Traité de la dysurie sénile et de ses diverses complications
Nous entendons sous le nom général de Dysurie des vieux, les troubles mictionnels qui s'installent chez l’homme parvenu à une période un peu avancée de sa vie, et qui, indépendants de toute autre cause particulière précise, ne reconnaissent que l’âge pour première origine.
Ces troubles sont d’aspect varié ; ils sont aussi de gravité bien différente suivant les cas, suivant surtout qu’ils existent seuls ou au contraire qu’ils sont associés à d’autres complications venues se surajouter à eux. La maladie ne reste pas toujours limitée en effet à la dysurie, à la gêne dans l’émission urinaire. A un certain moment, elle peut, se compliquer de toute une série d’accidents, inflammatoires et infectieux notamment, du côté des voies d’excrétion et aussi de sécrétion urinaire, du côté de l’appareil génital lui-même ; enfin, des accidents généraux viennent encore charger le tableau primitif. Et alors, ces complications de divers ordres, générales et locales, peuvent arriver à prendre un intérêt clinique capital, et à effacer même, derrière leur importance, les troubles dysuriques proprement dits.
La maladie dont nous allons tracer l'histoire entière, et que nous allons apprendre à traiter dans ses différentes formes et dans ses diverses complications, a été longtemps étudiée clans les livres classiques sous la
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rubrique (/"'Hypertrophie prostatique. Plus n’est besoin , à l’heure actuelle , de faire remarquer combien cette façon simpliste d’envisager la dysurie sénile est incomplète et erronée, surtout si on veut l’appliquer à tous les cas de la maladie urinaire des vieux. Nous verrons que plusieurs d’entr’eux, nettement dysuriques cependant, ne présentent précisément pas d’hypertrophie notable ; nous verrons, d’autre part, que quelques-uns, atteints cle cette hypertrophie, ne sont pas ou ne sont que très peu dysuriques.
M. Guy on a trouvé pour la maladie qui nous occupe la désignation heureuse de prostatisme, mettant là en relief une sorte d’état général derrière la lésion locale. L’expression de « prostatisme » est d’un caractère beaucoup plus compréhensif que celle « d’hypertrophie prostatique », et montre que derrière cette lésion il y a tout un ensemble cl’ altérations générales, beaucoup plus importantes souvent que l’hypertrophie elle-même, et qui groupe tous les vieux dysuriques en un faisceau commun , depuis celui qui n’a qu’une grosse prostate, jusqu’à celui qui présente des altérations séniles diffusées à l’arbre urinaire tout entier.
Mais, ces mots de « prostatisme », de « prostatiques » précisent peut-être encore trop, et font encore trop penser à une influence prépondérante et constante de la glande clans la genèse des accidents qui vont nous occuper.
Le mot cle sclérose vésico-prostatique, employé par Desnos1, et mettant bien en valeur l’influence vésicale à côté cle l’influence prostatique, est encore très bon. Il
1 Traité élémentaire des maladies des voies urinaires. 0. Doin, Paris, 1898.
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consacre toutefois une théorie, que nous croyons vraie pour notre part, mais qui peut être discutée, et qui n’est pas encore admise par tous.
Pour ne rien préjuger des conceptions diverses qu’on peut se faire de la maladie en question, pour rester simplement sur le terrain des troubles mictionnels qui sont « la constante » de cette maladie, et pour garder à son appellation le caractère très général et très compréhensif qu’elle doit avoir pour s’appliquer à tous les malades qui relèvent d'elle , nous croyons qu’il faut peut-être préférer le terme qui fait le titre de cet ouvrage. On pourrait encore, aussi bien que Dysurie des vieux, dire Maladie urinaire des vieux. Cette dernière expression serait encore plus générale ; elle fait, en effet , prévoir des lésions étendues à l’appareil urinaire tout entier. Au cours de l’ouvrage, nous l’emploierons souvent comme synonyme de la première.
En écrivant ce livre, nous avons pensé que le moment était venu de présenter l’étude synthétique et complète d’une question sur laquelle les documents un peu détaillés n’existent qu’à l’état épars pour ainsi dire, et d’exposer successivement les conceptions pathogéniques diverses , les découvertes anatomo-pathologiques, les tentatives thérapeutiques enfin que le siècle qui va finir a vu naître sur un sujet qui nous intéresse tous à un si haut degré.
Cet intérêt s’explique bien aisément pour le médecin, praticien ou savant, par le nombre si considérable des malades qui font appel aux soins médicaux pour l’affection qui nous occupe, par la diversité de ses formes cliniques, par la multiplicité des complications qui s’y rattachent et qui créent souvent autant de maladies
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distinctes de la maladie originelle. L’inconnu qui existe encore sur les influences précises qui favorisent le développement des formes malignes , les incertitudes qui nous environnent encore sur les moyens propres à enrayer ce développement, notre pauvreté de ressources vraiment actives pour combattre les accidents graves une fois installés chez le malade par sa faute ou malgré lui, doivent même stimuler l’esprit inventif du médecin ou du chirurgien pour tâcher de soulager tant de malades, et si cruellement atteints.
Il y a des raisons égoïstes aussi à cet intérêt. Il ne faut pas oublier, en effet, nous hommes, que c’est là le danger qui nous guette. Nous n’en mourrons pas tous , mais bien peu de nous n’en ressentiront pas quelques atteintes. C’est une mauvaise rencontre qu’il faut s’attendre a faire vers les derniers tournants du chemin de la vie. Heureux ceux qui auront la chance de passer à côté sans la trouver, ou qui, la rencontrant, sauront s’en défendre ou vivre en bonne intelligence avec elle !
Je tiens à remercier, en terminant, mon éditeur, M. G. Steinheil, du soin qu’il a mis à l’exécution de ce livre.
Lyon, 15 août 1898.
Victor ROCHET.