‹ Traité de la fièvre jaune (volume 2)Chapitre 19 sur 22 · BOULIGNY · texte numérisé non relu

BOULIGNY

Jean - Christophe Ulrich , consul de

Danemarck.

MiSLER^ consul de Hambourg.

Michel SossiNNE , consul des Sept^Iles.

Dominique Bivolti , consul général de

S» M. le roi de Sicile^ Jean-Antoine GaVi, consul du pape.

Joacbim GR4BIEM , agent du com^ merçe çle Siéè^e.

► Law^ta , Çqmnhsmre dQ Ligurie. Pour le consul 4fl la république batave:

signé Kerfbib^ fils, vice- consul.

Joseph BRi^xA ^ ççmul de Raguse.

SpAGNOLim , d^eni de S. M, ^arde > et ÇQnsul gméral.

Pour copie conforme à Foriginal déposé dans les archives du gouvernement toscan , et à la copie ministérielle que j'ai dans les mains, et qui m'a été délivrée par ordre à Florence, en février i8o5.

Signé Thiébaut de Bernéaud (a).

Après avoir énuméré les principaux faits contradictoires k la propriété contagieuse de la fièvre jaune dfms les divers pays où elle se mon* tre le plus souvent, et où elle acquiert le plus de violence, je vais en joindre quelques autres bien avérés dé son importation , soit dans d'au-

(a) J'ai rapporté cette pièce toute entière et quoique fort longue, parce qu'elle est authentique, et qu'elle prouve non*seuIement que la maladie ne fut pas contagieuse , mais encore qu'elle ne fut pas importée , puisque ni les forts des douanes , ni les employés de service, soit au port , soit dans les lazarets , n'eu furent aHectés.

Ues contrées ,soît même dans xelles dont je viens de parler^ sans que pour cela elle s'y soit développée sur d'autres personnes que celles qui étaient déjà in£acté§s.

Lind noiis dît que son hôpital de Hàdar fut souvent à moitié rempli de malades venaot soit des Indes ocidentales , soit de quelque con« trée de l'Amérique ; que beaucoup de ces malades moururent de la fièvre jaune , et que jamais elle ne se propagea dans l'hôpital.

Le vaisseau la Colombia revenant de Providence entra dans le port de Marseille : six de ses malades moururent de la fièvre jaune ^ deux dans le lazaret , les quatre autres dans des maisons particulières, sans qu'aucun d'eux communiquât la maladie; ce &it se passa en 1802.

Mon ami le docteur Valentin, qui la consigné dans son ouvrage , a eu la complaisance de me communiquer les deux suivans.

i^'. Fait, a £n i8o4> de onze individus qui eurent la fièvre jaune dans le lazaret de Marseille j y compris un subrécargue danois mort subitement à bord^ et que l'on soupçonne avoir eu le début de la maladie , quatre seulement furent guéris. Uy eut dans le nombre des morts deux gardes de la santé qid aidaient été placés à bord du navire danois parti de Malaga, après jr a^^oir perdu trois hommes de la fièvre jaune; à

$OD arrivée à Marseille ^ un mousse eut la maladie et en guérit au lazaret.^

» Les navires à bord desquels se manifesta la fièvre jaune étaient danois^ procédant de M alaga ; l'un venait de Bremen, et l'autre de Barcelone. Un seul vaisseau espagnol^ capitaine Sendero, venant d*AIicante et de la côte de Barbarie; avait perdu en mer quatre hommes de son équipage; il en perdit un cinquième dans le lazaret de Marseille où il fut enterré. -

» Ces faits eurent lieu en vendémiaire et en brumaire de Tan 1 3 : deux administriateurs de la santé publique, feu le docteur Michel et le docteur Labrie , aussi médecin du lazaret /m*assurèrent que ni les chirurgiens qui ouvrirent les cadavres, ni les infirmiers qui servirent les malades , ne contractèrent la fièvre jaune .* n

^•. Fait, ce En 1807 ^^le capitaine Jonathan Titcomb, parti de Boston le 3o juin avec six hommes d'équipage sur le schooner Pâme, chargé de morue salée, arriva à Marseille lé 20 août suivant sans avoir touché à aucun port,- subit quinze jours de quarantaine , débarqua le 3 septembre , et alla loger chez MM. Gabriac et Goshing; il était déjà un peu indisposé, la Ghyrese développa sous le type continu avec les vomissemens et la jaunisse universelle : vers la fin delà maladie, les matières vomies furent noires; il

mourut le huitième jour après son débarquement • La maladie ne fut communiquée à per^ sonne* Ce fut le docteur Cauvière qui le soigna. M. Delacourti qui. avait assisté à l'ouverture de son cadavre, me dit qu'on y avait retrouvé les mêmes lésions que dans les cadavres des précédens malades morts dans le lazaret. (On s'as^ sura qu'il y avait à bord du navire dans lacham* bre du capitaine , une odeur de poisson altéré très-désagréable ; ce qui est ordinaire. toutes les fois qu'on transporte de pareilles cargaisons pendant l'été. ) »

