LIVRE TitOISIÈME
Du Traitement:
Le traitement de la fièvre jaune, comme celui de toutes les autres maladies qui peuvent régner d'une manière ëpidémique , se divise en traitement curatif et en traitement prophylactique. Si pour ce dernier on peut espérer de trouver un jour un moyen spécifique, c'est-à-dire, si Ton peut espérer de découvrir un moyen quelconque par lequel on puisse neutraliser dans l'air la puissance morbifique du principe engendré par les centres de putréfaction , il n'en est pas de même quand ce principe a produit son action , quand la fièvre jaune est déclarée. Tout# maladie consiste dans une lésion , soit organique, soit vitale, et contre ces lésions , la nature sçuleest puissante. L'art peut bien la seconder, mais l'art ne peut rien que par elle , et pour qu'il lui soit utile, il faut qu'il la suive pas à pas, qu il étudie ses divers mouvemens, et les dirige vers une terminaison prompte et heureuse; ce
qu'il De peut espérer de faire avec un seul et même moyen. Ce sont là des vérités connues dans tous les temps, répétées par tous les Trais médecius , et que cependant on ne cesse àt négliger. Pour ne pas sortir de mon sujet , combien de remèdes n'a-t-on pas vantés comme spécifiques de la fièvre jaune ! combien de malheureux atteints de cette maladie n'ont-ils pas été les victimes de ces systèmes exclusifs !
Le mercure, dit*on, guérit spécifiquenaentlâ vérole, le soufre guérit spécifiquement la gale; pourquoi n'existerait ««il pa^ un médicament pour guérir spéci|îquem^oft la fièvre jaiiue , qui est, comme les deux premières m^l^dies, le résultat d'un germe morbifîque particulier?
Ce raisonnement , le point de départ de tous les chercheurs de spécifiques, esj complétemenl &px, puisqu'on y confond l'efiet avec la cause. Le mercure neutralise le viras syphilitique; comme le soufre neutralise le virus psoiiqu^ ^ou, si Too aime mieux, tue Vac(fr^i^ sçabiei]; mais ni Funni i aulrts neguçrissent }es maladies nées dQ raclion morbifique de c^ ipirus. Si.
comme la syphilis et la galo, la fièvre jaune, après 4Voir été engendrée par*un principe particulier, était encore entretenue par ce principe^ alors, sans doute, on pourrait et Tça devrait même chercher un spécifique > puisquop "^
pourrait enlever l'effet sans avoir enlevé la eau*se ; inais il n'en est point ainsi : les particules infectantes introduites dans le corps de l'homme , y portent bien à la vérité une propriété morbifique avec elles , mais elles perdent cette, prppriété aussitôt qu'elles ont produit leur action; et^ dès lors^ la fièvre jaune résultant de cette action , mais n'étant plus entretenue par elle^ se trouve soumise aux mêmes lois que toutes les autres maladies du système nosologique ; elle varie selon le tempérament , le sexe , Tâg^ des individus , leur idiosyncrasie> selon les constitutions atmosphériques et toutes les autres circonstances environnantes;' et -il serait ridicule de vouloir, contre toutes ces varîations^ employer un seul et mêmemoyen, surtout de vouloir l'employer dans toutes les périodes de la maladie : car, comme elle varié dïndividu à individu, elle varie de période à période, et même de moment à moment; ce' qui doit être ainsi à cause de sa violence* ' ' Au travers de tous ces changemens et dés di-» verses complications qui ne peuvent maoqûer de survenir, peut-on du moins saisir dés indications assez constantes pour permettre de fixer un mode général de traitement ? On éprouve pour cela les mêmes difficultés que j'ai fait voir exister pour une description générale, et Ton
peut les résoudre d'une manière à peu près semblable. Exposer d'abord les moyens qui conviennent dans chacune des trois périodes que j'ai admises y et Tordre dans lequel ils conviennent; examiner ensuite tour à tour les moyens principaux qui sont le plus souvent utiles, ou qu'on a le plus vantés, et chercher à déterminer leur valeur réelle ; telle est la marche que je suivrai. Mais de même qu'en parlant de l'infection , je n'ai point essayé de déterminer le mode d'agir des particules infectantes; de même, en parlant des médicamens /j'éviterai tout ce qui tendrait à faire croire que je veux expliquer leur action. Je me guiderai d'après l'empirisme ,' mais d'après cetempirisme raisonné qui, loin de vouloirqu'on envisage chaque symptôme isolément, et qu'ph emploie toujours contre lui le jxième moyen, ordonne au contraire de combiner tous les symptômes entre eux, de les mettre en rapport avec ceux qui les ont précédés, avec les causes qui ont engendré la maladie , avec les loi^ atmosphériques , avec la constitution , l'âge des individus, etc.: et de former ainsi des indications et des contre - indications à tel ou tel remède ordonné par l'expérience, et modifié se-^ Ion les circonstances.
