‹ Traité de la fièvre jauneChapitre 13 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Premiere observation.

Ux homme, âgé de trente à trente-cinq ans, de taille moyenne, d’un tempérament bilieux, entra à l'hôpital Bush-Hill, le 29 septembre 1793; il ne put me dire depuis quel temps il était malade; j'appris seulement que le premier et le second jour de sa maladie, 1l avait avalé une dose de poudres drastriques, composées de calomel et de jalap.

La langue et les lèvres étaient sèches, la respiration pénible et les extrémités froides. Il vomissait avec effort tout ce qu’il prenait; son ventre était douloureux et tellement contracté, que la paroi abdominale antérieure se rapprochait de la colonne vertébrale. Les matières rendues par les selles étaient noires , infectes et mèêlées de sang ; les urines en petite quantité étaient également infectes et noires. Le pouls était concentré ; 1l y avait desmouvemens convulsifs dans les tendons. |

Je fis appliquer les vésicatoires et mettre des briques chaudes aux extrémités; j'essayai même de faire avaler quelques remèdes, mais le tout

inutilement, le malade mourut dans la nuit du 1e". octobre; le 2, je fis l'ouverture.

Les membranes du cerveau étaient dans leur état naturel ; les sinus de la dure-mère contenaient une petite quantité de sang noir ; le cerveau était ferme ; la substance corticale, moins dure qu'elle n'aurait du Pêtre, la médullaire plus blanche ; l'artère calleuse et le plexus choroïde, décolorés et presque blancs ; les ven-

tricules ne contenaient presque point de séro-

sité.

Les poumons étaient dans l’état naturel ; il y avait très-peu de sérosité dansle péricarde ; le cœur flétri, ridé, pâle, ne contenait absolument rien ; 1l était d’une consistance mollasse. 3

L'estomac, un peu resserré sur lui-même }; présentait une épaisseur double de ce qu'elié est dans l'état naturel ; sa membrane interne, en partie détruite, laissait encore des lämbeaux rouges et enflammeés ; leduodénum et presque tout le canal intestinal etaient dans le même état ; la membrane interne qui restait, se coloraït en noir à mesure qu’elle approchäait des gros intestins ; tout le canal était tapissé d'une matière noire, glaireusé, sanguinolente et d’une odeur fétide ; le mésentère, livide du côté de la colonne vertébrale ; forrnait dans cette

partie, par l’écartement de ses deux feuillets, une poche pleine de sang noir; le sang des veines cave et porte était de méme couleur.

Enfin Ja vessie contractée contenait un peu d'urine noire et fétide; sa membrane interne était parsemée de taches brunes.

Deuxième observation.

Le premier jour d'octobre, on porta à l'hô- . pitalun malade âgé d'environ trente-trois ans ; 1} était sans connaissance, froid et presque sans pouls, sa bouche était demi-ouverte et pleine d'un sang noir, sa respiration petite , prompte et entrecoupée, son corps d’une couleur jaune foncée. J’appris des personnes qui l’accompagnaient, qu'il était malade depuis quelques jours, et qu'il avait avalé plusieurs doses de poudres drastiques, composées de calomel et de jalap. Tous les moyens que je mis en usage furent inutiles ; le malade mourut pendant la nuit.

Le 2, je fis l'ouverture de son cadavre; la tête ne m'offrit rien de plus que dans l’observation précédente. Les poumons étaient dans leur état naturel, à quelques adhérences près , qui me parurent anciennes; elles étaient placées entre la plèvre et le poumon du côté droit. |

Le péricarde contenait un peu de sérosité d’un jaune foncé, le cœur était flétri et vide, l'oreillette droite pleine d’un sang très-noir.

L’estomac, qui présentait une épaisseur plus que double de celle qu'il a dans son état ordinaire, contenait , ainsi que le canal intestinal, du sang noir et de la bile de même couleur, ces deux liquides tantôt séparés, tantôt mêlés ensemble. La membrane interne de ces organes était presque entiérement détruite ; le peu qui en restait se trouvait gangrené, détaché et flottant dans ces matières. Le mésentère était enflammé du côté des intestins, 1l avait ses glandes noires et très-engorgées ; il contenait du pus jaune entre ses deux feuillets du côté de la colonne vertébrale. La vésicule du fiel était vide. Le pancréas dur et engorgé, avait à peu pres le double de son volume; l'urine était noire et fétide, la membrane interne de la vessie était gangrenée.

Troisième observation.

Un homme, âgé d'environ 34 ans, d’un tempérament sanguin , d’une constitution robuste, ayant l'habitude de s’enivrer , tomba malade le 11 octobre, à la suite d’une débauche dans laquelle il avait bu de l’eau-de-vie à l’excès. Je le vis à l'hôpital le premier jour de sa maladie :

chaleur brülante, peau sèche et aride, figure d’un rouge cramoisi, yeux étincelans, soif ardente , langue très-sèche et recouverte d’un limon jaunâtre, respiration haute , vomissemens de bile verte et jaune avec des efforts considérables , pouls dur et serré, douleurs dans la tête et l'épigastre; tels furent les symptômes qu'il me présenta.