Je rappellerai ici que les travailleurs qui prirent la fièvre jaune sur le Hibberi, pe. la communiquèrent à aucun de leurs^ concitoyens, et j'ajouterai pour l'histoire du Green, que cette frégate , aj^rès avoir quitté la Havane, vit encore renaître la fièvre jautie sur son équipage., qu elle perdit quàrapte Hommes dans sa traversée ; qu arrivée à Newport , eUe débarqua quaranie:nialadesayant,.soitdfs ulcères aux jaiube$i, soit la maladie : v^énéri^nne ; que tous furent traités à rhô)ûtal^ et que, quoique les vêtemens fussent aepportés du b^iipent avec lequel on entretenait des communications ,• personne à terre ne fut atteint 'd(e la fièvre jaune.

Le 27 septembre i8o5, Scobie mourut k Boston de la maladie qui régnait à New- York »

d'uû il était vetiu , et qu'il avait quitté le u h même mois. Ce fut le i6 qu'il arriva à Boston; le ai il se Sentit malade, eut des frissoQsetla fièvre. Le 34 , le D'. d'Atfôrt té yt&ila et rendit compte de sa mal;idie tfu bureau de santé; le 26 f o& médecin assura que c'était la même Si- ^re maligne qui avait régné ii Bo^Onen 179$

Le bureau de santé, en fisisâilt publier ce bit signé parE. Larkifi^ son président > asson qu aucune autre p^rsonlie tle Ife ville ti'arait été atteinte de cette maladie*

Rush affirme que la fièvre jaune ne se rm Ira dan? aucune ville de^Étafs-tlnis pendant fc sept ans de là guerre de TindépeiidisbUce > quoi que dàôs îiÈùt^, il &rt*ivât dë^ifialadesdesilfê bfifàrihiques iti£efctées ^ et que Ton poriàf Ions lei effets qui avaient servi dàtift les hopitamet 4és priions où féguâit lit fièvre jaune (d).

' Déi exemples ftéqaém ^ dît William Bud, se sb'tii présëtiiés et Èé prései)«dfit A^ ^nrtéé^ d'iiidividas i^èr^rtô^dt àt6 lûdes orieotaléfe, âlt*liAff|âe< fai-HëWe jaune, kfiguissat péndant'qliel<^uè tët^ps'daâs la màisdb de leoi^ ^rens^ âe ternes *tfttris> vecOtÉvrâtit h santé -bu perdant la VieV ëtttOut^s de beaucoup de personnes* durant leui* maladie ^ leurs babits

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• (») UUSH , p. 92. '/ ' •

étant usés , après leur mort , par leurs parens^ et cela sans que jamais il s'eii soît ensuivi aucun dc<îitlent. J'ai vudepai^eils éxetnpleS à Weterfîeld darts le Connectidut , tt c'est un fait généralèïftent connu à Philadelphie et ici (a).

Les faits de cette hàtiire pfeuVfeht se multiplier à l'infiilî i lé Mèdiml r^epàsiteryêii serzk iilié Éàiirce inépuisable si ôh Voulait Ifeà y recherbhép; niais je ci*ois là chose inutile > èciSx que jai rappôrtélî étant plus que sufRsans pour atteindre mon but. AVàbt dé passer à leur discussion, je Veux en î^résèhtèl' quelquie^s aiitres d'une nature difféi'eaie ; ye TeuipârWdfe la maladie i hôctiléé èëiiS feuetfèi; • . '