Cette manière de se conduire dans le traitement des maladies, que je crois être toujours
la meilleure^ est surtout de rigueur contre la fièvre jaune, dont la rapidité et la Tariabilite sont telles, qu'elle ne présente jamais que des occasions très-fugitives , et qu'elle ne permet que bien rarement un système de traitement suivi. Cette méthode est la seule qui m'a guidé au Cap, dans les cas nombreux de fièvre jaune sporadique que j'ai eus à traiter; et à Philadelphie, dans les épidémies de 1795, 1794^ ^79^^ 1796 et i797< La confiance publique dont je fus investi dans l'une et l'autre ville , m'^st un s&r garant que je ne m'étais pas trompé ; aux mêmes époques, d autres médecins,» même des médecins ayant un graqd nom dans la science, suivaient d'autres routes; s'ils avaient eu plus de succès que moi , peut-on penser qu'étranger et sans appui,. j'eusse pu leur être préféré?
CHAPiTflB PREMIER,
Traifceçiçiit çnratif.
■^ Ff r» f '
Première période.
, Dans la premier?. ^Fk40, j'^ ËMt Toir(|u ^KÎitait t;9tts I^^ symplÔEKies propres à. fer Uiisme gép^r^ly QH même 9 un état infiaiDiD toir^; cq sont doBç l^ moyens connus po être utiles, soJt co>itre rérétbisa^e; soit coé l'^iftl ipfki»m*tQW, qu'il fewt. employer, l lK>i$sQQS cMlayitnte^ ci9n¥i«iuMnt d'abord; limQn^^f rorang^nde, Iç3 ûsaries de r^^i dWg^ji 4e riz , réuasiasent trè3-bïea;i'aireti aussi beaucoup d'avantage de Teau chargée d gaz acide carbonique; mais ces moyens soi presque toujours insufBsans. La facedcTiei rouge , les yeux brillans , la langue secte 1 rouge y la soif est ardente , le poul& fréquenl plein et dur; les artères des tempes battent ave force ; il faut avoir recours aux saignées, m^' il faut les faire petites : j'ai constamment 0! serve que , quand on les faisait grandes, à affaiblissaient beaucoup trop , et ametiit^" très-promptement les symptômes fâcheux i'
a seconde période ; en tes faisant petites , on à a faculté de les répeter selon le besoin.
Les vomit ùritions et les vomissetnens se présentent souvent dès le début dç la maladie; mais il . Êiut bien èe garder ici dû précepte vomitus vomitu curatur , titt les éméti^aes sont presque toujours nuisibles; ils sont éminem* ment contre*indiquéd par Téréthisme de toute l'économie^ et surtout par celui des voies gas^ triques, qui quelquefois est tel , que les malades sont forcés de rejeter tout ce qu'ils avalent , et aussitôt après qn^its l'ont avalé. L'utilité des mêmes boissons et des petites saignées conti'^ nue; si les unes et les autres sont insuffisantes , on a recours aux bains tièdes, aux laveniens, aux applications émoUientes sur la région épigastrique. Je me suis bien trouvé des applica* cations d'eau froide, soit sur l'abdomen, soit sur le front , pendant les fortes céphalalgies ; quelquefois à l'eau je joignais du vinaigre nitrë. Quand , malgré ces moyens , la maladie aug* mente , surtout si les symptômes nerveux prédominent , l'usage des légers caïmans devient nécessaire. Les émulsiohs et les potions dans lesquelles on &isait entrer de l'éther sulfurique ou du sel sédatif de Humberg , me réussirent parfois. Il n'est pas de médecin qui, dans ces cas , n'ait employé lanti-émétique de rivière
( acide citrique versé sur le tartrate acidulé de potasse, et avalé au moment de l'évaporation) ; plusieurs disent Favoir fait avec succès, mais ce n'est pas général : pour moi , je n'ai pas eu souvent à m'en louer, je crois cependant que c'est un remède à ne pas négliger. Quand enfin tous les moyens que je viens d'énumérer ont été inutiles, il faut arriver aux caïmans les plus forts. L'opium a été vanté pour ce moment ; je ne Tai jamais employé, et, malgré l'autorité de ceux qui le vantent , je me hasarderai difjfl-^ cilement à y avoir recours ; les mauvais effets de ce médicament 9 dans tous les cas ou il existe un état inflammatoire , ne peuvent que rendre son usage suspect dans la première période de la fièvre jaune. Le camphre et le nitre sont beaucoup plus convenables, et je les ai souvent ordonnés avec succès. Je les faisais administrer sous forme de bols , pour la commodité des malades; et quand ceux-ci ne pouvaient pas avaler les bols, on les leur donnait délayés dans la tisane ordinaire; le camphre principalement me réussit , et j'en fis un grand usage : je remarquai constamment que,.quand les malades le rejetaient, ils étaient beaucoup plus tôt atteints des symptômes de l'adynamie.
