‹ Traité de la formation des mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latinChapitre 68 sur 113 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous voici arrivé au terme de notre étude. Nous avons passé en revue tous les procédés que la langue met en œuvre pour composer les mots; nous en avons déterminé les caractères, la valeur, la portée ; il est temps maintenant de jeter un coup d'œil sur l'ensemble et d'en dégager le fait général qui peut s'y trouver renfermé. Ce qui frappe tout d'abord , c'est que le français est loin d'être inférieur au latin dans la feculté de créer des composés. Le pouvoir qu'il possède d'emprunter directement des mots à la langue mère lui donne tout d'abord les richesses de celle-ci. Puis, pour son propre compte , il connaît huit sortes de compositions bien caractérisées :

P Juxtaposition, soit simple, soit avec métaphore ou synecdoque : bien moins développée en latin ;

2? Composition par particules , que possède le latin ;

3^ Composition de deux noms par apposition : très-riche en français , inconnue au latin ;

4** Composition d'un nom avec une préposition : très-riche en français , moins développée en latin ;

5^ Composition d'un nom ou d'un adjectif avec un adverbe : plus riche en français qu'en latin ;

6^ Composition de deux noms dont l'un est au génitif : plus riche en latin qu'en français ;

7^ Composition d'un nom et d'un verbe qui correspond à une juxtaposition latine : rare en français , moins rare en latin ;

8® Composition avec l'impératif, inconnue au latin.

Il y a donc deux genres de composition que le français possède et qui manquent au latin. Celui-ci , il est vrai , a les composés possessifis, qu'ignore le français ; mais ce dernier rachète grandement cette absence par sa juxtaposition simple ou figurée. En sonune, tout compte lEait , en ayant égard non-seulement au nombre, mais encore à la richesse des proeédée employés par les

deux langues , la balance penche incontestablement du côté du français • .

Si nous ajoutons que la dérivation est également chez nous plus développée, nous arrivons à cette con(^usion que la langue fille est mieux pourvue et plus richement douée en procédés de formation de mots que la langue mère. L'on accuse généralement le français de ne pas connaître la composition ; l'étude qui précède montre combien ce reproche est peu fondé , si on compare le français au latin.

Mais qu'on le compare aux langues germanique et grec, on est alors obligé de reconnaître la supériorité de ces langues à composer les mots. Cependant, si l'on veut bien analyser les divers procédés de composition auxquels elles ont recours , on remarquera avec étonnement que le français les possède au même titre. Pour les diverses compositions que présentent le grec ou l'allemand, on peut donner des exemples en français 2.

A quoi tient cette dififérence ? Il y a à cela deux raisons. La première, la plus apparente, quoique insuffisante , est la nullité à peu près totale de la composition avec le génitif. Les rares formations qu'on lui doit ont une apparence singulière, étrange, qui étonne dès l'abord ; elles semblent dépaysées au milieu de la langue. Cette composition, que les langues germaniques et le grec ont développée avec une inépuisable richesse, est très-conunode ; nous en sentons vivement l'absence par la gêne qui en résulte, et à laquelle nous cherchons, tant bien que mal, à remédier par la dérivation. Là où le grec dit en un mot : Yeofpaffa, pieTaXXoup- Y^a, nous sommes obligés de dire, si nous voulons parler fran--

» Le latin, en efifet, use singulièrement peu des divers genres de composition qu*il possède. Cependant la langue populaire, plus féconde que la langue classique, et qui montre déjà quelque chose des richesses que développeront les idiomes romans, nous en i'ournit un nombre plus considérable. Plante est assez riche en créations originales; par exemple : conterebromia (Cure, III, 3, 7G), conlortiplicata (Pers., IV, 6, 26), crucisalum (Bacch., II, 3, IM), crurifragius (Pœn., lY, % 64), damnigerulus (Truc, II, 7, \),dentifrangibulum (Bacch., IV, 2, 14 et Î3), dentilegui{GeLpU, IV, 2, 18), famigeratioCTnn., III, 2, ù&), gerulifigulus\BsLCch., llh l, 14), largiloquus (Mil., U, 3, 47), latebricola (Trin., II, t, 14), legirupio (Rud„ III, 4, 4), loripes (Pœn., III, 1, 7), mendaciloquus (Trin., 1, 2, 163), nucifrangibulum (Bacch., IV, % 16), plagigerulus (Most., IV, l, 19), plagipaiida (Most., II, 1> 9, etc.), sycolatronids (Mil., I, 1, 43), thesaurochrysonicochrysides (CsLpt, II, % 35), etc. Cf. A. Fuchs, ùie romanischen Sprachen inihrem VerhaUniss mit dem Latein, 8 61, où sont cités spécialement les composés bien connus qui remplissent les vers du Perse, IV, 6, 20-23.

' En tenant compte naturellement des dififérences dues au caractère propre de ces langues, comme par exemple la composition thto^tiiîue.