Je le fis saigner au bras, j'ordonnai des lavemens avec une décoction de graine de lin, je lui fis prendre un bain, et pour boisson de la Hmonade nitrée : l’apres-midi, les symptômes ayant la même intensité, je le fis saigner de nouveau. Le lendemain , second jour de la maladie , je le fis saigner encore deux fois, je lui

prescrivis aussi les mêmes remèdes, mais il rejeta toute espèce de boisson.

Le troisième jour, 1l ressentit des lassitudes : son pouls devint intermittent, ses yeux et sa peau se colorèrent de jaune, il rendait par les selles et par le vomissement, des glaires verteset jaunes mêlées de sang ; le ventre cependant, n'était ni tendu, n1 douloureux, le peu d'urines rendues étaient sanguinolentes : dans cette situation difficile , je lui ordonnai l’eau acidulée avec l'esprit de nitre dulcifié ( acide nitrique alcoholisé }, mais je lui permis de chauger de boisson à sa volonté ; on lui donna toutes

| 7e celles qu'il désira, ce fut inutilement; il les rendit aussitôt, rien ne put rester dans son estomac.

Le quatrième jour, il éprouva des faiblesses ; tout son corps devint d’un jaune foncé, ses extrémités froides, son pouls petit et intermittent, sa respiration de plus en plus gènée, ses selles étaient toujours mèlées de glaires sanguinolentes, ses forces allaient en décroissant rapidement ; il mourut le lendemain maün, cinquième jour de sa maladie, il avait conservé connaissance jusqu'a son dernier moment.

À l'ouverture du cadavre, je trouvai une sérosité très-jaune contenue dans les ventricules du cerveau; les poumons étaient couverts de taches noires ; lorsque je les divisai, je les trouvai gorgés d'un sang noir et écumeux, l'humeur: contenue dans le péricarde était jaune, le cœur absolument vide: l'oreillette droite contenait du sang noir ; l'estomac, distendu par quelques gaz, avait plus que le double de son épaisseur naturelle, et renfermait des caillots de sang noir; Sa membrane interne , inésalement enflammée, présentait par intervalles un rouge plus où moins vif; celle du duodénum et des autres intestins était dans le même état; des callots de sang noir et des glaires de la même couleur tapissaient le canal intestinal, un sang

également noir engorgeait les vaisseaux du mésentère ; la vessie contenait un peu d'urine sanguinolente; sa membrane interne présentait des traces d’inflammation.

Quatrième observation.

Le 15 octobre, je vis à l'hôpital un jeune homme âgé d'environ 36 ans, tempérament bilieux , taille petite, cheveux chätains ; entré la veille au soir, il était malade depuis cinq jours, pendant lesquels il avait avale trois prises des poudres drastiques, composées de jalap et de calomel.

J'observai les symptômes suivans : peau brülante , respiration génée , langue sèche et trèsrouge , soif ardente, grands efforts pour vomir, ventre très - douloureux , selles d'un sang pur, pouls dur et pressé, quelques gouttes d'urine d’un jaune foncé rendues avec douleur. J'ordonnai de la limonade nitrée , une émulsion simple , des lavemens émolliens, des cataplasmes de même nature sur le ventre, et je le fis saiguer trois fois dans la journée.

Le 16, arrivérent des faiblesses qu'il éprouvait en allant à la garde-robe; les bouillons qu'il avalait, 1l les rendait à l'instant avec de grands efforts et mélées de sang; J'essayai, mais en vain, différens moyens pour arrêter ce symp-

tôme. Le malade était dans une agitation continuelle, 11 voulait se coucher par terre; il avait, disait-l , un feu qui le brülait intérieurement. Cet état d’agitation se termina par des faiblesses qui l'emportèrent le 18, à la fin de son septième jour de maladie.

Je fis l'ouverture du cadavre : le plexus choroïde n'était pas si coloré que dans l'état naturel; le cerveau était ferme, et les ventricules sans sérosité, Les sinus de la dure-mére contenaient'très-peu de sang d’un rouge brun. Le poumon droit présentait les traces d'une grande inflammation, le gauche était dans son état paturel ; il n’y avait pas de sérosité dans le pericarde , le cœur était vide; l'oreillette droite contenait un caillot de sang qui n'était pas adbérent; en le retirant, j'en vis un autre qui lui était contigu venant dela veine caveinférieure; il avait trois pouces de long, 1l était de deux couleurs; la partie qui répondait à la paroi antérieure del’oreillette, était blancheet ressemblait à la couenne du sang des pleurétiques ; le reste, ainsi que ce qui sortait de la veine cave était d’un rouge brun. L’estomac et les intestins contenaient du sang, leur membrane interne semblait avoir été fortement enflammée ; je trouvai le pylore gangrené, les intestins parsemés de points inflammatoires et gangréneux, le mé-

sentère avait été également enflammé:; le foie était bleuätre et gorgé d’un sang très-brun dans sa partie extérieure; le pancréas était dur et enflammé; la vessie, que je trouvai dans son état naturel, contenait un peu d'urine rouge.

Cinquième observation.