Si cette période est longue , et qu'il faillie soutenir les forces du malade , les alimens li-
guides et les plus légers sont les seuls que Ton naisse employer.
Deuxième période.
'" La fièvre jaune se termine quelquefois tout A coup à la fin de la première période, par une -lémorragie abondante , ou par quelque autre excrétion; mais ces cas sont rares. Ordinaire^- :ment après trois , quatre ou cinq jours, la pre« mîère période fait place à la deuxième; tous ies symptômes de réréthisme sont remplacés par j::eux de Tataxie^ ou ceux d'un abattement géné- ■ral ; il n'y a pas encore suppression des forces , mais elles sont inégalement distribuées , ou Anen elles ^ont dans une oppression très-grande. La série des médicamens doit être aussitôt changée. De tous ceux que j'ai déjà indiqués^ on ne peut conserver que le camphre et le nitre. La boisson ordinaire de Thôpital dé Bush-Hill était la décoction de centaurée , et elle convenait très-bien ; elle peut être remplacée par toutes les boissons légèrement amères qui , du reste , suffisent rarement ; presque toujours il faut avoir recours à la décoction de la serpentaire de Virginie^ à celle dq quinquina. Je faisais souvent usage de l'une et de l'autre, en les arrosant avec de l'eau de cannelle. C'est à cette époque aussi que les vésicatoires et
ks sinapismes trouvent une juste application.
Souvent , dans cette période , là maladie tend vers une crise; il faut favoriser ses efforts, lors même qu'on sait qu'ils doivent être incomplets; on ne gagnerait rien à les troubler. Les hémorragies peuvent encore être avantageuses si elles arrivent dès le comtnencenient , et quand la prostration ne s'est pas déclarée : il faut bien se garder toutefois de faire alors usage des saignées ; elles ne peuvent qu'éfre mortelles. Je les ai employées jusqu'au troisième jour , rarement au quatrième , et presque jamais je n'ai trouvé d'indication pour les employer le cinquième. Si les hémorragies arrivent vers la fin de cette période^ elles sont presque toujours les prodromes de la mort ; car elles annoncent la suppression des forces.
Les selles forment quelquefois des crises heureuses, et ce sont elles surtout quil £aiut faciliter , pour peu qu'elles paraissent devoir être ÉBkvorabfes. L'on donne alors avec avantage les doux laxatifs : Fhuile de ricin a été trè& vantée ; le mercure doux et le jalap f admi« nistrés a petites doses , sont encore bien indiqués ; on peut même faire usage de quelque sel purgatif. J'ai vu rarement l'occasion de donner un émé tique; cependant je l'ai vue quelquefois. Le tartrate antimonié de potasse^ et mieux
encore ripécacuanha conviennent dans ces cas;' mais y je le répète , ils sont très-rares. En gé« néral , les vomitifs ne font que renouveler Tirritationou Tinflammation de Testomac^ et bien certainement ils ne peuvent être indiqués pour dégager les premières voies ; car, s'il y avait des matières étrangères contenues, les vomis^semens naturels seraient plus que suf&sans poui les expulser.
