l'arbre.

La paralysie est quelquefois occasionée par la rouille , par une transition atmosphérique; cet accident n'arrivant presque jamais qu'en été, lorsqu'il est trop tard pour pratiquer une taille franche , on ne peut se permettre , pour le moment, qu'un léger élagage et un bon binage , mais la taille au printemps suivant est de rigueur , et le repos de deux ans indispensable. Je ne saurais assez recommander aux cultivateurs de mûriers de ne jamais opérer sans vérifier l'état des racines , autrement ils s'exposeraient à opérer mal et à produire l'effet opposé à celui qu'ils attendent.

Contre les ulcères.

V ulcère, ainsi qu'il a été dit au § précédent, est un écoulement sanieux provenant d'une lésion quelconque survenue à la partie ligneuse de l'arbre. La profondeur de cette lésion varie, et le point de départ de l'écoulement est quelquefois le cœur de l'arbre. L'opération qui peut en pallier les fâcheux effets, doit avoir pour but de donnera l'abcès un écoulement ou une issue , elle doit donc être pratiquée de manière à ce que le réservoir ou sac de cet abcès soit extérieurement ouvert ; quelle que soit la position où il se trouve, il doit être attaqué franchement. L'ouverture pour arriver à lui , doit être la plus étroite possible , dans le sens longitudinal de l'arbre , et pratiquée au-dessous du trou ou fente par où a lieu l'écoulement sanieux. Il faut arriver à lui en montant ; lorsqu'on est parvenu à l'ulcère , il faut enlever avec soin toutes les parties cariées ou pourries jusqu'au vif, et ménager toujours la partie intérieure de l'ouverture , de

manière à ce que l'épanchement de la sève qui suivra l'opération, si elle est faite pendant la végétation , ait lieu extérieurement. Il ne serait point mal de brûler tout l'intérieur de l'ouverture avec un fer rouge, si la sève est en circulation lorsqu'on opère. Dans le cas où cette circulation n'existerait pas, un enduit de goudron ou d'onguent de saint-Fiacre est de rigueur sur les parois intérieures de l'ouverture , mais cet enduit doit être apposé de manière à ne pas en boucher complètement la partie inférieure.

Cette opération qui est très-facile pour les ulcères à la tige , devient difficile pour ceux qui se trouvent dans l'embranchement, et encore plus difficile pour ceux qui se trouvent au collet. Je me suis servi pour opérer, suivant la position, d'un ciseau , d'un bec-d'âne ou de la bis-aiguë; du bec—éTâne, lorsqu'il n'existait pas d'ouverture pour arrivera l'ulcère% et du ciseau, lorsqu'il n'était besoin que d'approprier les parois d'une ouverture par où l'écoulement avait lieu. Il m'est arrivé d'ouvrir dans toute la longeur de sa tige un vieux mûrier creusé par un ulcère, d'arriver jusqu'au vif du cœur, qui se trouvait près du collet , et de rendre à ce malheureux une très-belle végétation. Un cas semblable se présente bien rarement. L'épanchement intérieur d'une ulcère ne pardonne presque jamais.

Contre l'apoplexie et l'asphixie.

h 9 apoplexie provenant du refoul de sève et d'un encombrement de sève dans les racines, le remède se devine facilement ; la taille aux racines et, quatre jours après, celle

aux branches , voilà je crois , avec un bon binage , le seul remède qui convienne. Il convient également de pratiquer des cautères au collet.

L'asphixie résultant d'un encombrement de sève dans la partie supérieure , la taille aux branches , des cautères sur les principales racines , un bon binage , peuvent ramener une bonne végétation. Trois ou quatre ans de repos sont à peine suffisants pour détruire les traces de ces affreuses maladies.

Contre la pleurésie.

La pleurésie n'est pas bien sérieuse si elle est traitée convenablement. Une taille légère , de fréquents binages , le repos , l'engrais et répointage des racines , la guérissent complètement. Si cette maladie devient souvent sérieuse , c'est que ceux qui possèdent des mûriers qui en ont été atteints , n'y prennent pas garde , continuent h les dépouiller de leurs feuilles , jusqu'à ce que les branches , de languissantes qu'elles étaient, deviennent sérieusement malades et périssent tout à coup.

Contre les chancres et caries.