Une femme, âgée d'environ trente-quatre ans , d'une constitution robuste, d'un tempérament sanguin, entra à l'hôpital le 15 octobre; elle était malade depuis six jours. Je sus d'elle que, dans le commencement de sa maladie, elle avait pris deux doses de poudres drastiques qui ne l'avaient point purgée. Sa figure était rouge , Sa respiration oppressée , son pouls in termittent, dur et serré, sa langue rouge et sèche, sa peau brülante; elle éprouvait une soif vive; elle ressentait à l'hypocondre droit une douleur avec tension : elle était si inquiète quelle ne pouvait rester à la même place. Je la fis saigner au bras; je lui ordonnai de la limonade acidulée avec l'esprit de nitre dulcifié (acide nitrique alcoholisé ) ; je lui prescrivis des lavemens émolliens et un bain. L’aprèsmidi les mêmes symptômes existaient ; le sang que j'avais fait tirer était absolument sans sérosité. J'ordonnai une seconde saignée, qu'on ne put faire à cause d’une extrême faiblesse qui lui

survint au moment où le chirurgien allait lui ouvrir la veine; on eut beaucoup de peine à la faire revenir de cet état, qui reparut chaque fois qu'elle se souleva pour prendre quelque boisson. Le 16 au matin, je la trouyai sans connaissance : elle mourut quelques heures aprés.

Le 17, je fis l'ouverture de son cadavre ; je trouvai les sinus de la dure-mère et tous les vaisseaux du cerveau gorgés de sang, le plexus choroïde engorgé et tres-rouge ; nulle sérosité dans les ventricules du cerveau. En levant les tégumens de la poitrine, je trouvai beaucoup de sang épanché sous le muscle grand pectoral droit; 1} provenait de l'artère mammaire interne, déchirée par la violence du sang qui s'était extravasé derrière le sternum, avait écarté les muscles intercostaux entre la troisième et la quatrième des vraies côtes, et s'était répandu, comme je J'ai dit, sans pénétrer dans la poitrine, c'est-à-dire, hors de la plèvre. Les poumons étaient gorgés, comme une éponge, de sang caillé, qui s'était répandu par des erévasses dans l'intérieur de la poitrine, qu'il remplissait. Le foie, plus volumineux d'un tiers que dans son état naturel, contenait un dépôt dans la partie supérieure et moyenne de son grand lobe ; jy enfoncçai le scalpel, 1 en

sortit une pinte de pus sanguinolent : tous les autres viscères étaient dans leur état naturel.

… Sixième observation.

Un homme, âgé d'environ cinquante ans, d’un tempérament bilieux, barbe et cheveux gris, entra à l'hôpital le 29 octobre. Depuis plusieurs semaines 1l se sentait faible; son pouls était lent. Il désira manger ; je lui permis du bouillon, de la soupe, et pour boisson du vin de Bordeaux coupé avec de l’eau. Cet état dura trois jours, et, à la faiblesse près, il paraissait jouir de la meilleure santé : rien, disait-1l, ne lui faisait mal.

Le 31, il fut oppressé ; ses urines devinrent jaunes ; 1l toussa beaucoup; son pouls était faible. Je lui prescrivis un look composé d’eau, de miel, et de miel scillitique ; pour boisson ordinaire, de l’eau miellée. |

Le 1°’. novembre, la couleur jaune s'étendit sur tout son corps; sa langue se recouvrit de sang ; 1} en rendit par le nez et par la bouche; sa respiration était pénible; ses extrémités, froides; ses urines , noires , ainsi que la bile qu'il vomissait ; son pouls devint intermittent ; il éprouva des palpitations tres-pénibles. J'ordonnai une décoction de quina acidulée avec l'esprit de vitriol (acide sulfurique étendu

d'eau), une potion camphrée et cordiale, et du vin sucré à administrer par cuillerées.

Le 2, aux symptômes de la veille se joignirent des selles noires et sanguinolentes ; le malade vomit tres-fréquemment ; ses forces diminuèrent insensiblement : ilmourut le5 au matin.

Le soir même j'ouvris soncadavre, qui était à l'extérieur d’unjaune foncé et parsemé detaches gangréneuses ; la bouche était pleine d’un sang noir : il répandait déjà une très-mauvaise odeur. Je ne trouvai pas de sang dans les sinus de la dure-mère ; les vaisseaux du cerveau étaient décolorés ; la sérosité des ventricules était jaune, et le cerveau, de consistance ferme. Les poumons , entièrement flétris et gangrenés du côté de la colonne vertébrale, s’'écrasaient entre mes doigts : ils répandaient une odeur infecte. Le péricarde contenait un peu de sérosité jaune ; le cœur était d'un volume extraordinaire , presque double de ce qu'il est dans homme le plus fort ; il ne contenait pas une goutte de sang, et semblait lavé ; l'oreillette droite était distendue ; elle contenait un corps libre semblable au tissu cellulaire , graisseux par sa consistance et par sa couleur jaune : il pesait trois onces et quelques grains. Le foie était dans son état naturel ; la vésicule du fiel contenait très-peu de bile; la rate, molle et noire, s’écrasait entre

mes doigts comme de la gelée. L'estomac et les intestins contenaient des matières noires mêélées de sang ; la membrane interne de l’'estomac portait des traces d'inflammation, celle du duodénum en portait davantage, et celle des autres intestins était gangrence. Le mésentère, du côté de la colonne vertébrale, était livide : la vessie contenait de l'urine noire.