La suppuration résultant de l'application des vésicatoires ne peut être que très-avahlageuse, et j'en ai vu les plus heureux effets ; celle qui vient à la suite de toute autre plaie se trouve dans le même cas. Je faisais panser les vésicatoires , non avec la poudre de cantharides , comme c'est l'usage , mais avec l'onguent styrax, ce qui prévenait souvent une gangrène menaçante. Si celle^^i arrive, elle n'est pas toujours funeste , comme je l'ai déjà dit ; mais le malade exige alors les toniques les plus puissans , auxquels il faut joindre les excitans. Le ijuina doit être administré à l'intérieur à fortes loses ; si le malade ne peut le garder dans son >stoniac , on le lui donne en lavemens. Quelques praticiens ont fait faire une copieuse dé" :oction de cette substance , y ont plongé les naïades, et les y ont laissés plus ou moins long-
emps ; d'autres s'en sont servis sous forme de
jfomentatîons ; tous paraissent en àvpîr retiré quelque fruit. On augmente le nombre des vésicatoires et celui des sinapismes; on peut même administrer des bains froids ou chauds , et en passant subitement des uns aux autres; ces derniers sont cependant un moyen perturbateur , trop dangereux pour qu'il soit permis de s'en servir dans les cas ordinaires.
Comme le camphre a été utile dans la première période » il peut Tétre encore dans celleci ; le castoréum , le musc ont été employés , les divers éthers Tont été également ; maïs près* que toujours, quand on a eu recours à ces moyens , Tétat des malades était désespéré ; aussi ne les a-t-on vus que très-rrarement amener à la guérison» Il est peu d'indications qui ne puissent se présenter dans cette seconde période de la fièvre jaane , et il n'est pas par eoiH séquent de médicament qui n'y puisse trouver sa place , c^est a^ praticien de décider sur le moment celui qui convient f j aï indiqué ceux quîtrouYent plus souvent une juste application; je ne parlerai point des autres, car je n^enpour* rais &ire qu une nomenclature entièrement inutile^
On doit soutenir les forces des malades par des bouillonsun peu aromatisés, des crèmes de riz, r^u vineuse^ et même quelquefois le vin pur.
Troisième périodes
Quand les médicameps employés dans la pre^ mière et la seconde période ont été sans suc-^ ces y quand aucune crise favorable n'est venpe terminer la maladie p la troisième période commence , c'est-à-dire , que tous les symptômes fâcheux de la seconde augmentent d'intensité, et qu'il s'y en joint de nouveaux j très-souvent alors, il existe une véritable suppression des forces : que faire dans ces tristes momens?
redoubler tous les médicamens qui ont été employés jusqu'alors , en joindre quelques autres pour combattre certains symptômes, tels que le cachou et le diascordium pour arrêter le dévoie-» ment ; le nitre et quelques autres diurétiques , pour rappeler les urines ^ outre ces remèdes internes, entretenir les restes de la chaleuE* naturelle par des applications de flanelles trempées dans de Teau-de-vie Camphrée , par des briques chaudes appliquées aux extrémités, etc. ; telles sont les tristes ressources qui restent au médecin ; elles sont presque constamment ira-> puissantes; cependant qu'il se garde bien de les négliger, on lésa vu<ss quelquefois rappeler les malades des portes du tombeau «
Quand le traitement est suivi d'un heureux succès^ quand la maladie s^est terminée d'une
manière favorable ^ le malade est encore obligé, avant d'arriver k la santé ^ de passer par une convalescence souvent longue et pénible, toujours en raison de Fintensité de la maladie qui Fa précédée. Les moyens à employer dans cette époque sont les mêmes que ceux qui coDviesnent pour la convalescence de toutes les autres maladies; seulement ils demandent à être suivis plus rigoureusement. Quelquefois la faiblesse des malades est telle, quon a besoin de continuer pendant quelques jours Tu sage des boissooî amères; quelquefois aussi, il reste des symptômes qui indiquent les doux minoratifs. Daos M les cas, un bon régime et un exercice modéré ne peuvent qu être très-avantageux ; mais le moyen par excellence , c'est le transport à convalescent dans un air pur; ce moyen doit même être mis en usage dans tous les tempS; quand les forces du malade le permettent.
U a été si constamment utile, dans les pays où la fièvre jaune règne habituellement , qu'il ùat des obstacles insurmontables , pour empêcher d'y avoir recours.