çais : desctHption de la terre, travail des métaux. Que l'on compare les trois expressions photographie, photosculpture et gravure sur bois: pour exprimer trois groupes de deux idées à peu près analogues , on est obligé de recourir ou à une périphrase analytique , gravure sur bois , ou à une composition grecque , photographie , ou à une formation hybride qui applique à des éléments français les principes de la composition ^ecqjùB, photosculpture. On saisit là sur le fait l'impuissance à peu près complète de la langue à créer ces sortes de composés. EUe cherche , il est vrai , à y remédier en détournant de son emploi logique la composition par apposition ; mais ce n'est qu'une tentative , encore loin d'être généralisée , et d'ailleurs l'apposition ne pourrait pas se pratiquer dans tous les cas. Aussi avons-nous été toujours obligés de recourir à la composition grecque. C'est ce qui explique le développement exagéré qu'elle a pris, et grâce auquel elle ne se contente pas de nous fournir les composés qui font défaut , mais nous inonde d'une foule d'autres, dont nous n'avons que faire, et pour lesquels nous avons des équivalents en nombre ' .

La seconde cause, plus générale, tient à un trait propre de notre langue littéraire , je veux dire, à la sévérité excessive dont elle fait preuve dans le choix des mots et à la tyrannie qu'exerce sur elle l'usage. En allemand , en grec , la composition jouit d'une pleine et entière liberté. Les mots de toute nature se combinent , s'entrelacent , se désunissent , pour se recomposer et former, au gré de l'écrivain , des expressions toujours pleines d'aisance. La composition est là dans son élément. Chez nous cette liberté d'allures n'existe nulle part dans la formation des mots , pas même dans la dérivation , pourtant si riche. Une récente tentative d'enrichir la langue de quelques milliers de dérivés qui lui manquent a montré par son avortement quelle est la puissance de l'usage sur le français, et combien peu comptent les créations individuelles, tant qu'elles n'ont pas été sanctionnées par le suffrage de tous. Même chose se passe pour la composition, et ici la gêne est rendue plus sensible par l'abondance moins grande des composés.

Le français, en effet, possède divers genres de composition, mais craint, ce semble, d'en user. La vieille langue, il est vrai, était plus libre dans ses allures que la moderne. Il est à remar-

Yoir plus haut, p. 22î.

quer que presque tous les composés avec génitif, présentant l'inversion des termes , — en dehors de ceux qui sont dus à l'influence anglaise , — appartiennent au vieux français : banvin , bancloque, orfèvre^ etc. Il en est de même de ceux dont le premier terme est un substantif et le second un verbe : fercestir^ cloufichier, manœuvrer, etc. Le français a donc laissé perdre une faculté précieuse qui pouvait donner plus de vivacité et d'éclat à la phrase, et lui enlever un peu de sa rigidité et de son inflexible logique. Or, cette perte coïncide précisément avec l'avènement de la langue moderne et de la formation savante des mots. Ne serait-ce pas à cette dernière qu'il faudrait en faire remonter la responsabilité? La facilité qu'on avait d'exprimer les idées complexes à l'aide de composés latins tout faits n'a-t-elle pas amené à n^liger des ressources devenues ou jugées inutiles ? L'abandon produit le dépérissement. Les facultés de composition non entretenues dépérirent, du moins en partie, et c'est ainsi que, des huit genres de composition que nous avons énumérés tout à l'heure , ceux dont orfèvre et manœuvrer sont les types ont maintenant disparu de la langue. Quant aux six autres, reconnaissons-le, ils sont bien réellement vivants ; quatre surtout sont d'une abondance inépuisable : la composition avec particules , la composition avec impératif, la composition par apposition, la juxtaposition avec synecdoque ou métaphore. Cependant, si le langage journalier leur demande sans fin des créations spontanées, celles-ci n'ont chance de durée qu'autant que la langue littéraire les adopte, et elle ne les accepte jamais qu'après un long stage« Dans sa sévérité trop dédaigneuse , elle leur décerne un brevet de familiarité et de vulgarité qui ne leur laisse d'accessible que la ' langue technique ou populaire ^ De fait , on peut lire de suite des pages entières de nos classiques sans rencontrer un seul composé. Voilà pourquoi la composition , beaucoup plus riche réellement qu'elle ne le semble, paraît, — mais à tort, — - pauvre et maigre.

Y aurait-il antagonisme entre la langue populaire et la langue littéraire? L'une auraitnelle une tendance plus marquée pour la synthèse , l'autre pour l'analyse? Peut-être ; remarquons d'ail-

* Qu'on jette un coup d*œil sur nos listes de conoLposôs^ et Tcm vem combien peu appartiennent à la langue noble. Ce qui domine» ce sont les noms de plantes, d'animaux, d'instruments. Peu de termes aiwftrai^ ^ et encore pour la plupart sont-ils de la langue spéciale du droit («ïwt#arrêtt etc.).