Septième observation.

: Le 27 octobre, on apporta à l'hôpital un ‘homme âgé de trente-huit ans, sans connaissance et presque sans pouls; sa bouche était à demi-ouverte, ses yeux jaunes, ouverts et fixes. Je lui fis appliquer de larges vésicatoires aux jambes, et des briques chaudes aux extrémités : Jordonnai une potion cordiale. Ces moyens réunis opérèrent insensiblement. Le 50, le malade recouvra la parole, et me dit que sa maladie avait commencé huit jours avant son entrée à l'hôpital. Je prescrivis la décoction de quina, la crème de riz et ia limonade nitrée. Le 2 novembre, 1} refusa fa décoction de quina; le mieux se soutint cependant jusqu'au cinquième jour ; mais tout à coup, le pouls devint petit et concentré, Îles vésicatoires se séchèrent, les extremites devinrent froides et livides. Je le remis à la décoction de quina; je

lui ordonnai une potion cordiale, et je fis panser les vésicatoires avec l’onguent styrax : tout fut inutile; la gangrène, qui avait commencé le cinquième jour, continua ses progrès ; les escares des vésicatoires tombèérent, et le 8 la suppuration se rétablit. Le malade prenait tout ce qu'on lui donnait; 1l faisait bien ses fonctions, et n'éprouvait, à ce qu'il disait, aucune douleur. Il conserva connaissance jusqu’au r1 ; ce jour-là il retomba dans laffaissement ; son pouls devint intermittent et à peine sensible ; une odeur infecte s’exhalait de son corps; l'air qui sortait de ses poumons, était froid et puant. J1 tomba dans l'impossibilité de rien avaler: les soubresauts dans les tendons, les mouvemens convulsifs dans les muscles frontaux se déclarèrent , et 1l mourut le 12 au matin.

L'après-midi je l’ouvris, et je trouvai du sang noir dans les sinus de la dure-mère, les poumons gangrenés, le cœur flétri, d’une consistance moile, et contenant du sang noir.

L’estomac et tous les viscères de l'abdomen étaient dans leur état naturel.

La gangrene des extrémités inférieures s’élevait jusque vers la moitié de la jambe; celle des mains ne dépassait pas la seconde phalange des doigts; l’une et l’autre pénétraient jusqu'aux os.

| Huitième observation.

Un jeune homme, äge d'environ vinget-huit ans, entra à l'hôpital le 16 novembre; je ne le vis qu’à ma visite du lendemain. Malade depuis cinq jours, il avait une forte fièvre; sa peau,

-brülante au tronc, n'avait aux extrémités qu’une chaleur ordinaire. Il se plaignait d’un feu interne qui le brülait ; il était altéré; sa langue et ses lèvres étaient noires et sèches; sa respiration , laborieuse et fréquente ; l'air qui sortait de ses poumons était très-chaud. Le malade avait les yeux très-jaunes; la figure, livide et décharnée ; il rendait fréquemment par les selles des matières jaunes, glaireuses et écumeuses; ses urines étaient rouges ; 1l vomissait toute espèce de boisson : son état empira, et 1] mourut le 19, septième jour de la maladie.

Je fis l'ouverture le 20; les poumons étaient parsemés de taches noires et rouges; le péricarde contenait un peu de sérosité jaune, et je irouvai dans le cœur, du sang d’un rouge pale.

Le foie était de couleur vert-olive, tant à l'intérieur qu’à l'extérieur ; la vésicule du fiel, d’un volume extraordinaire, flottait dans le basventre, et s'étendait jusqu’à la partie inférieure de la région iliaque ; elle ressemblait à du marbre noir; je l'enlevai avec précaution, avec

Ja bile qu’elle contenait : elle pesa douze onces trois gros. La bile, mise dans un vase, présenta la couleur du gros vert, et la consistance du blanc d'œuf. |

La rate etait dure à l'extérieur ; à l’intérieur elle était rouge et pateuse. L’estomac était resserré et ne contenait rien ; les intestins contenaient des matières glaireuses, jaunes et mousseuses; la membrane interne de tout le tube digestif était parsemée de légères taches d'inflammation ; le pancréas était rouge, dur, et un peu plus gros que dans l’état naturel ; la membrane interne de la vessie présentait des traces d'inflammation ; les urines étaient extrêmement rouges; le mésentère et l’épiploon ne contenaient pas de graisse.

Neuvième observation.

