‹ Traité de la fièvre jauneChapitre 16 sur 26 · LE · texte numérisé non relu

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dès lors il n'ya plusd’infection. Voilà pourquoi les maladies qui en sont le résultat ne paraissent pas dans les lieux arides où manque la matière putrescible ; voilà pourquoi elles cessent dans ‘les lieux marécageux quand les glaces les cou- vrent, quand le soleil en a dissipé toute l'humidite , ou quand des eaux abondantes les ont privés du contact de l'atmosphère; et si elles peuvent naître toujours dans les prisons et les hôpitaux, c'est que les hommes qui sont dans ces lieux les vrais centres de putréfaction , ne peuvent vivre sans renfermer en eux-mêmes toutes les conditions requises. Parmi elles, il ‘n’en est qu'une seule qui semble pouvoir varier, c'est la matière putrescible qui peut se composer de substances végétales ou de substances animales; mais ces substances sont-elles de nature différente? Non; car la chimie nous apprenant qu'elles ne se décomposent que par une, opération parfaitement semblable, la putréfaction, et que leurs principes immédiats connus ne varient que du plus au moins, il en résulte que leur différence n’existe que de leur forme. Tous les centres de putréfaction produisant infection par une opération parfaitement semblable, leurs produits immédiats connus étant toujours les mêmes, pourrait-on penser que leur produit inconnu est de nature

différente? Une seule chose pourrait amener à cette idée, c’est que les maladies résultant de ce produit fussent elles-mêmes de nature différente. Examinons si elles le sont en effet.

J'ai dit que les maladies par infection, sont les fièvres intermittentes, les rémittentes bi-

lieuses, les dyssenteries, les typhus et la peste; laissons de côté, si l’on veut, cette dernière qui, par l'affection cutanée qui la caractérise , peut former une classe particulière , quoique je n'en croie rien, et contentons-nous d'examiner les quatre premières, :

1°. Elles peuvent toutes naître du même foyer d'infection ; personne n’ignore qu'à certaines époques de l’année , on voit naître au bord des marais le typhus le plus intense , aussi-bien que l’intermittente la plus simple. Je sais bien qu'en général les intermittentes et les rémittentes bilieuses naissent plus constamment par l’action des effluves; tandis que les dyssenteries et les typhus naissent peut-être seuls par l'action des émanations putrides et celle des miasmes ; mais cela prouve seulement que ces derniers foyers ont une plus grande intensité, et qu'ils la conservent toujours, tandis que le pré-

mier ne peut l’acquérir que par des circon-

stances particulières, et la perd bien vite après qu'il l'a eu acquise. |

2°. Elles se succèdent dans l’ordre des saisons, Quand le printemps paraît, 1l amène les intermittentes; avec l’éte arrivent les rémittentes bilieuses, qui, à la fin de la même saison Ou au commencementde l'automne, font place aux dyssenteries et aux typhus. Ceux-ci à leur tour se voient remplacés par les remittentes bilieuses, que chassent les intermittentes, et avec l'hiver toutes disparaissent. S'il survient quelque dérangement dans l'ordre des saisons, l’ordre de cette marche est dérangé aussi : voilà pourquoi l’on voit naître les tyÿphus immédiatement après les intermittentes, ou Îles intermiitentes après les dyssenteries; et ainsi de suite. ;

5°. La même succession, les mêmes changemens que je viens de signaler pour des individus différens, peuventse montrer sur le même individu; il n'est pas de médecin qui, vivant dans les lieux où naissent ces maladies, n'ait eu occasion d'observer souvent une fièvre 1ntermittente dont les accès , se prolongeant peu à peu, changeaient la maladie en rémittente ; et les paroxysmes de celle ci, s'étendant de plus en plus, finissaient par former un véritable typhus, qui quelquefois disparaissait par une

marche rétrograde. Il n’est pas de médecin qui n'ait vu ces changemens se faire tout à coup et sans ordre. à

4°. Toutes les maladies par infection présentent les mêmes symptômes ; frissons irréguliers , dérangement des voies gastriques, douleur frontale, fréquente terminaison par les sueurs , etc. Tous ces symptômes, varient fréquerament dans Jeur marche, mais ne varieñt sr d'une maladie à Lu que venir vement à leur intensité.

