‹ Traité de la fièvre jauneChapitre 26 sur 26 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

Sur un Mémoire relatif à la contagion de la

fièvre jaune, par M. le docteur DEVÉÈZE.

Nous avons été chargés par l’académie , MM. Portal , Pinel et moi, de lui rendre compte d’un mémoire sur cette question : La fièvre jaune est-elle contagieuse ? que M. le docteur Devèze lui a communiqué dans la dernière séance du mois de décembre

dernier. Nous venons nous acquitter de cette com-

mission.

Quelques efforts que les médecins aient faits jusqu'à ce jour , ils n’ont pu déterminer d’une manière irrécusable si la fièvre jaune était ou n’était pas contagieuse ; elle l’est toujours suivant les uns ; d’autres pensent qu'elle le devient seulement dans quelques

circonstances ; enfin, plusieurs observateurs , rejetant à la fois ces deux opinions , atiribuent la naissance et la propagation de la maladie à des causes indépendantes de la contagion.

Cette derniére opinion futembrassée par M. Devèze en 1793. Elle était fondée sur le résultat de plusieurs observations qu'il avait faites pendant quinze ans d’une pratique étendue à Saint-Domingue , où la fievre jaune règne presque constamment d’une manière sporadique ; c’est-à-dire, où elle semble se développer spontanément chez des individus isolés. L’intensité de l’épidémie qui ravageait alors Philadelphie, Jui fournit aussi l’occasion de recueillir dans la ville, et à l'hôpital de Bush-Hill, de nouvelles observations sur cette maladie. Ce fut encore à Philadelphie qu’il put observer les divers caractères de la même maladie en 1794, 95 , 96, et surtout en 1507, et vérifier les observations qui avaient servi de base à l'opinion qu'il s'était formée. Depuis cette époque, M. Devèze n'a pas eu occasion de voir cette cruelle maladie , mais il a consulté les nombreux ouvrages publiés sur cette importante matière ; et aujourd’hui , après avoir médité ses savantes recherches , après une étude attentive des faits recueillis et des opinions émises par divers auteurs , il reste convaincu que la fièvre jaune n’est pas contagieuse , et que son développement et sa propagation sont le résultat d’une infection.

L'infection , suivant l'auteur du mémoire que nons

analysons , « est un mode morbifique par lequel ua

» centre de putréfaction donne à un individu , sou- » mis à son influence , la prédisposition à contracter » une maladie d’une nature particulière , ou bien » occasione a détermination de cetie maladie, » quand l'individu y est déjà prédisposé. »

Les maladies par infection auraient pour caractères constans de prendre leur origine dans tous les lieux soumis à l'influence d’un centre de putréfaction , et jamais hors de ces lieux, de pouvoir attaquer un grand nombre de personnes en même temps, et sans qu'elles aient eu communication ni entre elles , ni avec d’autres déjà atteintes de la maladie qu'elles contractent ; enfin, de se changer. facilement les unes en les autres, et d’être soumises à l’action immédiate de la chaleur atmosphérique , et influencées par l’action relative des eaux et des vents.

La contagion est au contraire un mode de maladie par lequel un individu atteint d’une affection morbifique la communique à un autre , au moyen d’un virus attaché aux corps solides ou suspendu dans l'atmosphère. |

Si l’on considère alors que la fièvre jaune ne peut naître que dans les climats chauds , ou dans les saisons chaudes des climats tempérés ; qu'elle se manifeste de préférence dans le voisinage des marais, et dans les lieux où il existe de grands rassémblemens d'hommes et de matières animales en putréfaction ; | aw’elle commence ses ravages dans les quartiers des villes les plus basses et les plus’ malsaines; qu'en

outre on R'a pu parvenir à constater un seul cas dans

lequel le développement de la fièvre düt étre attribué à l'importance d'un virus contagieux ; on ne pourra disconvenir, dit l’auteur, que la fièvre jaune ne soit /e résultat d'une infection. |

Si l’on ajoute qu’on a vu cette maladie naître dans un point, y stationner quelque temps, parcourir successrvement les quartiers les plus malsains des villes , s'arrêter devant les places publiques et les fieuxspacieux, n’atteindre le côté opposé qu’en faisant un long détour , être soumise à l'influence des. variations de l’atmosphère, apparaître avec les chafeurs , disparaître avec elles . n’abandonnant les quar-tiers humides que les derniers , et ne différant d’ailleurs de quelques autres maladies, par infection . que sous le rapport de l'intensité des symptômes ; cette opinion semble acquérir quelques degrés de. force et de certitude.