Telles sont les règles générales que l'onpco^ tracer pour le traitement de la fièvre jaune dans sesdi verses périodes; il existe, en outre, des règles particulières relatives à chaque médica-
ment^ et qui pe sont pas moins essentielles à connaître ; je vais parler . de celles qui appartiennent aux médiçainetis les plus usités»
De la Saignée. Bien des médecins ont vanté ce moyen , d'une manière indécente ^ et en ont horriblement abusé. Rush , à ; Philadelphie f avait toujours la lancette à la main ; il tirait vingt onces de sang dans une seule saignée (a) p et parfois la répétait dans la journée; il se vante d'avoir tiré jus-* qua cent quarante onces de sang^ dans l'espace de cinq jours (6)^11 parait également qu^^ vers le commencement de ce siècle, on en abusait fortement aux Antilles; car M. Bally reproche aux praticiens de Saint-Domingue d'en avoir> en i8oi2y continué l'usage malgré leurs mauvais âuccès (c); et Savarésy attribue une grande mortalité y qui eut lieu à la A^artinique en l'an XI^ à r4>us qu'on en £ûsait : ce dernier ajoute que cette mortalité diminua ;i mesure qu'on eut recours à des moyens c<)^ti^ires {d). Palloni vante beaucpu|>r la, saignée dans l'épidétnie de
{a) Le docteur Physick , en une se^lë saignée. égaU suent , en tira quatre«viogt«dix oncçs.
{b) RusB , p. a6o»
(c) Ballt , p. 496»
(4;Savarést, p.44«
Livourile {a)) ei M. Bâiiy dit avoif vu en Espa« gne an niédçcîn , nommé Cabanellaâ , qui san gnait fnsquô ad animi dêUquium; mais qu'à Ift refilé, sa pratique ne passait pas pour être heureuse (h).
A cet abus de la saignée on peut opposer Pexeès conitraire ; ainsi ; M« ValeiitiB , qui a si bien traité de la fièvre jaune, jamais contre elle ne -faisait usage de ce moyen (e). Sava** résy dit en propres termes ^ que )a miéthode antipblogistique est destructiTe , et qu^it ne la pas vue opérer une seule guérison (d). Gilbert se déclara formellement coritre son usage (é) , et M. Bally^ qui n'en parait pas très-partisan , SL^^e qu'en Espagne elle était généralement fegài^déè comme funeste (f)^
De -cette opposkidii d'opinions sur Fusage dis la saigi^ée dans la fièvre jarune , on^ peut dèimer deux grôndfes raîséns : ht prertiière, c'est que les épidén&ies de cette maladie n^éfani pas/tôujcMH'ë semblables, la saignée peut êtrefarorable dans l'une e* funeste dans Fautre.
■ »^fc— Il II. .1 I ————— ———»—— l—^M^——»—^— «^
{à) Palloni , p. 17.
(ô) Bàlly, p. 5o3. ■
(c) Vàlentift , p. 1 9g.
(d) Savarésy , p. 3 1 1 .
(e) GiLBEjiT , p. 90.
(/) BaiiLt, p. 402»
Xia seconde^ c'est la fiireor des systèmes. Ainsi ^
Savarésy, brownien autant que possiblev consi^
dérant la fièvre faune comme une maladie par as*
thënie, ne pouvait admettre Fusage delà saignée;
c'eût été de sa part, un contre-sens dont il était
incapable. Palloni, au contraire^ pensant que
la maladie est sthénique j devait regarder , et
regardait en effet , la saignée comme un èxcel<->
lent remède ; il faut toutefois convenir qull ne
la vante pas d'une manière démesurée. Entre
les deux extrêmes ^ il est un juste milieu dont le
médecin observateur ne s'écartera jamais ; il ne
s'abandonnera pas plus à une aveugle tôutihe,
qu'il n'ira se perdre dans le vaste c&afAp des
hypothèses ; il usera de tous les moyens qui
pourront être utiles à ses malades^ Sans pré-
vëntion comme sans çxcès y et entre séë mfàins
la saignée deviendra un vrai Secoutls àûtki toutes
les épidémies de fièvre jaune.
