‹ Traité de la culture du mûrierChapitre 18 sur 21 · MALADIES ACCIDENTELLES · texte numérisé non relu

MALADIES ACCIDENTELLES

Des chancres blancs et caries.

Le chancre blanc ne se déclare jamais qu'à la tige et aux branches. Je lui donne le nom de chancre blanc pour le distinguer du chancre commun aux racines et qui est toujours noir.

Cette maladie très-connue et très-bien décrite par les divers auteurs qui m'ont précédé , occupera peu de place dans ce chapitre.

Les causes qui donnent naissance aux chancres sont nombreuses, mais elles tiennent toujours à la négligence ou à l'incurie des planteurs. Les chancres sont toujours occasionés par une lésion ou contusion à l'écorce. Les instruments aratoires , les échelles des cueilleurs de feuille , leurs sabots ou leurs souillés ferrés , le frottement des tiges ou des branches contre un corps dur, contre un tuteur noueux , les lésions que les jeunes mûriers reçoivent dans leur transport de la pépinière au lieu où ils doivent être placés à demeure , etc. , sont les causes qui donnent lieu à cette maladie , qui, sans être dangereuse pour le moment, nuit d'abord beaucoup à l'accroissement de l'arbre , et plus tard peut donner lieu , si la carie succède au chancre , au développement d'ulcères dangereux.

La contusion produit sur l'écorce dont elle brise les fibres et détruit la capillarité , une solution de continuité dans ses tubes; comme la lésion la sépare ordinairement de l'aubier , il se fait dans cette partie un épanchement de sève qui fermente et la décompose en même temps qu'il corrode l'aubier. Cette fermentation donne naissance à un millier de larves ou cirons qui enveniment la plaie et la font souvent dégénérer en ulcère, si elle n'est pas opérée à temps.

Dans le jeune âge des mûriers , ces chancres nuisent beaucoup k leur accroissement. Ceux surtout qui sont occasionés par les lésions faites dans le transport , ou par le frottement des tiges ou des branches contre des tuteurs noueux , peuvent plus tard devenir la cause de leur mort. Il est bien rare que Y aubier dénudé ne se carie pas pendant le laps de temps qu'il faut aux bourrelets latéraux pour

recouvrir la plaie; aussi , lorsque les lèvres des bourrelets se joignent , on voit presque toujours entr'elles un léger écoulement sanieux qui annonce un principe d'ulcère.

Lorsque la lésion ou contusion n'embrasse pas un trop grand espace de Pécorce et qu'elle est opérée immédiatement , elle n'est pas bien dangereuse. Si l'opération a été bien faite , il faut très-peu de temps pour réparer le mal; la nature , dans ce cas , agit avec célérité. Mais , au contraire, si la contusion embrasse toute la section des tubes capillaires correspondant k une ou plusieurs racines et que l'opération ne soit pas immédiate , alors la paralysie de cette section de tube et la pourriture de la racine correspondante , peuvent être la conséquence de la négligence du cultivateur.

Il arrive souvent que la contusion fend ou détache l'écorce ; alors elle donne lieu k un chancre sec. H est bien rare , dans cette hypothèse , qu'il n'y ait pas une paralysie de la section de tubes correspondants , si l'opération n'est pas immédiate. Le but de l'opération étant de réunir en deux faisceaux parallèles toute la section des tubes interrompus par la lésion , afin que la sève qui devait être fournie par ces tubes interrompus puisse l'être après la formation des deux bourrelets qui doivent fermer la plaie , cette formation et cette réunion en faisceau ne peuvent avoir lieu , si l'écorce froissée se dessèche ou se décompose.

Pour rendre intelligible ce qui précède , il est , je crois , nécessaire d'expliquer ce qui se passe dans la formation des bourrelets latéraux. Lorsque l'opération faite k propos enlève toute l'écorce lésée jusqu'au vif, et que l'incision a une forme éliptique terminée par deux pointes réunissant

tous les tubes interrompus dans le sens longitudinal de l'arbre, chacun de ces tubes commence par faire une déperdition de sève qui bientôt se coagule k l'extrémité de chaque tube. H se forme en très-peu de temps une écorce nouvelle qui couvre toute la section rompue ; cette écorce devient rapidement un faisceau de nouveaux tubes qui font suite k ceux qui avaient été interrompus , et alors l'accroissement des bourrelets ou lèvres de la plaie les fait marcher k rencontre l'un de l'autre , et petit k petit la plaie se recouvre ; il ne reste alors du mal que la carie si elle a eu lieu.