leurs qu'une pareille oppositicMi n'aurait rien d'extraordinaire : la langue populaire est toujoiffs plus vive, plus imagée, plus pittoresque , en un mot plus synthétique que la langue noble. Cependant cette opposition , toute réelle qu'elle est, se trouve contenue dans de certaines limites. En somme, on ne peut scinder le français en deux langues, l'une synthétique à l'usage du peuple, l'autre analytique à l'usage des écrivains. Il est au fond partout analytique ; et si , dans la bouche du peuple, il présente un développement considérable dans la composition, cette composition elle-même, il l'a marquée de son empreinte. Elle ignore en eflFet la combinaison des thèmes, qui est la forme la plus parfaite de la composition, et l'inversion, qui est éminemment synthétique ^; et les expressions qu'elle crée , pour être elliptiques , n'en ofirent pas moins une correspondance curieuse entre Tordre des mots et l'ordre logique ou analytique des idées exprimées ou sous-entendues. D'un autre côté, cette composition populaire , toute riche qu'elle est, ne donne guère naissance qu'à des substantife et non point à des épithètes ^. La formation d'adjectifs composés exige en effet une conception synthétique beaucoup plus étendue que celle des noms , parce que la dénomination d'un objet matériel s'impose bien plus impérieusement à l'esprit que celle d'une qualité abstraite. On le voit , la composition populaire est celle dont est capable une langue au tempérament analytique ; mais, dans les Ihnites que comporte cô tempérament, eUe est d'une ridiesse considérable; aussi ce procédé de formation de mots peut-il prendre une place marquée à côté et non loin de la dérivation.

Pour la langue littérah'e , elle ne peut accepter les composés populaires qu'autant qu'un long usage les a consacrés. Quant à créer des composés nouveaux , substantifs ou adjectifs, elle s'y refuse. Toutefois , à y'bien réfléchir, cette sévérité n'a point sa raison d'être dans le génie même de la langue , et peut-être ne serait-il pas impossible d'introduire dans la poésie les composés français chers à. Ronsard et à Du Bartas. En somme , ces mots n'ont en eux-mêmes rien de vulgaire ni de grossier, toute populaire qu'en est la formation. Ils sont si peu contraires au style élevé, que Ronsard et Du Bartas, qui affectaient la haute poésie,

* L'inversion ne s^est maintenue que dans les composés tels que arrière^ cour.

* Les compositions les plus fécondes sont celles dont pied-d*aloueHe , chothfleur, pourboire, arrière^our, porte<igare sont les types. Elles ne donnettl guèr» que des noms.

en usaient et en abusaient. On les poursuit par esprit de tradition classique ; ils sont encore sous le coup de la proscription dont les frappa Malherbe , et de nos jours continuent d'expier les témérités de la Pléiade. Proscription imméritée ! Aucun obstacle bien sérieux ne s'opposerait à les faire revivre dans la langue littéraire. Mais, avec la langue, il est besoin de ménagements ; et, si nous renouvelons ici les souhaits de Henri Estienne , il nous faut tenir compte aussi de ses recommandations : Ttj yeipi SsT cx6(psiv, dXXi jjLY) 5Xo) tû BuXàxcp ^

C'est pour avoir négligé ces sages conseils qu'échoua la Pléiade. Quand Ronsard et ses amis inondèrent la langue de cette masse de mots simples et composés grecs, latins et français , ils ne comprirent pas que le tempérament de notre idiome était trop délicat pour supporter cette foule d'intrus. L'exagération les perdit. Cependant l'on peut regretter que le succès n'ait pas couronné leur tentative, et, tout en reconnaissant qu'elle devait nécessairement avorter, l'on se dit qu'il eût été heureux pour la langue de garder quelque chose de cette hardiesse et de cette témérité.

De nos jours , Victor Hugo , dans sa dernière manière , a cherché aussi à faire revivre certains composés^ spécialement les composés par apposition , accolant ensemble deux substantifs , dont l'un devient l'épithètede l'autre ^. Cette tentative, pas plus

• Voir plus haut, p. 190, n. 2.

' Les premières traces de cette composition se rencontrent dans les Conteinplalions et les Châtiments, Elle se développe dans la Légende des siècles et abonde dans les Travailleurs de la mer et V Homme qui rit. Voici quelques exemples tirés de la dernière pièce des Contemplations, Ce que dit la Bouche d^ ombre,

Vous habitez le seuil du monde châtiment

(La vie) Rattache ïastre esprit à V archange soleil

L'hydre Univers tordant son corps écaillé d'astres

Comment du monstre esprit natt le ^nonstre matière

Les tombeaux sont les trous du crible cimetière

Dieu livre, choc affreux, dont la plaine au loin gronde.

Au cheval Brunehaut le pavé Frédégonde

(Et le vent) Mêle dans T&tre abject et sous le vil chaudron ,

La fumée Èrostrate à la flamme Néron.

Alors V hyène Atrée et le cheval Timour,

Et Vépine Cuïphe et le roseau Pilale ,

Le volcan Alaric à la gueule écarlate ,

Lours Henri Huit, pour qui Morus en vain pria,

Le sanglier Sélim et le porc Borgia,

Poussent des cris vers l'Être adorable

Ces sortes de composés rappeUent bien les composés par apposition , avec cette diflférence cependant que l'un des deux termes y est un nom

que celle de la Pléiade , n'a , ce semble, pour elle aucune chance de succès. Un autre trait du style du célèbre poëte, — caractéristique surtout dans sa prose, moins frappant dans ses vers, parce que la phrase poétique s'y prête plus aisément,— c'est la transformation de l'adjectif en attribut *. Parce côté, qui rentre aussi à certains égards dans la composition, il rapproche la phrase française de la phrase latine , dans laquelle l'épithète exprime généralement l'action et non l'état , et joue plutôt le rôle d'un attribut que celui d'un adjectif. Ces tournures ont pour eflFet de donner plus de poids à la phrase, de lui faire contenir un nombre plus considérable de pensées , de la rendre plus pleine et plus concise ; elle devient alors synthétique. Mais l'esprit de la langue semble se refuser à consacrer de pareils essais. En somme, quoi qu'on tente, il est à peu près évident que la langue écrite restera toujours peu propre à la composition , se tiendra sur la réserve et n'acceptera que difficilement les créations individuelles. Quant a la langue populaire, plus libre d'allures, elle fera de la composition une source féconde de mots nouveaux ; mais ses créations porteront toujours le cachet de l'esprit analytique, qui est le caractère essentiel du français.