J ai dépi dit dans quels momeôd il fellait avoir rëc^mrs à ce moyen- , et comitiéfit il était plus avantageux de s'en scfrvir i il est it^ntile de le répéter. Mais je n'ai parlé jtîâqu^ioi qilé delà saignée &ite par Fouvertore <te. la vèibe ^ et j'àvoiie que c'est la seule que )'aie eAfftoyée ; la plupart des praticiens sont dans te même cas que moi. Il en est cependant quelqties'^uns qui ont eurecours à l'application des ventOQSes scari-
fiées et à celle des sangsues. Les premières n ont jamais été vantées ; et, à Livourne , elles furent loin d'être avantageuses. Les secondes ont été suivies de quelques succès , appliquées à l'anus , soit à Philadelphie , soit en Espagne, soit à Livourne.Béguerieles fit appliquer surles hypocondres, dans la fièvre jaune qui se dé*clara sur la flottille sortie du port de Tarente en Tan X , et ne parait pas avoir eu à s'en repen* tir (a). Les saignées locales par les ventouses peuvent être essayées dé nouveau; on peut aussi faire appliquer des sangsues , mais la ra-reté de celles-ci , dans la plupart des pays oà règne la fièvre jaune , sera cause qu'elles seront toujours de très-peu d'utilité.
Du Qiànquina.Trè&'^evi de médecins ont vanté cette écorce pour toutes les périodes de la fièvre jaune^ très-peu aussi Tout complètement re jetée; cependant ce sont des vicissitudes qu'elle a éprou* vées comme les autres médicamens, et toujours pour les mêmes causes. Il en est une toutefois, qui lui est plus particulière; c'est que, quelques mé^ decins ayant vu que la fièvre jaune était toujours de même nature que les fièvres intermittentes, ont cru que, comme dans celles-ci, le quia*
(a) Héguerie. Histoire de la fièvre qui a régné sur la iloiûlle française , p. 52,
quina pouvait être spécifique. Ils n'avaient pas réfléchi que ce médicament n'est spécifique que du type intermittent 9 et que ce type se présente rarement dans la fièvre jaune ; que d'ailleurs cette maladie est accompagnée dans les commencemens d'un tel état d'irritation , que l'emploi du quinquina ne pourrait être que très-dangereux. Je ne sais d'après quel principe M. Bobadilla fut conduit à employer ce niédica^ ment ; mais, a Los Barrios, il l'employait dès le commencement de la maladie^ et dans tous les cas; il prétendait guérir presque tous ceux à qui il pouvait l'administrer dès le premier jour de la maladie. Comme il est presque impossible de reconnaître la fièvre jaune dès son début , il est permis de croire , avec M. Bally qui rapporte ce fait (a) , que le médecin espagnol ne traitait pas toujours cette maladie.
Que le quinquina ait été employé à tort et à travers par quelques médecins ; que par d'autres il ait été rejeté comme toujours pernicieux, cela ne doit pas plus étonner qu'engager à imi^ ter les uns ou les autres. Quand la tête est douloureuse , la face animée , les yeux rouges et brillans , la langue sèche et rouge ; quand il y a douleur dans l'abdomen , quand le pouls est
(a) Bally , p. 534»
aS2
grand, fort, plein et dur, ce serait, une folie de vouloir imiter les premiers j ^ ee serait encore une folie de vouloir imiter les seconds ^ quand la Êice est décolorée ^ les y eut sh^HuSf la lan-* gue flasque , et recouverte d'un enduit noirâtre, le pouls petit > rare et disparaissant sous la pression du doigt ; en un âftot , quand il existe tous les symptômes de la suppression des forces. Dans ce dernier cas et dans les cas â^ôalûgues, on doit £siire usage du quinquina ; on peut Tad-ministrer en poudre. Cçnime le malade ne le supporte pas toujours ainsi administré, la dé*coction en est préférable, et c'est sous cette forme qu'il a été généralement employé. Si les malades ne peuvent l'avaler ou le rejettent aussitôt, on le donne en laven^nt, en bains, en fomentations, comme je lai déjà dit; on pourrait encore s'en servir infusé dans de l'eaude-vie et frictionné sur les diverses parties du corps . Par ces divers moyens , 6a en rapporte des effets miraculeux > et nous devons y croire, car ils nous viennent de médecins dignes de foi« Des évoGuans. I^a fièvre jaune est si violente, et Ton a si peu de succès dans le ti^aitement i quil n'est pas étonnant qu'on ait essayé de fous lés moyens pour la combattre i danâ cet essai , les divers évacuans n'étaient pas pour être oubliés i aussi tous ont-ils été vantés tour à tour.