La carie diffère du chancre , en ce qu'elle produit la décomposition de l'aubier ou du cœur, et le chancre celle de l' écorce. La carie est ordinairement le résultat du chancre et la maladie intermédiaire entre le chancre et l'ulcère ; elle est causée par les effets du contact de l'air sur la partie de l'aubier dénudée ; l'aubier sèche d'abord, puis se décompose, comme toutes les substances inertes, par les influences météorologiques. La carie n'est pas dangereuse lorsqu'elle commence , elle ne le devient que lorsqu'elle est recouverte parl'écorce.

La carie une fois recouverte par l'écorce, se trouve exposée k un accident qui ne manque jamais de lui arriver. Il est bien rare qu'une parcelle d'arbre , k l'état de carie , ne soit pas habitée par quelques larves. Lorsque ces larves veulent opérer leurs métamorphoses , elles cherchent k sortir de la prison où elles se sont enfermées , elles sont forcées de percer l'écorce nouvelle qui est venue leur barrer le passage , de lk ces écoulements sanieux qui suivent presque toujours un chancre recouvert, de lk aussi le commen-

cernent de la pourriture de la carie et la naissance de l'ulcéré. Ainsi, la carie, qui, en elle-même, n'est rien, tant qu'elle est exposée à l'air, devient plus dangereuse que le chancre qui l'a causée.

La grêle sur les jeunes mûriers et sur les pousses nouvelles des vieux donne naissance k une multitude de chancres et de caries et rend une taille complète indispensable. Certaines larves ou cirons, dans les sols fermentescibles et les climats chauds, donnent lieu au développe— ment de quelques chancres. La mousse et les lichens , dans les terrains humides et dans les années pluvieuses, donnent aussi naissance à quelques chancres , mais ces cas sont trèsrares; le chancre est toujours un mal provenant de la cohabitation du mûrier avec l'homme , et le résultat de son incurie ou de son mauvais vouloir; je crois même que cette maladie n'existerait pas , si Ton voulait la prévenir.

Des lichens champignons et mousses parasites.

Les lichens et les mousses parasites dont tous les botanistes ont parlé et dont les écrivains en physiologie végétale ont décrit les causes et les effets d'une manière si différente et si variée qu'on ne s'y reconnaît pas, sont des plantes vivaces dont l'atmosphère transporte la graine , et dont la décomposition de l'épiderme des grands végétaux entretient l'existence ; ces lichens et ces mousses sont les mêmes que ceux qui s'attachent indifféremment partout où l'épiderme d'un corps vivant ou inerte est mise en décomposition par l'atmosphère. La décomposition du règne minéral convient à leur

accroissement tout aussi bien que celle du règne végétal ; ils sont toujours l'annonce d'une carie ou d'une altération dans la superficie du corps auquel ils s'attachent.

Chez les grands végétaux , elle est , ou l'annonce du manque de vigueur , ou l'effet de l'humidité du lieu où ils sont placés. Toujours est-il qu'ils ne s'attachent aux mûriers que lorsque 1'épiderme où ils s'enracinent est abandonnée par la sève et mise en décomposition par les influences météréologiques. Lorsque ces plantes parasites s'attachent aux jeunes sujets , elles sont toujours l'indice d'une autre maladie ou du manque de vigueur ; chez les mûriers de dix ans et au-dessus, elles peuvent être le résultat ou d'un mal être , ou de l'humidité.

Dans les sols fertiles , bien cultivés , chauds et aérés, les lichens et les mousses sont toujours l'indice d'une décomposition d'épiderme provenue de maladie ou de manque de soins. Mais dans les plantations serrées et humides , cette décomposition tient plus souvent à l'état des lieux qu'a une maladie.