5°. Le quinquina guérit spécifiquement le iype périodique ; mais aussitôt que ce type cesse, ou que les intermittentes offrent quelque contre-indication dans son emploi, elles rentrent dans l'ordre commun des autres maladies par infection, cest-a-dire , de n'avoir rien de détermine , rien de fixe.

6°. Enfin, toutes présentent, après la mort de leurs victimes, Îles mêmes lésions organiques, savoir, presque constamment des traces d'inflammation sur les organes gastriques.

Si je voulais entrer dans les détails de toutes ces ressemblances, j'arriverais , selon les apparences, à conclure que les quatre maladies dont je m'occupe ne varient que par leur 1ntensité; peut-être même serai-je autorisé à le conclure par les seuls traits généraux que je

viens de tracer; mais cela est inutile à mon sujet ; il me suffit de faire voir qu'elles sont au moins de même nature; et je ne crois pas qu'on puisse se refuser à l'admettre. Comment concevoir autrement cessuccessions constantes, ces changemens mutuels , cette parité de symptômessur les maladies et de lésions sur les cadavres ? Les autres maladies peuvent bien sans doute présenter quelquefois entre elles des ressemblances ; mais ces ressemblances ne sont qu'accidentelles et ne sont jamais aussi sail- Jantes.

Étant prouvé que toutes les maladies par infection sont de même nature, je reviens à mon texte, et je dis que, si toutesles particules infectantes sont toujours engendrées par les mêmes causes; que, si elles produisent toujours les mêmes effets, elles ne peuvent être de nature différente, et c'est là précisément ce que je m'étais proposé de prouver.

Il ne me reste plus, pour avoir démontré la justesse de la théorie de l'infection , qu'a faire voir que les particules délétères n’agissent qu'en raison de leur quantité, toutes choses étant égales d’ailleurs ; et d'abord j'exphique ce que j'entends dans ce dernier membre de phrase.

: Nous savons, par l'expérience, qu'un agent quelconque produit sur l'économie vivante d’au-

tant plus ou d'autant moins d’effet qu'il est administré sous un plus ou un moins petit volume , dans un espace de temps plus ou moins court , à un individu plus ou moins prédisposé. Ainsi, prenant pour exemple le tartrate antimonié de potasse , nous savons que la même dose de ce médicament qui aurait engendré le vomissement si elle eût été administrée dans trois onces d’eau, dans une demi-heure de temps, et à un individu doué d’un estomac irritable , ne produira pas même une selle, si où l’administre dans trois pintes de véhicule, dans l’espace de trois jours, et à un individu dont l’estomac se met difficilement en mouvement. En appliquant maintenant ce principe physiologique à la théorie de l'infection , nous verrons qu'elle doit être d'autant plus forte que les particules qui lui donnent naissance sont, au moment de leur action, contenues dans une moins grande masse d’air atmosphérique, qu’elles sont absorbées dans un plus court espace de temps, et que l'individu qu’elles attaquent est plus prédisposé à son action. Cela étant ainsi posé, voyons quels sont les moyens que l’on a pour apprécier la quantité des particules absorbées par un individu.

Pour pouvoir bien apprécier la quantité de particules absorbées par un individu, il faut

faire attention à la distance à laquelle il se trouvait du centre de putréfaction au moment où il s'est infecté ; au temps qu'il est resté près de ce centre ; au mouvement de l'atmosphère qui environnait le centre ; enfin, au degré d’activité de la fermentation. Je vais développer chacun de ces points tour à tour.

1°. De la distance. Les particules délétères , étant lancées d’un centre de putréfaction vers une circonférence quelconque , sont nécessairement d'autant plus pressées les unes contre les autres qu’elles sont plus près de ce centre; car, à mesure qu’elles s’en éloignent , le cercle s'agrandit , la masse d'air atmosphérique qu'elles doivent infecter augmente, et 1l faut bien qu’elles s'y raréfient. L’individu , au moment où 1l sinfecte , absorbe done, dans une mesure d'air donnée , une quantité de particules délétères, d'autant plus grande qu’il se trouve plus près du centre de puiréfaction. |