Une femme âgée d'environ vingt-huit ans, robuste , d'un tempérament sanguin ; entra à l'hôpital le 30 septembre. Elle était malade depuis deux jours ; sa respiration était petite, fréquente et chaude ; son pouls dur et sec, son visage rouge, ses yeux larmoyans et brillans, sa peau sèche et brülante. Fille éprouvait de vives douleurs à la tête et dans la région épigastrique ; ses urines étaient rares et trèsrouges ; elle vomissait des glaires blanches et

d'une acidité si forte , qu’elle en avait les dents agacées ; Sa langue était rouge et sèche; elle éprouvait une grande altération. Je prescrivis une saignée au bras, que je fis réitérer ; l'aprèsmidi elle prit un bain : sa boisson était de l’eau mêlée avec de l'alcali concret ( sous-carbonate . d'ammoniaque), et deux onces de sirop simple. . Le lendemain, troisième jour de la maladie, elle fut tourmentée par les mêmes symptômes que la veille , et par une agitation qui l'obligeait de changer de place à chaque instant.

Aux mêmes remèdes qu’elle continua, je fis ajouter dix grains de sel de tartre avec du jus de citron , pour être pris au moment de l’effervescence, et devant être réitérés deux fois dans la journée : j'ordonnai de plus, pourtoutes les demi-heures, un bol composé d’un grain de camphre et de trois grains de nitre. Le vomissement et la douleur de la région épigastrique disparurent vers nudi : aussitôt apres, la malade fut moins agitée, et son pouls commença à se développer. Sa langue était humide et un peu blanche ; elle éprouvait encore de fortes douleurs dans les lombes : je lui prescrivis la continuation des bols et de l’eau alcalisée,

Le quatrième jour au matin , sa langue était sale et sa bouche pâteuse ; elle avait rendu deux fois, par lies selles, des matières bilieuses jaunes et vertes. Je prescrivis une

demi-once de crème de tartre (tartrate acidule de potasse) et deux grains d’émétique dans une livre d'eau, pour être pris en trois doses et à une heure de distance l’une de l’autre, les deux dernières ne devant être administrées qu’autant que les premières n'auraient point agi.

Elles furent toutes nécessaires ; mais elles produisirent le vomissement cinq fois répété, de glaires blanches mêlées de bile verte , et huit selles. L’apres-midi , je trouvai la malade sans fièvre; elle avait la peau humectée : je lui ordonnai un bouillon fort et une crème de riz pour le soir. Comme elle avait été privée du sommeil depuis qu’elle était tombée malade, Jordonnai un julep avec quinze gouttes de laudanum liquide , quatre onces d’eau commune, et une once de sirop simple. **

Le cinquième jour se passa sans fièvre. Elle prit de la crème de riz et but de la tisane ordinaire. Je la purgeai le sixième. Le septième fat fort tranquille. Je la purgeai de nouveau le huitième au matin ; et, dans l'après-midi, je la fis passer aux convalescens , d'où elle sortit jouissant d’une santé parfaite.

Dixième observation.

Le 50 septembre, je vis à l'hôpital un jeune homme âgé de vingt ans, d’un tempérament

sanguin : 1l était malade depuis deux jours, et avait été saigné chez lui. Sa respiration était haute, son pouls vif et pressé, son visage enflamme, ses yeux briilans, sa peau sèche et brülante, sa langue rouge et aride. Il éprouvait des douleurs aux hypocondres et à la tête; il était altéré, et vomissait avec effort des matières jaunes. Depuis plusieurs jours 1l était constipé ; ses urines étaient rouges et peu abondantes. Je lui prescrivis un bain, des la- vemens émolliens , de l’eau acidulée avec l'air fixe (acide carbonique ) pour boïsson ordinaire , et des bols avec le camphre et le nitre.

Le lendemain, troisième jour de la maladie, mêmes symptômes et même prescription.

Le quatrième jour, diminution de tous les symptômes ; la langue fut encore chargée et humide, la bouche mauvaise; mais pendant la nuit, les vomissemens cessèrent : Île venire resta tendu , mais il ne fut plus douloureux. J'ordonnai une once de crème de tartre dans de l’eau édulcorée , ce qui produisit cinq à six évacuations de matières glaireuses et blanches. L'après-midi, j’accordai plusieurs bouillons.

Le cinquième jour, agitation extrême; apparition nouvelle des premiers symptômes ; continuation des mêmes remèdes,

Le sixIème jour, fatigue, insomnie , mais

cessation du vomissement ; la douleur des lombes continua, mais celle de la tête et des hypocondres avait disparu ; le ventre lui-même , quoique tendu , n'était plus douloureux,

Le septième jour fut très-orageux ; le malade vomit de la bile verte et jaune, et rejeta toute sorte de boisson , il se trouva fort agité ; le mal de tête revint; la respiration fut petite et fréquente ; le pouls, moins vif, annoncait un état prochain de faiblesse. L’après-midi , 1} alla à la garderobe, et rendit des glaires blanches et jaunes ; le mal de tête et les vomissemens disparurent ; la respiration devint plus facile, ce qui me détermina à ne pas employer les vésicatoires, Je prescrivis du vin sucré et des crèmes de riz, pour soutenir les forces.

Le huitième jour, 1l se trouva très-accablé : je lui fis donner pour boisson ordinaire de l’eau vineuse ; 1} prit aussi du vin sucré et des crèmes de riz. é

Le neuvième jour, il fut agité de nouveau.