Est-ce à ce caractère analytique qu'il faut attribuer une autre particularité de nos composés ? Nous serions tenté de voir dans le besoin qu'éprouve le langage de présenter les idées une à une, avec clarté et limpidité, la raison qui lui interdit à peu près absolument de former des dérivés de mots composés ou de juxtaposés. La dérivation, richement développée chez nous, s'exerce cepen-

concret, et Tautre soit un nom abstrait, soit un nom concret employé métaphoriquement, de telle sorte que les deux mots réunis présentent des idées de deux ordres diflférents : « le monde châtiment », « le pavé Frédégonde. » L'apposition, au contraire, réunit deux idées de mémo Cniractére : toujours simples , soit concrètes : chou-fleur ^ aide-bourreau; soit abstraites, saisie-arrêt. De là vient que la composition, dans Victor Hugo, est plus chargée d'idées, plus féconde, plus synthétique, et par cela môme plus pénible.

' Je prends pour exemple la ligne suivante de V Homme qui rit (t. I, p. 308 de Tédition Lacroix etVerbeckhoeven, 1869) : « Il marchait rapide dans ses vêlements roides. » Cet emploi de Fadjectif est propre à la poésie ; en prose on dirait . en remplaçant l'adjectif par l'adverbe : « il marchait rapidement, » C'est la construction synthétique latine : conticuere omnes intenlique ara tenebant, « tous se turent, et allenlifs fixèrent leui-s regards. » Le grec, plus analytique que le latin, accompagnerait en ce cas l'adjectif du participe présent de eîu.î, ce qui prouve bien que l'adjectif n'est autre cliQ^e dans cette construction que l'attribut d'une proposition sous-enteudue : « Il marchait étant rapide, lui qui était rapide, » — « Étant attentifs f eux qui étaient attentifs ^ ils fixèrent leurs regards. »

dant avec difficulté sur les composés : témoin la liste suivante que nous avons faite aussi complète que possible, et qui paraîtra bien mesquine, comparée aux listes nombreuses et souvent incomplètes de composés et de juxtaposés que nous avons donnés dans le cours de l'ouvrage :

aqua-fortiste

aqua-tintiste

arc-bouter »

basse-lissier

bat-filière

Bellétriens '

bémoliser

bienveillance

blanc-de-cérusier

blanchœuvrier ^

bonhomie

bonj ourler

champarter

charcutier ♦

chaufournier

clairvoyance

colportiftge

courbaturer

courtepointier

culbuter

débonnaireté

dindon échauboulé faubourien faufiler ferblantier fieurdeliser forfaiture franc-filer franc-maçonnerie gendarmer gentilhommière gras-fond ure happelourde haussebecquer haute-lissier languedocien mainmortable maladie malveillance manœuvrer (-noi vrier, etc.)

maugréer

mortaillable

nerfèrer

orfèvrerie

pain-d'épicier

patenôtrier

plafonner

portefeuilliste

priraesautier

prud'homie

quintessenciè

saintrcyrien

saint-simonion

sauvegarder

solbature

tailledoucier

terreneuvier

trousse-pète

vaurienne

vermoulure

vinaigrier

Or, dans la plupart de ces dérivés , les composés sont arrivés à l'état de simples : bémol , bienveillant^ blanchœuvre, bonhomme, bonjour, champart, chaircuite ou charcuite, chaufour y colporter, courbature, courtepointe y culbuter, débonnaircy dinde, chauboulure, faubourg, faufil, ferblanc, gendarme, gentilhomme, happelourd, haussebec, Languedoc , mainmorte, malade, malgré (maugré)^ malveillant, manœuvre y mortaille y nerf-férure, orfévre,patenâtre, plafond , portefeuille , primesaut , prud'homme , quintessence, sauvegarde y solebattue, terre-neuve, trousse^et , vaurien, vermoulu, vinaigre. Quant aux autres, aro-botUer, basse-lissier, bat- filière, blanc-de-cérusier, gras-fondure, haute-lissier, pain-d'épicier, taille-doucier, ce sont des termes d'arts et métiers , dont les radicaux, d'un usage spécial ,

* Cf. plus haut, p. 143.

' Mot du français de Genève : « Société des Bellétriens. » Avouons que pour des amateurs de belles-lettres, ce dérivé a un aspect singulièrement barbare; il a été inspiré d'ailleurs par l'allemand BeUetrisl*

^ Cf. plus haut, p. 25.