2°. Du temps que l'individu reste exposé à Pinfluence des foyers d'infection. J'ai dit plus haut que les particules délétères peuvent sintroduire dans le corps de l'homme par la respiration , au moyen des alimens et des boissons; enfin, par les pores inhalans. Laissons de ce côte les alimens et les boissons, car

nous ne pouvons connaître la quantte de particules qu'elles contiennent ; laissons aussi de côte les pores inhalans dont l'existence n’est pas trés-prouvée, etexaminons la respiration. Cette fonction peut bien être suspendue momentanément; elle peut bien être plus ou moins active chez tel individu que chez tel autre ; mais comme en général l'homme ne cesse jamais de respirer , et qu'il respire également; comme à chague inspiration 1l recoit avee l'air la nouvelle quantité de particules dont cet air est chargé, 11 s'ensuit que le nombre de particules qu'il absorbe est en raison du temps qu'il reste dans le foyer d'infection.

5°. Du mouvement de l'atmosphère. Tout centre de putréfaction exhalant sans cesse des particules délétères , si l'air qui l’environne est dans un état de stagnation, 1l faut bien qu'il s’en sature; si au contraire cet air est agité par de violens mouvemens, il se renouvelle à chaque instant et n’a le temps de prendre que quelques particules qui se raréfient aussitôt ; mais si les mouvemens de l'air sont réglés, sil balaie un centre de putréfaction d'une grande étendue, il peut se charger d'une grande quantité de ces particules, et, les portant avec lui, aller établir des foyers d'infection dans des lieux qui paraissent être à l'abri d'un

pareil malheur; et, en résultat, un individu qui s'infecte doit absorber d'autant plus de particules délétères que le centre de putréfaction à l'action duquel il est soumis, se trouve environné d’une atmosphère plus lente dans son mouvement.

4°. De l’activité de la fermentation. Des | quatre conditions requises pour que la fermentation putride puisse s'établir, une seule joue un rôle actif : c’est la chaleur. Sans doute plus la matière putrescible est abondante, plus la quantité d’eau est en rapport avec cette maüere ; plus enfin le contact de l'air est étendu, et plus le centre de putréfaction est vaste:

mails son activité n'en est pas plus grande, c'est-a-dire, qu'il n’y a pas plus de force dans son mouvement de décomposition. Pour la chaleur, 1l en est tout autrement ; les chimistes peuvent, en l’augmentant ou en Îa diminuant, augmenter ou diminuer ce mouvement de décomposition ; et ce que les chimistes font dans leur laboratoire , la nature le fait partout où elle a établi des centres de putréfaction : personne n'ignore qu'un marais Ou un Cadavre sont d'autant plus tôt détruits qu'ils sont soumis à une température atmosphérique plus élevée.

En partant de ce principe, comme les particules délétères, étant le résultat de la fermen-

tation, doivent suivre dans leur dégagement la marche de cette opération, 1l en résulte que, dans un temps donné, elles se dégageront en

d'autant plus grand nombre que l'activité du .

centre qui leur donne naissance sera plus forte ; et de là, que l'individu absorbera les particules délétères en raison directe de l’activité du centrede putréfaction, à l’action duquel ilest soumis.

Les regles pour calculer la quantité de particules délétères absorbées étant ainsi posées ; pour savoir si, en effet , ces particules agissent en raison de leur quantité, il n’y a plus qu'à examiner si la vivacité de l'infection et l'intensité des maladies qui en proviennent sont en raison dirècte de la proximité des centres, du séjour que l’on fait auprès d'eux, de la lenteur de l'atmosphère qui les environne , enfin du degré de leur activité. Cet examen ne sera ni long , ni difficile, et les résultats n'en sont pas douteux.

Pour la proximité des foyers, chacun sait que dans les pays marécageux ce sont les individus qui vont travailler dans les fanges mêmes qui sont les premiers atteints de fièvres intermittentes, et qu'elles sent plus intenses chez eux ; Que ceux, au contraire, qui se tiennent à une certaine distance , en so.nt plus, rarement

atteints , et que, quand ils le sont, la maladie est moins grave.