Cette décomposition d'épiderme chez les mûriers d'un certain âge , a pour première cause les crevasses ou fissures que l'arbre est obligé de faire k son écorce pour faciliter son accroissement. L'arbre est obligé , pour que ces fissures ne dénudent pas son aubier, de se créer une nouvelle épiderme dont la couche est inférieure à celle de la première. La vitalité de celle-ci ne tient qu'à son adhérence avec celle qui l'a remplacée; il y a chez elle absence de circulation de fluide séveux. Dans les localités sèches et aérées, sa décomposition est lente ; dans les lieux humides , elle est rapide; cela explique la préférence des lichens et mousses pour les lieux humides.

Dans les climats froids , sujets à essuyer des hivers longs et rigoureux , des brouillards froids , du givre et du verglas, la décomposition de l'épidémie des arbres est plus ordinaire, et les mousses et lichens y sont plus abondants que dans le midi ; ils y sont rarement l'annonce d'une maladie , mais bien le résultat du climat et de l'état des lieux.

Ces lichens , que tous les auteurs du midi ont signalés » comme très-dangereux et très-nuisibles , ne le sont pas autant qu'ils ont bien voulu nous le faire croire. Chez eux, où ils sont l'indice d'un mal plus grave qu'ils leur attribuent , je comprends que leur présence ait pu être signalée comme très-dangereuse; mais dans nos sols fertiles et humides, dans nos climats où de longs hivers, avec tous leurs fâcheux accessoires , viennent annuellement nous assaillir , la présence des nombreux lichens qui surgissent sur les tiges et les branches de nos mûriers , est un mal adhérent au lieu que nous habitons.

Quoique tous les auteurs les aient signalés comme vivant aux dépens de la sève de l'arbre , je ne suis pas du tout de leur avis. J'ai voulu m'en assurer par les recherches les plus scrupuleuses , et ces recherches m'ont convaincu que leurs racines n'étaient qu'un tissu très-serré qui' s'attache extérieurement k Tépiderme , y tient par adhérence , et ne pénètre nullement dans les pores du bois. Si la sève des arbres était nécessaire à leur accroissement , je ne vois pas pourquoi ils grandiraient indifféremment sur un arbre vivant, sur son tuteur, sur une pierre ou tout autre objet. Le lichen geograficus de Linnée, un des plus beaux de cette nombreuse famille , que l'on trouve ordinairement sur des rochers, en est une preuve. J'ai recueilli des mousses et

dès lichens adhérents à l'écorce d'arbres morts. Leur accroissement et leur végétation étaient les mêmes sur ces écorces détachées des tiges que sur les tiges elles-mêmes , lorsque toutefois ces' écorces détachées continuaient à être soumises aux mêmes influences météorologiques. Ainsi, je suis persuadé que le seul principe de vie pour ces plantes parasites , est la décomposition de l'épidémie du corps où elles s'attachent ; et la meilleure preuve qu'elles ne vivent pas de la sève , c'est qu'en rendant la vigueur et la santé à un mûrier , les lichens l'abandonnent au moment où ils trouveraient dans l'abondance de la sève le plus de moyens d'accroissement.

Ce n'est donc pas parce qu£ les mousses et lichens vivraient aux dépens de la végétation du mûrier que je conseille de s'en débarrasser, c'est parce qu'ils peuvent lui nuire par toute autre manière : 1° leurs pattes ou racines adhérentes en s'étendant, peuvent, faute d'espace sur la partie de l'épiderme abandonnée par la sève , s'étendre sur sa partie vivace , boucher une partie des pores et diminuer la transudation ou l'absorption ; 2° parce que l'humidité qu'ils entretiennent augmente et hâte la décomposition de l'épiderme où ils se sont fixés ; ceux surtout qui se sont logés dans les fourchures , en y entretenant l'humidité , peuvent augmenter le danger de surgissement d'ulcères ou de chancres dans cette partie , et hâter la rupture des embranchements ; 3° enfin , parce que les arbres sur lesquels ces plantes parasites se sont logées , présentent un aspect triste et malade , et fournissent asile à une multitude d'insectes dévastateurs.

Lorsque la présence des lichens tient à un état maladif

Ou au rabougrissement de l'arbre , leur enlèvement n'est qu'une opération secondaire ; si l'arbre est jeune , une belle végétation , provenant des soins qu'on lui donnera , l'en débarrassera plus vite que la main de l'homme.