A Philadelphie , je faisais de M^né^\iés bUVèt^i tui^â? dé'€adàt¥è ; détli^cëftfe b{)éralidn , il m*est âfi-rî té (foô* foi* etéWéUèÉsè)^ impiiûétiié&t. -hk pi-eMtèTifej jfe mèdbiïftâi tih tôu^ de scalpel au dôi^t^til^iïiéu tië Itt «ÉiaiH^gâuclié, ëfa voulant détacher la ^èbi^lè dliflèl (|âi^l!à4t^^utl poids ^HU^ùMitiàite.^idéiklpii qtii^ijèri^iiik mes obseHMôi^ tÈie^Qp ikdè»^ïi^^ qite le ^tig cèiilàil de t!èlié](»IN4e p'dé]à '^(kitiverté dil sang du oadàm{if^l^<ift)âM4^4'uli toidrceaU de linge el je ^lemtimtài ni($n^&tb^i^. i^&à^ elle fut ttt*fnîftëéi je Mëlavàî IflItritfinVet je découvris

dans la premièrb phalange une plaie de demipouce de longueur ; je la recouvris d'un taffetas gommé , et elle guérit sans peine comme sans accident. — La seconde blessure me fut occasionée par une côte que je rompais pour examiner rétendue et lorigine d'un dépôt sanguinolent situé sous la plèvre dans la partie latérale de la colonne vertébrale. Un des bouts de la côte me déchira le dos de la main ; la blessure avait deux pouces de long , elle était ibégaiement profonde et donnait beaucoup de saoj par plusieurs parties; après l'avoir lavée, je la recouvris d'un ta£fetas gomnié ; elle s'enflamma d'abord I produisit un peu de rougeur , mais se cicatrisa en peu de jours.

JSavarésy et Dalma^ disent aussi avoir £iit beaucoup d'ouvertures de cadavres , en avoir vu £siire par les autres chirurgiens ^ et p'ayoir jamais pu. constater un seul cas d inoculation , quoique plusieurs se fussent blessés.

' Le docteur Ffirth^ 4e Salem ., dans le nouveau Jersey; Amérique,duNotd|.i^£dt tout ce qu'il éitait possible dç faire ppm* s'inoculer la fièvre jaune I et n'a jamais pu y parvenir* Il avait commencé par faire ses expéi*ie«içes sur des animaux: i^'.tm: chiens nourri. pendant une semaine avec du pain trempé dans de la matière noire rejetée par Je vomissement^ n'éprouva

pas la plus l^ère alternative «de santé. Il en fut demêmed'un /chat ainsi nourri pendant quinze jours; 2"". de la matière fraîchement rejetée^ inoculée entre la peau et les muscles dun chien , ne produisit aucun effet, ni général , ni local ; 5."" le docteur Ffirth s inocula à l'avantbras gauche de la matière noire , au moment xnème où un moribond la rejetait , et ne par« vint par-là qu'à exciter une légère inflamma-tion qui se dissipa en trois jours; 4"** il plaça de la même matière sur une coupure faite au bras droit , et l'y maintint fixée pendant deux jours avec un emplâtre aggluti natif; à l'examen^ nulle trace d'inflammation , et la plaie se guérit sans suppuration; 5^. le docteur Ffirth répéta ces expériences sur les différentes parties de son corps plus de vingt fois, et toujours sans accident; &". à Philadelphie, en i8oa et i8o5 , il mit de cette matière sur ses yeux , sans qu'il en éprouvât plus de sensation que de l'eau froide; y», il s'exposa à l'évaporation de cette matière mise dans un poêlon de fer, et inspira les gaz dégagés par la chaleur; S"** il avala en pilules la matière épaissie restant après cette évaporation I sans que son estomac en fut incommodé; g"*, il but un mélange de demi-once de matière fraldiement vomie et de demi-once d'eau , et

n'en ressentit aucune effet; i(y». il porta la dose

de cette matière jusqu'à douze onces mêlées avec autant d'eaù , et toujours sans effet; 1 1^ il avala deux onces de matière pure , et n*en res* sentit pas plus d'effet ; 1 2^. enfin, de nombreiH ses inoculations faites sur toutes les parties de son corps avec la salive ou la sueur des malades, n^eurent pas plus de suite que celles qui avaient faites avec la matière du vomissement.

Les faits que je viens de présenter ne sont , je Favoue, que des faits négatifs ; mais tous sont généraux, excepté les derniers, auxquels, du reste , je n'attache d'autre importance que celle qui résulté de leur réunion aux premiers* Ceux-ci sont on ne peut pas plus concluans ; il ne s'y agit pas de deux , de quatre ou de vingt individus qui ont été impropres à la maladie; ce sont des campagnes, des villes entières, qui n'ont pu en être attaquées, quoique des milliers de malades l'eussent importée dans leur sein. Comment, si elle était véritablement contagieuse , n'a-t-elle pas trouvé un individu ^2^ceptiUe? Comment, en abandonnant le lieu de sa naissance, a-t-elle perdu cette qualité émi- .nemment propagatrice ? Comment! .. . Les coutagionnistes nous eii donnent plusieurs raisons ; il est essentiel de les examiner.