Quelle que soit la cause qui donne lieu à l'apparition d'un chancre, il doit être opéré aussitôt qu'on l'aperçoit. Toutes les fois qu'une lésion ou contusion quelconque est faite à l'écorce , la partie lésée ou froissée doit être enlevée

h l'instant même ; l'opération faite incontinent a l'immense avantage de prévenir le mal , d'empêcher la suppuration qui produit le chancre, et d'arrêter la carie de l'aubier, ce qui est , parla suite, très-important. Elle a de plus F avantage de n'embrasser que la section des tubes froissés , tandis que plus tard elle embrasse en plus tous ceux que le chancre a détruits. Avant l'apparition du chancre comme après , l'incision, pour le prévenir comme pour l'enlever, doit être la même, c'est-k-dire avoir la forme elliptique dans le sens longitudinal de l'arbre ; l'ellipse doit avoir ses deux pôles terminés par une pointe chacun. Sa dimension doit être proportionnée k celle du chancre, et ses parois présenter une écorce saine et blanche. La profondeur de l'incision ne doit pas excéder l'épaisseur de l'écorce. L'aubier carié doit être enlevé avec soin , afin que , plus tard , il ne donne pas lieu à un ulcère. L'incision doit être enduite d'onguent de saint- Fiacre , de goudron ou de toute substance propre à arrêter la carie, en isolant l'aubier des influences atmosphériques.

Contre les lichens et mousses.

Les lichens et mousses sont des plantes parasites qui , si elles ne nuisent pas essentiellement à la végétation , ne lui sont d'aucune utilité ; et comme l'humidité, qu'elles entretiennent sur l'écorce, contribue à la décomposer, il est nécessaire de les faire disparaître et d'empêcher leur retour.

Pour les enlever , une forte brosse , un bouchon de paille ou un racloir en bois, peuvent les extirper en grande partie.

L'opération doit être faite après un jour de pluie. Pour prévenir ensuite le retour de ces plantes incommodes , il n'est point mal d'enduire les tiges et les branches principales d'une dissolution de potasse ; cet enduit est infiniment préférable au lait de chaux que Ton emploie dans beaucoup d'endroits. La chaux est peu soluble et ses mollécules mêlées avec l'eau, divisées à l'infini , se nichent , lorsqu'on s'en sert pour enduit aux [mûriers , dans tous les pores de la tige, y interceptent l'air, et peuvent nuire à la végétation. La potasse, au contraire , naturellement très-soluble , produit d'abord sur les racines de lichens l'effet qu'on attend , puis est complètement délavée après quelques jours de pluie, et dis-* paraît.

Il y a quelques mois , un propriétaire de mon département m'indiqua , comme enduit excellent contre les lichens, le petit lait tourné à l'aigre. Ce cultivateur, que j'ai toute raison de croire digne de foi, m'assura que depuis longtemps , il n'employait pas autre chose pour la destruction des lichens. Ses arbres effectivement n'en avaient pas. J'ai fait moi-même cet essai sur quelques mûriers, après les avoir brossés; je n'ai pas vu reparaître de lichens; mais il y a trop peu de temps que j'ai appliqué cet enduit pour que je puisse, avec certitude, leur attribuer leur disparition. Si ce remède, que tous les cultivateurs possèdent, est bon, je ne doute pas qu'avant peu , nos plantations ne soient débarrassées de ces plantes parasites.

Dans les plantations où les lichens et les mousses sont la conséquence du rabougrissement et d'une mauvaise culture, les enduits ne sont pas ce qu'il y a de plus important k faire; de fréquents binages, de l'engrais, la taille et

le repos sont les plus cruels ennemis des lichens , dans fous les sols et dans tous les climats.

Il me sera impossible de donner ici aucun remède contre cette muscardine blanche, occasionée par l'engrais des chrysalides de vers-à-soie ; il y a trop peu de temps que cette maladie m'est connue, je n'ai pas encore pu l'étudier. Je ne connais contre le champignon mucor d'autres remèdes que la suppression des racines qui en sont infestés , le changement du sol qu'elles ont habité , et la désinfection du sol voisin avec de la chaux vive. Je considère comme perdu, le mûrier dont toutes les racines en sont atteintes.

Contre les larves et les punaises.

Le seul remède contre les larves est leur destructions La suppression des bois cariés qu'elles habitent, des enduits compactes qui empêchent de nouvelles caries, la précaution de boucher les moelles des branches lorsqu'on les taille , et d'enduire les sections , sont des moyens propres à prévenir ou à arrêter leurs désastres, et ces précautions ou remèdes s'appliquent à toutes les parcelles de bois morts, ou à celles qui le deviennent forcément par la taille. Mais les moyens de prévenir l'introduction de certaines larves dans l'écorce vivace , de leur empêcher de la percer, de la labourer en tous sens, me sont inconnus. Le seul symptôme qui indique leur présence , est un écoulement sanieux qui s'épanche ordinairement par l'ouverture qu'elles ont faite pour entrer, et cet écoulement n'annonce quelquefois leur présence que lorsqu'elles sont prêles à

quitter leur retraite pour leur métamorphose. Les poursuivre et les tuer sont le seul moyen ; reste, après leur destruction , une opération semblable à celle prescrite pour extirper un chancre : l'enlèvement complet de l'écorce dans une étendue qui embrasse tout leur parcours , l'incision ayant une forme qui réunisse toute la section des tubes interrompus par la larve.