Pour la durée du séjour, 1l est de fait constant que, si une personne ne fait que passer à travers un foyer d'infection, souvent elle n’en éprouve aucun dommage; tandis que, si elle y séjourne, elle prend presque toujours quelque maladie , qui devient d'autant plus dangereuse que le malade reste plus long-temps soumis à l'influence de cette cause morbifique.

Pour le mouvement de l'atmosphère, personne n'ignore les accidens terribles survenus à l'ouverture d'un tombeau, d'un cloaque, ou de tout autre lieu renfermant un centre de putréfaction , heu clos depuis long -temps , et où par conséquent l'air était dans un état de stagnation parfaite.

Enfin, quant à l’activité de la fermentation, tous les habitans des pays infects savent trèesbien que le danger est plus grand le matin , au moment où le soleil frappe les centres de putréfaction ; et si dans la journée l'infection s'opère moins bien, c’est que la chaleur, en dilatant tous les corps , raréfie les particules à mesure qu'elle les fait naître : aussi, quand la fraicheur du soir peut les condenser , elles acquièrent une force beaucoup plus grande. Tout concourant ainsi à prouver que plus une per-

sonne a absorbé promptement une quantité de particules délétères, et plus promptement elle est atteinte d’une maladie par infection ; que plus cette quantité de particules absorbées est grande et plus la maladie est intense, j'ai démontré la vérité de la dernière proposition de la théorie de l'infection ; savoir, que, toutes choses égales d’ailleurs , les particules delétères ne varient dans leur action qu’en raison de leur quantié. |

Après avoir ainsi développé la théorie de linfection, je vais fâire voir en peu de mots comment ainsi on explique parfaitement tous les phénomènes caractéristiques des maladies par infection.

1°, Si elles prennent leur origine dans tous Jes lieux soumis à l'influence d’un centre de putréfaction, et jamais hors de ces lieux, c’est que Îles particules délétères qui leur donnent naissance sont partout le résultat de la fermentation putride, et ne peuvent être engendrées que par elle.

2°, Elles peuvent attaquer un grand nombre d'individus à la fois , et sans qu'ils aient eu aucune communication entre eux, parce que le même foyer d'infection peut avoir une étendue immense, et parce qu'il peut se former presque partout des foyers parfaitement semblables.

5°. La variation de leur type et leurs changemens mutuels ne peuvent rien présenter d’extraordinaire , puisqu'elles naissent toutes d'une même cause spécifique ; elles ne doivent éprouver d'autres modifications que celles qui sont imprimées à cette cause, soit par l'individu sur lequel elle agit, soit par les diverses circonstances qui réagissent sur elle, 4°. Elles sont soumises à la chaleur, parce que celle-ci augmente l'activité des centres de putréfaction ; aux eaux, parce qu’elles peuvent diminuer la température, et surtout parce que tantôt elles fournissent à la matière putrescible humidité dont elle a besoin pour être décomposée , et tantôt en recouvrant les centres de putréfaction, elles les privent du contact de l'air atmosphérique; enfin aux vents, parce qu'ils peuvent agir sur la température et l’humidité , et parce qu'ils peuvent favoriser l'accumulation des particules dans une masse d'air donnée, ou nuire à cette même accumulation.

Je termine ici ce que j'avais à dire en général sur linfection et sur les maladies qui en naissent. Si je suis entré dans des détails qui peut-être paraîtront minutieux, c'est que je les crois utiles au sujet que je traite, et que j'espère qu'ils trouveront tous une juste applicatien dans l'étude des caractères de la fièvre

jaune ; etude de laquelle je m'occuperai tout à Fheure , mais qu'il me faut faire precéder de quelques considérations générales sur la contagion et sur les maladies contagieuses.

De la C ontagion.

Le mot contagion indique le mode par lequel un individu malade communique à um autre individu la maladie dont il est atteint luimème. Toute maladie qui peut ainsi être communiquee, est dite contagieuse.

Les maladies contagieuses ont pour seul caractère distinctif , qui leur soit commun à toutes, de pouvoir se communiquer d'individu à individu par contact immediat ou mediat, et de n'admettre , comme cause connue, que celte communication. On avait bren cru jusqu à nos jours , que la gale pouvait être produite par la malproprete; mais M. Ahbert a fait voir qu'on confondait le prurigo avec la gale ; et, si dans quelques cas la petite vérole est née sans qu'il ait éte possible d'en accuser la contagion, il a ete également impossible d'en accuser une autre cause connue , et la maladie a été regardée comme spontanée.