La première , c'est que la maladie nent d'un pays étranger , et qu'elle est semblable à une

plmite qui 5Ç (lenature et s'abâtardit par ^(i transplantation dans un terroir étranger et sous un autre climcif» Je consens à oublier ^n ce inomep( que j'fii démontré que la fièyre jaune doit totijours sa naissance m% lieux dan^ lesquels elles^ montre;; et, l'idée de rimpor^ation étant acjqaise^ je prie ceux qui dqqqi^nt cette raison de n^ç ^ive quel çst le pay$ 4'pi^ <^Qu^ vijpqt cette maladie. Ce iie pevit être bien certainement ^\ {es Antilles^ pi TAmériquejt |iî l'Europe, ^ç\}\p^ ppptrée^ pii elle a été bien étudiée y puisque j'ai prouvé que dans toutes elle SCI comportait de'I^ même manière j que dans aucj^np çlle p'était contagieuse. Nous vient-ellp par hasard de quelque pays inconnu? Cest çis qiae quelques défensieurs de la cont^^ion ne disent pas positivement , mais ce qu'ils tendent bien à faire spapçonner,

La fièv^rp jaunç , diseqt- jils en second lieu ^ existe dans uq pays, et ne 3'y prppage pas; ce fk'est pa$ alors qu'elj.e ait ,c.es3ç d'être cpntagieuse^ in^i&hienseulfimfdnt parce qffUlrrififique une cq^zr- 4itiori umv^rselhmmtfépar\due parmi le peuple. Et quelle est cettfi condition ^ui manque ? on Tignore. Quoique aujourd'l^ui on ne puisse plus s'en rapporter aux causes occultes, on pourrait toutefois tenir cpmpte aux auteurs de cette réponse ^ de leur humilité; si malbeureusemept

elle n'était pas la défaite ordinaire de ceux qui ne veulent pas apprendre, ou de ceux qui , ayant appris , né veulent pas l'avouer ; et si ces mêmes auteurs n'embrassaient pas avec avidité la première hypothèse qui parait flatter l'opinion dont ils se sont déclarés les apologistes. Quel autre sentiment aurait pu leur faire adopter la troisième explication à laquelle ils ont si souvent recours, savoir, que le principe da la contagion a besoin dun air impur pour qu'il puisse sy cramponner^ qu'un air pur le dissout aussitôt.

Ce n'est pas que cette explication ne pût être de quelque valeur sur l'esprit de ceux qui voudraient soutenir encore qu'un virus est indispensable pour donner naissance à la fièvre jaune ; on pourrait concevoir, dans cette supposition , que le caractère de ce virus est de n'exister que sous telles conditions requises : mais tant de îaxts parlent contre cette opinion , elle est devenue tellement insoutenable , qu'il me serait difficile, pour ne pas dire impossible , de citer un seul médecin qui , vivant de nos jours, ne l'ait pas abandonnée complètement , et j'en ai , plus haut, assez démontré la fausseté, pour que je me dispense d'y revenir ici. Quant à ceux qui soutiennent l'opinion contraire, c'est-à-dire ^ que la fièvre jaune peut naître par l'action deces^

tains agens physiques réunis ( quand d'ailleurs lesindividusqui sont soumis à ces agens sont déjà prédisposés), pour faire ressortir leur inconséquence^ il n'y a qu'à montrer que les conditions qu'ils requièrent pour fe développement de leur virus ,. sont absolument les mêmes que celles qu'ils avouent sui&re pour faire naître la maladie. Elle peut naître f confessent-ils, dans certaines parties de r Amérique , quand une forte chaleur met en mous^ement les principes conte^ nus dans un terrain marécageux. Mais si ces principes ( et j'ai démontré que ceux dégagés de Tbomme vivant ou des matières animales étaient de même nature) suffisent en Amérique, ils doivent nécessairement suffire et en Europe et da|is toute la terre ; et , quand ils existent dans un lieu , pourquoi , si des individus sont atteints de la maladie à laquelle vous convenez qu ils peuvent donner naissance , au lieu de lés

inculper ^ allez -vous accuser un virus contagieux dont rien ne désigné le besoin, et encore

moins Texisteace ? Pourquoi, disent-ils?

parce que nous avonsdes faits positif qui prouvent que la maladie se communique par le contact. Examinons donc ces faits, et voyons si l'infection n'y a été pour rien.