De toutes les plantes parasites qui s'attachent aux végétaux , les plus apparentes , qui sont les lichens , sont les moins dangereuses. Le champignon mucor muceda de Linnée , est bien plus à redouter ; ses ravages , dont j'ai parlé précédemment , ne doivent rien faire négliger pour le prévenir ou pour l'éloigner de nos plantations , s'il y a fait acte de présence. Je crois en avoir assez décrit les symptômes pour ne pas y revenir ici.

Depuis peu j'ai été à même de constater la présence d'un champignon que je ne connaissais pas, et dont j'attribue le développement à la présence des chrysalides de vers a soie enfoncées dans les plantations comme, engrais. Ce champignon, dont la racine tient à l'aubier, dont la tige perce l'écorce de la racine , et dont la boule est visible à l'œil nu , quoique très-petite , est de couleur blanche ; il ne dépassait pas le collet des racines lorsque je l'ai observé, et une muscardine ou mousse blanche entourait le collet à la superficie du sol. Une multitude de larves , qui m'ont paru être celles duscarabus melolontha de Linnée, dévoraient ses racines, sa feuille était flétrie et l'arbre paraissait frappé d'apoplexie, du moins annonçait extérieurement tous les symptômes de cette maladie. Ces chrysalides de vers à soie avaient été enfouies en 1839 au bas de sa tige, et c'est en 1840 que l'arbre présentait les symptômes que je viens de décrire. Le liber et l'aubier des racines étaient en complète décomposition ; ce champignon que je n'avais

S19 jamais vu attaché aux racines du mûrier , est-il une variante du champignon mucor, ou un autre champignon créé par les chrysalides de vers à soie ? Est-il contagieux ou non ? Je l'ignore; ce qu'il y a de positif, c'est que ce genre d'engrais donne naissance aux larves dont j'ai parlé et doit être proscrit de nos plantations. Uu filateur des environs de Grenoble, M. Meffre, cultivateur distingué de mûriers, auquel je me suis adressé pour avoir des renseignements sur les effets de cet engrais de chrysalides , m'a assuré avoir fait dans ses plantations les mêmes observations , et m'a dit avoir trouvé beaucoup de rapport entre cette mousse blanche qui s'empare des racines et la muscardine qui attaque les vers à soie , et il n'est point éloigné de croire qu'il y ait beaucoup d'analogie entre ces deux maladies aux mûriers et aux vers k soie. Cette question approfondie pourra jeter un grand jour sur l'origine de ce fléau destructeur des magnaneries.

Il existe certainement d'autres champignons qui se développent sur la tige ou les racines du mûrier ; mais , ne les considérant que comme la suite de la mort et de la décomposition complète du lignum , je ne pense pas devoir ici parler d'un effet qui est ordinaire à la décomposition de tous les végétaux.

Des larves et punaises.

Dans la description qui précède des maladies de mûriers, je crois avoir suffisamment parlé des cas où les larves en sont la conséquence ou la cause ; je crois aussi avoir suffisamment

indiqué la manière dont elles exercent leurs ravages; je ne crois pas utile d'y revenir ici. Mais il existe des insectes

d'une autre espèce qui attaquent aussi ce végétal.

Ces insectes sont les punaises qui s'attachent à l'épidémie de la tige et des branches, se logent dans les fissures de l'écorce, s y collent, y déposent des œufs , y passent leur existence entière, y meurent, et sont remplacées l'année suivante par un plus grand nombre de même espèce.

Cette maladie est sérieuse , mais elle est extrêmement rare et facile à guérir dès son principe. J'en attribue la cause à l'état du sol et aux émanations fétides du lieu où le mûrier est placé. La première fois que cette maladie m'est apparue dans mes plantations , j'en étais moi-même la cause. J'avais fait enfouir le cadavre d'un cheval entre deux mûriers de 7 à 8 ans. L'année suivante, ils furent tous deux couverts de punaises. Celte expérience, répétée plusieurs autres fois avec les cadavres d'autres animaux , m'a donné les mêmes résultats. Tous les mûriers que j'ai vu plus tard infectés de punaises , se trouvaient placés dans le voisinage des bâtiments, dans les basse-cours, et en un mot dans les localités peu aérées et dans un sol regorgeant d'engrais. La surabondance d'engrais est donc, à mon avis, la seule cause de cette maladie. Cette surabondance d'engrais donne à la sève un goût ou une qualité qur convient à ces insectes , et cela est si vrai que j'ai coupé des branches garnies de punaises et les ai portées sur des mûriers qui n'en avaient pas , elles n'ont pas quitté la branche où elles étaient nés, avant qu'elle ait été complètement desséchée; alors une grande partie d'entr' elles a disparu , et quelquesunes sont mortes sur la branche elle-même.