La destruction des punaises est plus facile , et quoique la maladie qu'elles donnent aux mûriers soit mortelle si on ne la combat pas, elle est d'une très— facile guérison. Il faut, pour débarrasser un mûrier de ces sales insectes, lui faire une taille franche aux branches qui doivent être immédiatement enlevées et transportées loin de sa tige; enduire les sections d'onguent de St-Fiacre; déchausser l'arbre et lui enlever toute la superficie de son aire jus— ques aux racines ; remplacer cette aire par d'autre terre moins substantielle ; laisser le collet de l'arbre découvert pendant au moins 15 jours; répandre au tour, avant de remblayer, quelque peu de poussière de chaux; laver, immédiatement après la taille , les tronçons de branches et la tige avec une dissolution de potasse , et dans le cas où il apparaîtrait quelques nouvelles punaises , il faut répéter la lotion de dissolution de potasse. Voilà le seul remède qui m'ait toujours réussi, et qui est, je crois , le seul praticable en pareille circonstance.

Contre la rouille et la jaunisse.

Lorsque ces maladies ne sont que le résultat d'une transition atmosphérique , et qu'elles n'embrassent que la partie

herbacée de l'arbre, un élagage ou une taille légère, de fréquents binages , l'engrais et le repos , voilà le seul traitement rationnel. Mais lorsque la jaunisse est l'annonce ou le résultat d'un mal plus grave, et dérive d'un dérangement dans le système de végétation , provenant de la partie ligneuse , il faut alors traiter la maladie ainsi qu'il convient de le faire dans les maladies précédemment décrites , et lui appliquer les remèdes prescrits pour ces maladies.

Contre le chancre noir.

Je considère le chancre noir, comme une maladie incurable lorsque toutes les racines en sont atteintes , et comme très— difficile à guérir, lorsqu'elles ne sont chancrées que partiellement. Ce qui rend cette maladie incurable , c'est qu'on ne soupçonne sa présence que lorsque ses ravages sont sans remède. Il est impossible de préciser l'époque où un mûrier qui vient d'être transplanté , donnera des signes d'une bonne végétation; chez certains sujets, la circulation du fluide séveux , le développement des bourgeons sont plus lents que chez d'autres; la fin de juin arrive quelquefois avant que certains sujets donnent signe de vie , quoique bien portants, tandis que d'autres brouissent leurs feuilles en avril ; comment connaître ceux qui sont attardés par le chancre noir , et les distinguer de ceux qui le sont par leur propre organisation? C'est une chose impossible. Ce n'est qu'a la deuxième année de la transplantation , que ceux qui n'ont pas péri a la première , et qui sont atteints du chancre noir se font distinguer à la

différence de leur végétation ; il est alors bien tard pour opérer. Néanmoins, il convient de s'assurer, en découvrant les racines si elles sont toutes envahies, (dans ce cas l'arbre n'aura formé que quelques chevelus sur le corps de ses racines principales); si elles le sont toutes, il faut l'arracher et le remplacer par un autre ; s'il n'y en a qu'une ou deux , il faut les tailler proprement, répandre autour d'elle un peu de terreau , et les recouvrir immédiatement ; cela peut raviver le sujet. Après cette opération aux racines , la taille aux branches est de rigueur.

Chez les pourrettes dont les racines ont fermenté, le chancre noir est incurable. Toute la partie de la racine altérée par la fermentation doit être supprimée avec le plus grand soin, autrement il n'y a aucune chance de succès. Quelques planteurs craignent de raccourcir trop ces racines de pourrettes , quelques— uns même les conservent toutes ; cette pratique ne vaut rien ; pour se la permettre , il faudrait que la racine de la pourrette ne fût lésée nulle part par l'arrachis , et qu'elle passât immédiatement du pourretier k la plantation k demeure. Vingt-quatre heures après l'arrachis, s'il fait chaud ou sec, la moitié de la racine de la pourrette est morte , et a dans son sein le germe du chancre noir.

Ici se termine mon ouvrage sur cette intéressante culture. Je livre au public, avec confiance et bonne foi, le résultat de mes observations, de mes recherches, et d'une longue pratique.

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