Son ventre était gonflé et douloureux, 11 vomussait touie sorte de boisson ; sa respiration était très-gênée. Vers les deux heures après midi , 1l se déclara un cours de ventre sanguinolent , glaireux etinfect : aussitôt le vomisse- | ment disparut, la respiration devint libre, et

QI quoique le malade ailât souvent à la selle, il fut moins faible que le matin.

Le dixième jour, le cours de ventre continua , 1! devint plus considérable le onzième ;

l'enflure du ventre diminua , le pouls devint ondulent et la peau humide.

. Le douzième et le treizième jours furent bons; le cours de ventre fut moins considérable, la langue fut épaisse. et d’un blanc sale. Le quatorzième jour, la fièvre disparut.

J'ordonnai trois grosde rhubarbe et deux onces de manne. Cette médecine produisit un très- bon effet ; après les deux premières selles, le sang cessa de couler , la fièvre ne reparut pas.

Le seizième jour, le malade prit une nouvelle médecine pareille à la premiére; et le lendemain, 1l passa aux convalescens, d'où il sortit tres-bien portant. |

Onzième observation.

Le 17 octobre, on apporta à l'hôpital un homme âgé d'environ quarante-cinq ans. Il était sans connaissance ; 1l avait la bouche ouverte ; sa langue, ses lèvres et ses dents étaient noires ; son corps froid ; il n'avait presque plus de pouls; sa respiration était petite et rare. Je le fis mettre, dès son arrivée, dans la salle des agonisans, Je prescrivis l'application des bri-

ne

ques chaudes aux extrémités, lusage du vin

sucré , et une potion cordiale. Cet état fut le même pendant deux jours. Le 19, je trouvai son pouls élevé : la connaissance lui était revenue; sa langue s'était humectée; il se plai-

gnait d'une vive douleur dans les parties gen

tales, dont le volume était considérablement augmenté. Les testicules et les cordons des vaissceaux spermatiques se trouvaient engorgés > ce

qui rendait le scrotum tendu et luisant , 1létait

de plus couvert de taches gangréneuses et de

phlyctènes; la verge avait un volume quatre:

fois plus considérable que dans l’état naturel ; la peau qui la recouvrait se trouvait dans le même état que celle du scrotum; le prépuce formait un phymosis.

J'ordonnai, pour prendre d’heure en heure, un quart de verre d'une forte décoction de quinquina acidulée d'esprit de nitre, et de demi-

heure en demi-heure, une cuillerée à bouche

de potion camphrée ; sa boisson ordinaire était de l’eau acidulée avec l'acide carbonique, et sa nourriture, des crèmes de riz. On appliqua un cataplasme émollient et resolutif sur les parties génitales. |

Le 20 , 1} était assez bien, mais la gangrène occupait toute la verge, Je fis des scarifications aussi profondes que le permettaient les parties

sur lesquelles agissait mon instrument. Je fis animer les cataplasmes avec l'esprit de vin camphré. On continua les mêmes meédicamens in- ternes.

1 Lear, j'emportai tous les ben formés par les incisions de la veille, et la partie fut | pansée avec l’onguent styrax; le même cätaplasme que la veille fut mis sur les testicules. Le 22, la suppuration commença à s'établir ; à mesure qu'elle augmenta, les autres parties se dégorgèrent et prirent leur état naturel.

Ce malade sortit de l'hôpital très-bien portant, après avoir fait usage pendant long-temps de l’eau acidulée avec l'acide carbonique, etde la | décoction de quina. Dès qu’il en discontinuait | l'usage, la suppuration devenait de mauvaise qualité, et la fièvre reparaissait. Sa guérison fut terminée par quelques purgatifs, pris à mesure que la suppuration diminua et que la cicatrice se forma.

Douzième observation.

Le 3 octobre, après midi, on apporta à l'hôpital une fille âgée d'environ douze ans. Elle me dit qu'elle était malade depuis sept jours. Elle avait la peau et les yeux jaunes, une hémorragie par le nez et par la bouche, la peau sèche. Elle était altérée; sa respiration était

entrecoupée, son pouls pressé : les gouttes de sang qui tombaient sur les bords du vase paraissaient composés de petits globules séparés les uns des autres.

Jordonnai une potion camphrée, et pour boisson ordinaire, de l’eau acidulée avec l'acide carbonique. *

La chaleur de la peau diminua , mais les autres symptômes continuerent. J’ajoutai aux reméèdes de la veille une décoction de quinquina acidulée avec l’acide sulfurique étendu d’eau. Comme la malade était très-faible , je prescri= vis, pour être donnés dans Îa journée, quatre bouillons de veau, dans chacun desquels on délaya un demi-gros de gomme adragant en poudre. Elle prit aussi quelques cuillerées de vin sucre.

Le 9, elle se plaignit d'un violent mal de gorge ; jordonnai un gargarisme composé d’eau , d’oximel scillitique et de miel acidulé d'acide sulfurique. T’hémorragie continua jusqu'au 15 avec la même force, et augmenta encore ce jour-là ; mais le lendemain, elle disparut entiérement ainsi que les autres symptômes. On cessa tous les remèdes; la malade acquit de nouvelles forces chaque jour, prit un léger purgatif et entra aux convalescens, d’où elle sortit peu après entièrement rétablie.

