IV. COMPOSÉS DE DÉPENDANCE (VOy
La syntaxe intérieure, qui , comme nous l’avons dit plus d’une fois, consiste dans la formation et la composition des mots , a les mêmes procédés , les
moisson, et on en avait tiré le verbe ouster, « moissonner » : Quand Ut vendangent et oustent (Miracles de Notre-Dame).
mêmes modes de combinaison que la syntaxe extérieure. Dans les composés de juxta-position et de détermination , les parties du composé sont coordonnées; dans les composés de dépendance, l’une est, par rapport à l’autre, dans une relation de régime, l’une est subordonnée à l’autre. Dans les composés possessifs, qui contiennent, en généra], comme nous l’avons fait remarquer, un composé d’une autre classe, et quelquefois plusieurs, toute la combinaison de mots que l’idée possessive encadre en quelque sorte, est aussi, par rapport à elle, dans une relation de régime et de subordination.
Dans les composés de dépendance, le premier terme, qui est généralement sous sa forme de thème ou de radical, peut représenter des cas divers.
a) Exemples sanscrits : premier terme au génitif, brahma-lôka , «le monde de Brahma»; premier terme à l’ablatif, çiulra - bfukshita , « mendié d’un Çudra, qu’on a obtenu d’un Çudra en mendiant » ; premier terme à l’instrumental, çraddhii-pùta , «purifié par la foi»; premier terme à l’accusatif, brahma-vit , «qui connaît Brahma»; premier terme au datif, pitrïsadrîç-a , «semblable au père « ; premier terme au locatif, miu-stha , « se tenant dans le vaisseau»; suryamaricisthd , «ce qui se tient ou se trouve dans les rayons du soleil». On voit par ce dernier exemple que le composé de dépendance peut se subordonner quelque autre réunion de mots ; ici sùrya-martci est déjà un composé de dépendance, qui signifie « rayon » ou « rayons du soleil» (voy. § 294, Rem. 2°).
#0 Exemples latins \auri-fur , «voleur d’or»; herbignul-us , «qui marche dans l’herbe» ; cœli-cola , « qui habite le ciel»; muri-cida , «qui tue un rat», etc.
Remarquez que - cola , -cida, et d’autres thèmes du même genre, qui figurent à la fin des composés, ont gardé Va masculin de la déclinaison sanscrite.
c ) Exemples gothiques et allemands. Gothique, hunsla-staths , « table de l’offrande » , en allemand moderne Opfer-tisch; Staua-stôls , «siège de juge», en allemand moderne Richter-stuhl ; Figgra-gu/t/i (qui serait en allem. mod. Finger-gold), «or de doigt, bague » , etc. Le rapport exprimé par le premier terme, dans les composés de dépendance des langues germaniques, est le plus ordinairement celui du génitif. Cependant, dans le composé gothique gasti-gdds, «hospitalier», littéralement «bon aux hôtes, pour les hôtes», gasti tient la place d’un datif1. Quand Herder appelle Cérès die dhren-begrànzle Gôttin , «la déesse couronnée d’épis», le thème du pluriel îihren est le complément du participe passif. Un rapport semblable unit les termes du composé kornbeladen, «chargé de grains», dans ces beaux vers de Schiller :
Schwer herein Schwankt der Wagen ,
Kornbeladen.
Les génitifs qui servent de complément au second terme, équivalent bien souvent à de vrais adjectifs; aussi le composé a-l-il parfois un second génitif pour régime : des Lichtes Himmelsfackel signifie, dans le même poëte, «le céleste flambeau de la lumière», littéralement, « leflambeau-du-ciel de la lumière».
fl y a une espèce de composés allemands qui reproduisent en un seul mot une tournure fort remar-
\ , Voyez Bopp, Gr. cnmjiar., § 98‘i.
quable, et très-fréquente, dans la prose comme dans la poésie, celle qui consiste à exprimer, par une sorte de complément direct, qui peut être un adjectif ou un nom , le résultat ou l’effet de l’action du verbe. Werner a dit par exemple, mil roth-geschlafenen H ’angen, littéralement, « avec des joues dormies-rouges», c’est-à-dire, «avec des joues que le sommeil a rendues rouges, devenues rouges en dormant». On pourrait ranger ces composés dans les déterminatifs; mais ils appartiennent plutôt encore aux composés de dépendance : rot/i , par son sens, est logiquement une sorte de régime direct de l’action exprimée par le verbe.
V et VI.
Nous avons dit que les grammairiens indiens comptaient deux autres classes encore : les composés collectifs , ayant pour premier terme un adjectif numéral, qui détermine le second, et les composés adverbiaux ou indéclinables .
1 “Exemplesdecomposéscollectifs; parïcendripa(rn) (nomin. sing. neutre?), « les cinq sens », de panca, «cinq», et indrija , «sens»; tri-rdtrcégn ), «trois nuits». En latin et en grec, ces composés sont, en général, des mots de formation secondaire, et prennent un suffixe de dérivation : TSTpa-vuxT-i'a , «(suite de) quatre nuits» ; Tpt-vuxx-iov , tri-noc-tium, «(suite de) trois nuits»; trienniurn , «(durée) de trois ans». Cependant le latin nous offre aussi quelques composés de ce genre formés sans suffixe : bi-du-um , irivi- - um , etc.
2-° Pour les composés adverbiaux , comparez aux mots sanscrits pratf-aham, «journellement» (la pré-
position prati a souvent le sens distributif); jattulpûrvam , « comme précédemment , comme il a été dit plus haut »; les composés grecs àv-rtëiov; « à force ouverte» ; impaopov, « au delà du destin » ; Ttapaypr ;j.a , « sur-le-champ », et les adverbes latins ob-viam , <ulmodum, af-fatirn, etc. M. Bopp rapproche de ces composés les combinaisons allemandes zu-erst , « d’abord » ; zu-letzt , « à la fin » ; zu-vôrderst , « an térieurement1».