* Cf. plus haut, p. m

doivent, pour oeux qui les emploient journeUement, offrir dee idées unes et êti*e réduits à des mots simples. Aqua^fortiste et aqvuL-tintiste sont des dérivés de mots étrangers dans lesquels le sentiment de la composition est moins vif. Dans fleurdelisé je vois le mot simple fleurdeliSy et non plus la locution fleur de lis; ei francyynaçon y radicsldefranc-^naçonnerie, me présente une tout autre idée que franc maçon. Saint-Cyr, Sainte Simon, d'où saint^-cyrien et saint -- simonien , ne forment chacun qu'un mot. Je n'hésiterais que pour clairvoyance et franc-fllery et encore dans franc-filer la dérivation n'est qu'apparente ; car en changeant fileur en filer on a transformé l'adjectif /ranc en adverbe. Ce petit nombre d'exemples vient donc à l'appui de notre assertion que la dérivation de composés n'existe pas en français, et cette assertion gagne en certitude si l'on met en regard de cette mesquine dérivation celle de l'allemand ou du grec dans les noms composés. Le grec peut tirer des verbes de tous ses adjectifs composés : OcoXé^oç, BeoXoYéw ; liivap^oç, {jLovap)ré(«) ; çtXipYupoç , <ptXapY^P^ ? ^^- Si je ne parle pas des autres composés, c'est que ceux-ci , par la nature même de leur formation, exigent pour être créés l'addition d'un sufiixe. L'allemand de même tire avec la plus grande facilité des dérivés de ses composés. De selbststândig, selbstsùchlig, selbstthatig, etc., il fait selbstsiândigkeUy selbstsiichtigkeit, selbstthMigkeit^ et assurément , dans ces composés , l'idée complexe exprimée par chacim des deux éléments composants en dehors du suf&xe keit reste toujours visible. Dans un livre allemand que j'ai ouvert devant moi , je rencontre un composé non admis dans la langue commune^ et partant de formation tout individuelle : die « zweigliedrigkeit » des Rections verhaltnisses , proprement : < le caractè]:e que possède le rapport de subordination d'être composé de deux termes. » Or, dans zweigliedrigkeit , ni zwei^ glieder n'existe comme composé , ni gliedrigkeit comme dérivé ; la particule keit vient donc s'ajouter à la combinaison des deux éléments zwei et glieder^ qu'elle présente réimis , mais non fondus au sein d'une unité supérieure ^. Le français est incapable de reproduire ce procédé éminemment synthétique. Impuissant à soulever le poids de cette triple combinaison où deux concepts sont reliés par im troisième qui les domine , son esprit analytique lui ordonne de démêler les idées complexes et d'en

' Je prends cet exemple au hasard; à chaque page de n'importe quel ouvrage scientifique allemand, on peut en rencontrer de semblables.

présenter un à un les éléments constituants. Aussi , quand il se trouve en présence d'un composé ou d'un juxtaposé , se voit-il obligé d'attendre que ces mots aient été ramenés par le temps et l'usage à l'unité d'image ou de concept : alors seulement il en tire des dérivés , comme il le fait de tout autre mot simple.

Après ces remarques générales , il nous reste à examiner quelques questions particulières : de la place du déterminant, du genre des mots composés et de leur orthographe , en ce qui concerne le trait d'union et la formation du pluriel.

V Pour le déterminant, nous avons vu que dans les juxtaposés de coordination la plus grande partie des juxtaposés reproduit la construction primitive : pla-fond = xaxoSotiAwv. Pour les juxtaposés de subordination , il n'y a pas lieu de poser la question. Pour les composés proprement dits ^ il faut laisser de côté ceux dont acompte est le type. Quant aux autres, le déterminant précède le déterminé dans arrière^our et les analogues (chap. IV, m, 2), vermoulu , etc. (IV, v), et dans les anciens composés avec génitif : orfèvre y etc. (IV, iv) ; le déterminant suit au contraire le déterminé dans la composition par phrases {portefeuille^ IV, vi), et par apposition (oiseau-mouche, IV, i). De l'examen de ces faits, il semble donc résulter qu'il y a partage à peu près égal entre la construction antique qui donne au déterminant la première place et la construction nouvelle qui la donne au déterminé. Toutefois la question peut être un peu plus précisée. Dans les composés comme arrière^oury il est difficile que la construction antique ne soit pas conservée ; dans ceux comme portefeuille, il est difficile au contraire d'en concevoir le maintien. Les composés modernes avec génitif^, et les appositions où la place du déterminant n'est plus réglée par les nécessités de la syntaxe , mais où la langue peut obéir librement aux instincts secrets qui la dirigent , nous montrent la construction antique franchement abandonnée , et, s'il n'en est pas tout à fait de même pour les juxtaposés tels que plafond , il faut remarquer que la plupart des adjectifs qui , dans ces juxtaposés , précèdent le substantif, conservent encore cette place dans l'usage commun de la langue , et que celle-ci n'a fait d'ordinaire que transporter dans la juxtaposition une construction d'ailleurs usuelle. On peut donc conclure que la langue a à peu près perdu

' Sont en dehors Icscomposôs avec particules, * Voir plus haut, p. 139, note t>.

le sentiment de la construction primitive , et qu'obéissant à ses tendances analytiques , elle a abandonné la rè^Ie qui donne là première place au déterminant ^ Ceci vient à l'appui de no« (d»enrations sur les caractères de la composition française 2.

