CHAPITRE II
De l'infection et de la contagion , en général.
De l'infection.
J'ENTENDS par ce mot infection, le mode par lequel un centre de putréfaction donne à un individu soumis à son influence la prédisposition à contracter une maladie de nature particulière , ou occasione la détermination de cette maladie quand l'individu est déjà prédisposé. Je dis que l'individu est infecté quand cette prédisposition ou cette détermination ont eu lieu ; enfin, les maladies qui en sont le résultat , je les appelle maladies par infection.
Les maladies reconnues telles, sont les fievres intermittentes, les remittentes bilieuses, les dyssenteries, les typhus et la peste. Les intermittentes sont, de ces maladies, la plus légere; les autres vont en augmentant d'intensité jusqu à la peste, qui est la plus grave de toutes: elles présentent une foule de phénomènes qui leur sont communs avec les autres affections du système nosologique ; mais, outre ceux-là,
elles en présentent qui sont le résultat de l’action qui leur a donné naissance, et qui leur sont entièrement propres. Ces phénomènes vraiment caractéristiques sont :
1°. De prendre leur origine danstous ls Leux soumis à l'influence d'un centre de putréfaction , et jamais hors de ces lieux ;
De pouvoir attaquer un grand nombre de personnes en même temps, et sans que ces personnes aient eu aucune communication ni entre elles, ni avec d'autres déjà atteintes de la maladie qu'elles contractent ;
3°. De se changer facilement les unes en les autres ;
4°. D'être soumises à l’action immédiate de la chaleur , et à l’action relative des eaux et des vents.
J'ai dit que ces phénomènes étaient le résultat de l'infection : pour le prouver, il faut remonter au mécanisme de ce mode morbifique ; voici comment je le conçois : « Tout centre de putréfaction lance dans l'atmosphère qui l’'environne des particules tres-subtiles, qui, agissant sur l’économie animale, tendent à produire en elle des maladies d'une nature particulière. Quel que soit le centre de putréfaction qui ethale ces particules, elles sont toujours de même nature, et ne varient dans leur ac-
tion, toutes choses égales d’ailleurs, qu'en raison de leur quantité. » Essayons, en développant cette théorie, de prouver qu’elle est le résultat véritable des faits, et que par elle on parvient à expliquer, avec clarté et sans effort, les phénomènes exposés ci-dessus.
L'expérience de tous les temps nous enseignant, 1°. que les maladies par infection ne naissent que chez les hommes qui séjournent ou ont séjourné depuis peu dans une atmosphère quienvironne des marais, des cimetières, ou tout autre centre de putréfaction ; 2°. que cette atmosphere saine, avant d’environner ces centres, le redevient bientôt après qu’elle ne les environne plus, à moins toutefois qu’elle ne reste dans un état de stagnation parfaite ; on doit en conclure que, pour la production des maladies par infection, c’est dans l’atmosphère que réside la propriété morbifique , mais qu'elle la recoit des centres de putréfaction. Comment ceux-ci la lui donnent-ils ?
J'ai dit que c'était en exhalant des particules extrêmement subtiles ; mais je dois convenir
que l’on ne peut le prouver matériellement.
Ces particules échappent à nos sens,et, pour les découvrir, les chimistes ont eu inutilement recours à tous leurs moyens d'analyse ; Pair le
plus salubre leur a donné les mêmes résultats
que l'air le plus malsain ; et dans les marais les plus abrités, comme sur les collines les mieux acrées, ils ont obtenu soixante-dix-huit parties d'azote, vingt-une d'oxigène, et une environ d'acide carbonique. Si, dans les rapports de ces principes entre eux, on avait trouvé quelque variation constante, on pourrait attribuer à cette variation la propriété morbifique de l'air; mais la chose n'étant pas ainsi, et d’ailleurs l'air, en gagnant cette propriété morbifique, ne changeantni ne perdant aucune de celles qu'il avait auparavant , il est nécessaire d'admettre qu'il a acquis un nouveau principe. Les moyens chimiques, il est vrai, ne nous en démontrent pas l'existence ; mais nous savons que nos moyens chimiques sont loin d’avoir atteint la perfection, et toujours la raison nous défendra de croire qu’un corps peut acquérir de nouvelles propriétés sans acquérir de nouveaux principes. En étant donc admis un dans l'atmosphère infectante , quel est-il ? nous lignorons completement ; mais nous jugeons qu'il se compose de particules extrêmement subtiles lancées par le centre d'infection; d'abord, parce qu'il échappe a tous nos moyens d'investigation, et ensuite parce que l'air qui environne le centre de puiréfaction est d’autant plus délétère qu'il se trouve plus près de lui. Cette exhalaüon de
particules déléteres a été reconnue par les médecins de tous les siècles ; les chimistes en ont admis une semblable pour la théorie des odeurs; enfin, par elle on explique très-bien l'action des centres de putréfaction ; je crois , en conséquence, inutile de m'arrèter plus longtemps à la prouver, et je passe à une autre question.