Ce qui m'a convaincu que la présence de ces punaises n'était due qu'à la surabondance des engrais, c'est que je n'ai rencontré cette maladie que sur des mûriers placés dans les localités dont j'ai parlé. J'ai fait enlever de jeunes mûriers infestés , pour les placer dans un sol moins engraissé, la maladie disparaissait d'elle même aussitôt que la nouvelle végétation arrivait.

Les insectes attaquent de préférence le bois de deux ou trois ans; ils rongent son épiderme, le détériorent et le couvrent de gersures; les branches ainsi rongées ne vivent pas long-temps et ne grossissent pas. Le rabougrissement et la mort de l'arbre sont la conséquence de cette maladie , si elle est négligée.

Cette maladie peut surgir en plein champ suivant le genre d'engrais que l'on répand sur l'aire des mûriers. Les engrais provenant de décompositions animales sont ceux qui m'ont paru le plus souvent y donner lieu. Tous les mûriers placés dans le voisinage de l'écoulement d'un évier y dont sujets , et très-peu échappent à la maladie. Il en est de même de ceux placés dans les lieux humides des cimetières , dans le voisinage des fosses d'aisance , ce qui me ferait penser que le gaz hydrogène ne serait point étranger à l'apparition de cet insecte. La maladie, heureusement, peut se guérir, et donne le temps au cultivateur d'y apporter remède.

De la rouille et de la jaunisse.

La rouille est une maladie peu dangereuse pour l'arbre ; elle est ennuyeuse en ce quelle détériore les feuilles et nuit

au produit. Elle ne peut atteindre que la partie herbacée* du mûrier, et sa partie ligueuse en est toujours exempte.

Bien qu'un auteur ait écrit récemment que la rouille a des graines qu'il ne faut pas conserver ( voir Milhet de Saint* Maurice , dans son guide pratique du cultivateur de mûriers, pag. 247), elle n'est qu'un accident causé par les effets météorologiques du soleil et de l'eau. Elle est produite ou par la volatilisation subite de la rosée ou de l'eau de pluie , et alors elle change la couleur des feuilles entières , les jaunit et les dessèche , ou bien elle est occasionée par des gouttes de pluie ou de rosée surprises par un soleil chaud sur les feuilles ; les rayons du soleil condensés par ces gouttes d'eau ou de rosée , produisent sur la feuille l'effet d'un verre de loupe , brûlent la place qu'elles occupaient , et laissent une tâche rousse ou brune qui se dessèche bientôt.

Cette maladie est commune aux arbres situés au bas des hautes montagnes et au couchant de tout point culminant , ou qui sont dominés par d'autres arbres plus élevés qui les exposent à être surpris par un soleil déjà chaud. Elle est générale dans les plantations serrées , dans les pépinières , dans les pourretières où la partie supérieure de chaque sujet est la seule que le soleil réchauffe en se levant , et où la partie inférieure, refroidie d'abord par l'évaporation de l'humidité de la partie supérieure , éprouve ensuite une transition subite du froid au chaud. La cause de cette maladie est l'opposée de celle de hpleurésie : c'est une transition trop rapide d'une température froide à une chaude, ou, dans le cas des tâches isolées sur les feuilles , une brûlure produite par les rayons du soleil condensés par les gouttes d'eau ou de rosée.

La rouille atteint ordinairement une grande multitude de jeunes pousses, sur les mûriers nouvellement taillés, dans l'intérieur des embranchements surtout. Si rébourgeonnement prescrit après la taille n'a pas été fait pour donner passage k l'air et aux rayons du soleil , les pousses intérieures frappées de rouille s'étiolent et périssent ensuite; c'est ce qui explique cette multitude de petits scions dont la base seule ligneuse a résisté , et dont la pointe , au printemps suivant, est complètement morte. Le même accident arrive aux mûriers trop touffus , dont les brindilles intérieures ,. frappées de rouille, périssent souvent. Cet accident fait sentir le besoin d'échelonner et d'évaser les embranchements , afin que toutes les parties de l'arbre jouissent en même temps des bienfaits du soleil et fonctionnent à l'unisson.