' L'inversion tend à disparaître du français et en général des langues romanes^ mais le principe auquel elle doit sa naissance est toujours vivant; et, si le déterminant n'occupe plus la première place dans ta composition ou dans la proposition, c'est toujours lui qui joue le premier rôle dans la création des noms simples et dans les extensions de sens qu'ils subissent Au début de ce travail (p. 12), nous avons vu que tout substantif est à l'origine un adjectif, c'est4-dire qu'il exprime une qualité particulière de l'objet qu'il désigne, et qu'il finit, le sens étymologique se perdant, par désigner l'objet dans la totalité de ses qualités. Ainsi fluvim est ce qui coule avant d'être un fleuve. Or, cette qualité particulière -, qu'es^ce autre chose qu'un déterminant? Un phénomène analogue se produit quand le nom gagne en extension. Le nom , c'est-à-dire l'adjectif , étant devenu le représentant de l'objet, on l'applique à un autio objet qui présente avec le premier une qualité spéciale commune. Cest ce nouveau deUrminanl propre aux deux objets qui va faire donner au second le nom du premier. Un exemple curieux est cadran, l" sens : gnomon , de forme rectangulaire. Le déterminant (fui fait désigner cet objet est sa forme carrée : de là son nom de cadran. Le mot cadran arrive ensuite à représenter à l'esprit non plus seulement l'idée d'une surface /^rrée, mais l'image complète du gnomon. C'est alors que viennent les pendules et les horloges à surface circulaire indiquant les heures; cettc^ nouvelle qualité d'indiquer les heures est le second délerminanl commun aux deux objets, qui permettra l'extension du nom, et c'est ainsi que le cadran, après avoir désigné une surface carrée, sera le nom d'une surfAce circulaire, parce que les deux surfaces auroùt joui d'une même propriété, celle d'indiquer les heures. On peut exprimer cette loi d'extension des sens sous une forme générale* de la manière suivante : Soit un objet m, il recevra son nom d'une qualité particulière a qui le détermine, et quand ce nom de a aura perdu sa valour étymologique pour représenter l'objet m tout entier, il passera à un objet n à caus(^ d'une qualité déterminante nouvelle b, commune à m et à n. De même, un nouveau déterminant c propre à n et à un troisième objet , pourra fairo donner à le nom de a, et ainsi de suite. On voit immédiatement que les rapports qui peuvent exister entre les divers déterminants a, b, c, etc.. sont tout à fait fortuits, et que souvent môme ces déterminaats peuvent présenter des caractères contradictoires , comme il arrive dans cadran. Tout ceci prouve combien est réelle cette loi de l'esprit qui, dans la conception et jusqu'à un certain point dans l'expression de nos pensées, fait jouer le premier rôle au déterminant II serait intéressant d'en voir les applications diverses dans les extensions de sens des mots. Celles-ci consistent en effet tantôt à rattacher à un même déterminant des séries entières de choses différentes, et à faire pour ainsi dire rayonner une seule et même qualité sur un ensemble d'objets; tantôt à renouer les uns aux autres, comme autant d'anneaux d'une chaîne, divers déterminants, et aveQ eux divers ohjets, de manière que, chaque anneau n'ayant ^u'un point de commun avec celui qui le précède et avec celui qui le suit, les derniers arrivent à être toat dissemblables des premiers; tantôt enfin à combiner l'un et l'autre procédé. Mais nous ne pouvons qu'indiquer ici ces points dont le développement nous entraînerait trap loin.

' Voir plus haut, p. 243.

2* La quastioa du genre est trèç^sixnple; d'ailleurs» comme le geare des composés a été examiné pour chaque série de mots • nous n'avons qu'à résumer nos observatiims.

Pour les juxtaposés, le genre est celui du déterminé » excepté rouge-gorgey rouge^ile, rouge-queu£ et quelques autres.

Pour les composés avec apposition (chov^ fleur )^ avec adverbe (arrière-^our), ou avec génitif (timbre-poste), le genre est aussi celui du déterminé.

Les composés avec préposition fàrcompte) et avec impératif (porte^plume) sont essentiellement neutres. Quelques-uns cependant , en qualité d'adjectifs, ont le genre du substantif exprimé ou sous-entendu auquel ils se rapportent ; dans quelques autres la terminaison a donné son genre au composé total.

Les composés formés d'un impératif et d'un vocatif ont, sans exception, le genre du vocatif.

3^ La question du trait d'union est fort délicate » comme toute question qui touche à l'orthographe ; elle est obscure et difficile, car l'usage et l'Académie ont réglé d'une manière à peu près arbitraire l'emploi du trait d'union dans les juxtaposés et dans les composés. On écrit : eau^ forte et eau blanche, eau seconde; bien-^ire et bienfaisant; bienrtenant et bienséant; bas Breton et bas-empire ; betterave et chou--rave; aide de camp^ ciel de lit et belle-de-jour, belle-^ie-nuit ; clairsemé et clairvoyant; électro^himique et élect7*otypie ; gomme laque ti gomme-résine; mal-^ppris ei malavisé ; nonpareU et non-pair ; pied-d'ceuvre et piédestal ; plupart et plusvalue ; portefaix , portefeuille et porte^roix , porte-enseigne^ etc. Ecrira-t-on gentilhomme , bonhomme ou gentil^ homme j bon-homme, on gentil homme, bon homme f L'usage a admis gentilhomme , bonhomme ; mais alors pourquoi les pluriels gentilshommes, bonshommes, et cela à côté des AhAyè^ gentilhommière , bonhomie t L'arbitraire ici se donne si librement carrière, que TAcadémie pour les mêmes mots donne parfois des orthographes contradictoires. Elle écrit par exemple tête-à-tête, garde^ourgeoise ; contre-basse, contrepoison avec traits d'union à la place alphabétique de ces mots, mais tête à tête, garde bourgeoise; contrebasse, contrepoison aux mots maritalem^ent , bourgeois, archet et antidote ^.