Des, ifonùtàfs. Les nausées et les Tomissemens^ qai se présentent presque constamment y oût été souvent regardés oonmie des signes indica^ teurs de Yétaéùcpe , et ce moyen a été fréquem-' ment employé. Palloni le vante dès Finvasiott de la maladie , et dit s^eii être bien trouvé pendant l'épidémie de Livourne en i8o4> il s appuie de lautorité du D'. Hodges , qui pré» tend en avoir retiré un tel succès quand il l'administrait après une légère saignée , que , sixt sôixante^dix malades, il n'en a vu périr que trois[(a). Le peu d'avantage qui est résulté de ce moyen dan^. tous les temps et dans tous léÈ lieux ^ les grands dangers auxquels don emploi expose^ mettent à peu près hors de doute que le docteur Hodges prenait un léger embarras gas-* tritjuepour les prodromes delaBèvre jaune^ ef Palloni peut bien être tombé dans la même erreur. Pour moi ^ je le répète , je n'ai trouvé qvre.bien rarement occasion défaire tomir; et> ^and je l'aï fait >^ cela ne m'a pi^ toujours réussi ; il est permis d'a^t*mer que y quelques âottibreux que soient les symptômes qui indiquent un pareil moyen, on ne peut y avoir recours qu'en tremblant; car, dans cette maladie ,^ Tirrîtation et l'inflammation deFestcknac soM toujours imminentes.
{fi) pAtLONI , p. 18.
Oes purg€Uifs. Les putgatife ont ea sue grande vogue ; depuis le plus doux mmi jusqu'au drastique le plus violent, tous ont ë employés , et je ne sache pas qu'ils aient éli rejetés d*une manière absolue , quoique pb sieurs médecins, et entre autres Savarésy,le aient décriés en général. II est certain qoe soit dans le cours de la maladie , soit à \zk il se présente souvent l'indication pour zià nistrer de doux laxatifs ; et la crème de tai tre , le sel végétal , ou , mieux encore , lU de ricin , la remplissent très^lûen. Ces medi camens. ont d'ailleurs l'avantage de n être pi fort dangereux , tandis que les purgatifs violei le. sont toujours et beaucoup ; cependant ils oi été bien souvent mis en usage. Le docteur Rusl d'après quelques passages trouvés dans un n nuscrit du docteur Franklin , qui avait obsen répidénuie de la fièvre jaune à Philadelphie e 1743, se mita employer le calomel pour ]»« curer des selles; niais^ ne trouvant pas cemojfl suffisant, il y joignit le jalap , et quelquefois' gomme gutte ; son purgatif ordinaire etu quinze grains de jalap et dix grains 4e calo mely administrés en. poudre. Il faisait reoâfl vêler ceJte^ dose chaque six .heures, jusque qu'elle eût produit un effet marque: vingt s^l^ par jour n'effrayaient pas ce praticien, et 11'
fait prendre jusqu'à cent vingt grains de calomel dans l'espace de trente-six heures. U appelait ce remède le samson de la médecine , tant il avait confiance en son pouvoir (a)! L'exemple de ce médecin fut imité à cause de sa grande influence , et dans peu , à Philadelphie et dans les autres villes des Etats-Unis où régnait le fièvre jaune , on ne vit que médecins ordonner les iK)UDRES DRASTIQUES , pharmacieus les préparer et garde -malades les administrer. Cet engouement dura plusieurs années; mais , comme tous ceux qui naissent pour des médicamens qui n'ont en leur faveur que l'autorité d'un grand médecin qui les a mis en vogue , il s'éteignit peu à peu, et aujourd'hui , à Philadelphie même, on ne donne guère les poudres drastiques qu'à titre de doux minoratif. Les mêmes motifs qui font proscrire les émétiques dans la plupart des cas de fièvre jaune , font proscrire aussi les drastiques : ce sont des moyens trop violens.
Des Sialagogues et des Sudorifiques. Quelques praticiens , ayant observé des crises par la salivation , crurent pouvoir employer les sialagogues et le calomel qui était tant vanté comme purgatif, le fut encore comme
(fl) Rush, p. 197 et suivantes.
provoquant l'excrétion de lasaCve/GW, \e crois 9 le seul moyen employé dans cette vue; et , s'il Fa été pendant quelque temps ^ c*est parce qu'il était toujours regardé comme utile en tant que purgatif.