« Les émigrés de la Martinique arrivèrent à la ville de Roseau en si grand nombre , vers le

lO join 1793, que les rues et les maisons e& furent encombrées; peu de jours après, la fièvre jaune se déclara. » La ville de Roseau appa^ tient à la Dominique; en supposant qu^elIe soit bien située , on ne peut nier qu'elle est soumise à une forte chaleur, surtout au mois dé jain : avec cette condition, qu'y manque-t-il pour faire naître la fièvre jaune ? Rien que llnflueDce d un foyer d'infection , et bien cèrïaiuemeDl elle y (iit fournie alors par la grande reo* niou des émigrés de la Martinique. Qu'on établisse un hôpital dans le lieu même te plnssain; si on y entasse les malades , le typhus les y atteindra nécessairement; et, d'après ce quej'aidit de la chaleur^ si elle vient firapper ces malades avec tontes ses conditions requises , ce tjfh& se changera en fièvre jaune. Cest à un pare3 ensemble de circonstances que fiit due la maladie qui se développa dans la ville de Rosean ; c'est à un pareil ensemble de circonstances que fut due, comme je l'ai d^à dit , la maladie qui désola de temps à autre certains villages de TËspagne qui n'en paraissaient nullement sus* ceptiUes; et c*est encore à un pareil ensemble de circonstances que l'on doit attribuer le développement de cette maladie chez certains individus transportés dans des vadsseanx (p^ étaient déjà infiectés , on qu'ils infectèrent par

a47 leur raflfiemblement. Je vais rapporter plnsieiim de ces faits , sur lesquels se reposeat tous ceux qui croient à la contagion.

c( En idoSp le brick français le Pii/mure viat mouiller 4ans le port royal de la Martinique. La fièvre jaune se communiq^ia bientôt à Vé^ jquipage> et devînt très^meurtrière. Le gouverneur^ e^>éraikt que la maladie s'alGEaiblirait en pleine mer^ or4onna,à ce vaisseau d'entreprendre une croisière. L'ordre fîit exécuté ; mais bieSntôit le brick anglais le Carnation , venaat d'£nrope« n'ayant point de malades à bord^ «se trouva dans les eaux du Palmure; les deux bàUtfiens «e livrèrent combat , le capitaine français commanda Fabordage , et le brick mglais fut caqpluré : la plupart des bommes de son équipage furent transportés à bord du Palinure,, et un grand nombre fut frappé de la fièvre jaune, (a) »

La flotte anglaise bloqua le cap pendant sept mois; et^ pendant tout ce temps, malgré les fafigues de la navigation , les équipages jouirent d'unebonnesanlé. Après la redditionde}aville^

{a) Ce fait a été communiqué par M. Moreau-Jonnes à 'HH. Foornier et Tand j , tpn Tont inséré àsns leur article ^fihir^ Jaune du Dictiomiaire ie$ Sciences médicales.

!i48 les A Dglais poussèrent si loin lesprécantionspoor ne pas être mis en contact avec les mabde, qu'ayant donné à M. Bally le navire la Jusûk pour transporter les officiers malades , et un grand nombre d'oflSciers de santé bien portaos, ils n'osèrent jamab Tamariner, et le laissèrent libre jusqu'à la Jamaïque, où il les suivit Mais, pendant cette traversée, une foule immense i& compagnons dlnfortune de M. Ballj ayant été mis à bord des vaisseaux anglais , et une partie des équipages anglais ayant été mis à bord de nos vaisseaux , la fièvre jaune se déclara chei beaucoup de marins de cette nation. Il en&i de même de la division qui avait reçu l'ordre de conduire à Kings-town les bâtimens du Portau-Prince. L'infection y fît des progrès encore plus rapides, quoique précédemment on n'eût aperçu aucune trace de sa présence chez lesnu' telots anglais (a).

c( Au Cap-Français, beaucoup de nos vaisseaux n'eurent point à souffiîr, tant qu'ils ne communiquèrent point avec nous; le nombre des malades atteints du typhus américain était près* que toujours en raison de la fréquence de nos relations avec la terre. Un trait fort singulier

(a) Balit, p. 456.

de ce genre se passa sur leDuguajr^Trouin, dont l'équipage jouit d'une santé parfaite pendant les huit preniiers mois de sa station dans la rade ; mais peu après que le contre-amiral Latouche-Tréville l'eut choisi pour être le vais-» seau amiral , nous ne tardâmes pas à recevoir un grand nombre de matelots de son équipage, * atteints de l'affection dominante; ce changement vint de ce que la présence du commandant de l'escadre nécessita des relations très-multipliées avec la terre (a). »