Je ne connais aucun remède pour guérir la rouille ; le seul moyen de la prévenir, est de placer le mûrier dans une position aérée , et recevant les rayons du soleil avant qu'ils soient trop chauds ; avec ces précautions , la rouille ne peut tenir qù'k une transition atmosphérique contre laquelle l'homme ne peut rien.

La jaunisse peut être le résultat de la rouille; mais comme elle est souvent le premier symptôme d'une maladie plus grave , il faut y prendre garde. Tout arbre frappé de la jaunisse doit être examiné avec la plus sérieuse attention. L'état de ses racines , de ses branches , de sa tige , de tout son être enfin, doit être vérifié scrupuleusement. Si la jaunisse est le résultat de la rouille , quelques soins , l'émondage et une bonne culture suffisent pour la faire disparaître ; mais si, au contraire, elle est lavant-coureur de l'une des

maladies organiques précédemment décrites , il convient dé traiter cette maladie ainsi qu'il sera dit ci-après.

Du chancre noir.

Le chancre noir est une maladie sérieuse qui tient au manque de soins, à l'incurie ou à la négligence des planteurs. Il attaque les mûriers le plus ordinairement pendant Tannée qui suit la transplantation, et quelquefois se développe par suite d'accidents ultérieurs ; son siège est dans les racines.

Deux causes le font surgir : 1° l'absence du fluide séveux dans cette partie ; 2° la fermentation des racines entassées après l'arrachis. Les causes qui amènent ou causent cette absence de sève sont nombreuses et se rattachent au fait de l'homme. La principale et la plus désastreuse ; est l'avidité des pépiniéristes et des négociants ou revendeurs de mûriers. Je profite de cette circonstance pour signaler un abus don* les conséquences fâcheuses sont de la plus haute gravité. Les pépiniéristes du midi, depuis nombreuses années, font le monopole de ce commerce. Ils arrachent des mûriers pour les livrer au commerce , en automne. Ces mûriers mutilés déjà par l'arrachis et réduits, si je puis m'exprimer ainsi, à leur plus simple expression , commencent par figurer sur les marchés des localités les plus voisines des pépinières. Là , se rendent les pacotilleurs qui leur font ensuite parcourir toute la France de marché en marché , qui les emballent, les déballent, les enterrent, les arrachent, les colportent ça et là , les exposent à la chaleur , à la pluie, au

gel, etc. , privés de leurs racines et de leurs branches et surtout de l'élément destiné à leur conserver la vie ; ils sont mutilés , froissés et desséchés , et ils arrivent enfin au lieu où ils doivent trouver le repos et la vie , privés de toutes les facultés , de tous les organes qui pourraient leur aider à se raviver. Leurs racines sont sèches ou pourries, leur écorce, leurs tubes, leurs fibres sont contractés; bref, le planteur attrapé , place dans un bon sol bien miné , bien amendé , un cadavre.

Outre la perte de temps qui est très-importante , celle de l'argent est immense. Un simple aperçu de ce qui s'est passé dans l'arrondissement de Grenoble seulement , peut donner une idée de l'énormité des sommes que ce fâcheux mode de commerce enlève à l'agriculture. Dans la tournée que j'ai faite comme instructeur à la culture du mûrier , j'ai reconnu que sur deux millions de mûriers environ que l'arrondissement de Grenoble a plantés en quatre années , cinq cents mille tout au plus sont biens portants ; presque tous les autres atteints de cette fâcheuse maladie , sont languissants ou morts. Dans les terrains calcaires et fermentescibles surtout, la gravité du mal devrait attirer l'attention de l'autorité et l'engager à prendre des mesures pour changer ce mode de commerce. Proscrire ce commerce de la place ou le soumettre à une inspection , ou bien obliger les vendeurs à garantir lajreprise et la santé, seraient je crois des mesures urgentes et indispensables.