RÉ

Treizième observation.

Le 27 septembre, je recus à l'hôpital une fille âgee de 26 ans, d'un tempérament pituiteux, ayant fait une maladie peu auparavant.

La fièvre l'avait prise le, matin; sa peau était aride, sa langue et ses lèvres sèches ; elle ressentait ang grande lassitude et des douleurs dans la région épigastrique ; Sa respiration était difficile, ses urines rares, rouges et cuisantes. J'ordonnai une potion tonique et cal-

mante; pour boisson, de l’eau acidulée avec l'acide nitrique, et édulcorée avec le. sirop “simple. L Le, elle devint jaune et vomit de la bile de Éric couleurs. Le 3, la teinte de la couleur jaune devint plus foncée; tous les symptômes des premier et second jours s'étaient développés avec violence. Le vomissement la fatiguait , et, pour en éviter les douleurs, elle ‘refusait toute boisson. Le soir, la langue se couvrit de sang ; le 4, elle en rendit beaucoup par le nez et par la bouche. Elle était d’une faiblesse extrême.

Le 5, son pouls était petit , intermittent ; elle perdait beaucoup de sang et se trouvait

‘très-oppressée ; les tendons avaient des mouvemens convulsifs, Je fis appliquer des vésica-

où

catoires aux jambes, et je prescrivis une décoction de quina acidulée avec acide sulfurique étendu d’eau ; du vin sucré et du bouillon avec la gomme adragant. Le soir, je trouvai la malade sansconnaissance et presque sans pouls : elle portait machinalement les mains à son nez qu'elle pinçait; ; se barbouillait la figure, qui était, entierement jaune, avec le sang noir qui SOrtait de sa bouche et de son nez; enfin! , sa bouche était à demi ouverte, ainsi que ses yeux ; ce qui lui donnait l'air d’un spectre hideux. Je fis appliquer des briques chaudes sur les vésica-" toires, et sur les extrémités qui étaient trèsfroides ; j'ordonnai une potion cordiale; pour être prise par cuillerées quand la malade pourrait avaler. .

Le 6, elle était moins mal. Ses idées étaient encore diffuses, elle avalait machinalement ce qu'on lui mettait dans la bouche ; mais les vésicatoires avaient tres-bien pris , et donnaient une sérosité abondante. J’ordonnai la décoction de quina , du vin sucré et du bouillon.

Le 7, elle était dans le même état que l’avantveille , et m'ôta presque tout espoir de la sauver. Les vésicatoires étaient couverts d’escarres gangréneuses et sèches ; l’hémorragie conttnuaïit. Je fis appliquer de nouveau des briques chaudes. |

Les 8, get 10 elle resta dans le même état. Ce ne fut que le 11 qu’elle recouvra connais. sance; les escarres gangréneuses des vésicatoires tombèrent , et la suppuration devint très-abondante. Je lui fis continuer jusqu’au 20, l'usage de la décoction de quina acidulée ; à cette époque , l'hémorragie du nez et de la bouche disparut. Je fis soutenir les forces, je purgeai la malade quand les vesicatoires eurent cessé de couler, et l'envoyai aux convalescens où elle se rétablit parfaitement.

F Quatorzième observation.

Le 3 décembre, je vis à l'hôpital une femme àgée d'environ trente-huit ans, d’une constitution robuste et d'un tempérament sanguin.

Tombée malade la veille , elle se plaignait de douleurs vives à la tête et aux reins. Sa figure était rouge ; sa respiration, petite et fréquente ; sa peau, sèche et d’une chaleur âcre; sa langue, sèche aussi, était rouge. Soif ardente; pouls dur et sec ; ventre douloureux, sans tension. Je la fis saigner deux fois dans la journée, je lui fis prendre des lavemens émolliens et boire de l’eau de poulet nitrée.

Le troisième jour, elle fut fatiguée par des inquiétudes et des douleurs générales. La fièvre - était forte ; les urines rouges et rares. On con-

| Lt 06 tinua l’eau de poulet; et je prescrivis de plus l'eau acidulée avec l'esprit de nitre dulcifié.

Le quatrième jour, la malade était mieux. Sa langue était humide et couverte d'un limon blanchätre; sa bouche päteuse et amère, tous les symptômes d'irritation paraissaient calmés. Je lui prescrivis deux onces de crème de tartre avec deux grains d’émétique dans deux verres d’eau ; elle ne prit que les deux tiers de ce remède, vomit beaucoup de bile verte et jaune avec des matières glaireuses , et alla trois fois à la selle. |

Le cinquième jour n’offrit pas de changement sensible. Le sixième , la malade fut trèsoppressée ; elle etait affaiblie par de fréquentes selles de matières liquides; l'après-midi son pouls devint petit et convulsif. Je lui fis appliquer des vésicatoires aux jambes, et prescrivis une potion tonique.