Tous les autres faits de fièvre jaune communiquée sur des vaisseaux ressemblant à ceux-ci, il est inutile de les rapporter; car j'ai choisi ceux que l'on présente comme les plus concluans, pour qu'on pût juger de la valeur des autres. Je pense qu'après tout ce que j'ai dit plus haut , il est inutile d'expliquer maintenant comment le Palinure étant infecté et par l'air dont toutes ses parois s'étaient imprégnées oaos le havre , et par la quantité de miasmes ^exhalés par les malades y put faire naître chez ses prisonniers la fièvre jaune, sans qu'il fut besoin d'un principe contagieux ; comment hi foule inh mense transportée sur les vaisseaux anglais put en -faire autant de foyers d'infection ; comment

{a) Bally, p. i54

jamais apprècbdis de la terfç , ont etéçon^it^fPinent exemptés de la maladif. Kwh rapporte qu'une observation semblable fut f^it^ k PM- If^d^lphie en 1793. Enfin, on dit que ûiire éloigner de la terre un yai^ses^u infecté» souveol suffit pour le rendre salMbre. Cç d^rpier f^t s'explique très-bien par le p}us grapd espace qui résultqde c^téloignen^^nt, entre le vaisseau et le foyer d'infection ; m^iscgttQ rs^îson n'est guère valable pour lesdeiix premiers. Du reste, 09 sont desiaitç isolés, et qiii maritept plus d'atte^tÎQn quW n'y en a &i|; jusqu'à présept; si 4'^utres viennent lescoiifirmer, ils pouprop t bieo nousdonnerqM6lq^eidéenouvjç]lesurlanuipière de déj^infecter l'^tqap^pbi^re^ mai^i dan^ aucun cas, ils nç ppurront nuire à {a théorie dLç l'infection , telle que je l'ai établie sjur 4^ ffiits^yistan$ , nombreux et avéré3t Cest p^r el|M(ue l'on détruira ce fVntôtpe 4f^ contagfoa ^ eu &i$^nt voir que tout se, i^apport^ à de$ coi)ditions atmosphériques invariables; c'est par elle qp'on expUqi^era tous ce^ faits pps.itifs que Toq présente avec l;a<Pt d'assura^içe» niais malheureusement pas toujours avec exactitude , ou du moins avec discernements Aipsi, Je lis dj^i^s un ouvrage sur l'épid^iiie 4^ LivpurniÇ l'aUaeil suivait : « J'ai observé moi*n%ème que le mari a pris la maladif d^ jsa fômoxe , le frèrjs djs la

1*. Païlôtti l'apporte qu'ayant uile dent cariée, îl y pôlrtàit isôuvent le doigt; qu'il s'est même rappelé l'y avoir porté après avoir touché de$ individus atteints de la fièVte jatine^ et que^ biëtitôt après, cette maladie s'est développée sur lui (tt). Je coti^ens h accorder que les sym?* ptômes qu'il décrit étaient cleux de la maladie régnante ; n'étâît-il pas dans l'ottlre que, soumis â rihfluettcè du foyéf d'infection, il y succom*bât comme les autres? Et )()uant à f laction que peu* vent avôit* éXie les frictions faites avec son doigt sur la gencive, c'est une simple coïncidence ,, ou tout àù plus nne cause déterminante de la maladie , Falloni étant déjà infecté.

2*. On raconte de la même épidémie, que des garçons l>6u1angérs prirent là fièvre jaune pour avoir couché sut des sacs qui étaient lestés pen-dant deux ]0ùf*s dans un vaisseau espagnol j: qu a la suite , le boulanger et sa femtne prirent la rhême maladie, et qtfe îf infecâôn gagna toute la maison. Ce fait , qui parait extraordinaire au premier coup d'oeil , rentre dans Tordre commun par la moindre réflexion. La fièvre jaune existait déjà à Livournè^ dont il y avait tm centre de p u tr é f a ct io n qui «arturait l'air de principes délétères; et k maison du boulanger»

(à) Palloni , p. 20.

a existe. C'est de là que sont venus tou^ ces contes d'importations merveilleuses sur ies* quelles je n'ai garde de revenir : ce serait &tiguer le lecteur par des répétitions inutiles ; et c'est également pour^ce dernier niotif, que je ne pousserai pas plus loin la réfutation dés faits allégués en faveur de la contagion. Je finis en assurant que de ceux qui sont bien relatés et rappoiiés par des hommes dignes de foi, je n'en ai trouvé aucun qui ne puisse^ avec vérité et sans effort , être interprété par l'infection :