Le chancre noir , au bout des racines , est une maladie incurable. Le sujet qui en est atteint peut quelquefois végéter encore , mais son existence est courte et son accroissement lent et rachitique. Il se manifeste le plus souvent après la

transplantation , sur la section des racines ; il décomposé tous les tubes capillaires y aboutissant , les durcit en cette partie, et forme, à leur extrémité, une croûte noire char— bonnée qui intercepte toute communication de la partie supérieure de l'arbre avec le sol. Il empêche la formation et le développement de toute nouvelle racine sur la section, et s'il embrasse tout le pourtour de le section, il ne peut surgir de nouvelles racines que sur le corps de la racine principale dans les lieux où l'on a supprimé les chevelus ou les petites racines latérales ; ce qui explique la reprise de quelques mûriers ainsi chancres, leur peu de vigueur et leur mort prématurée.

Ce chancre surgit aux racines partout où elles ont été froissées et partout où l'écorce a été détachée, mais lorsque la racine est saine et vivace à la section , ces chancres sont moins dangereux , la végétation ultérieure de l'arbre les recouvre et les enveloppe.

La fermentation des racines entassées les unes sur les autres est un principe de chancre noir. Les racines de pourrettes surtout que l'on emballe et entasse les unes sur les autres et que Ton arrose ainsi emballées pour les maintenir fraîches, sont bientôt en état de fermentation et ne manquent jamais de prendre , dans cette circonstance , les principes d'une maladie mortelle.

Un sol calcaire et sec au moment de la transplantation , peut faire naître aux racines vivaces d'un mûrier bien portant le chancre noir , mais il faut pour cela que la terre que Ton met sur ces racines soit dans un état de sécheresse tel qu'elle ne puisse fournir aucuns sucs, et, qu'au contraire, elle attire à elle tous ceux que contiennent la tige et les

racines ; que cet état de sécheresse se prolonge assez après la transplantation , pour que la racine et la tige sèchent ; alors il arrive au mûrier placé dans cette condition , ce qui arrive à tout arbre qui meurt faute d'humidité : ses racines fermentent d'abord, le chancre noir surgit après. Mais ces cas sont extrêmement rares et ne peuvent se présenter que dans des sols arides et fermentescibles à l'excès.

Il y a quelques cas exceptionnels très-rares où le mûrier peut être guéri ou plutôt débarrassé du chancre noir : ce sont ceux où il a conservé l'existence , où sa végétation , quoique chétive, a néanmoins une apparence de santé. L'opération n'est pas facile, mais on peut, à l'automne, lorsque le mouvement de la sève s'arrête complètement , découvrir les racines , en évitant le plus possible de léser les nouvelles qui se sont formées , supprimer les parties chancrées, et lui rendre la vie; cette opération m'a réussi quelquefois.

Si l'arbre meurt, en place du chancre noir, la pourriture de ses racines développe le champignon mucor. Le mûrier chez lequel le chancre noir et par suite la pourriture des racines développent le champignon mucor , se couvre , sur tous les nœuds de sa tige, d'une légère teinte rose; son enlèvement doit être immédiat afin que la place ne soit pas empoisonnée.

Des dégâts occasionés par les rats.

Les rats sont des ennemis cruels , surtout pour les jeunes mûriers. Ils sont très-friands de leur écorce, et si l'on n'y

prend pas garde dans les terrains qui en sont peuplés , leurs ravages sont très-sérieux. Ces animaux sont d'autant plus dangereux, que Ton ne s'aperçoit de leurs ravages que lorsqu'il n'est plus temps d'y remédier.

Leur dent cruelle donne le chancre noir et des ulcères partout où ils endommagent lé cor ce des racines, mais le lieu où ils attaquent l'arbre le plus souvent , c'est h quelques centimètres au-dessous de la superficie du sol , au lieu où finit l'écorce de la tige et commence le collet. Ils ont , en très-peu de temps , fait le tour de l'arbre et établi une solution de continuité complète entre la tige et les racines , et ce qu'il y a de plus malheureux, c'est que leur présence n'est annoncée que lorsque cette solution de continuité est complète.

Ces animaux doivent être poursuivis par tous les moyens que la nature et la science ont mis à la disposition de l'homme ; les binages fréquents pour rompre leurs souterrains, les pièges, le poison, tout doit être mis en œuvre pour les exterminer. Parmi les poisons que j'ai employés , l'extrait de noix vomique ou strichnine , combiné en trèspetite dose avec des fruits ou des noix et du fromage sec râpé , mélangés et mis en boulettes , m'a paru le plus sûr et le plus expéditif.

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