Pour expliquer ce caractère des maladies contagieuses, On a supposé, pour chacune d'elles, l'existence d'un principe morbifique ,

qui sert de moyen d’union entre le malade et celui à qui 1l communique la maladie. Pour ne pas confondre ces principes avec celui de l'infection, on leur a consacré exclusivement le nom de virus; je voudrais bien aussi que, pour designer tout individu ou tout autre corps auquel ils se seraient attachés, on adoptät définitivement le mot contagié, déja employé par quelques auteurs. Nous n'avons pas été plus . heureux pour découvrir les virus que pour decouvrir le principe de l'infection; mais on a eu les mêmes raisons pour admettre leur existence. Iis nous sont également restés inconnus dans leur nature ; mais, d’après des phénomenes constans, on leur a reconnu les deux caractères suivans : 1°. de pouvoir engendrer toujours une maladie parfaitement semblable à celle qui les a engendrés eux-mêmes.

2°. De conserver leur propriété morbifique plus ou moins long-temps après avoir été produits.

Le virus syphilitique engendre la syphilis ; le psorique, la gale; et le variolique, la petite vérole. Tous ces virus peuvent engendrer une maladie plus ou moins intense; mais elle est toujours la même et ne s'amalsame jamais, comme tendrait à le faire penser cette foule d'épithètes que l'on prodigue si généreusement,

surtout à la variole. Ces maladies peuvent sans doute se compliquer d'abord entre elles, puis avec le scorbut , les dartres, les fièvres bénignes ou malignes ; mais ce sont de pures complications , et non des maladies d'une nature particulière : si elles étaient vraiment génériques, il existerait des virus syphilitique-scorbu: tique , psorique-dartreux , variolique-bénin ou malin ; et ces nouveaux virus engendreraïent toujours des syphilis scorbutiques , des gales dartreuses , des petites véroies bénignes ou malignes, ce qui est bien loin d’être vrai, comme l'expérience le démontre tous les jours (a).

Les maladies contagienses peuvent se communiquer , non-seulement par le contact immédiat, c’est-à-dire, d'individu à individu, mais encore par contact médiat, c'est-a-dire,

(a) Je puis citer à l'appui un fait d’autant plus curieux, qu'il prouve en même temps que Je virus variolique conserve sa proprieté morbifique , même sur les cadavres: Une dame avait deux filles en bas âge, qui n'avaient point eu la petite vérole, Cette maladie ayant eausé la mort du fils unique de l’une de ses amies, cette tendre mère fut effrayée, vint me prier d’inoculer ses deux enfans, et, dans de longues recommandations , s’étendit sur le choix queje devais faire du virus que j'moculerais. J’eus le malheur de vouloir lui prouver que ce choix d’un virus

était insignifiant, en lui promettent toutefois de lui

au moyen d'un corps quelconque, qui, étant imprégné du virus de la maladie , le transporte à un autre individu : ce corps Contagié peut conserver sa faculté morbifique encore quelque temps; mais il est impossible de dire à quelle époque il doït la perdre. On a des exemples bien constatés de vêtemens qui ont com- muniqué la petite vérole deux mois après avoir cessé de servir à un varioleux ; si le virus à ainsi conservé sa qualité morbifique pendant deux mois, 1} peut sans doute, sous certaines

montrer sous peu de jours une douzaine d’enfans que j'avais inoculés depuis peu, pour qu’elle püt choisir elle même. Cette offre ne put la rassurer sur ce que je Îui avais dit d’abord ; et elle alla s'adresser à un autre medecin qui, n'ayant pas nen plus de virus pour le moment, vint m'en demander. « Vous en avez, me dit-il, vos domestiques me l'ont assure. » J'avais en effet un nègre atteint du pian, pour lequel je devais le traiter , maïs qui ayant éte pris d’une petite vérole confluente et maligne , venait d'en mourir. Je le dis à ce médecin, en lui conseillant de ne pas prendre de virus sur un pareil su— jet. Il ne tint aucun compte de mes conseils, chargea deux lancettes du pus de ce cadavre , qui répandait une odeur insupportable, étaitextrêémement enflé , et rejetait un sangnoir par la bouche et l'anus, et alla en inoculer les enfans de M. G. Ces deux demoiselles curent une petite vérole tres-discrète et très-bénigne ; je les ai vues à

Paris vingt-six ans après, jouissant d’une santé parfaite.

circonstances , la conserver plus long-temps ; mais quand doit-il la perdre définitivement ? Je le répète, on n'en sait rien du tout : excepté les fluides , tous les corps peuvent se charger de ces virus, les uns plus, les autres moins; mais tous le peuvent.