Quand on compare le français aux autres langues romanes , on ne peut s'empêcher de regretter que, dès le début, l'Académie

• Cf. A. F. Didot, Observ. sur l'orthogr. franc, (Paris» tS07, ïn-^^', p. 3*)).

n'ait pas imité ces dernières dans cette question d'orthographe. Simplifiant les difScultés, l'italien et l'espagnol suppriment absolument le trait d'union et laissent les éléments composants séparés l'un de l'autre, ou les combinent de manière à ne former qu'un mot unique : l'italien il dopo cena correspond au français l'après^ouper; tremacoda = hoche-queue; l'espagnol écrit arco iris (aro-enrcieljy porta estandarte (porte-étendard). Notre vieille langue ignorait également le trait d'union ; dans les manuscrits , les éléments des mots composants sont ou entièrement agglutinés ou totalement séparés. Seule la langue moderne, depuis Nicot (1573), a eu recours k ce système étrange et bâtard qui consiste à rapprocher les deux termes , de telle manière qu'ils ne soient ni vraiment rapprochés ni réellement séparés , mettant obstacle à leur fusion intime si l'usage tend à les c(m* fondre en un seul mot , empêchant qu'ils ne reviennent à leur liberté prwiière, si l'usage les abandonne et tend à les ramener à l'état de locutions juxtaposée.s.

Quelle est la nécessité du trait d'unicm f Veut-on par ce signe indiquer pour les juxtaposés l'état de simplicité auquel ils sont arrivés par la réduction des images complexes à l'unité ? Mais dans pomme de terre, sergent de ville , aide de camp, etc. sent-on la nécessité d'indiquer cette unité idéale du mot ? Et quel mal y aurait-U à écrire arc en ciel , chef d' œuvre? Que si les termes composants sont tellen^nt soudés qu'ils ne semblent plus avoir d'existence indépendante , conune dans ce dernier mot , pourquoi ne pas écrire chédœuvre comme on écrit chégros i Dans les juxtaposés avec synecdoque ou métaphore , il semble-rait tout d'abord plus nécessaire de recourir au tiret ; piedd'alouette , bec-de-corbin , blanche-oreille , etc., ne présentent pas la même idée que un pied d'alotieite, un bec de corbin , une blanche oreille. Mais là encore on pourrait sans difficulté supprimer le trait d'union en laissant les termes isolés ou en les soudant l'un à l'autre. En effet, s'il faut indiquer par des signes extérieurs toutes les modifications apportées au sens des mots par l'usage et les lois naturelles du langage , où doit-on s'arrêter ? On veut marquer par le trait d'union la métaphore qui transforme un pied d'alouette en une plante : par quoi marquera- t-on celle qui d'une feuille d'arbre fait une feuille de papier ? Qui avertira que dans cette phrase : j'ai un parapluie à baleines d'acie?^ il ne faut pas entendre baleine au propre? La langue , quelque analytique qu'elle soit , ne peut ni tout dire ni tout rendre. U faut se résigner à reconnaître

que le langage laisse non dans l'obscurité , mais, si je puis dire , dans le silence, presque autant d'idées latentes, comme les appelle ingénieusement M. Bréal , qu'il en exprime. S'il en est ainsi, à quoi bon se donner la peine d'indiquer que telles expressions composées sont prises au figuré, qu'ici il y a synecdoque , là métaphore ? Remarquons d'ailleurs que les figures de pensées se rencontrent à chaque pas dans la langue , qu'il n'est presque pas de mot qui se prenne exclusivement au propre ; qu'ainsi les juxtaposés avec synecdoque et métaphore forment une infime minorité : pourquoi alors leur foire l'honneur d'une exception et leur attribuer comme privilège ce signe indicateur du sens figuré, alors que le reste des mots en est dépourvu < ?

Si la question est simple pour les juxtaposés ou pour les locutions juxtaposées métaphoriques, elle est plus complexe pour les composés proprement dits. Mais tout d'abord on peut laisser de côté ceux qui sont formés d'une préposition et d'un régime. La plupart des mots qui entrent dans cette série se passant du trait d'union (acoup , adieu , ados , affût , aguet , affaire , etc., endos, enjeu, entrain, etc., entregent^ entrecôte , entre^ ligne, etc. y pardessus, parterre, soucoupe, surdos, surplis, surplus, etc.), on ne voit pas poxu*quoi les autres composés le garderaient. Je n'aurais aucun scrupule à écrire V après midi, comme fait l'italien il doppo cena , et contrepoison comme il fait contravveleno. Pour les composés avec génitif également , la plupart confondent les deux termes en un mot unique ; rien n'empêche d'étendre cette agglutination aux composés dont le déterminant occupe la première place et d'écrire nerfférure, terrenoiœ, terreplein, fourmilion (quelques-uns écrivent déjà ainsi ce mot). Quant à ceux qui commencent par le déterminé , on peut supprimer le trait d'union en laissant les termes séparés. Sang dragon n'est pas plus étrange que drap marron, que tapis vert pomme. Pour les composés formés d'un substantif et d'un verbe qui le régit, comme colporter, la fusion est faite dans presque tous , hormis un ou deux. Il reste donc les