Pour terminer ce chapitre, il ne me reste plus qu'à répondre à une question %qu*on sera naturellement porté à me faire. Comment , me dira-t-on, si la propriété contagieuse de. la «fièvre jaune est si évidemment fausse, tant d'hommes faisant autorité en médecine l'ont-ils défendue ? Parce qu'on n'a jamais, connu la véritable différence qui. existe entre la contagion et l'infection . Long-temps ces deux niodes morbifîques furent. à peu près confondus, comme je l'ai déjà dit ; vers la fin du siècle dernier seulement, on commença à pressentir qu'il existait entre eux une grande différence ; peyu à peu ou: est parvenu à dira quelle elle était, mais cependant sans la rendre très-claire. M. Nacquart l'a trèsr bien exposée dansjes articles infection et conLa- ^ion du Journal des Sciences médicales ; mais

il a vonlii âieltre aussi une différence entre les divers produits de la putréfaction ^ et de là est résulté encore une certaine obscurité , parce que f si en effet, les principes qui s'exhalent du c:orps d'un individu atteint de la fièvre jaune étaient différens de ceux qui s'exhalent des ifna-^ rais f ou des matières animales en putréfactien ; s'ils acquéraient d'autres propriétés que celles . qu'ils ont étant exhales par l'homme en santé ^ rien n'empêcherait qu'on put penser qu'ils acquièrent la propriété contagieuse. Heureuse** ment les faits et le raisonnement s'opposent et à cette différence entre les principes délétères , et à ce changement dans leurs caractères.

La plus grande partie des médecins que l'on invoque en fayeur de la faculté contagieuse de la fièvre jaune, avaient été forcés d'avouer que cette faculté n'est pas essentiellement liée à la maladie , avant même de connaître la ligne de démarcation qui sépare Tinfection de la contagion ; aujourd'hui que cette ligne est tirée d'une manière exacte, je ne pense pas qu'un seul de ceux qui vivent, résiste à l'évidence des faits que j'ai présentés. Déjà en Amérique , toute idée de contagion est rejetée; le bureau de santé à New- York , au mois de septembre 1 8o5 , donna son opinion bien décidée que la maladie n'est pas contagieuse. M. Jefferson, dans son

discours au congrès, prononcé le 2 décembre i8o5, assura que c'était l'opinion générale.

L'académie médicale de Philadelphie , la kr culte de médecine de Baltimore , la société médicale de Cbarleston, ont déclaré ne plus croire à la contagion. Presque tous les médecins de l'Amérique ise sont rangés à cette opinion; le docteur Rush lui-même , après avoir long-temps été à la tête du parti contagionniste, a hautement reconnu son erreur, et il a fait un petit ouvrage consacré surtout à donner les raisons de son changement (a).

Cette désertion du. chef de la secte fut un coup

(a) On pourra trouver extraordinaire qu'ayant été le premier à écrire sur la fièvre jaune qui a régné à Philadelphie dans la fin du siècle dernier ( mes observations furent publiées avant l'ouvrage du .docteur Rush ) , qu'ayant été le premier à soutenir qu'elle n'était pas contagieuse , mon ouvrage ni mon nom ne soient jamais cités dans cet écrit. Cela tient à deux raisons : la première , , c'est l'habitude que les écrivains américains ont hérité de leurs ancêtres les Anglais , de ne jamais citer les auteurs étrangers ; ils se croiraient déshonorés s'ils avouaient devoir quelque chose à une nation étrangère. La seconde raison m'est particulière : aussitôt que la lettre que j'ai rapportée dans ma préface fut connue du public^ les médecinsde Philadelphie s'assemblèrent pour délibérer sur ce qu'ils devaient faire. D'abord ils voulurent me répondre , mais ayant appris que je voulais proposer des expériences pour résoudre la discussion qui se serait élevée par leur

terrible pour les partisans de la contagion ; ils cherchèrent .à pallier cet échec , mais inutilement : Hûsh entraîna avec lui une nouvelle partie des médecins contagionnistes des États- Unis, et presque toute Topinion publique. Sa mort étant arrivée quelques années après , on fit courir le bruit qu'il s'était rétracté à son heure suprême; les rédacteurs de Yavïiclejiès^re jaune du Dictionnaire des Sciences médicales, ai&rment même cette assertion d'après des témoins dignes de foi (a)* Je ne sais jusqu'où