Ces deux caractères sont les seuls qui soient communs à tous les virus; mais chacun d'eux en a de particuliers, et c’est de ces derniers que naissent les difficultés qui ont fait confondre si Jong-temps les maladies contagieuses et les maladies par infection. On sent bien que ce serait sortir de mon sujet que de vouloir énumérer tous ces phénomènes particuliers; je ne dois m'occuper que de ceux qui rapprochent ces deux classes de maladies ; et, la petite vérole me les présentant presque tous, son histoire abrégée me suflira pour arriver au but que je me suis proposé.

La petite vérole, outre le contact médiat par tous les mêmes corps qui peuvent servir à transmettre les autres virus, a la faculte de se propager par l'atmosphère. C'est vainement que M. Nacquart voudrait la lui refuser, les faits parlent trop haut. I] serait sans doute fort utile, pour distinguer l'infection de la contagion, qu'elle n'existàt pas; mais le contraire a lieu. Que le virus y soit contenu dans un pollen,

qu'il y soit dissous dans les vapeurs qu'a exha= lées le malade, ou qu'il soit dissous dans l’air même, peu importe ; il est certain qu'un individu transporté dans l'atmosphère d’un varioleux peut contracter la variole ; le vent peut même changer cette atmosphère de place sans lui faire perdre toujours sa nouvelle faculté morbifique ; donc elle peut se charger du virus variolique. Les exemples les mieux constatés se présentent chaque jour, et rien ne peut permettre d'aller contre une pareille vérité.

La petite vérole , très-souvent sporadique , peut quelquefois devenir épidémique:; les autres maladies contagieuses le peuvent aussi, comme on le conçoit facilement ; mais, n'ayant pas l'air pour moyen de transmission, elles le deviennent plus rarement, d'autant mieux que certaines constitutions atmosphériques favorisent l'inoculation de la petite vérole. Ces constitutions se présentent surtout dans le printemps et l’automne; mais elles peuvent également se montrer l'hiver et l'été; et, comme l’observe très-bien M. Nacquart , elles ne peuvent être considérées que comme prédisposant les individus à cette maladie. Sous certaines constitutions on voit un plus grand nombre de catarrhes ; sous d’autres, un plus grand nombre d’inflammations

vraies; sous certains vents il se détermine un

plus grand nombre d’apoplexies ; même sous certains, on voit naître un plus grand nombre

de suicides. Peut-on regarder pour cela telles”

ou telles constitutions comme causes essentielles des catarrhes, des inflammations vraies, des apoplexies ou des suicides ? Non, sans doute ; elles rendent seulement les individus plus suscéptibles, et la moindre cause déterminante suffit pour faire éclore la maladie dont ils sont menacés. Il en est de même pour la petite vérole; l’homme, quand il n’en a pas été atteint, est toujours sur le moment de l'être; seulement 1l est plus ou moins prédisposé à son inoculation. Une constitution ayant déterminé une prédisposition générale, le même virus, qui se serait éteint sans cela, se développe chez un grand

nombre d'individus ; la constitution n'’agit

ainsi que comme cause prédisposante.

La petite vérole ne perd jamais sa faculté contagieuse ; le varioleux transporté aux pôles ou sous l'équateur, y porte sa maladie avec lui, et la communique partout; les glaces, les pluies, les vents, rien ne peut l’en empêcher.

La plus petite partie du virus variolique suf-.

fit pour faire naître la variole, aussi-bien que la plus grande. Combien de fois la pointe d'une lancette imprégnée du pus d'une variole discrête n’a-t-elle pas suffi, en piquant le bras d'un

| 147 individu très-sain, pour donner naissance à une variole tres-confluente.