' Je ne sache pas que les Latins fussent embarrassés de comprendre des mots comme : labrum venereum (plante)^ Jovis glans, Jovis barba, etc.; ni que des expressions figurées comme sangue di dragone, barba di becco, barba di Giove, ou comme barba de Aaron (pied-de-veau), barba cabruna (barbo-de-bouc), présentent quelque obscurité aux Italiens et aux Espaî^nolg. Et d'ailleurs, dans la langue parlée , à quoi reconnaît-on la pré- :^ence du trait d'union ? Et, quoique le trait d'union ne se prononce pas, les juxtaposés et les composée sont-ils moins clairs dans la langue parlée que dans la langue écrite ?

composés formés par apposition et ceux dont le type est avantcoureur et 'porteur apeau. Pour les premiers, la suppression du trait d'union n'offre pas de difficulté : 'borne fontaine ^ aide major est aussi clair que borne-fontaine, aide-^major; pour les composés avec impératif, la solution est tout indiquée. Il n'y a qu'à réunir les verbes et le complément si celui-ci est simple , comme le font les autres langues romanes , comme le faisait Henri Estienne ^. Un portecigare, un cassenoiœ n'offrent rien d'étrange et d'anomal. Si le complément est complexe , comme dsLBS boute-toiU-cuire , ramasse-ton-bra^ , venez-^-voir, on peut laisser les termes séparés. La Fontaine n'a pas jugé nécessaire de réunir les particules dans ses composés de fantaisie : < On la reçut à bras ouverts (la Discorde) , Elle et que si que non, son frère, Avecque tien et mien, son père. ^(Fables^ VI, 20).-— « Sur le que si que non, tous deux étant ainsi. » (ibid. , IX, 14). Cette composition n'en est pas moins claire ; on peut l'imiter et écrire , puisque le génie de la langue s'oppose k l'agglutination des divers termes : un ramasse ton bras, un venez y voir, un ne m'oubliez pas, un laisse tout faire, etc. Restent les composés avec adverbe. Écrira-tr-on un avantcoureur ou un avant coureur ? La première forme est bizarre , la seconde obscure. U est difficile de donner une solution pratique. Cependant remarquons que les adverbes qui forment des composés de cette nature, sont seulement avant , arriére, contre, entre, sous, sur, ms; que, de ces sept adverbes, sur se lie avec le substantif, ainsi que sus : surenchère, susdit, susmentionné, surabondance , etc.; que sous se lie dans soussigné, soupeser, soutirer, souligner, et que rien n'empêche sa liaison avec les substantife : sousordre , souspréfet , sousmaître ou soupréfet, soumaître (cf. soucoupe). Contre, entre ni arrière n'ofifrent de difficulté ; finissant par une voyelle , ils peuvent se combiner avec le substantif qui suit , sans entraîner aucun embarras dans l'orthographe. Contr approche , contremine , contr' épreuve ^ n'ont rien de choquant (on écrit d'ailleiu's déjà : contremarque, contrefort, contrepal , etc.), non plus que entrebande , entrecours (cf. éhtrepas, entrepied, etc.) nique arrièrebouiique, arrièreneveu. Mais pour avant on peut hésiter. Laisser le t au milieu du mot, c'est ame-

' Voir plus haut, p. 190, n. 2.

' On pourrait même enlever l'apostrophe : contrapprochet etc., quoique sous cette forme le mot ait une apparence quelque peu bizarre.

ner une nouvelle complication de l'orthographe, chose toujours fâcheuse; supprimer le t est une tentative hardie (qu'on poun^t toutefois appuyer par les exemples analogues de soiicoupe^ plafond, ctiapart, etc.) ; laisser les termes séparés , c'est être inconséquent , puisque tous les composés analogues seraient agglutinés. Cependant , si on supprime partout le trait d'union , on ne peut le garder pour ces seuls composés avec ai^an^ ; et comme il faut choisir entre les inconvénients , je me déciderais pour le moindre : j'écrirais, comme jadis H. Estienne : un avants coureur.

Qu'on retrandie donc le trait d'union, et l'on simplifiera singulièrement l'orthographe des noms juxtaposés et des noms composés ^ Cette simplification aurait d'ailleurs pour résultat de supprimer nombre de difficultés que soulève la question du {duriel. L'index qui suit, et qui donne le pluriel des noms composés, en fera foi.

' Telle est aussi la conclusion à laquelle arrive M. Ambroise Firmio Oidot dans ses intéressantes Observations sur L'orthographe française que nous avons rappelées plus haut. Voir les p. 34 et sqq., 217 et sqq. de son livre , et aussi les notes dont il accompagne sa lisU générale des mots composés. — Nous traitons ici la question générale du trait d'union ; les difticultés de détail seront examinées dans l'index à propos de cbaque mot, à mesure qu'elles se présenteront.

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