Le septième jour, même oppression que la veille, fatigue et agitation extrêmes , douleurs profondes dans tout le corps, peau brülante, soif ardente, urines rouges et en petite quantité , soubresauts dansles tendons. Je prescrivis une potion calmante pour être prise par cuillerées à bouche toutes les demi-heures. L'aprèsmidi, versles quatre heures, je fis lever les vésicatoires qui rendirent beaucoup de sérosité; la

douleur des lombes avait disparu ; la malade n'allait plus à la selle ; sa figure était rouge ; elle avait encore un violent mal de tête et une certaine oppression; elle renditun peu de sang par le nez. Vers les six heures du soir, son pouls devint concentré; je lui fis donner du vin sucré. À neuf heures, elle devint froide; je lui fis apposer des serviettes chaudes aux extrémités, et vers minuit, je lui fis avaler quelques cuillerées dune potion cordiale qu'elle continua jusqu'au jour.

Le huitième jour fut très-mauvais. Le pouls, presque insensible, était intermittent. Il y avait des mouvemens convulsifs dans les tendons ; le froid continuait; la respiration était laborieuse, lhémorragie était toujours très-abondante, la langue humide et la faiblesse extrême.

Je prescrivis une décoction de quatre onces de quina rouge en poudre, dans une pinte d’eau; j'y fis ajouter vingt gouttes d'esprit de nitre. La malade prit ; toutes les heures, deux cuillerées à bouche de ce remede ; et, dans l'intervalle, on lui donna du vin rouge avec du

sucre, du: bouillon et quelques cuillerées de crème d'orge. |

Vers les onze heures, son pouls se ranima ; elle parut respirer avec moins de peine; l'épistaxis continua avec force. À quatre heures après

midi, elle tomba dans un état de faiblesse pas reille à celle qu’elle avait éprouvée le matin; la malade conserva cependant son entière connaissance. Je fis panser avec de l’onguent styrax les vésicatoires qui se trouvèrent secs et couverts d’une escarre gangréneuse; j'insistai sur la décoction de quina, le vin, le bouillon et les crèmes d'orge.

Le neuvième au matin, je la trouvai mieux:

elle alla deux fois à lagarde-robe, et rendit des matières liées et puantes ; les urines abondantes présentèrent un suspensum ; la peau fut humide, d’une chaleur naturelle et égale; 1l n’y avait plus de douleur. On continua les remèdes et le régime de la veille.

Le dixième jour, les forces revinrent un peu; il y eut un léger sommeil pendant la nuit. Le pouls s'était développé ; la fièvre avait disparu ; la chaleur était naturelle, les urines abondantes et troubles; elles déposèrent un sédiment blanc, épais et abondant; les escarres des vésicatoires commencerent à se détacher. Les mêmes remèdes furent continues.

Le onzième jour, la malade ayant dormi toute la nuit, se trouva bien : la langue étant chargée, la bouche mauvaise, elle prit un léger purgatf, qui procura des selles abondantes.

OI Le soir la fièvre avait disparu entièrement et les forces s'étaient relevées.

Le douzième jour se passa sans accident ; la malade ne prit que de la nourriture. Le treizième et le quatorzième les escares des vésicatoires se détachèrent entièrement , la suppuration devint abondante et termina la guérison.

Quinzième observation (a).

Un homme, âgé d'environ trente-six ans, d'une constitution forte , d'un tempérament sanguin, après trois mois de séjour à Saint- Domingue, fut pristout a coup d’un malaise général, qui se changea bientôt en un accablement extrème. Il continua cependant à vaquer à ses affaires, et ce ne fut que le troisième jour de son indisposition que je fus appelé auprès de lui : je le trouvai levé.

Son pouls était faible, intermittent et irrégulier ; la chaleur de la peau était au-dessous de ce qu'elle est dans l'état naturel ; il avait la

(a) Toutes les observations préeédentes ont été recueillies à Philadelphie pendant l’épidémie de 1703. Cette dernière seule a été recueillie à Saint-Domingue ; je la rapporte parce qu’elle sert à prouver ce que j'ai dit en plusieurs endroits, de la rapidite et de la violence de la fièvre jaune.

respiration ventrale, et l'air qu'il exhalaït était d'une puanteur extrême ; sa langue, tremblante et d’un violet obscur , était cependant humectée ; tous les traits de sa figure étaient décomposés : il affectait un air tranquille. Tandis que je le fixais attentivement, ses yeux ayant ren= contré les miens, 1l éprouva une émotion trèsvive, et une teinte noirâtre se répaudit sur tout son visage. Il refusa tout remède et toute boisson. |

Étant revenu le visiter dans la soirée, l'on me dit qu'il avait eu une faiblesse à onze heures du matin; que vers midi, il s'était déclaré unsuintement de sang par les pores de la langue , des lèvres et des gencives, et qu'il avait perdu connaissance vers trois heures. Il en était huit alors; l'hémorragie continuait, la teinte noïrätre que j'avais vue le matin se répandre sur le visage avait gagné le tronc et même les extrémités ; on voyait çà et là des taches gangréneuses ; le pouls était presque insensible, les yeux ouverts et fixes ; la bouche béante; la langue seche et recouverte d’un enduit noirâtre; le malade, déjà en parfaite putréfaction, répandait une odeur infecte ; il expira vers six heures du matin.

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