Aussitôt que la petite vérole est déclarée, toute action du virus variolique devient im puissante ; elle cesse entièrement; toutes les nouvelles doses de virus inoculées sont sans effet ; et, pour sortir de l'atmosphère contagiée, le varioleux ne voit pas diminuer sa maladie. L’action du virus psorique, ou du virus syphilitique, ne cesse pas comme celle du virus variolique, après avoir produit la gale ou la syphilis; mais elle n’a nullement besoin d'être accrue par de nouvelles doses, pour conduire lentement le malade au tombeau, si elle n’est arrêtée dans sa marche; et de nouvelles doses ne détruisent pas cette lenteur.

La petite vérole a une marche ferme, un type déterminé, une forme constante : les agens atmosphériques ne peuvent rien sur elle, Sans doute le varioleux peut être surpris d’une péripneumonie, d'une gastrite, ou de toute autre maladie, qui attirant toutes les forces de l'économie sur une autre partie du corps, peut entraver la marche de la petite vérole ; mais ce n’est là qu'une maladie plus violente qui s’est développée; et, si la petite vérole en a souffert, c’est que duobus doloribus simul obortis, vehementior obscurat alterum. Une chute sur latête,

| 148 en déterminant une inflammation de quelque organe contenu dans cette cavité, aurait pro-

duit le mème effet.

Enfin la petite vérole ne peut naître qu'une seule fois sur le même individu; c’est à cela que fut due l’idée heureuse de l’inoculation du virus variolique lui-même ; de là est venue l'utilité de l'inoculation du virus vaccin, qui, en substituant d’une manière certaine (a) une

(a) Les deux fils de M. Boullay , pharmacien distingué de la capitale , lui furent renvoyés de leur pension, comme étant atteints de la petite vérole. Ils avaient été vaccinés; les boutons s'étaient bien élevés, et avaient fourni du pus à un médecin du comité central de vaccine, qui l'avait inoculé avec succes à d’autres enfans.

M. Boullay convoqua plusieurs praticiens de Paris, qui tous assurèrent que la maladie était une véritable petite vérole. Ge fait se répandit dans le public, parce qu’il portait à la vaccine un coup terrible. Je voulus le vérifier , etje me rendis chez M. Boullay. En approchant des enfans , je ne reconnus pas l'odeur de la petite vérole; et, quoique de larges pustules confluentes sur les paupières, sur tout le visage et sur les membres, pussent bien faire croire à l’existence de la petite vérole, J'osai soutenir que ce n’était que la varicelle, qui peut aussi produire tous ces phénomènes, et qui d’ailleurs peut revenir plusieurs fois. Comine cette maladie n’est pas contagieuse , je proposai, pour décider la question , d’inoculer plusieurs enfans avec le pus des boutons

maladie légère à une maladie toujours dangereuse, dérobe chaque jour tant de victimes dévouées à la mort, et place l’auteur de cette découverte au rang des plus grands bienfaiteurs de l'humanité.

Cette impuissance d'une maladie, de naître deux fois chez le même individu, est bien sans doute un des phénomènes les plus extraordinaires qu'offre la pathologie; mais combien d'autres sont pour nous aussi incompréhensibles, et moins avantageux pour l'humanité ! la gale et la vérole ne le présentent malheureusement pas. Il est vrai que la nature, tou- Jours sage en ses décrets, a mis entre nos mains des moyens que l'expérience nous a appris à employer avec fruit contre la maladie , et sans danger pour le malade.

T'els sont les phénomènes communs que présentent les maladies contagieuses, et les phénomènes propres à la petite vérole en particulier ; ils vont tous recevoir leur application et de nouveaux développemens dans l'étude que

des deux malades. Ma proposition fut adoptée, et même les médecins du comité central de vaccine voulurent bien se charger de faire l’inoculation , qui, comme je l’avais prédit, ne produisit d’effet sur aucun des enfans soumis

à l'opération.

je vais faire de la nature de la fièvre jaune. Je serai sans doute forcé à beaucoup de répétitions ; mais je n’écris pas un ouvrage d’agrément; je discute une question qu’on a toujours cherché à embrouiller , et mon but est de l'éclaircir.

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