Les sudorifîques n'auraient pu convenir à Philadelphie où les sueurs n'étaient que bien rarement critiques ; maisàLivourne, par exem'^ pie , où elles Tétaient souvent^ c'était une classe de remèdes à ne pas négliger ^ et il parait qu'en effet on en retira quelques avantages. Palloni dit qu'une limonade tiède et aiguisée avec un ou deux grains de tartre émétique , ainsi que des fomentations sur les extrémités avec du vi-* naigre sinapisé, su£Qsaient pour produire cette excrétion que le docteur Léan provoquait égament par des bains tièdes après lesquels il fai^ sait faire, sur tout le corps , de fortes frictions avec une flanelle chaude et sèche (a).
Des yésicatoires et des Sinapismes. Je me suis très-bien trouvé des vésicatoires dans le traitement de la fièvre jaune; déjà Lind les avait beaucoup vantés contre toutes les ma-* ladies des climats chauds et contre celle-ci en particulier ; bien d'autres médecins disent éga-
(à) PallOxXi, 19.
lement en avoir foit un heureux Qsuge ; quelques-uns cependant en ont éprouvé dès résultats contraires et les ont rejetés; Palloni , entre autres , |i0irme qu'ils furent nuisibles dans Fé^ pidémie dç Livourne (fi). M. Bally les approuve en théorie pour toutes les périodes de la maladie , mais les blâme datis la pratique (b). 11 me semble qu'en thé<M*ie comme en pratique , ils doivent être rejetés de la première période , puisque Téconomie animale se trouvant dans un état d'irritatioii générale , les vésicatoires ne peuvent qu'augmenter cet état , et rendre la seconde période plus dangereuse, d'après cette loi physiologique , que l'abattement des forces est toujours en raison directe de Féréthisme qui l'a précédé , et , quant aux miasmes flottant dans le corps , j^ai prouvé qu'il n'en existait plus dès que la fièvre jaune avait éclaté. Ces raisons sont si évidentes que je ne connais personne qui ait osé se servir des vésicatoires dans cette période.
Dans Ig seconde , il en est tout autrement; les forces ne sont véritablement que mal distribuées ou opppf^ssées et les vésicatoires^ soit en les appelant sur un point déterminé, soit en excitant toute
(a) Palloni , p. 29.
(fi) Ballt, p. 524.
Téconomie ^ ne peuvent qu'être avantageui, et ils le sont en efiet; c'est à cette époque que je les ai ordonnés le plus souvent , et je n'ai jamaisen à m'en repentir : ils ont été plusieurs fois inutiles^ mais je ne lésai jamais vus être niiisibles, et c'est pour cela qu'on peut les prescrireencore, et que je les ai prescrits souvent dans la troisième période. Je dois dire , toutefois ,, (pt beaucoup de médecins leur ont préféré les inapismes , prétendant queceux-ci irritent beaocoup moins ; comme je n'avais qu'à me féliciter du premier moyen , je n'eus pas recours à ce dernier ; je ne doute cependant pas que , daoi bien des épidémies , il ne puisse devenir d'une grande utilité.
Je n'irai pas plus loin dans l'étude particulière des remèdes vantés contre la fièvre jaune ; le peu que j'avais à dire sur l'opium , le camphre, le nitre, et les bains ^ je l'ai intercalé dans l( traitement des périodes : il ne me reste plui qu'à prévenir qu'il n'est peut- être pas dans h matière médicale un seul moyen qui ne puisse trouver une juste application dans des cas isolés de cette maladie ; mais que , hors ceux (pt je viens de signaler , il n'en est aucun f puisse être regardé comme d'une utilité générale , et que tous veulent être administrés p^i une main habile. S'il est une maladie qui ei^ig^
un tact exercé de la part du médecin^ c est , sans contredit , celle-ci : la rapidité en est telle que les momens favorables sont toujours très-fugitifs, et qu'une fois passés ils ne reparaissent plus; la violence en est si grande que les demimoyens deviennent inutiles , et que les moyens trop forts hâtent l'instant qui doit précipiter le malade au tombeau. Dans le traitement, le moindre oubli, la moindre erreur , sont con«* stamment des fautes mortelles.