Nous allons rappeler les faits principaux que Panieur cite pour prouver que la fièvre jaune ne peut jamais devenir contagieuse. :

1”. Dans tous les pays. où la fièvre jaune règne. habituellement, il est des lieux où elle ne-se déve- Tloppe jamais que sur les personnes qui er ont apporté le germe du foyer d’infection.

2°, Sous les climats tempérés, la maladie ne se. répand. pas dans les campagnes ; les quartiers élevés. des villes en sont souvent exempts , lorsque ce fléau. ravage les rues basses. et humides. He

3, Dans les hôpitaux bien situés , la fièvre jaune

ne se montre que sur les individus qui en étaient af. fectés lorsqu'ils y sont entrés.

4. Dix-huit personnes sont allées mourir à Alcala de los Panaderos, de la fièvre jaune qu'ils avaient. contractée à Séville ; aucun des habitans d’Alcala men fut attaqué. On cite plusieurs faits analogues.

5°. Enfin, jamais, suivant l’auteur, on n’a pu inoculer ou produire volontairement la fièvre jaune.

Après avoir rapporté ces faits négatifs, l’auteur discute ceux que plusieurs médecins ont cités à l’appui de la contagion dela fièvre jaune. Il conclut, de cet examen, que, parmi ces derniers , il n'en est aucun qui ne puisse être facilement expliqué , si toute-fois il est exact ; en admettant que cette cruelle maladie est Le <. KT d'une infection. |

M. le dorteur Devèze , dont la modestie égale les. ‘vastes connaissances sur ce sujet , respectant les opinions des médecins qui ont admis que la fièvre jaune. est contagieuse, propose de soumettre son opi-. nion, et celle de ses antagonistes au jugement d'hommes éclairés , que le gouvernement appellerait à faire de nouvelles observations , et à tenter de nouvelles expériences dont les résultats ne pourraient plus être contestés..

Vos commissaires ont été frappés du ton de franchise et de conviction avec lequel M. le docteur Devèze s'est constammentexpliqué dans sonmémoire..

Sans admettre l'expression dont l’auteur s’est servi pour rendre l’idéequ’il s’est formée de cette particularité de la maladie, qui, sans être contagieuse,

serait par infection, ils avouent qu’ils conçoivent cette modification ; mais que la définition du motirfection , que l’auteur donne , est loin de présenter une | idée précise du sens qu’il lui attache. Le Ce mémoire , résultat d'une grande expérience, et d'une pratique éclairée, renferme des faits curieux dont il semble résulter que la fièvre jaune, que * quelques auteurs affirment être contagieuse, ne Île serait pas du tout, au moins dans le sens qu'on attache en général à ce mot, parce que M. Devèze distinguerait cette sorte de contagion locale , et qui ne se transporterait pas sous le nom nouveau, au moins dans cette acception spéciale d'infection ; tandis que, suivant l'expression presque généralement adoptée , de maladie contagieuse , on entend une affection morbifique qui se communique d’un individu à un autre, et continue de se transmettre ainsi. dans tous les lieux où l'individu attaqué peuten por-

ter le germe (a).

(a) Ge dernier paragraphe ne donne pas une idée exacte de ce que j'entends par infection , et j'ose croire que les personnes qui auront lu mon ouvrage avec quelque attention s’en apercevront aisément. Loin de dire que l’infection est une sorte de contagion, j'ai fait tous mes efforts pour prouver au contraire que ces deux modes morbifiques sont très-différens l’un de l’autre ; et je pense l'avoir assez prouvé en effet par les détails dans lesquels je suis entré , pour me dispenser d’y revenir en-

# core, Cependant il me semble utile de rappeler’ ici la

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Suivant le vœu de l’auteur, nous proposons à # l'académie , qui ne peut manquer d’ accueillir ce tra-

“vail, de le transmettre au gouvernement, auprès

+ Eauel il vient d’être formé une commission spéciale ,

‘sous le nom de comité sanitaire.

Signé Porraz, Pinez , Duméri, rapporteur.

pe. L'Académie approuve le rapport et en adopte les

conclusions.

Certifié conforme à l'original :

Le secrétaire perpétuel, conserller d'état, chevalier de l’ordre royal de la légion-d’honneur ,

Baron CUVIER.

* … différence essentielle que j’ai mise entre eux, savoir; que le principe de la contagion est toujours produit sur un étre vivant ,et par une maladie qu’il a la faculté de produire à son tour ; tandis que le principe de l’infection est toujours produit par des corps organisés en état de décomposition, et qu’il ne peut étre produit , en aucune

manière , par la maladie qu'il a fait nattre.

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