réponse ^ ils changèrent d^avis , bien convaincus de la bonté qui retomberait sur eux , si, aprës^ leur clameur» et leurs intrigues , on leur prouvait évidemment qu'iU avaient tort. Ils décidèrent en conséquence qu'ils devaient garder le silence ; et, comme ils connaissaient mon intention prononcée de ne pas me fixer à Philadelphie , ik se promirent entre eux de ne jamais me citer en rien , et d'ensevelir ainsi dans l'oubli qu'un étranger avait prodigué ses soins à leurs compatriotes , et les avait éclairés sur le caractère principal de la maladie qui les désolait; tandis que presque eux tous avaient pris la fuite au moment du danger. Je dois ajouter que tous les médecins des États-Unîs-n'ont point pris part à cette injustice ; un éloge .trèjs-flatteur de mon ouvrage et de ma conduite se trouve consigné dans le iKfe^/icaZ i^e^ràe^r^ de New-York , t. IX , p. 80.

(a) M. Moreau de Sainl-Méry , cité comme l'un de ces témoins , avait quitté Philadelphie depuis plusieurs année^ ^ lorsque, la doctetir Rush mourut.

va la vëràché de ces témoins j mais il est bien certain que je possède Téloge de Benjamin Rush , fait par son ëlèye et son ami David Kamsay, lu devant Tacadémie médicale de Charleston^ quelque temps après sa mort, et où il n'est nullement question de cette rétractation ; peut-on croire que si elle eût été vraie ou même soupçonnée, Fauteur de l'éloge eût pu se dispenser d'en faire mention ? J'ai de plus entre les mains la lettre d'un élève (a) du médecin célèbre de Philadelphie, qui a assisté à ses derniers momeiis , et qui dément cette allégation d une manière formelle.

Pour revenir à mon sujet, j'ai dit qu'en Amé-

(a) M. Nancrëde. Ce jeune médecin voulait faire impriitier la réfutation de cette assertion , qu'il appelle une afireuse calomnie faite à la mémoire de son maître ; mais il a été détourné de ce dessein , parce qu'il a appris que cette réfutation avait été faite par M. Pascalis ', dans une lettre (^) adressée à John Rodgers , docteur médecin. , etc. M. Pascalis soutient dans cette lettre que la fièvre jaune n'est nullement contagieuse ; et son opinion est d'autant plus importante , que ce savant médecin , après avoir long-temps observé la maladie dans les États-^Unis , a fait un voyage en JÇspagne, exprès pour l'étudier encore dans l'ancien continent.

(*) Cette lettre, traduite en français, a été insérée dans le n^, i^r de Fanoëe 1818, Journal général de Médecine.

rique » les médecins et le peuple ont. presque tou& reconnu la non contagion de la fièvre jaune; j[ ajoute maintenant^ qu!en An^citj^re, tous les médecins qui ont eu occa^an «d'aller l'observer se sont rangés k la imm^ Of^ieâan ; que, parmi les ipé^ecins français , fiii'esqiuî tous ceux qui ont eu occasion 4^ la tr^^ter^ sont encore arrivés, k la même oji^ère. de ycâr (a). Et , quapt à TËspag^e , ï?à déjà dit q^i^'on disait brûler les ouvrages qù cette dernièrç dipinion était combattue^ et qu'on en persécutait les auteurs ; ainsi Ton ne doit pas s'étonner que le nombre de ses adversaires soit nul , ou qu'ils ne se montrent pas. Je doiscependant avouer que dans tous les pays, la défense de la contagion est prise encore par plusieurs médecins, de ceuxlà même qui ont vu et revu la maladie , et que , parmi eux, il en est qui jouissent d'une réputation justement acquise, il suffit de citer le docteur Currie à Philadelphie, et M.JBally à Paris.

(a) Parmi ces derniers , je me plais à citer M. Lefort, qui, après avoir soutenu, dans sa thèse présentée à la faculté de médecine de Paris en 1804 y et dans un mémoire couronné par la société de médecine de Paris en 181 a , que la fièvre jaune est contagieuse , a «u 1^ courage de réformer son opinion quand l'observation lui a montré qu'elle était fausse , et de se rétracter dans une lettre adressée à la société de médecine de Paris.

De pareils noms éloignent; sans doute^ toul soupçon de mauvaise foi; mais tout homme peut se tromper , et combien b'est-il pas difficile de se défaire d'une vieille erreur , surtout quand on pense comme ces deux médecins , que Terreur contraire ne peut que devenir très-funeste à ses concitoyens et à la moitié des habitans de la terre ! Rendons horomage à la pureté de leur intention ; mais gardons-nous , en suivant leur exeniple; de résister à la vérité.

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