Ces particules , quand elles ont été exhalées, restent-elles libres dans l'atmosphère , ou y sont-elles dissoutes dans l’eau qu’elle tient en suspension ? Plusieurs raisons font croire à ce dernier mode; mais, du reste , peu importe.
Comme qu'elles y soient contenues, on conçoit tres-bien que l'air peut facilement les introduire dans la circulation générale , soit au moyen de la respiration , soit au moyen des boissons ou des alimens qu'il sature toujours en plus ou moins grande quantité, soit enfin en Îles déposant sur les diverses surfaces cutanées , où les pores inhalans s'en emparent, et les introduisent dans Île torrent de la circulation , qui les transmet ainsi à toutes les parties de l’économie
animale. On conçoit encore facilement , comment Ce Corps nouveau ainsi introduit peutpro-
duire une action morbifique ; mais comment il
la produit, c'est sur quoi il est difficile que les
médecins s'accordent. Les uns diront que c'est
en irritant les solides , d’autres en viciant les humeurs , d'autres en attaquant le principe de la vie, etc. Le résultat évident de cette diversité d'opinions est que personne ne sait comment ces particules agissent; cela même doit étre ainsi , parce que, pour le savoir, il faudrait connaître l'essence de la vie, ce à quoi nous n’arriverons jamais. Bien convaincu de cette vérité, je me contente d'avoir signalé l’action morbide , etj'arrive sans autre forme à la proposition que j'ai émise, que toutes les particules infectantes sont de même nature.
Quand un corps est inappréciable dans sa matière , et par nos sens et par tous nos moyens physiques ou chimiques, 1l ne nous reste, pour parvenirà le connaître, qu'à l'étudier dans ses causes et dans ses effets. Partant de ce principe, pour arriver à connaître les particules infectantes, je vais examiner les centres de putréfaction qui leur donnent naissance , et les maladies qu’elles produisent à leur tour.
J'admets volontiers, avec M. Nacquart, trois sortes de foyers d'infection , ceux qui sont engendrés par dés eaux stagnantes dans lesquelles viennent se détruire les végétaux et une foulede petits animaux, tels sont les marais et les étangs; ceux qui sont le résultat de matières animales en état de décomposition, tels sont les cimetie-
res , les voiries ; ceux enfin, qui naissent de la réunion d'un grand nombre d'hommes dans un même lieu, tels sont souvent les hôpitaux et les prisons. Mais comme jecroiïs que ces trois sortes de foyers n'ont d'autre différence réelle que celle qui existe dans la forme de la matière dont ils proviennent ; ‘Comme je crois que les principes qui les composent ne diffèrent nullement entre eux , je pense quon ne doit pas admettre les noms d’ef/luves pour désigner les principes de la première sorte, d’émanations putrides pour désigner ceux de la seconde, enfin de miasmes pour désigner ceux de la troisième; à moins que ce ne soit pour faire connaîtred'un seul mot, et le foyer d'infection et le centre de putréfaction quiluia donnélieu, et pourvu qu’on ait le soin de se rappeler que ces trois mots représentent tous un principe de même nature, ce dont je crois qu’on peut démontrer la vérité même sans connaitre cette nature; c'est ce que je vais essayer de faire. ; F'out foyer d'infection est nécessairement le résultat de la fermentation putride , et celle-ci ne peut s'établir que par la réunion d’une maüére putrescible, d’une certaine quantité d’eau, d’une certaine quantité de calorique, et du contact de l'air atmosphérique; si une de ces conditions vient à manquer, la fermentation cesse, et